Quel est le poème le plus court dans la littérature française ?

Littérature

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Chers amis,

Les demandes d'aide aussi bien que la mise au point de publications m'ont empêché de revenir vers vous avec quelques jeux ou questions amusantes.

Une récente accalmie me donne l'occasion de solliciter à nouveau votre perspicacité et votre culture.

Quel est donc le poème le plus court dans la littérature française ?

Pour ma part, je vous proposerais le suivant tiré d'Alcools d'Apollinaire :
Chantre

Et l'unique cordeau des trompettes marines
Qui trouvera plus court ?

En question subsidiaire, je vous demanderai d'expliquer cet alexandrin en forme d'énigme.

Bonne chasse !
Bonjour !

Trouver un poème aussi court me semble délicat, même si je crois savoir que Reverdy était parfois un modèle de concision poétique…

Concernant l'alexandrin d'Apollinaire, sans doute faut-il remarquer le jeu de mots : cordeau/cor d'eau. Non ?
Personnellement je pencherais plus vers cordeau/corbeau, le corbeau serait alors un chantre de je ne sais quoi…
il faudrait peut être éviter d'écrire "est" alors que le vers commence par "et" …
Quant aux explications tu en trouveras foultitude sur le web.
Ça on s'en doute, mais n'est-il pas plus intéressant de se creuser la tête… 🙂
Bonjour Dnhn,

Tu as parfaitement raison de faire remarquer qu'il faut Et au début du vers d'Apollinaire. Mea culpa

En contrepartie, je te ferai remarquer que "foultitude" n'est pas très correct non plus et que tu pourrais lui préférer "foule" ou "multitude".

Merci de nous avoir permis de corriger cette faute et surtout d'avoir gardé intact notre plaisir de jouer.
Les réponses qui ont jusqu'ici été proposées sont-elles incorrectes ?
Bonsoir Hub,

L'explication de l'énigme n'a pas été fournie.
Il faudrait chercher du côté de l'esthétique de la surprise chez Apollinaire séduit par une réalité qui est autre que les mots qui la décrivent.
La réponse du monostique est dans sa brièveté:
D'une part,le vers est tres fugace,tres pompt.
D'autre part,on peut decomposer cordeau en cor d'eau instrument permettant d annoncer les repas dans les navires.

puis ,les sonorités tres marines,tres nasales.
Le poete evoque ainsi symboliquement la fugacite mais aussi la beauté du langage poétique: le cordeau peut etre une des cordes de la lyre poétique,d'ou le titre du poeme;chantre qui signifie bien que l'on loue,que l'on glorifie qqn.C'est donc la beauté poétique qui est mise en valeur par ce vers.


ET puis j'ai trouvé un poème encore plus court:Arthur rimbaud et louis xavier de ricard dans Album Zutique:

"l'humanité chaussait le vaste enfant Progrès"
Bonjour Benjamin,

Ton analyse au demeurant très intéressante ne donne pas la solution de l'énigme, du moins complètement.

Quant au poème le plus court, il faudrait nous donner plus de précison : qui en est l'auteur ? A-t-il un titre ?
Il s'agit apparemment d'un seul alexandrin, mais effectivement plus ramassé que celui d'Apollinaire.

Je laisse encore un peu de temps pour approfondir les réponses et je donnerai la solution, si tant est qu'elle existe dans une version une et définitive.
Et moi qui croyait avoir démêlé cette enigme envoûtante et déroutante.Puis-je également te faire lire mes quelques textes?

Ame damnée


Oh malheureuse douleur, Oh malheureux leurre,
Le ciel dévoile l’avènement d’une triste lueur,
D’un cœur, ayant perdu le jour-du- bonheur,
Et d’un sang exhalant un parfum d’horreur.

Oh la fatalité, Oh ma fatalité,
Sur ce rocher saillant la larme s’est brisée,
Submergée par le poids de la destinée.
Elle m’a quitté, elle m’a abandonné.

Oh mon belle amour, Oh mon belle amour
Je ressasse l’étendue de tous ces beaux jours,
Ou le chant de l’accalmie berçait notre cour.

Or, il vint l’aube d’une profonde nuit noire ,
Lorsque Ophélie noya son doux regard d’ivoire
Dans l’une des funestes marées de miroirs.




Le temple des dieux


Jadis, dans une contrée fertile, habitait un homme que l’on surnommait Glavus. On lui attribuait ce nom car il avait défié et anéanti de sa seule épée, une armée de Minotaures et de centaures. Respecté et honoré pour avoir sauvé le royaume des cieux d’un tel fléau, il fut conduit chez Zeus, Dieu de la terre du ciel et lanterne de tous les âmes côtoyant cette haute tour. Glavus fut orné de beaux vêtements de lins ainsi que de hauts de chausses de cuirs .Il soupait parmi les plus grands prophètes, et fut reconnu dans chaque demeure qu’il eut accueilli .Il passait son temps à s’enorgueillir, et à se flagorner de ses plus belles victoires, de ses plus beaux récits .Chaque maison fut ébahit devant ce salvateur et cet immense guerrier .Personne n’osait contredire sa parole, et il fut encore plus impudent de l’interrompre. Des sculptures de son buste furent érigées dans tout le royaume .Chaque pas foulés étaient synonyme de terres fertiles ; Chaque homme qui le touchait était béni par les anges ; Chaque déclamation qu’il déversa sonnait comme la voix de l’être céleste. Et bientôt , on publiait quelques panégyriques et autres contes venus de nulle part .Il prit une si grande ampleur qu’il commença à incommoder quelques hommes de ce doux royaume. Un jour ,ou la brume et la pénombre voilèrent le ciel, un Cyprien vêtu d’une cape blafarde et d’un teint livide vint rencontrer Glavus, qui acceptait bien évidemment de recevoir les flatteries des orateurs de sa basse cour, qui séjournaient toujours plus nombreux derrière leur illustre .Il le fit entrer dans son palais fastueux et luxuriant. Ils discutèrent et pérorent longuement sur l’avenir, et la fatalité de ce monde .En ce lendemain dominicale, les cloches ne retentissaient non pas pour commémorer le jour providentiel de leur présomptueux héros, mais bien pour la mort d’un homme qui n’a su protéger ses arrières de ce pestilentiel corbeau.



Notoriété n’a jamais rimé avec prudence
L’homme célèbre oubli qu’on le connaît mieux qu’il nous connaît.
Les fanatiques gonflent les ruelles pour abattre leurs poignards au destin cruel.
LE SOUPCON N’a jamais tué personne, tandis que l’inadvertance à souvent frappé….
Restons humble dans la victoire
Et courageux dans l’adversité
Et les poids de la balance resteront équilibrés.


Benjamin EDGARD

Une Nation essoufflée






Où sont les muses du Romantisme ? Où sont les cœurs des poètes ?Où sont les philosophes de l’Antique ?Où sont les Lumières éclairées ? Malheureusement, l’aquilon les a balayés ,et n’ a donné à notre ère déchue que les décombres livides et cadavéreux de ces temps immémoriaux, et pis encore ,elle à restauré l’exhalaison de l’ère monarchique de Juillet. Eux, ce sont battus pour la Raison, l’Art, la Beauté, la Nature…Bref, ils se sont battus pour l’homme divin. Mais que vois-je au loin ?Je ne soupçonne qu’un frimas épars et une terre chaude comme la braise ;C’est l’enfer, l’enfer d’une époque maudite par la gangrène ,qui se répand sur cette boule, une boule, qui gravite au sein d’un profond mystère. Finis les heures de rêveries ,les contes de Galland, les salons littéraires, les querelles envoûtantes 😜assons aux crimes de la rue, aux chaos politiques, à la horde bestiale des hommes, à l’inhumanité économique, aux intérêts égocentriques ,aux combats de religion, et bientôt aux cris et aux pleurs de l’arrêt du tir de sommation. Abat l’homme de ce temps, abat cette bête humaine ,qui ravage les prairies et les plaines,, qui mort de ses crocs ardents la chair amoureuse des enfants, Abat la misère de ce monde !





JE VOUDRAIS AVOIR UN AVIS:je compte écrire un livre,et j'aimerais savoir si ma plume en a la possibilité.
Mon cher Benjamin,

Tu demandes un avis quant à savoir si oui ou non tu as quelque chose dans ton style, dans tes idées ou dans ta vision du monde qui fait que peut-être la littérature serait la voie qui te siérait.
Laisse-moi te dire deux ou trois petites choses.
Tout d'abord la mauvaise orthographe qui accable ton texte, quoique simplement dérangeante pour le regard et n'affectant nullement le fonds de tes écrits, est une chose à laquelle il faudra que tu remédies si tu veut un jour prétendre envoyer un texte chez un éditeur.
Deuxièmement, ton tout dernier petit texte dénote d'une certaine immaturité adolescente de ton esprit, d'un manque de recul historique et culturel, mais correspond sans doute à quelque dégoût nouveau du monde qui t'entoure. Je suis passé par là, par le rejet en bloc de notre civilisation imparfaite et ce qui va avec. Car saches que des troubles politiques, du chaos, des injustices terribles et des iniquités, il y en a eu à l'époque que tu cites, celle du romantisme, celle du XIX°; et je comprends très bien l'admiration que tu peux avoir en lisant ces récits de cercles littéraires ou Hugo, de Musset, de Vigny, Beaudelaire et autres se retrouvaient. Mais saches que si nous en avons connaissance aujourd'hui, tous les parisiens ne le savaient peut-être pas, et la littérature a toujours eu un cercle restreint de membres. Si bien que de nos jours encore se tiennent des salons où l'on parle lettres, poésie, etc. Sauf que ce ne peut être un marchandise que l'on peut mondialiser. On ne peut faire du hard discount en matière de conversation et de salon littéraire, cela n'est réservé qu'à quelques élus. Et c'est à nous d'essayer d'en faire partie… Cette impossibilité de la grande distribution de la littérature devrait te faire plaisir, d'ailleurs, à toi qui semble être opposé à toute forme de capitalisme. Bien sûr il faut nuancer, car de nos jours les choix en matière de romanesque sont dictés par les éditeurs, quoique veuillent faire les auteurs; la vie est dure pour les écrivains, même le système de la littérature est soumise aux lois du marché… Mais tout de même…
Quant à ce que tu dis sur les guerres de religion, sur la bestialité rampante des hommes, etc etc, tout ça ne date pas d'hier, ma foi. Tu n'as pas assez de recul et de maturité, selon moi; tu montres trop d'adolescence dans tes propos.
Ton apologue est intéressante, quoique un peu maladroite et obscure. Ton sonnet par contre, est à revoir entièrement: le sonnet est une forme fixe, et si l'on veut en faire un il faut se plier à ses exigences.
Bref, essaie d'acquérir de la maturité et du discernement, mais ne te décourages pas; et si tu sens que tu es fait pour la littérature, alors n'hésites pas, et jettes toi dedans à fond.
Cordialement, S. Stein


PS: pour le poème le plus court, je propose celui de V. Hugo (dont je ne me souviens pas du titre), qui ne comporte qu'une date et pas même un seul vers, date qui correspond à celui de la mort de sa fille.
PS2: Je parlerais du vers d'Apollinaire une autre fois.
Et l'unique cordeau des trompettes marines
C'est un alexandrin. Les alexandrins seuls sont multiples dans la poésie française, on en trouve pléthore dans les fragments poétiques de Chénier par exemple.

MON EXPLICATION :
- Phrase sans verbe : thématique, inachevée : esthétique de l'inachèvement
- "Et" initial : or, pas de vers précédent : inachèvement en amont

→ Le vers EST cet "unique cordeau" entre deux "trompettes marines", profondes et insondables, sont la source du vers (du blanc) et l'issue du vers (du blanc). Le vers tisse un cordeau entre deux espaces impalpables mais pourtant prégnants, puissants (trompettes).
- valeur performative de la poésie de ce vers qui dit par lui-même ce qu'il représente, il réfère à lui-même, se crée.

Voilà ma petite contribution …


En ce qui concerne Benjamin, Stein a assez raison. Mais je dirais qu'il faut d'abord étudier et lire, beaucoup lire, de la littérature diverse, avant de chercher à faire des vers ainsi. Moi aussi je suis poète, romancier. Non publié bien sûr. Mais avant d'écrire, j'ai lu, lu et lu ! De l'humilité, que diable !

Cher Benjamin, en ce qui concerne ton sonnet, effectivement tu n'appliques pas du tout les règles nécessaire, ce qui est sans doute normal puisque tu ne les connais pas, n'ayant pas assez ETUDIE et LU !
Exemple :

Il y a deux sortes de mètres en alexandrin :
- l'hexamètre : 6/6 (avec variation 1/5, 2/4, 3/3 et inversement)
- le tétramètre (romantique) : 4/4/4 : "J'ai disloqué ce grand niais d'alexandrin" - Hugo
Tout autre mètre produit des vers qui ne sont pas des alexandrins : or le sonnet exige des alexandrins au moins tétramétriques, sinon classiques (héxamètres).
Oh malheureuse douleur, Oh malheureux leurre,
Le ciel dévoile l’avènement d’une triste lueur,
7/5 : bancal !!!
5/4/6 : 15 syllabes !!

Je rappelle que "e" atone devant une consonne se prononce en poésie !!! Pour le vérifier, lis de la poésie classique ou romantique !
Bonsoir amis des Lettres,

Ayant un peu de temps à moi, je vais essayer de donner la réponse au poème énigmatique d'Apollinaire.

D'abord une présentation du recueil :

Dès sa parution en 1913, Alcools devient le manifeste de la poésie moderne.
Il est composé comme un collage sur une toile cubiste réunissant des éléments disparates (évocations et sensations relevant d'époques et de cultures différentes),
Il est écrit en vers libres qui gardent la rime et l’assonance.
La ponctuation a disparu, permettant une multiplicité d'interprétations.
Son inspiration est variée : plaisanteries et poèmes élégiaques, jeu de mots, vieilles légendes rhénanes et chansons issues de la tradition populaire, de Villon aux romantiques.
Il fait entrer le monde moderne, la grande ville, les découvertes scientifiques et techniques dans le domaine poétique.
C'est aussi une forme détournée de l'autobiographie, Apollinaire évoquant indirectement ou directement certains épisodes de sa vie.

Quant au titre, c'est un exemple du goût d'Apollinaire pour les jeux de mots. Alcools en effet signifie eau-de-vie. La poésie est pour Apollinaire la quintessence de la vie, comme l'alcool qui est exprimé du fruit en étant distillé par l'alambic. La poésie est aussi ivresse, joie de vivre, comme l'alcool. De fait dans ce recueil, il y a une jubilation devant le monde moderne, Apollinaire y met en œuvre sa faculté d'étonnement devant la vie, en particulier en jouant avec les mots.

C'est cette même esthétique de la surprise que nous découvrons dans le poème Chantre.
Chantre
Et l'unique cordeau des trompettes marines
Toutes les gloses déposées sur le forum sont recevables. Elles concernaient la forme de cet alexandrin unique avec quelques erreurs toutefois sur le sens de trompette marine.

Remarquons d'abord que ce poème se présente sous forme de devinette : un nom suivi apparemment de sa définition.

Consultons le Trésor de la langue française :
https://www.cnrtl.fr/lexicographie/chantre
CHANTRE, subst. masc.
A.

Vieilli.
1. Celui qui chante. Chantre de village. Synon. chanteur.

P. ext. Le chantre des nuits (le rossignol), des chaumières (le roitelet); les chantres des bois (les oiseaux).
2. Dignitaire qui remplit l'office de maître de chœur, qui entonne et préside au chant dans un monastère ou une église. Grand-chantre, sous-chantre; chantre de Sainte-Cécile; voix de chantre (forte et sonore). Quand deux chantres, dans une cathédrale, entonnent alternativement les versets d'un psaume (LAUTRÉAMONT, Les Chants de Maldoror, Chant 4e, 1869, p. 259). Dès le VIe siècle, le pape Grégoire-le-Grand avait fondé à Rome une école de chantres pour exécuter le chant qui porte son nom (L'Enseign. en France. L'enseign. de la mus. et l'éduc. musicale 1, 1950, p. 4).

Fam. Gras comme un chantre. Car les bons zigs chantaient là-dedans avec des mines de chantres au lutrin, les joues enflées, le bedon arrondi (ZOLA, L'Assommoir, 1877, p. 769).
B.

Désigne un poète. Chantre de la nature, des saisons, de la terre
C'est A2 qui convient ici.
Chantre : celui qui chante lors des offices religieux et qui s'accompagne éventuellement d'un instrument de musique.
Trompette marine : n'est pas une trompette, mais un genre de contrebasse à une seule corde pour donner le bourdon.
https://www.apemutam.org/instrumentsmedievaux/pages/Trmar34.htm

Ce qui pourrait induire en erreur est le mot marine qui n'a ici aucun rapport avec la mer. Il s'agit plus probablement d'une déformation de mariale.

Résultat : étonné par cet instrument doublement bizarre, une trompette qui n'en est pas une et qui de plus ne possède qu'une corde, Apollinaire nous gratifie d'un poème à vers unique. Ce n'est pas un canular mais un émerveillement à l'égard des mots et de leur richesse de sens.
si la musique est à la littérature, inachevée, le chant lyrique une oeuvre complète admirée.
Comme marine peinte sur toile baclée, bourdonne nos yeux à l'écoute d'un son disgracieux.
bonjour.
Alors, tout dabord, faut savoir qu'une trompette à marine est un instrument à archet avec UNE SEULE corde, et qu'un chantre peut aussi designer le poété lyrique. Si on résume les deux alors, on peut facilement interpreter le plus petit poème de la literatture farcnçaise, Alccols étant connu pour son timbre lyriique mais surtout mélancolique: le poète ne fait ici que refaire allusion à sa solitude et à sa mélancolie. On peut dire, en fait que c'est une plainte qui s'éléve dans ce ched d'oeuvre de lyrisme, et de modernité.
Merci.
Et oui, qui dit modernité dit du jamais vu, c'est ce que fait apollianire, il invente le plus petit poeme du la literatture française, en fait ce n'est qu'un fragment solitaire, tels que ceux qu'on retrouve dns plusieurs de ces poemes( Crépuscule), et qui se rechauffent les uns les autres au sein du memem poeme.
Bonjour,
Votre discussion me semble très intéressante!

Pour l'"unique cordeau", j'ajouterai qu'en plus de l'esthétique de la surprise il y a aussi de l'ironie.
Pour avoir un décasyllabe ou autre, il faut que tous les vers d'un poème reprennent la même structure (classiquement, j'entends). Donc un seul décasyllabe ne peut pas faire un poème. Mais le vers le plus marqué culturellement, le plus utilisé, si ! L'alexandrin.

Alors à mon avis, Apollinaire raconte pas mal de choses dans ce vers : il dit, déjà, qu'il sait ce qu'est un alexandrin (et que c'est le seul vers assez marqué pour constituer un poème), alors que justement il est en train de "libérer" le vers (certes c'est pas le premier). C'est toujours très beau et très poli les gens qui cassent quelque chose en montrant qu'ils ont compris ce qu'ils cassaient (cf Rimbaud).

Il raconte aussi qu'il sait que le lecteur sait qu'il sait ce que signifie cet unique cordeau en douze syllabes (avec le son continu de trompettes pour un vers lui aussi continu et pas disloqué du tout). C'est un clin d'oeil.

Sans doute ceux qui en ont fait d'autres ne vivaient pas à la bonne époque : sous Rimbaud ou Chénier, l'alexandrin était encore loin d'être assez désarticulé pour qu'il y ait autant de sous-entendu et de complicité derrière ce genre de monostiche. Ce poème représente donc la véritable mort de l'alexandrin : à savoir, au moment où quelqu'un l'utilise en sachant pertinemment que le lecteur sait qu'il le considère comme un objet passé. D'où l'ironie. Et en même temps une sorte d'hommage : ce mètre est tellement fort qu'il peut être reconnu même seul et même mort !

Est-ce que j'ai résolu l'énigme ?
remise en cause de la poésie traditionnelle : l'alexandrin, fleuron de nos belles lettres, ne rimant plus avec rien, ne rime plus à rien…
l'alexandrin mérite-t-il désormais, au 20e siècle, que l'on fasse entendre la trompette ?
Bonjour à vous !

A vrai dire, ceci est plus un mot d'esprit (de Raymond Devos) qu'un poème. Je vous le transcris quand même.

* Se coucher tard nuit.
Sauf erreur, c'est un pentamètre.

Cela me fait penser à :
* Les vers de 23 pieds, ça vous paraît tout drôle la première fois, et puis on s'y fait. (ALPHONSE ALLAIS. LES PENSEES)
Merci Edy,

Je retrouve là votre humour bienvenu.
Au fait Allais, qui est un de mes auteurs préférés, aurait pu ajouter qu'un "ver(s) de vingt-trois pieds" est la mutation débutante d'un mille-pattes…

Pour nourrir les curiosités de ce site, j'ajoute que les vers de trois, deux et une syllabe sont rares et qu'ils ne s'emploient en principe qu'entremêlés à d'autres vers plus longs.

Voici pourtant un poème qui les utilise et qui aurait pu prétendre au poème le plus court.

Il s'agit, je crois, de Rimes d'amour de Maurice Siegward
Toute fleur
Qui s'éveille
M'émerveille.
Pur cristal
Matinal,
La rosée
Déposée,
Est-ce un pleur ?

Suprême
Amour,
D'un jour !
La rose
Eclose
Sourit
Et dit :
Je t'aime !

Puis,
Belle,
Elle
Dort…
Mort ?
Grâce !
Passe,
Fuis !