Bonjour à tous! Je ne savais pas où trop poser cette question, alors je tente dans cette section 😉
Voilà, j'essaie de comprendre la "grandeur" du surréalisme. Je pensais que le lien avec Rimbaud est capital, lui qui voulait "transformer la vie" en faisant de sa vie une expérience poétique. Y aurait il une association avec cet infini de l'imagination? Je pense que le surréalisme, n'est pas non plus un rejet de la raison, mais un prolongement de celle ci, jusquà l'abolir pour donner une raison à l'inconnu, à l'inconscient, et donc à cet infini de l'imagination. Mais ce qui me trouble c'est que par leurs procédés, par l'écriture automatique, tout le monde serait égal à l'artiste, non? C'est ce que je ne comprends pas trop, l'artiste serait devenu inutile puisque tout le monde pourrait expérimenter cet art et créer son propre art. Qu'en pensez vous? Je pense faire fausse route, mais je ne vois pas le bon chemin !
Merci, bonne journée. 🙂
Un petit bout de réflexion :
Rimbaud est né bien avant le surréalisme (terme inventé par Apollinaire). Je ne crois pas qu'en son temps et vu son tempérament, il essayait de créer une quelconque école littéraire. Danger de la classification a posteriori.
Mouais, il a "transformé sa vie" durant trois ans… Silence. Enigme totale. Crise d'adolescence (géniale évidemment) ? Ou bien compréhension absolue de la vie réelle, dans toute son horreur et donc silence absolu ? Les thèses sont multiples.
Les surréalistes se sont bien amusés, notamment avec cette écriture automatique qui n'est qu'un jeu. De nombreux "voyants" se servent de l'écriture automatique pour communiquer avec les morts… 🙄
L'inconscient, par définition inconnu, peut jouer des tours pendables.
Pour répondre à votre question : non, tout le monde n'est pas égal à l'artiste. On peut naître avec un certain talent (peinture, écriture, musique) mais il faut ensuite beaucoup travailler, tous les grands écrivains vous le diraient.
Et pas besoin d'être artiste (vous avez raison en cela) pour s'exprimer à sa manière : chaque être est singulier.
Merci pour cette réponse. L'horreur aboutit au silence? En quoi vous le qualifieriez d'absolu?
Rabeleau, vous me semblez avoir très bien perçu l'esprit du Surréalisme, je n'ai rien à ajouter à ce que vous avez dit si ce n'est que Breton, dans le premier de ses Manifestes, écrit justement : "Rimbaud est surréaliste dans la pratique de la vie et ailleurs".
Mais bien sûr, Rimbaud est mort avant même que le mot de surréalisme n'existe, comme l'a dit fandixhuit.
A celle-ci, je dis : non, l'écriture automatique n'est pas un jeu, et les surréalistes la considéraient d'autre part comme un procédé parmi d'autres pour permettre l'expression de l'inconscient (enfin, ce qu'on peut considérer comme tel en simplifiant beaucoup, et en ayant conscience que la voie du langage impose nécessairement une schématisation et des limites).
Rabeleau a écrit :Merci pour cette réponse. L'horreur aboutit au silence? En quoi vous le qualifieriez d'absolu?
Je parlais de Rimbaud et du mystère total de son silence. Il écrivit durant trois ans. Et ensuite, plus rien. Avait-il pris conscience de l'horreur de la vie réelle ?
Ah d'accord, merci beaucoup pour vos réponses !
@fandixhuit Certainement… Pourtant la poésie ne peut elle pas être une fuite de la vie réelle? Enfin quoi que vu sa conception de la poésie certainement pas! Ecrire est tout sauf cathartique chez lui non? Il parait qu'il lui était impossible de relire ses poèmes…
Je pense perso que Rimbaud est un génie qui n'a jamais grandi. Un écrivain écrit toujours, quel que soit son âge et les aléas de l'existence. Verlaine a toujours écrit, Baudelaire également.
Donc, on peut avancer que l'écriture rimbaldienne relève d'un génie adolescent. J'ai remarqué que les élèves ados (surtout les garçons) adoraient Rimbaud (et beaucoup moins Baudelaire). Voilà qui me paraît signifiant.
Pourvu que je ne me fasse pas massacrer ! 😉
Aha je l'espère pour vous également, merci d'avoir partagé votre pensée en tout cas 😉
J'aime à penser que la vérité sur ce point est simple : Rimbaud est passé à autre chose. Il a fait un peu n'importe quoi, a traîné dans les tripots, puis s'est dit qu'il fallait faire quelque d'un peu plus sérieux dans sa vie. Le mystère est probablement moins le sien que celui de la postérité, qui s'est interrogée à l'infini sur ses raisons, alors qu'elles sont peut-être banales.
Car, après tout, pourquoi écrire des poèmes serait-il plus noble, plus essentiel, plus important qu'une autre occupation aux yeux de Rimbaud ? Il ne se voyait sans doute pas comme le nombril du monde, ni la poésie comme une activité si importante que ça. Des tas d'ados écrivent des poèmes, ou tiennent un journal intime, avant d'abandonner à l'âge adulte. La seule différence de Rimbaud est que les siens étaient fabuleusement géniaux.
"Moi, moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan !"
Si on considère que "mage" et "ange" relèvent de l'ironie autocritique (franchement, pour qui je me suis pris, faut que j'arrête de délirer), le choix de renoncer à la poésie s'explique. La "réalité rugueuse", les vrais métiers de la vraie vie, jusqu'au "paysan", n'ont pas moins de force ni de noblesse à ses yeux que l'écriture.
Concernant votre autre point, n'oubliez pas que le surréalisme a une histoire parallèle à celle du communisme (même si les liens entre les deux furent tendus et conflictuels). "La poésie doit être faite par tous, et non par un", de Lautréamont, fut l'un des grands mots d'ordre du mouvement surréaliste. La volonté de faire de tout le monde un poète en puissance était explicite. Les collages surréalistes, par exemple, visent à montrer la charge poétique du quotidien. Quand Desnos reprend et triture Fantômas, il veut montrer que la littérature la plus populaire est non moins poétique que la littérature savante.
Merci à vous d'avoir développé ma pensée.
Personnellement, je le vois comme un toxico qui décide de changer de vie après une cure de désintox. Il s'est racheté une conduite. N'oublions pas que Verlaine a essayé de le tuer. Ce n'est pas rien, être victime d'une tentative de meurtre. Cela l'a sans doute amené à réfléchir et à se demander s'il voulait vraiment finir comme ça, à son âge, flingué par un alcoolo dans un bouge. Le monde des poètes a failli le conduire à la tombe, à la folie, à la déchéance, alors il décide de couper les ponts, se rabiboche avec sa famille, et part à l'aventure.
Nous sommes d'ailleurs en pleine expansion coloniale. Partir aux colonies est un choix risqué, certes pas un métier comme un autre, mais cela reste, à l'époque, une chance de promotion économique et sociale pour de jeunes désœuvrés suffisamment aventureux.