Bonjour à tous,
Je m'entraîne pour le bac de français oral, et je bute sur les choix d'aphorismes de Char :
Je cite :
"A chaque effrondrement des preuves le poète répond par une salve d'avenir.
Poètes, enfants du tocsin.
Les poèmes sont des bouts d'existance incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort.
La réalité sans l'énergie disloquante de la poésie, qu'est-ce?
Le poète est la partie de l'homme réfractaire aux projets calculés.Il peut-être appelé à payer n'importe quel prix ce privilège ou ce boulet. Il doit savoir que le mal vient toujours de plus loin qu'on ne croit, et ne meurt pas forcément sur la barricade qu'on lui a choisie.
En poésie, on n'habite que le lieu que l'on quitte, on ne crée que l'oeuvre dont on se détache, on n'obtient la durée qu'en détruisant le temps."
Voila donc je me demandais si l'examinateur m'interrogerai conception de la poésie qui se dégage des aphorismes.
Je pensais faire une première partie : I) Un ordre insurgé
1- Une force énergétique ( " salve d'avenir" et " effondrement des preuves" sont deux termes dépendants. La relation entre "salve"et "énergie"…)
2- Une force destructrice ( voir l'aphorisme 3 qui peut rappeller le mythe d'Orphée et sa lyre (non?) et l'aphorisme 4 ac un éclatement de la vérité)
3- Une force véridique ( aphorismes 1 et 2)
Voila ce que j'ai troucé, mais je n'ai aucune idée pour la deuxième partie.
Pourriez-vous m'éclairer?
Il faut déjà situer, ces aphorismes sont dans Feuillets d'Hypnos, journal de Résistance du poète
Je trouve déjà que pour ce poète pas facile d'accès tu as eu de bonnes idées en 1)
Je reviens le temps d'y réfléchir
Un très beau, bâti sur le même oxymore que "à chaque effondrement.."
Nous errons auprès de margelles dont on a soustrait les puits
Oups excuses j'ai écrit une bourde tous ces aphorismes ne sont pas dans feuillets d'Hypnos
Voilà j'ai repris chaque aphorisme et j'ai dégagé ta seconde partie
À chaque effrondrement des preuves le poète répond par une salve d'avenir.
tu as donc comme tu l'as vu l'oxymore "effondrement des preuves/avenir" avec ce très fort "salve" qui s'oppose à l'effondrement
C'est affirmer la fonction prophétique de la poésie, sa pérennité et sa permanence à travers le temps. Quoiqu'il soit arrivé, quelles qu'aient été les horreurs auxquelles l'homme est confronté et qui font douter de tout, la poésie perdure. À la question d'Adorno Y-a-t-il une poésie possible après Auschwitz Char, avec aussi Paul Celan, répond que non seulement elle est possible mais plus encore indispensable
Poètes, enfants du tocsin.
le tocsin annonce les catastrophes, la peste, la guerre, les invasions… on voit ici encore la fonction prophétique et d'espérance. En d'autres termes, Musset : Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert. Le passage par le vide, la souffrance perso ou commune, les épreuves… est indispensable pour créer
Les poèmes sont des bouts d'existance incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort.
Même idée, déplacée cette fois-ci sur ce qu'est le poème
Tu as dit : peut rappeller le mythe d'Orphée et sa lyre (non?) Oui, car Orphée a ramené Eurydice des Enfers en charmant les dieux de la mort
La réalité sans l'énergie disloquante de la poésie, qu'est-ce ?
tu as dit
un éclatement de la vérité
Ne confonds pas "vérité" et "réalité"
À rapprocher de Baudelaire, mais en plus "décoiffant" chez Char Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or
Fonction esthéthisante de la poésie, au prix d'une destruction.
Le poète est la partie de l'homme réfractaire aux projets calculés. Il peut être appelé à payer n'importe quel prix ce privilège ou ce boulet. Il doit savoir que le mal vient toujours de plus loin qu'on ne croit, et ne meurt pas forcément sur la barricade qu'on lui a choisie.
En poésie, on n'habite que le lieu que l'on quitte, on ne crée que l'œuvre dont on se détache, on n'obtient la durée qu'en détruisant le temps.
Faire table rase des acquis pour créer. Ne jamais être sur de rien. Se remettre en cause sans cesse. Avancer, ne pas s'attarder
à rapprocher de cet aphorisme
La poésie est de toutes les eaux vives celle qui s'attarde le moins au reflet de ses ponts
Je mettrais en 2) la catharsis indispensable à tout créateur, se débarasser des certitudes, du confort de la pensée, se remettre en cause
Une force destructrice ( voir l'aphorisme 3 qui peut rappeller le mythe d'Orphée et sa lyre (non?) et l'aphorisme 4 ac un éclatement de la vérité)
Attention pour le 4 tu paraphrases !
Insiste aussi sur l'énergie, très forte, de
Les poèmes sont des bouts d'existance incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort.
et les oxymores existence. mort ; incorruptible/répugnant (le répugnant des corps en décomposition)
Force destructrice de soi, de ses appuis ; force cosntructive devant la mort les horreurs
Élan de survie, pour soi et pour les autres
Le poète est la partie de l'homme réfractaire aux projets calculés. Il peut être appelé à payer n'importe quel prix ce privilège ou ce boulet. Il doit savoir que le mal vient toujours de plus loin qu'on ne croit, et ne meurt pas forcément sur la barricade qu'on lui a choisie.
Après la fonction cathartis, la fonction liberté, le poète irréductible ; mais aussi le prix à payer : aucune certitude, aucun confort. Le mal le surprendra toujours, inattendu, et réapparaîtra là où on l'attend le moins
Cependant, de quoi ou de qui peut-on être absolument sûr ?
Le poète est la partie de l'homme réfractaire aux projets calculés. Il peut être appelé à payer n'importe quel prix ce privilège ou ce boulet. Il doit savoir que le mal vient toujours de plus loin qu'on ne croit, et ne meurt pas forcément sur la barricade qu'on lui a choisie.
Après la fonction cathartis, la fonction liberté, le poète irréductible ; mais aussi le prix à payer : aucune certitude, aucun confort. Le mal le surprendra toujours, inattendu, et réapparaîtra là où on l'attend le moins
Cependant, de quoi ou de qui peut-on être absolument sûr ?
Bonjour, je suis désolé pour n'avoir pas répondu ce matin à 00:50, j'étais trop fatiguée pour me concentrer et répondre.
Alors, vous m'aviez proposé comme fonction la catharsis, pourriez-vous me rappeler cette notion? La seule chose dont je me souvienne c'est que c'est Aristote qui l'a définit.
Sinon, je trouve que la fonction liberté est une très bonne idée, je n'y avais pas pensé!
"aucune certitude, aucun confort" cela est en rapport avec " ne meurt pas forcément sur la barricade qu'on lui a choisie." Soit le poète n'est pas mettre de son destin.
Autrement, je n'ai pas compris le dernier aphorisme, pourtant vos réponses avaient l'air très claires.
"En poésie, on n'habite que le lieu que l'on quitte, on ne crée que l'œuvre dont on se détache, on n'obtient la durée qu'en détruisant le temps."
Faire table rase des acquis pour créer. Ne jamais être sur de rien. Se remettre en cause sans cesse. Avancer, ne pas s'attarder
à rapprocher de cet aphorisme
La poésie est de toutes les eaux vives celle qui s'attarde le moins au reflet de ses ponts
En fait, " on n'obtient la durée qu'en détruisant le temps" expliquerait le fait qu'il faut " Avancer, ne pas s'attarder" d'où la notion de temps et de durée . Mais c'est plutôt " on n'habite que le lieu que l'on quitte". Je n'ai pas du tout compris ce que Char a voulu dire par là.
Voilà, je vous remercie pour vos réponses très constructives qui m'ont déjà beaucoup apportées.
catharsis : la purification
"le poète n'est pas maître de son destin " : pour autant que je connais Char, je dirais : fausse piste ! il est très maître de son écriture, de sa création, et de lui-même
Attention ce n'est pas lui, le poète, qui ne meurt pas sur la barricade qu'il a choisie, mais : le mal (le mal vient… et meurt…) S'il avait parlé de lui, il aurait écrit
Il doit savoir que le mal vient toujours de plus loin qu'on ne croit, et qu'il ne meurt pas forcément sur la barricade qu'on lui a choisie. (il doit savoir que… et que…)
Hum non là aussi c'est le mal puisque les deux conjonctives ont la même fonction (complèment de "il doit savoir-
Donc il aurait écrit tout autrement
Cependant j'ai réfléchi un peu avant de bien comprendre
Le mal est un ennemi surprenant, inattendu, et même si on tente de le pièger (la barricade) il n'y meurt pas toujours
Mais quel mal ? Char avait tellement d'exigences de vie !
"En poésie, on n'habite que le lieu que l'on quitte, on ne crée que l'œuvre dont on se détache, on n'obtient la durée qu'en détruisant le temps."
ce sont des paradoxes. je crois qu'il veut dire par là que la poésie n'est jamais achevée, toujours en devenir en reconstruction
Très bien, merci beaucoup pour vos réponses!!!!!!!
Ce forum est vraiment bien!!!!
Avec plaisir Guyguy, ce fut un plaisir pour moi que de t'éclairer un peu sur un de mes poètes préférés
Demain sur France-Inter "Centmille ans d'histoire " à 13h30 l'émission lui est consacrée et sans doute des programmes sur France-Culture, si tu as le temps ça peut te donner des points de vue
Merci pour ce renseignement, j'irais regarder!!!!!!! Je n'ai pas encore tout à fait fini de réviser mon français pour l'oral donc je reviendrai sûrement poser des questions sur ce forum ( je pense notamment à dogme de Voltaire).
Merci encore pour tout