Giono, Un roi sans divertissement - La messe se passa sans incidents…

Entraide scolaire

11 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,
je dois réaliser un commentaire sur le passage de la messe de minuit du livre "Un roi sans divertissement" de Jean Giono. Je vous joins l'extrait pour ceux qui n'auraient pas le livre.

Ce que j'ai compris:
Langlois commence à comprendre M.V. Il dit que ce n'est pas un monstre -> c'est un homme comme les autres. Il comprend que les meurtres qu'il fait sont des moyens de divertissement et que la fête du soir sera un divertissement et donc personne ne disparaîtra ce soir. On peut voir un quiproquo (pas sûr .. ?) entre le curé et Langlois, en effet, le curé dit que si il n y a pas de meurtres c'est grâce à la grâce divine et il félicite langlois pour reconnaître cela. Mais ce n'est pas ce qu'il voulait dire… Ensuite lorsqu'il dit ce qu'il pense, le curé est choqué. Langlois cherche vraiment à comprendre en profondeur, alors que le curé reste très superficiel en ce qui concerne la vision qu'il a de M.V. Les phrases : "C'est drôle, hein, monsieur le curé ! A quoi tient la vie quand même !" relève du tragi-comique (que dire de plus ? qu'en conclure ?)
De même : "«Je comprends tout, se dit-il, et je ne peux rien expliquer. Je suis comme un chien qui flaire un gigot dans un placard.« " relève d'un comique bouffon, de l'opéra-bouffe (mais que dire à ce sujet ?)
Enfin, à la fin du dialogue avec Saucisse: ils comparent les femmes à des perdrix, tourterelles, bécasses : Pourquoi ?

Pour l'axe : je trouve seulement : en quoi la messe constitue un divertissement ? mais ça n'englobe pas bien ce que j'ai trouvé…


Voilà ce que j'ai compris de ce passage, ce qui est malheureusement très faible 😞 😞 😞
En espérant que vous puissiez m'éclairer, je vous remercie d'avance

Voici l'extrait qui se situe aux pages 56 à 58 (pour ceux qui auraient le livre) :

La messe se passa sans incidents. Elle fut magnifique. Les cierges brasillaient en buissons et même M. le curé se paya le luxe de mettre dans chaque encensoir une petite pincée de vrai encens. Dès que la fumée balsamique commença à se répandre en orbes balancés dans le petit vaisseau de l'église, Langlois (qui pensait à toutes les églises du canton) eut la certitude que la nuit se passerait sans rapt. «Je comprends tout, se dit-il, et je ne peux rien expliquer. Je suis comme un chien qui flaire un gigot dans un placard.«
A la sortie, M. le curé participa lui-même à la bonne garde de son troupeau. Il se sentait, dit-il, personnellement responsable. Il ne neigeait plus. La nuit était serrée dans un calme de fer. Cela fit une procession au long de laquelle les cierges et les flambeaux avaient des flammes droites comme des fers de lances.
- Je suis très content que tout le monde soit rentré sans encombre, dit M. le curé à Langlois qui raccompagnait au presbytère.
- Il ne pouvait rien se passer ce soir, dit Langlois.
- Pour être un soldat qui a été un héros sur les champs de bataille, dit M. le curé, vous n'en avez pas moins une connaissance exacte des puissances de la messe, je vous en félicite. Avouez que le monstre ne peut pas approcher du sacrifice divin.
Langlois et M. le curé, portant chacun un cierge, se trouvaient à ce moment-là tous les deux seuls au seuil du presbytère; c'est-à-dire à l'orée du village; et, à cent mètres au-delà d'un petit pré, on voyait dans la nuit très noire la muraille très noire de la forêt.
- En vérité, dit Langlois, je ne voudrais pas vous troubler, monsieur le curé, mais je crois qu'il s'en approche fort bien et je crois, au contraire, que c'est parce qu'il s'en est approché que nous n'avons rien risqué.
- La grâce divine ? demanda M. le curé.
- Je ne sais pas comment cela peut s'appeler, dit Langlois. Nous sommes des hommes, vous et moi, poursuivit-il, nous n'avons pas à nous effrayer de mots, eh bien, mettons qu'il ait trouvé ce soir un divertissement suffisant.
- Vous m'effrayez, dit M. le curé.
- Je ne sais pas encore très bien ce que je veux dire, dit Langlois; peut-être ne le saurai-je jamais, mais je voudrais bien le savoir. Il est encore trop tôt pour qu'il soit là-bas, poursuivit Langlois en pointant son index vers la lisière ténébreuse des bois. Peut-être même n'y viendra-t-il pas ce soir mais il pourrait fort bien y être et nous guetter sans que nous risquions grand-chose, vous et moi. Nous lui donnons déjà tous les deux, avec nos cierges, tout ce dont il a besoin. C'est drôle, hein, monsieur le curé ! A quoi tient la vie quand même !
Il eut tout de suite l'impression d'avoir dit une incongruité. Le curé le lui fit bien sentir en lui souhaitant à peine le bonsoir. Quand la porte du presbytère se fut refermée et qu'il eut entendu claquer les deux verrous, Langlois souffla son cierge et retourna au Café de la route en sifflotant un petit air.
- Alors, lui dit saucisse, tu les as rentrées tes bécasses
- Bécasses, tourterelles et perdrix, j'ai tout rentré, dit Langlois. Donne-moi un coup de schnick, j'en ai froid au ventre. Ce n'est pas un monstre. C'est un homme comme les autres. Ce qu'il faudrait, veux-tu que je te le dise c'est la messe de minuit, du premier janvier à la Saint- Sylvestre et sans interruption.
- Tu l'as dit, bouffi, dit-elle en lui donnant sa chandelle.
C'est une bonne analyse.
Il te faut approfondir ce que tu as commencé à percevoir : "l'incongruité" de cette tragi-comédie.
Face-à-face, un curé, censé être un spécialiste des âmes, et qui n'a aucune intuition… un soldat rustaud qui se fie à son instinct de chasseur…
En filigrane, une caricature implicite du "bon berger" qui ne sait pas protéger son troupeau… Il faut ce soir-là un loup pour protéger les brebis. Giono, en bon agnostique, se moque des fausses consolations de la religion. Son pessimisme met en doute la possibilité d'un rachat et d'un salut. C'est implicite…
Quant aux oiseaux, ils désignent de manière comique et symbolique la gent féminine (demoiselles, femmes, y compris les plus sottes) qui aurait pu être des proies pour le prédateur.
Ne pas oublier la notion de divertissement. Dans cette scène, le sacrifice de la messe - les flambeaux sont comme des lances - a un temps comblé le désir du sang qui caractérise le meurtrier, et dont on sait qu'il est ici d'ordre essentiellement esthétique.
Tout d'abord, merci beaucoup pour vos réponses!
En ce qui concerne l'axe, comment le formuleriez-vous ?

Enfin: la répétition de "très noire" est-elle une hyperbole ? Et quel est le nom de cette figure de style, de cette répétition ?
("on voyait dans la nuit très noire la muraille très noire de la forêt.")

"Quand la porte du presbytère se fut refermée et qu'il eut entendu claquer les deux verrous, Langlois souffla son cierge et retourna au Café de la route en sifflotant un petit air."
->Ici, il éteint son cierge et retourne au café en sifflotant un petit air : il est si sûr que le meurtrier ne viendra pas qu'il se permet une telle tranquillité, insouciance en rentrant sans lumière et en sifflotant ?

Merci d'avance !
La répétition est en elle-même une figure de style qui marque l'insistance.
L'extinction du cierge manifeste la confiance de Langlois en lui-même, le sentiment du devoir accompli et peut-être le mépris pour les superstitions.
Merci, pour vos réponses.

En ce qui concerne l'axe, j'avais pensé à le formuler comme cela : En quoi la messe de minuit constitue l'élément déclencheur permettant à Langlois de comprendre les motivations de M.V. ?

Pour mon plan : - montrer que la messe = divertissement (vue et odorat particulièrement stimulés, dite "magnifique" dans le passage, amène Langlois à rêvasser et à penser aux autres églises) => la beauté de la messe vient s'opposer à l'ennui qui est souvent caractérisé par l'hiver. A noter le fait que la neige est arrêtée de tomber, c'est comme si l'ennui s'arrêtait. La messe = divertissement

- Montrer que Langlois comprend le motivations de M.V. et qu'il s'oppose à la vision des autres qui, au final, ne comprennent rien de ce qu'il se passe. Cela fait prendre conscience à Langlois qu'il n'y aura pas de meurtre pendant cette nuit de manière instinctive. Il se compare à un chien qui flaire un gigot dans un placard, ce qui image l'intuition de Langlois. La familiarité, le ton oral de cette comparaison souligne le fait que Langlois a un style campagnard, paysan. Et pourtant il semble mieux comprendre la psychologie de M.V. que le curé lui-même qui devrait, de par sa fonction, être un spécialiste des âmes et qui, finalement, ne comprend pas grand chose de ce qui arrive. Ceci est particulièrement souligné dans le dialogue où on peut voir un quiproquo entre les deux hommes (le curé dit que si il n y a pas de meurtres c'est grâce à la grâce divine et il félicite Langlois pour reconnaître cela. Mais ce n'est pas ce qu'il voulait dire… Ensuite lorsqu'il dit ce qu'il pense, le curé est choqué. Langlois cherche vraiment à comprendre en profondeur, alors que le curé reste très superficiel en ce qui concerne la vision qu'il a de M.V.). On peut voir une démystification de la messe de minuit, qui n'apparaît ici que comme un simple spectacle. (utilisation du mot divertissement en particulier pour caractériser la messe, à noter aussi une réf. directe au titre) On retrouve ensuite l'intuition de Langlois concernant MV. Il rajoute qu'il aimerait bien comprendre cette intuition, comprendre en profondeur et non superficiellement comme les autres. Peut-on y voir une valeur proleptique (anticipation de la fin du récit : car Langlois va tellement comprendre les motivations de MV qu'il va commencer à avoir la même attirance vers l'esthétique du Mal). Il y a-t-il aussi une ironie tragique ? (c'est le cas à la deuxième lecture: en effet, on sait que c'est parce qu'il va comprendre MV, qu'il va "s'initier" à la même fascination de l'horreur et du Mal)
Ensuite, le tragi-comique souligne l'incongruité de ce qu'il a dit, et pourtant il a raison, ce qui souligne le fait qu'il soit le seul à comprendre. Le curé ferme la porte du presbytère à double tours alors que Langlois éteint sa bougie et retourne en sifflotant au Café, il se permet cela car il sait que rien ne se passera ce soir-là. Il s'oppose ici encore une fois à l'attitude du curé. A la fin, comparaison du peuple avec des oiseaux: ils sont naifs et sujet à être attaqués, reprend la comparaison du troupeau auparavant : les gens sont des animaux chassés. Langlois conclue le passage en disant que MV = homme comme les autres et il faudrait des fêtes toute l'année = ce qui motive MV c'est le divertissement provoqué par l'esthétique du Mal


Voilà mon analyse, pourriez-vous la relire et la commenter (si vous auriez dit les choses différemment/ si vous n'êtes pas d'accord avec ce que je dit, etc.) ?

Merci d'avance !
C'est très bien. Autant que je puisse en juger, vous percevez bien les enjeux de ce passage, et même de l'œuvre tout entière. Attention à ne pas paraphraser au lieu de commenter, mais ce sont des idées "jetées" sur le papier, et fort bonnes. Je ne sais pas ce que Jean-Luc en pensera.
Autre petite question, Est-ce qu'on peut dire que magnifique est une hyperbole ? Une hyperbole qui viendrait accentuer l'ennui habituel du village ?
Le mot est toujours hyperbolique : son sens étymologique comporte à la fois l'idée de grandeur et de somptuosité. Ce sens s'oppose évidemment au quotidien du village, fait de grisaille et de "mornitude".
Ah ! la couleur du sang !
Vous connaissez bien sûr les dernières pages du roman ?
Oui, bien sûr. Merci !

Une dernière question concernant sa comparaison à un chien flairant un gigot ( Je comprends tout, se dit-il, et je ne peux rien expliquer. Je suis comme un chien qui flaire un gigot dans un placard.«)
Est-ce que cette comparaison relève du grotesque ? (dans ce cas le tragique de sa réflexion et le grotesque formeraient une esthétique baroque pour cette comparaison)

Ou relève-t-elle plutôt de l'opéra-bouffe ?
Opéra-bouffe, sûrement pas. Plus simplement, Langlois puise une comparaison dans un domaine qui lui est familier, ce n'est pas un "intellectuel". Cette comparaison fait sourire du fait du décalage entre les tentatives d'explication qu'il pourrait formuler et ce qui s'y substitue. Chez l'auteur, il y a peut-être aussi un renvoi au thème de la piste (cf l'épisode du loup). Langlois est physiquement mû par une force qu'il ne contrôle pas, une force "primitive" en quelque sorte, quelque chose qui se sent, qui ne s'explique pas.