Bonjour à toutes et à tous,
Tout d'abord merci d'avance pour ceux et celles qui auront pris le temps de me lire.
Je suis en classe de seconde, et je viens d'achever ce matin la lecture du roman Manon Lescaut de l'Abbé Prévost. Notre professeur nous a demandé de réaliser un commentaire composé sur un des passages du roman pour lundi (d'après lui rarement étudié).
Je connais la "méthode" du commentaire mais j'en ai que très peu réalisé. J'ai pu noter quelques idées sur mon brouillon et rédiger quelques phrases (voir en bas de publication), mais je ne parviens pas à construire un plan. Serait-il possible de me donner quelques pistes?
(Notre professeur nous a donné aucune indication, pas même le projet de lecture)
Le passage à commenter est le suivant:
Manon Lescaut
- Arguments : personnage manipulateur
- La phrase suivante en dévoile d’avantage sur son personnage : « tu sais, toi, […] comment te défaire d’un amant désagréable ou incommode. » Manon est le personnage type de la femme sous la Régence, partagée entre la vertu et le vice
- Le terme « friponne » est un terme révélateur de la nature de Manon Lescaut
- Elle n’est pas du tout du même monde que Des Grieux ; pourtant elle semble avoir reçu une certaine éducation : elle est capable de citer des vers de Racine de tête.
- Personnage dépendant de l'argent
Des Grieux
- Interpellation du lecteur « Donnez-moi »
- Des Grieux, en tant que narrateur, ajoute un regard rétrospectif sur la scène
- « La résolution fut prise de faire une dupe de G… M…, et par un tour bizarre de mon sort, il arriva que je devins la sienne. » : commentaire rétrospectif qui témoigne du tragique de la situation (également pathétique?)
- Personnage naïf
- Des Grieux ne fait pas de G…M…. un monstre, mais un jeune homme aimable, qui présente ses excuses pour la conduite de son père et se montre désireux de gagner l’amitié d’un chevalier (dans les pages précédents le passage). Il accentue aussi la symétrie en donnant à Manon exactement le même type de dessein que celui qu’elle a eu envers le vieux G…M… : « Je veux l’écouter, accepter ses présents, et me moquer de lui ». Plus méfiant que le père, le fils prend ses précautions pour n’offrir ses richesses qu’une fois la proie tenue.
- Nous pouvons remarquer dans le récit de Des Grieux que le langage garde une sobriété classique. Le recours à la litote vient apporter un contrepoids à la fureur en atténuant une appréciation sur le plan de la formulation. Ainsi Des Grieux, pour suggérer les écarts de Manon tout en préservant sa propre sensibilité, déclare : « Je m’aperçus, à mon retour, qu’on ne l’avait pas désespéré par un accès de rigueur ». La litote laisse deviner la générosité de Manon à l’égard du jeune G…M….
- Utilisation du futur proche : « Elle allait être maîtresse de son cœur et de sa fortune, et, pour gage de ses bienfaits, il était prêt à lui donner un carrosse, un hôtel meublé, une femme de chambre, trois laquais et un cuisinier. Voilà un fils, dis-je à Manon, bien autrement généreux que son père. »
Fin du passage
Nous pouvons appréhender l’intrusion du comique au cours de la tragédie comme « une parodie de la réalité menaçante ». On peut en effet penser que le couple s’offre un divertissement pour conjecturer le mauvais sort comme c’est le cas dans le jeu parodique ; nous savons que Des Grieux craint que Manon ne tombe dans son propre piège : « Le projet est joli, lui dis-je, mais tu ne songes pas, mon pauvre enfant, que c’est le chemin qui nous a conduits droit à l’Hôpital. ». Et pourtant il donne la réplique à Manon qui « en ajustant des vers de Racine », se veut rassurante : « Moi ! vous me soupçonnez de cette perfidie ? / Moi ! je pourrais souffrir un visage odieux, / Qui rappelle toujours l’Hôpital à mes yeux ? ». Et des Grieux poursuit la parodie : « J’aurais peine à penser que l’Hôpital, Madame, Fût un trait dont l’Amour l’eût gravé dans votre âme. ». Cette parodie de Racine à laquelle se livrent les deux amants, après la proposition du jeune G…M…, apporte une note de fantaisie et témoigne d’une incapacité à rebondir alors même que Des Grieux a déjà fait les frais de la légèreté de Manon. Une fois encore, la comédie tourne mal et Des Grieux se heurte à l’ambiguïté du personnage de Manon (puisque Manon cède au jeune G…M…). Il y a par conséquent un mélange de gravité et de fantaisie.
Thèmes
- La Régence
- Le règne de l’argent
- Le goût du plaisir et du bonheur
Ouverture:
- Opposition avec la Princesse de Clèves (roman que j'ai également lu)
Cordialement
Tout d'abord merci d'avance pour ceux et celles qui auront pris le temps de me lire.
Je suis en classe de seconde, et je viens d'achever ce matin la lecture du roman Manon Lescaut de l'Abbé Prévost. Notre professeur nous a demandé de réaliser un commentaire composé sur un des passages du roman pour lundi (d'après lui rarement étudié).
(Notre professeur nous a donné aucune indication, pas même le projet de lecture)
Le passage à commenter est le suivant:
Elle me remercia de la bonne opinion que j’avais d’elle, et elle me promit de recevoir les offres de G… M… d’une manière qui lui ôterait l’envie de les renouveler. Non, lui dis-je, il ne faut pas l’irriter par une brusquerie. Il peut nous nuire. Mais tu sais assez, toi, friponne, ajoutai-je en riant, comment te défaire d’un amant désagréable ou incommode. Elle reprit, après avoir un peu rêvé : Il me vient un dessein admirable, s’écria-telle, et je suis toute glorieuse de l’invention. G… M… est le fils de notre plus cruel ennemi ; il faut nous venger du père, non pas sur le fils, mais sur sa bourse. Je veux l’écouter accepter ses présents, et me moquer de lui. Le projet est joli, lui dis-je, mais tu ne songes pas, mon pauvre enfant, que c’est le chemin qui nous a conduits droit à l’Hôpital. J’eus beau lui représenter le péril de cette entreprise, elle me dit qu’il ne s’agissait que de bien prendre nos mesures, et elle répondit à toutes mes objections. Donnez-moi un amant qui n’entre point aveuglément dans tous les caprices d’une maîtresse adorée, et je conviendrai que j’eus tort de céder si facilement. La résolution fut prise de faire une dupe de G… M…, et par un tour bizarre de mon sort, il arriva que je devins la sienne. Nous vîmes paraître son carrosse vers les onze heures. Il nous fit des compliments fort recherchés sur la liberté qu’il prenait de venir dîner avec nous. Il ne fut pas surpris de trouver M. de T…, qui lui avait promis la veille de s’y rendre aussi, et qui avait feint quelques affaires pour se dispenser de venir dans la même voiture. Quoiqu’il n’y eût pas un seul de nous qui ne portât la trahison dans le cœur, nous nous mîmes à table avec un air de confiance et d’amitié. G… M… trouva aisément l’occasion de déclarer ses sentiments à Manon. Je ne dus pas lui paraître gênant, car je m’absentai exprès pendant quelques minutes. Je m’aperçus, à mon retour qu’on ne l’avait pas désespéré par un excès de rigueur. Il était de la meilleure humeur du monde. J’affectai de le paraître aussi. Il riait intérieurement de ma simplicité, et moi de la sienne. Pendant tout l’après-midi, nous fûmes l’un pour l’autre une scène fort agréable. Je lui ménageai encore, avant son départ, un moment d’entretien particulier avec Manon, de sorte qu’il eut lieu de s’applaudir de ma complaisance autant que de la bonne chère. Aussitôt qu’il fut monté en carrosse avec M. de T…, Manon accourut à moi, les bras ouverts, et m’embrassa en éclatant de rire. Elle me répéta ses discours et ses propositions, sans y changer un mot. Ils se réduisaient à ceci : il l’adorait. Il voulait partager avec elle quarante mille livres de rente dont il jouissait déjà, sans compter ce qu’il attendait après la mort de son père. Elle allait être maîtresse de son cœur et de sa fortune, et, pour gage de ses bienfaits, il était prêt à lui donner un carrosse, un hôtel meublé, une femme de chambre, trois laquais et un cuisinier. Voilà un fils, dis-je à Manon, bien autrement généreux que son père. Parlons de bonne foi, ajoutai-je ; cette offre ne vous tente-t-elle point ? Moi ? répondit-elle, en ajustant à sa pensée deux vers de Racine :Voici quelques idées:
Moi ! vous me soupçonnez de cette perfidie ?
Moi ! je pourrais souffrir un visage odieux,
Qui rappelle toujours l’Hôpital à mes yeux ?
Non, repris-je, en continuant la parodie :
J’aurais peine à penser que l’Hôpital, Madame,
Fût un trait dont l’Amour l’eût gravé dans votre âme.
Manon Lescaut
- Arguments : personnage manipulateur
- La phrase suivante en dévoile d’avantage sur son personnage : « tu sais, toi, […] comment te défaire d’un amant désagréable ou incommode. » Manon est le personnage type de la femme sous la Régence, partagée entre la vertu et le vice
- Le terme « friponne » est un terme révélateur de la nature de Manon Lescaut
- Elle n’est pas du tout du même monde que Des Grieux ; pourtant elle semble avoir reçu une certaine éducation : elle est capable de citer des vers de Racine de tête.
- Personnage dépendant de l'argent
Des Grieux
- Interpellation du lecteur « Donnez-moi »
- Des Grieux, en tant que narrateur, ajoute un regard rétrospectif sur la scène
- « La résolution fut prise de faire une dupe de G… M…, et par un tour bizarre de mon sort, il arriva que je devins la sienne. » : commentaire rétrospectif qui témoigne du tragique de la situation (également pathétique?)
- Personnage naïf
- Des Grieux ne fait pas de G…M…. un monstre, mais un jeune homme aimable, qui présente ses excuses pour la conduite de son père et se montre désireux de gagner l’amitié d’un chevalier (dans les pages précédents le passage). Il accentue aussi la symétrie en donnant à Manon exactement le même type de dessein que celui qu’elle a eu envers le vieux G…M… : « Je veux l’écouter, accepter ses présents, et me moquer de lui ». Plus méfiant que le père, le fils prend ses précautions pour n’offrir ses richesses qu’une fois la proie tenue.
- Nous pouvons remarquer dans le récit de Des Grieux que le langage garde une sobriété classique. Le recours à la litote vient apporter un contrepoids à la fureur en atténuant une appréciation sur le plan de la formulation. Ainsi Des Grieux, pour suggérer les écarts de Manon tout en préservant sa propre sensibilité, déclare : « Je m’aperçus, à mon retour, qu’on ne l’avait pas désespéré par un accès de rigueur ». La litote laisse deviner la générosité de Manon à l’égard du jeune G…M….
- Utilisation du futur proche : « Elle allait être maîtresse de son cœur et de sa fortune, et, pour gage de ses bienfaits, il était prêt à lui donner un carrosse, un hôtel meublé, une femme de chambre, trois laquais et un cuisinier. Voilà un fils, dis-je à Manon, bien autrement généreux que son père. »
Fin du passage
Nous pouvons appréhender l’intrusion du comique au cours de la tragédie comme « une parodie de la réalité menaçante ». On peut en effet penser que le couple s’offre un divertissement pour conjecturer le mauvais sort comme c’est le cas dans le jeu parodique ; nous savons que Des Grieux craint que Manon ne tombe dans son propre piège : « Le projet est joli, lui dis-je, mais tu ne songes pas, mon pauvre enfant, que c’est le chemin qui nous a conduits droit à l’Hôpital. ». Et pourtant il donne la réplique à Manon qui « en ajustant des vers de Racine », se veut rassurante : « Moi ! vous me soupçonnez de cette perfidie ? / Moi ! je pourrais souffrir un visage odieux, / Qui rappelle toujours l’Hôpital à mes yeux ? ». Et des Grieux poursuit la parodie : « J’aurais peine à penser que l’Hôpital, Madame, Fût un trait dont l’Amour l’eût gravé dans votre âme. ». Cette parodie de Racine à laquelle se livrent les deux amants, après la proposition du jeune G…M…, apporte une note de fantaisie et témoigne d’une incapacité à rebondir alors même que Des Grieux a déjà fait les frais de la légèreté de Manon. Une fois encore, la comédie tourne mal et Des Grieux se heurte à l’ambiguïté du personnage de Manon (puisque Manon cède au jeune G…M…). Il y a par conséquent un mélange de gravité et de fantaisie.
Thèmes
- La Régence
- Le règne de l’argent
- Le goût du plaisir et du bonheur
Ouverture:
- Opposition avec la Princesse de Clèves (roman que j'ai également lu)
Cordialement



