Pourquoi Baudelaire a-t-il placé l’ensemble de sa production poétique sous le signe de l’oxymore ?

Littérature

8 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonsoir,

question relative au titre de son unique recueil Les fleurs du mal

Il ne s'agit pas d'un sujet de dissert qu'on m'aurait donné, je demande juste cela par curiosité.

Quel était le rapport de Baudelaire à l'oxymore ? Quels sont ses poèmes/citations les plus représentatifs de son utilisation de l'oxymore?

Lorsqu'il dit «Tout enfant, j'ai senti dans mon cœur deux sentiments contradictoires : l'horreur de la vie et l'extase de la vie » : pensez-vous qu'il exagère pour accentuer le propos ou qu'il a vraiment ressenti cela dès son enfance. Que l'on puisse ressentir une telle chose dans son enfance me laisse perplexe, et encore plus le fait d'en avoir le souvenir.

Et quels sont les grands auteurs, voire penseurs, de l'oxymore ?

EDIT : ainsi que les peintures s'appuyant sur ce rassemblement des contraires (par exemple Melancolia de Dürer.

Merci !
Des notions - et donc des mots - en opposition ne sont pas pour autant des réalités contradictoires qui coexistent, comme c'est le cas de l'oxymore. Chez Baudelaire, il y a alchimie, mais non simultanéité (ou alors les deux éléments restent discernables, et il existe des "correspondances entre eux). On n'est pas dans le "soleil noir" de Nerval.
Le projet de Baudelaire peut se saisir dans cette phrase destinée à une préface des Fleurs du Mal : "J'ai pétri de la boue et j'en ai fait de l'or". Comme vous le constatez, on est ici dans le domaine de la transmutation.
Pour moi, le titre du recueil en tout cas n'est pas un oxymore.
merci à vous deux,

Votre point de vue est très intéressants.

Bonjour,

je reviens vers vous car j'aimerai approfondir la question :

Tu disais, jacques, que l'oxymore suppose nécessairement deux "réalités contradictoires qui coexistent". Le "soleil noir" de Nerval, en est donc un car dans la réalité il n'existe pas de soleil qui soit noir ; tandis que "les fleurs du mal" ne sont pas un oxymore car, si je te comprends bien, lorsque l'on se place sur le plan de la réalité une fleur peut très bien être d'une certaine manière aussi "mauvaise".

cependant je trouve très réducteur de ramener l'oxymore à quelque chose de purement physico-physique. D'autant plus que le mal est bien plus abstrait que la couleur noir, qui touche directement aux sens.

Par ailleurs tu évoques, dans ta démonstration, le fait que Baudelaire ne conçois pas de simultanéité entre les deux éléments qu'il rapproche. Serait-ce donc davantage le cas chez Nerval ? Je ne suis pas sûr de bien comprendre la notion de simultanéité. Pourrais-tu m'aider ? Veux-tu dire que le côté négatif de ce que peux représenter figurativement une fleur ne serait pas constatable au même moment que son côté positif.

Et, si en définitive le titre de "fleurs du mal" ne peut être considéré comme un oxymore, existe-t-il un terme pour désigner un langage imagé qui joue sur l'opposition entre deux termes, tel que le fait Baudelaire dans ce titre ?

Dernière questions : A quoi est assimilé le côté mauvais de la fleur chez Baudelaire ?

Bien sûr je ne peux être que d'accord avec vous pour voir dans ce titre un résumé de son projet poétique d'alchimiste.
À mon avis, le titre des Fleurs du mal peut ne pas être compris comme un oxymore si l'on considère qu'il n'y a pas de correspondance, de lien entre le Beau (la Fleur) et le Bien (et le Mal), qui ne sont pas du même ordre.
Baudelaire ne construit pas à mon sens son oeuvre sur l'oxymore: cette figure de style confond deux contraires, elle brouille les frontières, de sorte que la chose perd ses caractéristiques essentielles. Or Baudelaire ne brouille pas des idéaux contradictoires, il les oppose sans cesse, en de constants allers-retours. Car l'homme est lui-même sujet à un perpétuel conflit entre le Ciel et l'Enfer, qui se traduit par des quêtes d'Idéal et des retombées dans le Spleen, entre élans d'idéal et obstacles matériels. Cela se traduit par exemple par l'opposition de deux figures féminines : Mme Sabatier (idéal) et Jeanne Duval (spleen).
À mon avis, le titre des Fleurs du mal peut ne pas être compris comme une oxymore
Entièrement de ton avis.
Il suffit de penser aux plantes carnivores…
Jèj,

toute la littérature et l'esthétique de Baudelaire se place sous le signe de la dualité et de l'ambigüité. Cela est en partie du à ces conceptions morales sur l'homme et la société, et une phrase comme celle-ci, extraite de Mon coeur mis à nu peut en partie l'expliquer : " Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan. L'invocation à Dieu, ou spiritualité, est un désir de monter en grade ; celle de Satan ou animalité, est une joie de descendre." D'où aussi la partition entre Spleen et idéal, ou même la symétrie Fleurs du mal/Spleen de Paris (inachevé mais que Baudelaire concevait comme le "pendant" aux FM).
J'espère que ça t'éclaire un peu!
jèj, je n'ai pas vu à temps vos demandes d'explications, mais d'autres y ont répondu à ma place.
Il y a peut-être deux Baudelaire dans la vie d'ici-bas, mais dans la création poétique, il est unique, comme tout poète qui, en criant la Vérité, ébranle jusqu'aux murs des cités. Tout est alchimie chez le poète, et la fleur s'épanouira d'autant plus somptueusement que le fumier qui la nourrit empestera plus cruellement. Cette puanteur suave sera son oxymore quand il aura trouvé le chemin de la vie loin de son cortège d'amertume…
Quand Baudelaire écrit Rêve exotique, il jubile, quand il écrit Spleen, il jubile encore, sinon il serait muet. L'acte créateur comporte une force qui ne jaillit de l'âme que si celle-ci se sent prête à conquérir le Ciel et à faire la chasse aux étoiles, et non pas tant qu'elle gît recroquevillée dans les tortures de l'esprit ou la douleur des corps.
Un soir où Nerval n'aura pu faire naître une rose nouvelle, il offrira son cou à d'horribles lèvres.
Baudelaire écrit ces lignes célèbres dans ses Notes nouvelles sur Edgar Poe :
Ainsi le principe de la poésie est strictement et simplement l'aspiration humaine vers une Beauté supérieure, et la manifestation de ce principe est dans un enthousiasme tout à fait indépendant de la passion, qui est l'ivresse du cœur, et de la vérité, qui est la pâture de la raison. Car la passion est chose naturelle, trop naturelle même, pour ne pas introduire un ton blessant, discordant dans le domaine de la Beauté pure ; trop familière et trop violente pour ne pas scandaliser les purs Désirs, les gracieuses Mélancolies et les nobles désespoirs qui habitent les régions surnaturelles de la Poésie.
Je n'ai fait que le paraphraser.
Dans Mon cœur mis à nu, Baudelaire se place avant tout sur le plan moral.