Valeur modale du subjonctif imparfait (expression du possible)

Langue française

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonsoir à tous,

Je voudrais voir avec vous quelques points de conjugaison française. Et en voici les grandes lignes :

"Donne à manger aux chiens, dussent-ils te mordre." (Voltaire, Zadig) est une phrase où l'emploi du subjonctif imparfait a pour fonction de souligner une éventualité pure, en l’occurrence, celle d'être "mordu" ou plus précisément de recevoir un mal en échange du bien prodigué (en manière d'encouragement à la bonté et à la générosité quelles qu'en fussent les conséquences). Dans ce cas précis, l'éventualité est d'autant plus intemporelle qu'il s'agit d'un proverbe.

Cette survivance d'un tour latin et d'ancien français est élargie à des constructions dépendantes et dont l'une des plus fameuses est celle-ci :

"Hélas ! on ne craint point qu'il venge un jour son père; On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère" (Racine, Andromaque).

où l'emploi du subjonctif imparfait laisse à supposer que le danger n'est nullement le fils, mais plutôt la mère (de qui précisément viendra la "vengeance"). Sorte de petit clin d’œil fait au lecteur.

Littré, quant à lui, propose ceci :

"On craint que la guerre, si elle éclatait, n'entraînât des maux incalculables."

De sorte qu'ici l'éventualité est très tangible par le fait de la proposition hypothétique à l'imparfait.

C'est à présent que j'en viens à André Gide (l'objet de mon intervention) qui écrit :

"Sans doute tout n'est pas égal dans ce petit livre, encore que je n'en voulusse rien retrancher."

Que vous semble-t-il de cette phrase ?

Merci d'avance. 😉
Euh, ne faudrait-il pas : encore que je n'en voulusse rien retrancher ?
Sans doute tout n'est pas égal dans ce petit livre, encore que je n'en voulusse rien retrancher.

Cela semble correspondre à cette remarque de Grevisse.
Après un verbe principal au présent (ou au futur), on a parfois un subjonctif imparfait ou plus-que-parfait dans une langue assez recherchée.
L’imparfait quand le fait exprimé est présenté comme continu dans le passé ; cet imparfait correspond ordinairement à un indicatif imparfait qu’on aurait si l’on transformait la proposition en phrase.
(= Je n'en voulais rien retrancher. )
Oui oui tout à fait. Une petite erreur d'inattention de ma part. J'en suis désolé.

Quant à votre remarque, Jehan, je ne vois pas très bien où celle-ci veut en venir. En quoi cela se rapporte-t-il à la fonction "d'éventualité pure" que peut remplir le subjonctif imparfait et qui m'intéresse ? Je vous prie de bien vouloir expliciter le fond de votre pensée.

Merci d'avance. 🙂
Le subjonctif imparfait n'a pas toujours ce rôle modal particulier dans tous ses emplois, que je sache.
Je n'ai pas trouvé de prime abord qu'il l'avait dans la phrase de Gide, c'est tout.

Mais s'il a ce rôle, on doit pouvoir tourner la phrase avec un conditionnel.
(= Je n'en voudrais rien retrancher.)
Cela dit, dans ce cas, l'on aurait ici davantage l'équivalent d'un conditionnel d'atténuation que d'un conditionnel à valeur d'éventualité.
Oui, pour la valeur de conditionnel :
Le subjonctif imparfait peut être utilisé avec une valeur de conditionnel lorsque la construction de la phrase interdit l’emploi de ce dernier.
"On craint que la guerre, si elle éclatait, n'entraînât des maux incalculables."
C'est une valeur de conditionnel, mais craindre ne peut pas se construire avec le conditionnel, alors qu'on pourrait écrire : On pense que la guerre, si elle éclatait, entrainerait des maux incalculables.

C'est la même chose pour la concessive introduite par "encore que" : "Sans doute tout n'est pas égal dans ce petit livre, encore que je n'en voulusse rien retrancher."
On aurait pu écrire "Sans doute tout n'est pas égal dans ce petit livre, et pourtant je n'aurais rien voulu en retrancher."
Ou plutôt et pourtant je n'en voudrais rien retrancher, puisqu'il y a voulusse et non eusse voulu.
Je suis tout à fait d'accord avec vous deux. Quand la phrase se prête à une telle substitution (c'est-à-dire le conditionnel au lieu du subjonctif avec tout ce que cela entraîne de changements…), sans que s'en altère le sens, alors oui il s'agit d'une éventualité pure de toute temporalité.

Toujours est-il que des écrivains, tels que Georges Duhamel, écrivent ceci :

"Ce n'est point par souci du pittoresque, encore qu'un tel souci trouverait à se justifier."

Et sauf le respect du feu André Gide, je trouve cette phrase plus claire que la sienne.

Cette "infraction" (si j'ose dire) à la règle se poursuit avec Massis poussant la "transgression" (si j'ose encore dire) jusqu'à utiliser un futur, d'où il vient :

"On peut travailler sur un texte… encore que l'érudit préférera toujours se reporter au manuscrit."

Dans ce cas de figure, l'accent est mis sur la réalisation presque certaine du fait énoncé (mais je sors de mon sujet, car il n'est plus question d'éventualité).
Grevisse donne donne deux autres exemples d'indicatifs après encore que :

Encore que précisément ici, je ne vois pas trop l’empêchement d’une traduction quasi littérale (Gide).

Ce refus d’aimer leur temps […] est souvent le propre des vieux, encore que nous le connûmes chez des hommes jeunes (Benda).
Les avis divergent pour le subjonctif après "encore que", de "obligatoire" à "le plus fréquent".
Le subjonctif est courant mais n’est pas toujours obligatoire.
BDLEt on trouve aussi du conditionnel…
Encore que précisément ici, je ne vois pas trop l’empêchement d’une traduction quasi littérale (Gide).

Ce refus d’aimer leur temps […] est souvent le propre des vieux, encore que nous le connûmes chez des hommes jeunes (Benda).
Cette flexibilité que viennent introduire ces auteurs prend précisément racine dans leur volonté de rendre raison d’un état d’âme, ou tout du moins d’une disposition du locuteur.

Ici, l’emploi de l’indicatif (présent et passé) permet, en quelque sorte, d’atténuer l’effet de la proposition. En sorte que nous pourrions très bien remplacer « encore que » par « il est vrai que » ou « pourtant » sans rien changer au sens de la phrase. On peut même dire que la seconde phrase survient après coup à l’esprit du locuteur. D’où il vient qu’un tel emploi me semble conserver intact l’ardeur d’une phrase encore saignante de vie jetée spontanément pour ne pas dire inconsidérément (avec tout le respect que je leur dois, à ces maîtres). Et c’est ainsi, si je puis dire, que s’opère un rapprochement entre l’auteur et le lecteur. On se figurerait même (pour les plus hardis) un Benda ou un Gide entrain de converser avec nous.

De plus, sur le plan grammatical, la concessive apparaît moins comme une subordonnée que comme une coordonnée.

Je trouve cela très très intéressant. Et au fait, merci pour les exemples.

P.S : serait-il quasi impossible d’avoir accès à des précis de syntaxe comme ceux de Grevisse ou autres via internet ? Je serai très reconnaissant à qui pourra m’aiguiller sur un site,…
Bonsoir.

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Bonsoir,

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