Charles Juliet, Lambeaux
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Alors voilà : en vue de l'épreuve écrite du bac, je me gave depuis quelques temps de toutes les oeuvres possibles ( surtout pour les objets d'études : biographique et théâtre ). Je viens de terminer Lambeaux de Charles Juliet ( je l'ai dévoré d'une traite cette nuit ) mais c'est assez dur de trouver seule ce que je peux exploiter dans ce livre, si vous pouviez me guider, m'indiquer les passages importants, les éléments-clé… =)
De même, j'aimerais savoir quelles oeuvres d'Amélie Nothomb je peux utiliser concernant le biographique, et ce que je dois en retenir en particulier… J'ai lu tous ses livres donc toute information m'intéresse ! Je crois que Métaphysique des tubes et Stupeur et tremblements sont intéressants, peut-être également le Sabotage amoureux ?
Merci d'avance 😀
Pour Lambeaux il y a eu un commentaire, regarde sur le fil "entraide scolaire" (enfin lance une recherche) Je peux aussi le relire, en effet c'est un livre que tu lâches pas ; est-ce trop tard si je t'envoie qq chose demain ?
Déjà je peux te dire que pour Juliet ce livre a été une thérapie ; il s'est senti responsable de la supposée folie de sa mère et de sa mort ; lui redonner la parole, la faire revivre par l'écriture a été pour lui une délivrance
=D Jusqu'à lundi soir je suis preneuse de toute info !!! =D Ce serait vraiment super sympa, merci !!! 😀
La dimension de thérapie je l'ai bien perçue, j'ai aussi remarqué une sorte de symétrie entre l'histoire de Charles et celle de sa mère…
Je cours faire une recherche 😉
pour le sabotage, nothomb se défend de dire qu'il s'agit d'une autobiographie…qu'en penser?
😮 Ah ? C'est fou parce que pour moi le sabotage amoureux s'inscrivait dans la continuité de Métaphysique des tubes !
Cela dit elle est quand même bien spéciale notre Amélie Nothomb 😜
Pour Juliet on peut dire qu'il écrit à la fois pour lui ; mais aussi pour sa mère qui n'a jamais pu ou su s'exprimer. Tes mots noués dans ta gorge Rappelle-toi elle jette son cahier dans la rivière ; elle n'arrive pas à trouver un ou une confidente, (sauf un peu sa sœur) Nul pour t'écouter, te comprendre, t'accompagner
😀 Alors comme éléments importants de l'histoire, je pense peut-être à
- la fin de l'école primaire, cette soif d'apprendre stoppée net parce qu'il faut rester à la ferme
- la découverte de la Bible
- le fameux cahier où elle consigne tout
- l'importance des mots chez cette femme, toujours essayer de mettre des mots sur ses maux, la souffrance de ne pas tout pouvoir exprimer
- son existence si médiocre par rapport à ce qu'elle aurait rêvé vivre, ce que peut-être Charles va réparer en la hissant au statut d'héroïne dans son livre, il va lui offrir une place dans le monde, et en plus grâce aux mots auxquels elle tenait tant
- je pense aussi à un épisode à l'hôpital psychiatrique où elle va écrire à la peinture noire sur les murs. Ca va précipiter sa chute, elle 'na plus aucun espoir de sortir, mais c'est à cause des mots, ces mots qui l'étouffaient et qu'il fallait qu'elle écrive à tout prix
- un parallélisme entre l'histoire de charles et celle de sa mère : le même attrait pour les mots, tous deux vont apprendre des pages entières ( elle de la bible lui de son manuel de français ) par coeur, tous deux vont ressentir le besoin d'écrire à tout prix
- tous deux sont assez singuliers, différents des autres à l'école, ils sont peut-être trop matures pour être compris
- l'errance de Charles, le besoin d'écrire qui va le pousser à arrêter ses études de médecine et même, grâce à sa femme, son métier de prof de physique-chimie
- entre le moment où il décide d'écrire et celui où il écrit vraiment, il se passe longtemps, il écrit des choses dont il n'est pas satisfait, et c'est lorsqu'il s'intéresse à sa propre histoire qu'il va toucher le fond pour finalement guérir totalement. Une vraie thérapie par l'écriture, il a trouvé enfin un sens à sa vie, grâce aux mots.
Ses motivations pour écrire cette biographie/autobiographie :
- la quête de soi
- une thérapie, soigner un mal-être
- faire revivre sa mère : elle qui rêvait de grandiose, l'immortaliser grâce aux MOTS qui étaient si chers pour elle, dénoncer aussi peut-être l'injustice dans sa vie ( notamment sa mort !!! Morte de faim à l'hôpital psychiatrique ! )
- peut-être un rôle de confession aussi d'une certaine manière puisqu'il va se soulager du poids qui pesait sur ses épaules : il se sentait responsable de la tentative de suicide de sa mère ( à un moment il écrit deux fois de suite quelque chose comme "Ô mère pardonne à l'enfant qui t'a donné la mort" il me semble ) et rétablir la vérité et la justice sur son histoire, au-delà des préjugés de la campagne, c'est un moyen de racheter sa "faute", non ?
et j'y pense le fait de s'adresser à la deuxième personne à sa mère, ça lui permet peut-être d'instaurer un dialogue entre eux, chose qui n'a jamais eu lieu en vrai ! Et dire "tu" à lui-même… c'est pour prendr du recul, bien marquer une rupture entre celui qui écrit et celui dont il parle, même s'ils ne sont qu'un ?
Hummm voilà ce que j'arrive à en tirer… Je n'ai rien trouvé sur internet ni à la bibliothèque, donc c'est une rélfexion personnelle, si j'ai dit quelque chose de faux dites-le moi ! 😀
Et merci beaucoup Léah pour ton aide 😀
Rien à redire vraiment !
Cependant tu zappes la mère adoptive, qui a une telle importance consolatrice pour l'enfant, la sécurité, et la peur d'être abandonné, qui hante son enfance et sans doute sa vie d'adulte. La chance aussi qu'il a eu (mais dont bien sûr petit il ne prend pas conscience) d'être accueilli dans cette famille
Les souvenirs d'enfance, la peur d'aller à la cave, ce sont des peurs que beaucoup d'enfants ressentent (on pense à Poil de carotte quand il va fermer le poulailler)
Le double TU : en parlant de sa mère pour être plus proche d'elle, pour la rendre présente ; et en parlant de lui pour se distancier de sa vie comme s'il était un enfant anonyme (ce qu'il est n'ayant pas connu sa vraie mère)
Une certaine difficulté à parler ou s'exprimer, comme sa mère : les lettres à sa mère adoptive ; ce qu'il ne dit pas à sa maîtresse (la femme du chef) ce que tu ne sais ou ne veux dire avec des mots
Bonjours.
Comme vous l'avez déjà dit, c'est une sorte de thérapie pour Juliet.
Je voudrais souligner qu'on peut faire un lien Avec Enfance de Nathalie Saraute puisque dans ce livre, l'auteur est aussi a la rechrerche d'un passé douloureux. En effet dans ce texte on peut voir qu'il y a des moments difficile et que Nathalie Saraute vit le rejet de sa mère comme une vrai catastrophe (ce qui en soi est normal ).
Pour en revenir au sujet, dans Lambeau l'auteur se découvre lui même. En effet, puisqu'il n'a pas connu sa mère il l'invente, et il doit l'imaginer avec le peu de vestiges qu'elle a laissé deriere elle. Etant donné qu'elle ne parlé pas beaucoup non plus, la seul facon pour Juliet de se l'imaginer est de la construire avec ca propre personnalité.
Voila pourquoi cela lui permet de se découvrir d'après moi ( et ma prof de Francais )
J'espere que ca t'aura aidé, bonne chance.
Désolé pour les fautes d'orthographe 😞
Bonjour Nikiya,
C'est très profond et très juste.
Encore deux pistes pour t'aider à approfondir :
- as-tu pensé à justifier le titre ?
- peux-tu expliquer le changement de représentant du pronom au cours du récit entre les deux parties ?
Tu pourrais aller lire ces interviews de Juliet
ici
ainsi que ces pages sur l'oeuvre
là.
et
Lambeaux sur wikipedia
là.Pardonne, ô mère à l'enfant qui t'a poussée dans la tombe
Pardonne, ô mère à l'enfant qui t'a poussée dans la fosse
Et aussi (p. 151 si tu as l'édition Folio) ce passage où (sans l'énoncer clairement) il se sent le porte-parole de "tous ceux et celles" qui n'ont pas su ou pas pu s'exprimer, à partir de ses deux mères Tu les tireras de la tombe. Leur donneras la parole. Formuleras ce qu'elles ont toujours tu …/… à leur suite la cohorte de des baillônés, des mutiques, des exilés des mots
ceux et celles…
Et très important aussi, ce livre est une interrogation sur la parole, sur le smots, comment devient-on écrivain, à partir de quoi ou de qui ; pourquoi, pour témoigner de quoi, pour se délivrer de qui. Et en final un magnifique hymne à la vie, un chant de reconnaissance
😀 Merci beaaaaaaucoup Léah !
Quent*, je n'ai malheureusement pas lu Enfance ! C'est vrai que je n'avais pas encore réfléchi sur le ait que Charles Juliet "interprète" en quelque sorte sa mère en fonction de sa propre vision des choses, cela explique alors la ressemblance entre leurs histoires… En partie du moins !
Merci jean-Luc pour ces liens, j'y cours dès que j'ai fini de répondre ! 😀 En revanche… j'ai du mal à répondre à tes questions ! Lambeaux… Cela se rapporte peut-être au mal-être que sa mère et lui ont pu ressentir : ils se sentaient déchirés, ils ont touché le fond, ils étaient en miettes en quelque sorte ( Sauf que l'un a pu remonter la pente et pas l'autre ) Ca pourrait également qualifier les bribes d'informations qu'il a réussis à trouver sur sa mère, des petits bouts de son histoire à droite et à gauche ?
Le changement de pronom… Bon c'est une rupture… Une rupture entre le biographique et l'autobiographique, entre l'histoire de sa mère et la sienne, mais ça c'est trop évident, ce doit être plus profond que ça… La limite entre ce qu'il raconte grâce à une "enquête" et ce dont il se souvient de lui-même ? Ou bien cela sert à établir un parallélisme entre la mère et le fils ?
→ Edit ( je n'avais pas vu les derniers messages pendant que j'écrivais )
Une dimension poétique, en quelque sorte, de l'oeuvre donc, non ? Charles Juliet choisit vraiment ses mots, le style est très soigné, très étudié…. Peut-être parce que son parcous est inhabituel et découle d'un énorme travail sur soi et son histoire ?
Bonjour Nikiya,
Lambeaux désigne les existences lacérées, mais aussi la mémoire du passé, les mots qu'il faut mettre sur les choses pour les rappeler à la vie… C'est donc une tentative pathétique de rhabiller sa vie avec des oripeaux.
Justement le "tu" marque cette appréhension, ce refus à endosser cet habit de misère… Habituellement, dans l'autobiographie, c'est un "je" qui assume la narration.
Voilà quelques éclairages complémentaires à ta propre analyse qui est déjà fournie et perspicace ! Mais comme tu donnais l'impression d'en redemander…
"oripeaux" au sens propre et au figuré ; on le voit tellement mal ficelé, avec des chaussures trop petites, et ce besoin d'un pull que son père naturel lui refuse…
Il manque d'aisance, dans tous les sens de ce mot
Le JE serait le signe d'un bien-être avec lui-même. Toutefois, le double énonciation (voire même triple, certains parlant d'eux à la 3ème personne) est assez répandu en poésie, depuis le Je est un autre
En tant que lectrice, je n'ai cependant pas ressenti de contraintes en lisant Juliet. Sinon, incapable que je suis à me forcer à lire tout ce qui gêne aux entournures (j'ai fait un louable effort avec les romans de de Beauvoir, mais parce que c'était elle !) je n'aurais pas lu Lambeaux en deux petites heures… Le style est soigné mais ne sent pas du tout l'effort, ça ne patine jamais Et pourtant le sujet douloureux prêtait si facilement à l'écueil… Et il évite aussi le pathos
Enfin, deux "petites" heures, c'est au contraire de ces livres qui ajoutent de l'éternité dans le temps
Merci infiniment pour outes ces précieuses informations !!! 😀
J'entame Une femme d'Annie Ernaux à présent 🙂
excuser moi j'aurai besoin qu'on me donne le contexte historique et littéraire de ce livre le plus rapidement possible
car j'ai un devoir a faire dessus et on ne parle pas des contextes sur net
merci
Tout ce que je peux dire que c'est que notre prof de Français a failli faire venir Charles Juliet au lycée il y a quelques années, mais que ça été considéré comme trop dangereux car il est apparemment un peu…dérangé, disons… 😂