Cherche poème !

Littérature

20 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour !

J'ai une requête à soumettre aux membres éminents de ce forum si fécond (voilà pour la captatio benevolentiae…)…
Voici. Je cherche un exemple de poème qui répondrait aux conditions suivantes : un poème qui briserait la linéarité du temps par le tissu des références qu'il convoque ; un poème qui pourrait prétendre avoir représenté l'éternité, l'infini du temps dans le fini de sa structure ; un poème qui peut-être rendrait caduc l'idée du temps par la multiplicité de ses références et par le caractère incommensurable de son "contenu", tout en rétablissant l'idée du temps dans sa forme. Un poème dont le fond nie (noie) le temps, mais dont la forme dit (voit) le temps.
Si je me suis mal exprimé, demandez-moi de clarifier mon propos. J'ai absolument besoin de votre concours. Peut-être qu'Hugo serait l'auteur idéal ? Ronsard ? Saint John Perse ?
Merci d'avance de braquer vos lumières sur mes zones d'ombre…
Il faut qu'un seul poème réponde à tout cela ?
voui…
c'est improbable ?
je pense, mais bon je ne connais pas par coeur toute la poésie française…
le recueil Eloges de Saint John Perse ne se rapproche-t-il pas de cette idée ?
Hugo a bien dû écrire quelques poèmes dans le genre non ? Hugo a TOUT écrit… (oups, une manifestation bien involontaire de mon hugolâtrie…)
Aidez-moi !
Tu as jusqu'à quand pour ce poème… ?

C'est bien d'être "hugophile", c'est un auteur qu'on fait aller bien trop de soi ! C'est l'écueil des archi-classiques…

Je vais t'aider selon mes ressources, enfin, je vais essayer.
Je synthétise ta demande pour que nous soyons d'accord :

-pas de linéarité, évocation en vrac : passé, présent, avenir…
-l'infini du temps dans le cadre étroit du poème, ce qui rejoint le premier point mais d'un point de vue formel
-le forme qui subjugue l'idée de temps (là, je t'avoue que c'est un peu flou pour moi)
-Une forme qui résout le problème du temps d'un point de vue structurel.

En fin de compte ce que tu cherches tout simplement, c'est un poète/un poéme qui prend à rebords l'expérience du temps, c'est-à-dire, non comme une souffrance, non comme quelque chose à vaincre, mais comme quelque chose qui permet de résoudre les souffrances liées au temps et qui le fixe tout en réussissant à l'évoquer et le dépasser grâce à son contenu.
Mais ce qui est gênant, c'est comment évoquer le temps dans sa totalité et le dépasser à la fois sur le plan des idées ? Peut-on dépasser le temps ?

c'est bien cela ?
Disons que la linéarité temporelle (qui suit le schéma passé/présent/futur) est rendue caduque par le poème (par exemple par le tissu référentiel, intertextuel qu'il déploie ; je pense par exemple au mélange des références mythiques qui parlent d'un temps, mais d'un temps indéfinissable, insaisissable parce que brisé, étiré, contracté). Mais tout en déployant cet infini, le poème reste dans le temps ; sa forme résout le caractère incommensurable de son propos.
Ce que tu dis est exact : je cherche un poème qui se dégage des troubles tout personnels de l'expérience du temps, tout en rendant compte de ce dernier. Un poème qui fixe l'éternité sans que sa forme sacrifie l'ambition de rester dans le temps.

C'est malheureusement urgent… Ce soir…
Le problème avec Saint-John Perse, c'est que le recueil pourrait répondre à cela mais un poème particulier, je n'en suis pas sûr.

Sinon, comme je n'arrive pas à me représenter exactement ce que tu me décris et que j'ai essayé de reformuler, je te propose pour l'instant, un Nerval :
DELFICA

La connais-tu, Dafné , cette ancienne romance,
Au pied du sycomore, ou sous les lauriers blancs,
Sous l'olivier, le myrte, ou les saules tremblants,
Cette chanson d'amour qui toujours recommence?…

Reconnais-tu le Temple au péristyle immense,
Et les citrons amers où s'imprimaient tes dents,
Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents,
Où du dragon vaincu dort l'antique semence?…

Ils reviendront, ces dieux que tu pleures toujours!
Le temps va ramener l'ordre des anciens jours;
La terre a tressailli d'un souffle prophétique…

Cependant la sibylle au visage latin
Est endormie encor sous l'arc de Constantin
- Et rien n'a dérangé le sévère portique.
Je ne sais pas si cela convient… mais les références temporelles sont éclatées, il n'y a pas d'aspect personnel, enfin si mais il est dépassé, et le temps ne prime pas, enfin bon, je te laisse juger !
Bonjour Hub,

Tu es dans ta quête de l'impossible étoile.

Ce que je pourrais te dire pour te faire avancer, c'est de regarder dans les poèmes la valeur gnomique du présent, car l'éternité pourrait être exprimée comme un éternel présent.

Une autre manière de transposer l'éternité est de recourir à l'immensité. C'est pourquoi les poètes qui ont évoqué l'océan l'ont souvent comparé à l'éternité ou à la permanence et vice-versa.
Aussi tu pourrais outre L'Homme dans la Légende des siècles de Hugo que je t'ai déjà indiqué, aller voir Vieil Océan dans les Chants de Maldoror ou les Cinq grandes odes de Claudel dans ce qui a trait à l'eau principe universel et force de dissolution (deux aspects du temps) ou Les Phares chez Baudelaire.
Bonsoir Jean-Luc,

pourrais-tu m'expliquer plus précisément en quoi Cinq grandes odes de Claudel expriment cette idée de temps infini ? De lui, je n'ai guère que 2 pièces de théâtre… J'avoue ma totale inculture en matière de poésie claudélienne. Y a-t-il un exemple particulièrement signicatif que tu pourrais me signaler ?
Concernant les phares de Baudelaire, je ne vois pas tout à fait en quoi le poème se rattache à l'idée que j'ai péniblement tâché d'expliquer. Je reconnais la grande diversité des références, qui nous donne à voir une temporalité renversée et distendue, mais comment l'idée du temps apparaît-elle dans la structure du poème ?
Bonsoir poilue,
connais-tu suffisamment le recueil Eloges de Saint-John Perse pour m'expliquer en quoi il peut bien s'appliquer à l'idée que j'ai tâché de présenter ?
Merci beaucoup
Suis complètement paumé. J'arrête pas de tourner et retourner les Contemplations et la Légende des Siècles ! Une "hugotite" aiguë me guette !
non, je ne connais pas assez et cela risque d'être trés complexe d'uitliser tout un recueil… mais delfica de t'aide pas ?
sinon, c'est soirée famille, alors je n'ai pas le temps de plus t'aider, je suis sincèrement désolé, en plus cela m'intéressait beaucoup…
snif.
C'est pas grave, je vais essayer de me débrouiller ; en tout cas merci pour ton aide ; si, delfica va me servir, mais pour une autre idée…
bonne soirée à toi !
Bonsoir Hub,
Pour les Phares, la fin :
Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit par mille labyrinthes;
C'est pour les coeurs mortels un divin opium!

C'est un cri répété par mille sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix;
C'est un phare allumé sur mille citadelles,
Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois!

Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge
Et vient mourir au bord de votre éternité!
alors, es-tu venu à bout de cette terrible dissertation sur l'expérience du temps poétique ? as-tu trouvé l'exemple qu'il te manquait ?

vraiment passionant cette dissertation, exaltant… j'ai pu aider, enfin essayer d'aider, deux personnes sur ce sujet, et elle offrait une recherche et une réflexion vraiment riche et surtout très ouverte…
Disons que j'ai essayé, dans la mesure de mes maigres moyens, de disséquer ce sujet terriblement ouvert !
J'ai trouvé chez Jaccottet de remarquables occasions d'évoquer le figement du temps, la fugacité éternelle. Je ne connaissais que moyennement ce poète, et j'avoue que c'est une grande révélation pour moi !
Quant à l'exemple introuvable, il semblerait qu'il soit condamné à le rester… Mais si tu veux m'aider à le dénicher (quand bien même ma dissertation est rendue et que l'enjeu purement scolaire a disparu), n'hésite pas à m'aider !
Je pense que le Lac, d'Alphonse de Lamartine, est un poème qui traite du temps. Il est l'idéal je pense. Mais tu as aussi Quand je suis vingt ou trente mois de Pierre Ronsard.


Le lac

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

" Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! "

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !
Quand je suis vingt ou trente mois
Quand je suis vingt ou trente mois
Sans retourner en Vendômois,
Plein de pensées vagabondes,
Plein d'un remords et d'un souci,
Aux rochers je me plains ainsi,
Aux bois, aux antres et aux ondes.

Rochers, bien que soyez âgés
De trois mil ans, vous ne changez
Jamais ni d'état ni de forme ;
Mais toujours ma jeunesse fuit,
Et la vieillesse qui me suit,
De jeune en vieillard me transforme.

Bois, bien que perdiez tous les ans
En l'hiver vos cheveux plaisants,
L'an d'après qui se renouvelle,
Renouvelle aussi votre chef ;
Mais le mien ne peut derechef
R'avoir sa perruque nouvelle.

Antres, je me suis vu chez vous
Avoir jadis verts les genoux,
Le corps habile, et la main bonne ;
Mais ores j'ai le corps plus dur,
Et les genoux, que n'est le mur
Qui froidement vous environne.

Ondes, sans fin vous promenez
Et vous menez et ramenez
Vos flots d'un cours qui ne séjourne ;
Et moi sans faire long séjour
Je m'en vais, de nuit et de jour,
Au lieu d'où plus on ne retourne.

Si est-ce que je ne voudrois
Avoir été rocher ou bois
Pour avoir la peau plus épaisse,
Et vaincre le temps emplumé ;
Car ainsi dur je n'eusse aimé
Toi qui m'as fait vieillir, Maîtresse.
je poste le texte de Ronsard, fort beau :
Quand je suis vingt ou trente mois
Quand je suis vingt ou trente mois
Sans retourner en Vendômois,
Plein de pensées vagabondes,
Plein d'un remords et d'un souci,
Aux rochers je me plains ainsi,
Aux bois, aux antres et aux ondes.

Rochers, bien que soyez âgés
De trois mil ans, vous ne changez
Jamais ni d'état ni de forme ;
Mais toujours ma jeunesse fuit,
Et la vieillesse qui me suit,
De jeune en vieillard me transforme.

Bois, bien que perdiez tous les ans
En l'hiver vos cheveux plaisants,
L'an d'après qui se renouvelle,
Renouvelle aussi votre chef ;
Mais le mien ne peut derechef
R'avoir sa perruque nouvelle.

Antres, je me suis vu chez vous
Avoir jadis verts les genoux,
Le corps habile, et la main bonne ;
Mais ores j'ai le corps plus dur,
Et les genoux, que n'est le mur
Qui froidement vous environne.

Ondes, sans fin vous promenez
Et vous menez et ramenez
Vos flots d'un cours qui ne séjourne ;
Et moi sans faire long séjour
Je m'en vais, de nuit et de jour,
Au lieu d'où plus on ne retourne.

Si est-ce que je ne voudrois
Avoir été rocher ou bois
Pour avoir la peau plus épaisse,
Et vaincre le temps emplumé ;
Car ainsi dur je n'eusse aimé
Toi qui m'as fait vieillir, Maîtresse.
mais il me semble, que ces deux derniers textes ne répondent pas à la recherche du hub, bien qu'ils répondent à la thématique du temps ; l'évocation du temps n'est pas disparate, il y a une évocation précise et celle-ci ne touche pas une sorte d'infini, d'Eternité, par contre, oui, le poéte s'incrit clairement dans une volonté de pérennisation de l'expérience personnelle, mais justement hub souhaitait à dépasser cela, donc continuons à chercher…
Un poème qui évoque la jeunesse d'une manière totalement dé-structurée

"Jeunesse" de Arthur Rimbaud

I

Dimanche

Les calculs de côté, l'inévitable descente du ciel, et la visite des souvenirs et la séance des rythmes occupent la demeure, la tête et le monde de l'esprit.

- Un cheval de race détale sur le turf suburbain, et le long des cultures et des boisements, percé par la peste carbonique. Une misérable femme de drame, quelque part dans le monde, soupire après des abandons improbables. Les desperados languissent après l'orage, l'ivresse et les blessures. De petits enfants étouffent des malédictions le long des rivières. -

Reprenons l'étude au bruit de l'œuvre dévorante qui se rassemble et remonte dans les masses.


II

Sonnet

Homme de constitution ordinaire, la chair n'était-elle pas un fruit pendu dans le verger, - o journées enfantes ! le corps un trésor à prodiguer ; - o aimer, le péril ou la force de Psyché ? La terre avait des versants fertiles en princes et en artistes, et la descendance et la race nous poussaient aux crimes et aux deuils : le monde, votre fortune et votre péril. Mais à présent, ce labeur comblé, - toi, tes calculs, - toi, tes impatiences, - ne sont plus que votre danse et votre voix, non fixées et point forcées, quoique d'un double événement d'invention et de succès [] une raison, - en l'humanité fraternelle et discrète par l'univers sans images ; - la force et le droit réfléchissent la danse et la voix à présent seulement appréciées.


III

Vingt Ans

Les voix instructives exilées… L'ingénuité physique amèrement rassise… - Adagio - Ah ! l'égoïsme infini de l'adolescence, l'optimisme studieux : que le monde était plein de fleurs cet été ! Les airs et les formes mourant… - Un choeur, pour calmer l'impuissance et l'absence ! Un choeur de verres de mélodies nocturnes… En effet les nerfs vont vite chasser.


IV

Tu en es encore à la tentation d'Antoine. L'ébat du zèle écourté, les tics d'orgueil puéril, l'affaissement et l'effroi.

Mais tu te mettras au travail : toutes les possibilités harmoniques et architecturales s'émouvront autour de ton siège. Des êtres parfaits, imprévus, s'offriront à tes expériences. Dans tes environs affluera rêveusement la curiosité d'anciennes foules et de luxes oisifs. Ta mémoire et tes sens ne seront que la nourriture de ton impulsion créatrice. Quant au monde, quand tu sortiras, que sera-t-il devenu ? En tout cas, rien des apparences actuelles.