Les trois secrets d’un bon roman

Littérature

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour, ou bonsoir,

On cite parfois pour amuser cette phrase de Somerset Maugham : "il y a trois secrets pour écrire un grand roman. Personne ne les connaît." Mais Maugham voulait-il réellement plaisanter ? Ou bien y a t-il une part de vérité dans cette boutade ? Je me suis quelque peu penché sur la question et j'ai tenté de trouver trois critères infaillibles pour définir un bon roman. Voici ce que j'ai conclu :

1. Un bon roman doit être écrit dans une langue correcte, sans purisme mais avec tout de même la maîtrise des bases de la langue.

2. La maîtrise du ou des sujet(s) traité(s) ; l'auteur doit savoir de quoi il parle. S'il décrit un quartier de Paris, il faut qu'il le connaisse, qu'il l'ait observé attentivement. Si son roman se déroule dans le milieu de la mode, par exemple, il faut qu'il connaisse ce milieu, qu'il sache nous le rendre "vivant", qu'il puisse agrémenter son récit d'anecdotes vraisemblables aux yeux de ceux qui travaillent dans ce microcosme.

3. Une "musique" personnelle dans l'emploi des mots, un style quoi. Ce "je-ne-sais-quoi" qui n'appartient qu'à l'auteur et qui rend la lecture de sa prose agréable.

4. Une intrigue originale menant à un fin à la fois inattendue et ingénieuse.

Étant donné que le premier critère va sans dire, les trois autres me semblent assez pertinents. Pourtant, je me rends compte que c'est encore bien peu et que d'autres canons devraient définir un roman idéal. Mais vous, si vous deviez ne retenir que trois "secrets" de la composition d'un roman, lesquels choisiriez-vous ?

N'hésitez surtout pas à tricher. Je me rends compte que ma propre liste fait plus de trois critères :

1. Correction de la langue.
2. Connaissance du sujet.
3. Style personnel agréable à lire.
4. Intrigue originale.
5. Fin inattendue et ingénieuse.

Bref, que pensez-vous de tout ça ?
D'après moi, il n'y a pas de roman idéal, mais il y a bien quelques critères qui font un grand roman, celui de la langue en particulier. Il faut que la langue soit belle, musicale, recherchée sans devenir trop technique, il faut qu'on puisse la lire à haute voix et s'émerveiller de la façon dont les mots sonnent ensemble. C'est le style qui fait le grand roman. L'intrigue, la fin inattendue ou ingénieuse, tout cela n'a pas d'importance. Les souffrances du jeune Werther, un de mes romans préférés, est tout à fait sublime et pourtant, ce n'est que l'histoire d'un homme amoureux fou d'une femme, rien de plus, mais rien de moins non plus.

Pour ce qui est de la connaissance du sujet, elle est évidemment primordiale, sur ce point je partage ton avis. Je rajouterais aussi: bonne dose de connaissances en psychologie humaine, car il faut que le lecteur puisse se reconnaître ou, du moins, reconnaître l'Homme dans le texte. Voici donc mes trois critères:

- Qualité de la langue (incluant le style)
- Connaissance des sujets et thèmes
- Psychologie

Penses-tu que Maugham serait d'accord avec moi? hihi
Je ne sais pas si Maugham serait d'accord avec toi, mais pour ce qui est de la psychologie, moi, je le suis entièrement.

Peut-être qu'une intrigue originale et une fin habile importent moins que je ne le suppose, je ne sais pas, sans doute n'ai-je pas assez lu, ou bien trop de romans possédant ces qualités.

Donc, trois vertus du bon romancier :

1. Virtuose de la langue.
2. Maîtrise du sujet traité.
3. Fine psychologie (pour ma part, je la qualifierais ainsi : sens aigu de l'observation).

Je reste toutefois convaincu qu'une bonne fin est un des ingrédients indispensables à un bon roman.
J'aime bien ta formulation ''sens aigu de l'observation'' 🙂
Excusez moi, mais si les critères cités sont effectivement sans doute les plus probables, ça me donne plutôt l'impression que le résultat en est un roman efficace et non un bon roman.

Peut être est-ce simplement votre formulation, mais j'aurais rajouter un détail, qui pour moi n'en est pas un:
_Un regard particulier.
Je pense que dans un bon roman, on doit sentir la patte de l'auteur. Qu'il ne s'agit pas de reproduire ce qu'il voit grâce à son sens de l'observation ou de la psychologie, mais de transcrire sa propre vision des choses…

Pour être clair, je pense qu'un bon romancier est un romancier particulier…
Il n'y a sûrement aucune recette pour écrire un chef d'oeuvre, cela se saurait. Quelques critères infaillibles pour reconnaître les grandes oeuvres, par contre…

En fait, je me demande si Maugham voulait seulement plaisanter ou bien si, derrière cette boutade, il ne dissimulait pas des intentions un peu plus sérieuses.

Quoi qu'il en soit, la qualité de la langue est un critère qu'on ne peut remettre en question, n'est-ce pas…
Salut à tous,

Pour la parfaite connaissance du sujet traité, je ne suis pas d'accord. Autant pour certains romans ancrés dans la réalité c'est incontournable, autant pour la fantasy, la science-fiction, le fantastique, bref la littérature de l'imaginaire, ça ne sert absolument à rien. Je rajouterai aussi les livres qui posent des questions sans donner de réponse, introspectifs par exemple. Dans ce cas le roman est une quête, parfois une thérapie et ça impose justement de ne pas maîtriser le sujet. Il y a aussi des écrivains qui partent à l'aventure, qui écrivent sans trop savoir où ils vont.
Donc je ne suis pas favorable à mettre ça dans les critères.
Les grands auteurs de science fiction connaissaient très bien les sujets qu'ils abordaient (Asimov, Dick, Herbert, Farmer). Les caractères de leurs personnages, aussi, étaient vraisemblables. Un roman n'est jamais une creatio ex nihilo, même les récits les plus fantaisistes ont besoin d'une base ancrée dans la réalité.
Bien sûr qu'on a besoin d'une base réelle, c'est évident. Mais quand on crée un personnage comme Dorian Gray, par exemple, ou Dracula, ou encore la créature de Frankenstein, on ne peut pas prétendre connaître le sujet puisqu'il est totalement inventé; on ne peut pas plus se documenter sur les effets psychologiques de l'immortalité, de la "non-existence" pour Frankenstein, on ne peut que supposer, tâtonner, imaginer. De même quand on parle de la vie dans telle ou telle planète qui n'existe que dans l'imagination de l'auteur. C'est justement la force de ces auteurs de construire une histoire "vraissemblable" à partir de très peu d'éléments. Certains réussissent même à anticiper l'avenir…
Il y a aussi l'écriture automatique que j'ai oublié de mentionner, les surréalistes…
Je ne suis pas d'accord quand tu dis que les auteurs de SF ou du moins qui se basent sur l'imaginaire n'ont pas forcément besoin de maîtrise. D'un point de vue stylistique, si tu ne maîtrise pas ta langue, tu ne peux pas faire quelque chose de correct. Même la volonté d'une apparente faiblesse de style demande de la maîtrise.
Et puis un auteur qui se base sur l'imaginaire connaît son sujet, il est même le seul à le connaître. Dans les exemples cités et, je pense, comme dans toutes oeuvres, l'auteur nous a donné sa vision, de l'immortalité ou de la non-existence en l'occurrence…
Si tu n'as pas la moindre idée de ce que tu veux exprimer, tu ne peux rien faire. Essaye de parler sans savoir ce que tu veux dire…
Bien sur, il n'y a aucun savoir concret, pas d'archives et pas de vécu, mais l'imagination est là pour pallier et ça, c'est un savoir.

Quant à l'écriture automatique, je connais assez peu les surréalistes, mais je doute que tu puisses me citer un "roman" entièrement écrit de cette façon, avec une histoire "vraisemblable".
Je ne suis pas très fan du surréalisme en littérature, question de goût, sans doute…

Farmer, lorsqu'il décrit des cultes et des rites imaginaires, ou encore des relations entre des êtres différents et tout aussi imaginaires, le fait en donnant l'illusion de la réalité, et ça n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît.

J'ose dire que Mary Shelley connaissait son sujet lorsqu'elle a composé son Frankenstein, car elle a su trouver un déroulement non seulement vraisemblable, mais même probable, à son récit. La psychologie du monstre et celle de ses bourreaux ne pouvait pas être totalement fantaisiste, sinon on était dans le conte populaire, la mythologie antique, pas dans la grande littérature. Je ne veux pas déprécier le folklore ou les mythes prélogiques, mais il y a une sacrée différence entre leurs incohérences enchanteresses et riches de symboles et le roman tel qu'il existe depuis Cervantès.

D'autre part, la SF, la fantasy, le polar et le gothique sont considérés - peut-être à tort - comme des genres secondaires, des dérivés du roman classique. Je n'ai peut-être pas assez lu, mais je crois qu'aucun écrivain n'a encore su donner ses lettres de noblesse au roman fantastique, ou plutôt si, il y en a un, c'est Dante, à mon sens, mais j'espère que d'autres sauront s'illustrer dans cet exercice, qu'ils pourront se hisser à la même hauteur que la Divine comédie ou la Comédie humaine.

Un excellent roman policier, brillantissime même, a été écrit par Eco, c'est Le nom de la rose, et on ne peut pas dire que la maîtrise du sujet n'était pas nécessaire dans ce cas.
Tout est question de subjectivité alors… Tu n'aimes pas le surréalisme, moi si.
Sinon, quand tu parles de Farmer, je n'ai jamais dit que c'était simple, bien au contraire: il y a plus de mérite à "créer" en combinant des éléments forcément issus du réel mais dont le résultat devient "chimérique", deviner la psychologie d'un monstre qui n'existe que dans sa propre imagination en produisant un ensemble cohérent voire "vraissemblable" que décrire une rue de Paris qu'on traverse tous les jours depuis des années.
Quant au fantastique, je sais qu'on parle de roman, mais on peut quand même citer Poe et ses délires, ou même Borgès, un aveugle qui à cause ou grâce à ce handicap écrit des nouvelles qui ne partent pas complètement du néant, mais presque… Il fait aussi souvent référence à Homère, lui aussi aveugle, et qui a pourtant engendré une oeuvre énorme qui sert de référence à une multitude d'écrivains depuis l'antiquité jusqu'à aujourd'hui…
Mais là encore on ne doit pas être d'accord sur la question totalement subjective de "bon roman". On pourrait disserter des mois entiers sur la question sans pouvoir tomber d'accord.
Le propre d'un roman,ce qui doit représenter sa valeur"intrinsèque", ne peut être qu'une hypothèse
subjective.
De ce point de vue je défends toujours le point de vue suivant. L'unique et le meilleur critère qui
peut être "regardé" en la matière utilement est sa valeur socio-historique. Ni plus ni moins.Ainsi est-il difficile, franchement, de pouvoir "le" définir encore plus simplement….

D'abord parce qu'une œuvre"valable"
doit être"représentative" de différentes manières.
Ensuite parce que certains critères peuvent changer
par oppositions à d'autres.
Enfin parce que, rationnellement, il faut distinguer entre les catégories"finies"(qui peuvent donc faire l'objet d'une exposition précise) et les catégories"générales" dont l'exposition peut toujours de nouveau changer selon le degré de savoir" nécessaire" au moment de l'édition…..
De toute manière le style et ses"acolytes" ne sont que les comparses du succès.
Le quand? Le qui? Le quoi? Et le "sous quelle forme"?
représentent(à mon avis) les catégories logistiques
dont il faut savoir définir"concrètement" les implications toutes aussi historiques que situatives……

Formulé encore plus concrètement cela signifierait qu'il faut "savoir" comment écrire pour quelle couche sociale à quel moment de son évolution…..
En fait beaucoup de travail pour un résultat souvent tout aussi problématique qu'hasardeux…..

Ainsi ne peut-il être question que d'une hypothèse
subjective n'ayant qu'une valeur intrinsèque…..
Je ne sais pas ce que peut (doit?) être un bon roman, mais j'ai quelquefois lu de tristes choses et qui étaient sauvées par une seule phrase de l'oeuvre comme j'ai trouvé de fortes faiblesses dans des oeuvres que je ne regrette pas d'avoir lu.
Quelquefois, un roman simplement ordinaire, mais qui fait des clins d'oeil à l'actualité, est bien intéressant à lire aussi.
Finalement, toute oeuvre est une sorte de jeu de piste, dont le fil d'Ariane prend ou ne prend pas le lecteur. Je suppose que lorsque le lecteur est "pris", il trouve le roman "bon", voire "très bon"…
Tout cela est très bien exprimé, Lebeau ! le secret d'un bon roman, c'est que je le lis du début à la fin et très vite
J'ai vécu cela deux fois ces dix dernières années, avec Les particulaires élémentaires et, dans un tout autre genre, da Vinci code
Pour le ravivement des vieux sujets… (Celui-ci est bien mieux que l'autre, dans lequel j'ai répondu hier sans accents.)

Pour la science-fiction et le fantastique, mon avis se range plutôt du côté de Marcanciel. Je pense qu'il est bien plus important pour bien écrire dans ces genres-là de comprendre certains mécanismes fondamentaux, basiques et universels (qui régissent le monde, le comportement humain etc.), qui nous permettent ensuite d'extrapoler "en toute sécurité" dans des univers totalement irréels, plutôt que de connaître de façon pointue un domaine donné dans lequel on entend puiser. Haroun Arachide cite Asimov : un auteur que je n'ai pas pu lire bien longtemps, tant son inconséquence m'a de suite insupporté… Je crois qu'il avait de vraies connaissances scientifiques, mais cela ne remplace pas le talent de représentation : s'il maîtrisait son sujet sur la robotique, il ne maîtrisait pas en revanche une chose qui lui était en tant qu'écrivain beaucoup plus utile, à savoir son imagination.

J'ai envie de mentionner également l'exemple de Harry Potter, dont le fantastique de très bas niveau est à mon avis le fait d'une référence trop systématique et banale à la réalité, que J. K. Rowling maîtrise sans doute, au détriment d'une liberté d'imagination qui lui fait défaut…
Je me placerais dans une autre approche que vous :

1. Le bon roman est celui qui est écrit par nécessité, comme par plaisir nécessaire, mais pas par désir d'être lu (encore moins pour récolter quelque chose de tangible).

2. Le bon roman est particulier, il a une âme. Qu'il coule de source ou soit très travaillé, qu'il soit court ou long, qu'il plaise ou non, il ne laisse pas indifférent.

3. Le bon roman sait maîtriser l'ancien et faire surgir du nouveau, s'inspirer et imaginer, inspirer et faire imaginer (ce qui rejoint l'argument 2., ainsi que vos idées sur la maîtrise de l'intrigue liée à l'étonnement).

Parfois j'ai l'impression de me distraire plus purement en lisant un ouvrage philosophique plutôt qu'un roman "qui n'est qu'un roman".
Je suis aussi assez d'accord de penser qu'un roman "prend" ou "ne prend pas" (les mots de lebeau), on peut ne pas accrocher et retenter un moment après.
Gunnar >> "…comme par plaisir nécessaire"

Ecrire peut être le lieu d'une souffrance, parfois terrible (je ne suis pas sur que Le Horla de Maupassant fut écrit par plaisir, même si c'est une nouvelle !)
Chicoré a écrit :Gunnar >> "…comme par plaisir nécessaire"

Ecrire peut être le lieu d'une souffrance, parfois terrible (je ne suis pas sur que Le Horla de Maupassant fut écrit par plaisir, même si c'est une nouvelle !)
Oui mais là tu fais abstraction du masochisme et/ou du soulagement… 😉
Je rejoins entièrement Marcanciel, mais j'ai la flemme d'écrire (c'est dur, vu que je suis en désaccord avec pratiquement tous ces critères), donc je me contente d'ajouter à ses propos : +1 🙂