À travers la littérature médiévale

Littérature

128 réponses · Page 6 / 7

Eh oui, il faut croire que Virgile est difficile. Tenez bien compte du contexte, de l'enchaînement des idées. Même si une phrase n'est pas comprise, il existe des "hypothèses de sens" impossibles à retenir.

…tous les bienfaits à mon égard
que tu peux énumérer sans fin, reine, jamais je ne les nierai,
Ne recopiez jamais les traductions du Gaffiot, souvent lointaines, voire inexactes. Il manque en effet fando, « compris » dans énumérer.
Vous n'avez pas traduit te… promeritam.


et me rappeler de Didon ne me chagrinera pas
lorsque ma mémoire même ou qu'un esprit dirigera ces liens.

Sens ? dum ne signifie pas lorsque, et fs. sur artus. Le rapport classique spiritus/artus n’a pas été saisi.


Mais maintenant, Apollon Gryneus se dirige vers la grande Italie,
les oracles en Lycie ont ordonné de chercher à s'emparer de l'Italie :
Construction des deux vers non comprise. Comment imaginer qu’Apollon « se dirige vers l’Italie » ??? Comment imaginer qu’on puisse « s’emparer de l’Italie » ?? Pourquoi « en Lycie » ?

L'amour est ici, la patrie là-bas.

Cs. !! Vous avez deux fois le même démonstratif !


Si les citadelles de Carthage
et si l'aspect de la ville libyenne retiennent la Phénicienne,

Vous avez omis te.

est-ce sur la terre qui est italienne que les Troyens, poussés par la jalousie,
siègeront?

Oui, en effet, c'est Teucros ; je ne sais pourquoi j'ai écrit Teucrosque. Veuillez m'excuser.

Cs. L’argument faisant appel à la situation de Didon n’a pas été compris : j’avais parlé d’habileté de la part d’Énée…
De quoi les Troyens seraient-ils jaloux ? Rattachez quae, qui ne signifie pas « est-ce que » à invidia et commencez la traduction par ce groupe.
Gardez le sens propre d’Ausonia (mais c’est un détail).



Or, le droit nous est donné de chercher un règne au-dehors.

Fs. sur et. Toute la logique de l’argumentation est dans ce mot.
fas, c’est ici beaucoup plus que le « droit » ; pour un Romain, le mot possède une charge religieuse très forte.


Voici deux nouveaux textes à traduire et à comparer.

Énée, lors de son séjour dans les enfers, retrouve Didon. Mais celle-ci coupe court au repentir d'Énée.

Je rappelle que Sychée, l'époux de Didon, avait été assassiné par Pygmalion, le frère de cette dernière. Ce meurtre avait poussé Didon à s'exiler et à fonder Carthage.
Or Didon avait juré fidélité à Sychée par-delà la mort…

Vous me direz aussi ce qu'il faut faire avec le texte de Tite-Live (voir ma question sur le fil correspondant).

Talibus Aeneas ardentem et torva tuentem
lenibat dictis animum lacrimasque ciebat.
Illa solo fixos oculos aversa tenebat
nec magis incepto voltum sermone movetur
quam si dura silex aut stet Marpesia cautes.
Tandem corripuit sese atque inimica refugit
in nemus umbriferum, conjunx ubi pristinus illi
respondet curis aequatque Sychaeus amorem.
Nec minus Aeneas casu percussus iniquo
prosequitur lacrimis longe et miseratur euntem.
Énéide, VI, 467-476, éd. Les belles lettres.
Quant Dydo l’ot ainsi parler,
el ne le pot plus esgarder,
car moult li estoit ennemie.
Enz en .I. bois s’en est foïe
ou Sicheüs son sire estoit,
qui en s’amor ot greigneur droit.
Por ce que li avoit mentie
la foy que li avoit pluvie,
ne s’osoit point vers lui torner,
ne ne l’ossoit droit regarder, ne prez de lui ne s’aproimoit :
por son forfait se vergondoit.
Quant Dydo l’ot ainsi parler,
el ne le pot plus esgarder,
car moult li estoit ennemie.
Enz en .I. bois s’en est foïe
ou Sicheüs son sire estoit,
qui en s’amor ot greigneur droit.
Por ce que li avoit mentie
la foy que li avoit pluvie,
ne s’osoit point vers lui torner,
ne ne l’ossoit droit regarder, ne prez de lui ne s’aproimoit :
por son forfait se vergondoit.
Avant alla li Troïens,
ne demora gaires de temps
que vint en ce champ ou il furent
cil qui par batailles morurent[.]
Énéas, v. 2734- 2749, éd. Champion.
Bonjour Yvain,

Merci énormément pour les deux textes à traduire et à comparer (je le ferai sitôt ceux en cours corrigés)

Je corrige d'abord les traductions présentes :
…les nombreux faits
qui te peuvent être attribuer en paroles, jamais, reine, je ne t’en nierai
les mérites, et il ne me chagrinera pas de te remémorer, Didon,
tant que ma mémoire même me dirige, tant que son esprit gouverne ses membres.
[…]
Mais maintenant, Apollon Gryneus, ses oracles de Lycie
m’ont ordonné de chercher à atteindre l’Italie, la grande Italie :
cet amour, c’est celui de la patrie. Si les citadelles de Carthage
et si l'aspect de la ville libyenne te retiennent, Phénicienne,
Quelle malveillance y a-t-il à ce que les Troyens se fixent en terre
ausonienne ? De plus, chercher un règne extérieur nous est un droit divin.
Vous ferez attention, le texte d'Énéas s'est trouvé partiellement dupliqué. Il faut commencer au v. 12 de l'extrait pour avoir le passage en entier.
Bonjour Yvain,

Primo, extracti Aeneis latini translationem volui poner priusquam illum Aeneis gallici traduscam (bien écrit??) :
Talibus Aeneas ardentem et torva tuentem
lenibat dictis animum lacrimasque ciebat(1).
Illa solo fixos oculos aversa tenebat
nec magis incepto voltum(2) sermone movetur(3)
quam si dura silex aut stet Marpesia cautes(4).
Tandem corripuit sese atque inimica refugit
in nemus umbriferum(5), conjunx ubi pristinus illi
respondet curis aequatque Sychaeus amorem.
Nec minus (6) Aeneas casu percussus iniquo
prosequitur lacrimis longe et miseratur euntem.
Après de tels propos, Énée calmait son ardeur
et son regard farouche et se mit à laisser aller son âme et des larmes.
Elle, détournée, gardait seulement ses yeux fixes
Et n’exprime pas plus d’émotion sur son visage, depuis le début de l’échange,
Que si se dresse un dur caillou ou le roc marpésien.
A la fin, elle se ressaisit et d’un sentiment hostile partit se réfugier
dans les bois ombreux, où son ancien époux, Sychée
l’assure de ses soins et régule sa passion.
Et Enée, frappé par ce malheur injuste
N’en continue pas moins de pleurer longuement et de déplorer son départ.

Remarques (R) et questions (Q) (non pas l’exercice même de comparaison)
1) R : à mon avis, hendyadin pour « les larmes de son âme »
2) Q : voltum : le [ u ] s’est-il changé très précocement en [o] bien avant la période du BVL ?
3) Q : Pour movetur, stet, respondet, aequat etc: est-ce qu’on peut parler d’un présent de narration ou est-ce un présent qui doit être traduit par l’imparfait ?
4) R : J’ai remarqué que ce vers est resté très célèbre dans la littérature, cité notamment par Erasme (mais il est curieux de constater que lui emploie ce qui est devenu un proverbe pour qualifier le « sage » sans cœur – ce qui est d’une certaine façon l’inverse
4) Q : Bien que vivante (elle va parler à un mort… si ma traduction est correcte), est-ce qu’on peut la rattacher au topos des légendes de la « dame blanche » ?
5) R : Neg magis… nec minus : parallélisme syntaxique mais pour une antithèse qui insiste sur la différence de la réaction des deux amants : Didon (celle qui est quittée) est de pierre et ne montre rien parce qu’elle est frappée dans ses sentiments (et par lui) et Enée éclate en sanglots parce qu’il est aussi frappé par le destin (les dieux) et parce qu’il se sent aussi coupable (c’est le tragique même).

Je crois avoir remarqué un erreur dans ma traduction latine en la comparant avec l'Eneas : Apparemment, Sychée n'est pas mort et il est vraiment dans le bois?
Primo, extracti Aeneis latini translationem volui poner priusquam illum Aeneis gallici traduscam (bien écrit??) :
Sauf votre respect, heureusement qu’il n’y a pas d’épreuve de thème latin à l’agrég de LM !!!

Talibus Aeneas ardentem et torva tuentem
lenibat dictis animum lacrimasque ciebat(1).
Illa solo fixos oculos aversa tenebat
nec magis incepto voltum(2) sermone movetur(3)
quam si dura silex aut stet Marpesia cautes(4).
Tandem corripuit sese atque inimica refugit
in nemus umbriferum(5), conjunx ubi pristinus illi
respondet curis aequatque Sychaeus amorem.
Nec minus (6) Aeneas casu percussus iniquo
prosequitur lacrimis longe et miseratur euntem.

Après avoir tenu de tels propos,
Cs.

Énée calmait son ardeur
Cs. : que marque aussi l’imparfait ?
« son ardeur » : construction non vue.


et son regard farouche
« son regard farouche » : id.

et se mit à laisser aller son âme et des larmes.
Cs. : valeur de l’imparfait et construction.

Elle, détournée, gardait seulement ses yeux fixes
« seulement » : fs.

Et n’exprime pas plus d’émotion sur son visage, depuis le début de l’échange,
Bien pour « sur son visage ».
« depuis le début… » : fs. Fonction de ce groupe ?

Que si se dresse un dur caillou ou le roc marpésien.
T. m. d.
Mode de stet ?


A la fin, elle se ressaisit
Petit fs.

et d’un sentiment hostile
M. d.

partit se réfugier
dans les bois ombreux, où son ancien époux, Sychée
l’assure de ses soins
Cs.

et régule sa passion.
M. d.

Et Enée, frappé par ce malheur injuste
N’en continue pas moins de pleurer longuement et de déplorer son départ.
Fs sur prosequitur.
Il est dommage que la « personnalisation » et la valeur aspectuelle exprimées par euntem, complément des deux verbes, ne soit pas rendue. Mais il est difficile de restituer la poésie de ce vers admirable…


Remarques (R) et questions (Q) (non pas l’exercice même de comparaison)
1) R : à mon avis, hendyadin pour « les larmes de son âme »
Non, pas du tout, du fait de la mauvaise analyse de animum.

2) Q : voltum : le [ u ] s’est-il changé très précocement en [o] bien avant la période du BVL ?
Non, la forme voltus, en face de vultus, est au contraire un archaïsme. Ce phénomène est totalement indépendant du BVL.

3) Q : Pour movetur, stet, respondet, aequat etc: est-ce qu’on peut parler d’un présent de narration ou est-ce un présent qui doit être traduit par l’imparfait ?
stet est ici un intrus.
Pour le reste, oui, des présents de narration à valeur actualisante. La règle est de les conserver autant que possible. Vous savez que la situation est encore plus délicate en AF.


4) R : J’ai remarqué que ce vers est resté très célèbre dans la littérature, cité notamment par Erasme (mais il est curieux de constater que lui emploie ce qui est devenu un proverbe pour qualifier le « sage » sans cœur – ce qui est d’une certaine façon l’inverse
Sans doute. André Bellessort, très grand latiniste, a ces belles phrases à propos de l’attitude de Didon : « Comme elle le hait ! Mais il est le seul être capable encore de faire saigner son cœur. »

4) Q : Bien que vivante (elle va parler à un mort… si ma traduction est correcte), est-ce qu’on peut la rattacher au topos des légendes de la « dame blanche » ?
Non, elle est morte !!! Elle s’est suicidée avec l’épée qu’Énée lui avait offerte. Nous sommes dans les enfers, je l'avais dit dans le chapeau !


Ibant obscuri sola sub nocte per umbram
perque domos Ditis vacuas et inania regna.


(Un des joyaux de la poésie latine !)

5) R : Neg magis… nec minus : parallélisme syntaxique mais pour une antithèse qui insiste sur la différence de la réaction des deux amants : Didon (celle qui est quittée) est de pierre et ne montre rien parce qu’elle est frappée dans ses sentiments (et par lui) et Enée éclate en sanglots parce qu’il est aussi frappé par le destin (les dieux) et parce qu’il se sent aussi coupable (c’est le tragique même).
Intéressant : oui, les expressions nec magis/nec minus, placées toutes deux en début de vers, semblent en effet se répondre, bien que nec magis introduise un comparant, nec minus un comparé.
Bonjour Yvain,

Ne répondez pas encore car je viens de m'apercevoir de mon contresens (on est deux livres plus loin et Didon est morte - je n'avais pas fait attention à cela).
Oui, heureusement qu'il n'y a pas de thème (j'ai tenté mais mes notions en thème sont quasiment nulles).

Aïe : je vois que vous avez corrigé : je ne vais pas lire et je vais corriger mon erreur.

Yvain,

Désolé pour ce doublon : j'ai préféré faire quelques changements avant de voir votre correction (il reste toujours ardentem et torva tuentem dont l'accusatif m'est difficile à traduire.

Je mets d'abord les traductions et je mets le commentaire ensuite :
J'ai compris qu'il s'agissait de sa descente aux Enfers.
Talibus Aeneas ardentem et torva tuentem (1)
lenibat dictis animum lacrimasque ciebat(2).
Illa solo fixos oculos aversa tenebat
nec magis incepto voltum(3) sermone movetur(4)
quam si dura silex aut stet Marpesia cautes(5).
Tandem corripuit sese atque inimica refugit
in nemus umbriferum(6), conjunx ubi pristinus illi
respondet curis aequatque Sychaeus amorem.
Nec minus (7) Aeneas casu percussus iniquo
prosequitur lacrimis longe et miseratur euntem.
En tenant de tels propos, Énée calmait son ardeur
et son son regard de ses troubles et donnait le branle à son âme et ses larmes.
Elle, détournée, gardait seulement ses yeux figés
Et n’exprimait pas plus d’émotion sur son visage, depuis le début de l’échange,
Que si se dressait un dur caillou ou le roc marpésien.
A la fin, elle se ressaisit et pleine d'un sentiment hostile s'enfuit
dans un bois ombreux, où son ancien époux, Sychée
la consola et apaisa son amour.
Et Enée, frappé par ce cruel malheur
Continuait à pleurer aussi longuement et à déplorer son départ.

Remarques (R) et questions (Q) (non pas l’exercice même de comparaison)
1) J'ai lu que le Gaffiot avait traduit torva tuentem par "jeter des regards de travers", ce qui donnerait plutôt : "Ayant tenu de tels propos, Enée, brûlant et jetant des regards de travers, s'appaisait […]"
Cela me semble plus logique MAIS je me demande pourquoi avoir écrit ardentem et torva tuentem à l'accusatif ? Je vais voir votre correction maintenant.
2) R : à mon avis, hendyadin pour « les larmes de son âme »
3) Q : voltum : le [ u ] s’est-il changé très précocement en [o] bien avant la période du BVL ?
4) Q : Pour movetur, stet, respondet, aequat etc: est-ce qu’on peut parler d’un présent de narration ou est-ce un présent qui doit être traduit par l’imparfait ?
5) R : J’ai remarqué que ce vers est resté très célèbre dans la littérature, cité notamment par Erasme (mais il est curieux de constater que lui emploie ce qui est devenu un proverbe pour qualifier le « sage » sans cœur – ce qui est d’une certaine façon l’inverse
6) R : Neg magis… nec minus : parallélisme syntaxique mais pour une antithèse qui insiste sur la différence de la réaction des deux amants : Didon (celle qui est quittée) est de pierre et ne montre rien parce qu’elle est frappée dans ses sentiments (et par lui) et Enée éclate en sanglots parce qu’il est aussi frappé par le destin (les dieux) et parce qu’il se sent aussi coupable (c’est le tragique même).


Traduction de l'Eneas :
Quant Dydo l’ot ainsi parler,
el ne le pot plus esgarder,
car moult li estoit ennemie.
Enz en .I. bois s’en est foïe
ou Sicheüs son sire estoit,
qui en s’amor ot greigneur droit.
Por ce que li avoit mentie
la foy que li avoit pluvie,
ne s’osoit point vers lui torner,
ne ne l’ossoit droit regarder, ne prez de lui ne s’aproimoit :
por son forfait se vergondoit.
Avant alla li Troïens,
ne demora gaires de temps
que vint en ce champ ou il furent
cil qui par batailles morurent[.]
Après qu’il a tenu de tels propos à Didon,
elle n’a plus pu le regarder,
parce qu’elle lui était très hostile.
C’est pourquoi elle s’est enfuie dans un bois
où demeurait Sychée son époux,
qui sur son amour, avait une plus grande légitimité.
Comme elle lui avait menti
la fois où elle s’était engagée avec lui,
elle n’osait pas se tourner vers lui,
ni n’osait le regarder directement, ni ne s’approchait près de lui :
par sa trahison, elle était pleine de honte.
Le Troyen continua sa marche,
il ne passa guère de temps
avant qu’il arrivât sur le champ où demeuraient
ceux qui sont morts au combat[.]
moi a écrit :
Énée, lors de son séjour dans les enfers, retrouve Didon
. Mais celle-ci coupe court au repentir d'Énée.
Je l'avais pourtant bien précisé…

Lisez bien le chapeau des textes proposés en version.

Talibus Aeneas ardentem et torva tuentem (1)
lenibat dictis animum lacrimasque ciebat(2).
Illa solo fixos oculos aversa tenebat
nec magis incepto voltum(3) sermone movetur(4)
quam si dura silex aut stet Marpesia cautes(5).
Tandem corripuit sese atque inimica refugit
in nemus umbriferum(6), conjunx ubi pristinus illi
respondet curis aequatque Sychaeus amorem.
Nec minus (7) Aeneas casu percussus iniquo
prosequitur lacrimis longe et miseratur euntem.

En tenant de tels propos,
Oui.

Énée calmait son ardeur
Cs. : que marque aussi l’imparfait ?
« son ardeur » : construction non vue.


et son son regard de ses troubles et donnait le branle à son âme et ses larmes.
Ns. Et à quelle personne s’applique le mot animum ?

Elle, détournée, gardait seulement ses yeux figés
« seulement » : fs.

Et n’exprimait pas plus d’émotion sur son visage, depuis le début de l’échange,
Bien pour « sur son visage ».
« depuis le début… » : fs. Fonction de ce groupe ?
Vous pouviez conserver le tps initial.


Que si se dressait un dur caillou ou le roc marpésien.
M. d.

A la fin, elle se ressaisit
Petit fs.

et pleine d'un sentiment hostile s'enfuit
dans un bois ombreux, où son ancien époux, Sychée

la consola
Loin du texte + tps.

et apaisa son amour.
Soit pour le sens, mais tps.

Et Enée, frappé par ce cruel malheur
Continuait à pleurer aussi longuement et à déplorer son départ.
Fs sur prosequitur.
Il est dommage que la « personnalisation » et que la valeur aspectuelle exprimée par euntem, complément des deux verbes, ne soit pas rendue. Mais il est difficile de restituer la poésie de ce vers admirable…


Remarques (R) et questions (Q) (non pas l’exercice même de comparaison)
1) J'ai lu que le Gaffiot avait traduit torva tuentem par "jeter des regards de travers", ce qui donnerait plutôt : "Ayant tenu de tels propos, Enée, brûlant et jetant des regards de travers, s'appaisait […]"
Cela me semble plus logique MAIS je me demande pourquoi avoir écrit ardentem et torva tuentem à l'accusatif ? Je vais voir votre correction maintenant.
J’ai simplement signalé les fautes. Je corrige :
« Par de tels propos, Énée cherchait à adoucir (valeur de conatu de l’imparfait : il n’y arrive pas !) cette âme bouillante de colère (ardentem animum : il s’agit de Didon !) et jatant des regards de travers (et torva tuentem : c’est toujours Didon).

2) R : à mon avis, hendyadin pour « les larmes de son âme »
Non, pas du tout, du fait de la mauvaise analyse de animum.

3) Q : voltum : le [ u ] s’est-il changé très précocement en [o] bien avant la période du BVL ?
Non, la forme voltus, en face de vultus, est au contraire un archaïsme. Ce phénomène est totalement indépendant du BVL.

4) Q : Pour movetur, stet, respondet, aequat etc: est-ce qu’on peut parler d’un présent de narration ou est-ce un présent qui doit être traduit par l’imparfait ?
stet est ici un intrus : vous avez bien traduit, mais par hasard, car quel est le mode de ce verbe ?
Pour le reste, oui, des présents de narration à valeur actualisante. La règle est de les conserver autant que possible. Vous savez que la situation est encore plus délicate en AF.


5) R : J’ai remarqué que ce vers est resté très célèbre dans la littérature, cité notamment par Erasme (mais il est curieux de constater que lui emploie ce qui est devenu un proverbe pour qualifier le « sage » sans cœur – ce qui est d’une certaine façon l’inverse
Sans doute. André Bellessort, très grand latiniste, a ces belles phrases à propos de l’attitude de Didon : « Comme elle le hait ! Mais il est le seul être capable encore de faire saigner son cœur. »

6) R : Neg magis… nec minus : parallélisme syntaxique mais pour une antithèse qui insiste sur la différence de la réaction des deux amants : Didon (celle qui est quittée) est de pierre et ne montre rien parce qu’elle est frappée dans ses sentiments (et par lui) et Enée éclate en sanglots parce qu’il est aussi frappé par le destin (les dieux) et parce qu’il se sent aussi coupable (c’est le tragique même).
Intéressant : oui, les expressions nec magis/nec minus, placées toutes deux en début de vers, semblent en effet se répondre, bien que nec magis introduise un comparant, nec minus un comparé.
Bonjour Yvain,

Dernier essai :
En tenant de tels propos, Énée cherchait à apaiser son âme ardente
Et jetant des regards de colère et se mettait à pleurer.
Elle, détournée, gardait ses yeux fixes au sol
Et n’exprime pas plus d’émotion sur son visage, bien que le dialogue soit entamé,
Que si c’était une pierre dure ou le rocher marpésien.
A la fin, elle se lève vivement et pleine d'un sentiment hostile s'enfuit
dans un bois ombreux, où son ancien époux, Sychée
répond à ses inquiétudes et apaise son ardeur.
Et Enée, frappé par ce cruel malheur
Poursuit tout en pleurs celle qui disparaît longuement et déplore leur séparation.

Pour les deux premiers vers j'avais pensé à relier animum à ardedntem et torva tuentem et tout cela à Didon : mais y ai renoncé.
Pourtant, ardentem… ne pouvait pas être un substantif.
Avant toute chose : tous mes meilleurs vœux pour une année où il vous faudra déployer beaucoup de courage et d'énergie.

Heureusement, vous pouvez compter sur les membres de ce forum.
Bonjur Yvain,

Je vous remercie pour les voeux et vous les renvoie à mon tour!
Du courage? On peut même dire que je suis très obstiné bien que je parte d'assez loin, je le sais. Mais outre la préparation pour l'examen j'ai réellement pris goût au latin et à l'ancien français et c'est en très grande partie grâce à vous.
Pour cela, merci beaucoup.
Je pense à comparer les textes évidemment et espère poster cela au plus vite.
En tenant de tels propos, Énée cherchait à apaiser son âme ardente
Et jetant des regards de colère et se mettait à pleurer.
Non, ce n’est pas Énée qui pleure ; ciebat est un second imparfait de conatu.
Je propose :
« Énée s’efforçait d’apaiser cette âme bouillonnante aux farouches regards et de lui tirer des larmes »
Le complément des verbes lenibat et ciebat est animum ardentem et torva tuentem ; pour répondre à votre dernière question, ni ardentem ni tuentem ne sont substantivés, ils sont tous deux épithètes de animum.


Elle, détournée, gardait ses yeux fixes au sol
« la tête tournée » serait meilleur, et « fixés sur le sol », pas « fixes ».

Et n’exprime pas plus d’émotion sur son visage, bien que le dialogue soit entamé,
Si vous changez de temps, ne coordonnez pas la proposition, en dépit de nec.

Que si c’était une pierre dure ou le rocher marpésien.
« un roc marpésien » (c'est-à-dire un marbre de Paros).

A la fin, elle se lève vivement et pleine d'un sentiment hostile s'enfuit
Il faut des virgules encadrant « pleine » et « hostile ».

dans un bois ombreux, où son ancien époux, Sychée
Une virgule après « Sychée ».

répond à ses inquiétudes et apaise son ardeur.
A bien y réfléchir, je ne pense pas que Sychée n’ait qu’un rôle consolateur.
Pour curis, il ne faut pas hésiter à traduire par « tendres soins », cf. Gaffiot, à la fin de l’article (mais "passion" serait trop fort ici).
En ce cas « apaise son ardeur » ne convient pas ; aequat, c’est plutôt « égale », d’où « partage ».


Et Enée, frappé par ce cruel malheur
Poursuit tout en pleurs celle qui disparaît longuement et déplore leur séparation.
« longuement » est mal placé et euntem se rapporte à un illam sous-entendu.
Je propose :
« L’accompagne longuement de ses larmes et prend pitié à la voir s’éloigner. »


Pour ce qui est de l'AF, le texte n'était pas difficile. Il y a cependant deux grosses fautes d'analyse.

Après qu’il a tenu de tels propos à Didon,
Cs. à cause de l’erreur d’analyse de ot : erreur classique !

elle n’a plus pu le regarder,
Le tps. sera à modifier après traduction du 1er vers.

parce qu’elle lui était très hostile.
C’est pourquoi elle s’est enfuie dans un bois
« C’est pourquoi » est inutilement ajouté.

où demeurait Sychée son époux,
Oui.

qui sur son amour, avait une plus grande légitimité.
Oui.

Comme elle lui avait menti
la fois où elle s’était engagée avec lui,
Cs. à cause de la mauvaise analyse de foy.
Regardez aussi la construction du verbe mentir.


elle n’osait pas se tourner vers lui,
ni n’osait le regarder directement,
Plutôt que « directement » : … ?

ni ne s’approchait près de lui :
par sa trahison, elle était pleine de honte.
« par » : m. d.

Le Troyen continua sa marche,
il ne passa guère de temps
M. d.

avant qu’il arrivât sur le champ où demeuraient
ceux qui sont morts au combat[.]
Conservez le tps.
Bonjour Yvain,

j'ai corrigé les traductions (v. plus bas) et je vous ai mis hier ma composition pour la comparaison (pour le plan, je n'ai écrit que les points à développer). Et pour la conclusion, j'avoue être passé un peu rapidement.
Cependant, ce type de plan contrastif, que je laisse quand même et non comparatif (j'imagine que c'est un handicap sérieux à l'agrégation) me gênait dès le début. Aujourd'hui, en me relisant, je pense avoir trouvé un plan plus adéquat que j'ai mis aussi tout en bas (juste avant les corrections).


Composé près de 12 siècles après l’Enéide de Virgile, l’intérêt de l’Enéas (roman anonyme écrit vers 1160) ne réside évidemment plus dans l’histoire de la fuite de Troie d’Enée et le mythe fondateur de Rome, mais dans un rapport métaphorique avec le texte fondateur ainsi que l’a écrit le médiéviste Daniel Poirion, à savoir que cette nouvelle œuvre doit prendre sens dans son siècle et dans et pour sa société. Evidemment, pour ce faire, de nombreux passages ont été retouchés, régénérés. Celui-ci n’y a pas dérogé : prenant un peu d’avance, nous pouvons même dire (par l’opposition de leur point de vue : le narrateur s'attache à celui d’Enée pour l’Enéide et à celui de Didon pour l’Enéas) qu’ils sont les deux faces d’une même pièce ; celui-ci, dans une lecture toute superficielle, paraissant mettre en lumière une paralipse de celui-là. Ce qui est évidemment un non-sens dans ce cas.
Bien plutôt, suivant sa perspective, le narrateur anonyme a pris dans l’Enéide ce qui servait ses desseins et si elle n’apporte pas d’information soi-disant secrète, en donne une d’importance sur la visée de l’œuvre : ce qui prime n’est pas tant l’énoncé que l’énonciation.
Ainsi nous mettrons en valeur, par la comparaison de deux extraits touchant tous deux, dans la descente aux Enfers d’Enée, la fin du dialogue entre lui et la morte Didon et la séparation ultime entre les deux, l’intérêt principalement mythique et historique du poème original et la visée moralisatrice de son « héritier ».
Nous verrons ainsi dans une première partie comment est mise en en scène la souffrance personnelle d’Enée, et en quoi elle est finalement plus importante que le manque apparent d’émotions de Didon.
Dans un deuxième temps, nous parlerons de la honte de Didon et de la façon dont elle est mise en œuvre.
Enfin, nous mettrons ces textes en rapport pour expliquer en quoi la souffrance de l’un sert la visée purement historique, ou plutôt mythique, et en quoi ce héros avec ses errances, est très humain et propice à l’identification par ceux qui en sont les descendants « politiques » ; ses errances étant autant d’épreuves nécessaires à surmonter, pour se dépasser, s’oublier lui-même pour la nation. Concernant l’Enéas, l’extrait qui nous intéresse, la honte de Didon, a sans doute était pensé pour les Plantagenêt, à Henri II, sa femme Aliénor d’Aquitaine, leur fille Marie de Champagne, famille et leur cour a des fins d’exhortation à bien se comporter.

I. Souffrance d’Enée
1) point de vue en partie omnisciente mais la perspective relève de celle d'Enée (dans la discussion avec Didon) dont la volonté, le conatus est à mettre en relation avec la réification de Didon (comme une pierre) / la vue est le sens le plus important et par lequel passe l’interprétation des sentiments de l’autre.
2) registre pathétique : vocabulaire hyperbolique, répétitions (est-ce qu’on peut parler de polyptote en latin pour lacrimas / lacrimis ?), comparaisons, présent de narration ; adverbes ou locutions adverbiales de manière (corripuit : « s’est levé vivement », inamica, etc).
Enée n’étant pas un coupable, on ne peut parler de Catharsis au sens aristotélicien du terme. Identification n’égale pas Catharsis comme on le pense trop souvent.
3) Souffrance d’Enée égale l’insensibilité de Didon ? (analyser le parallélisme nec magis / nec minus : où l’égalité n’est exprimée que de façon purement syntaxique, locutoire en tant que, évidemment, le lecteur prendra parti pour celui qui souffre contre celle qui ne montre pas d’émotions.

II. Honte de Didon
1) point de vue omniscient mais le passage de Didon allant voir Sychée (jusqu'à "Le Troyen" exclu) est interne : on sort du point de vue d’Enée et on prend celui de Didon : ce procédé a l’avantage de, remontant dans le temps, et conséquemment, accordant le temps des verbes (utilisant parfois le plus-que-parfait) de prendre de la distance sur l’histoire, sur le temps présent de la reine de Carthage et de prendre celui de la réflexion, de la raison dont a besoin le lecteur de l'époque pour réfléchir sur le sens "caché" de l'histoire.
2) registre polémique : style argumentatif : nombreux collecteurs logiques (parce que, c’est pourquoi, comme, par) : chaque action en appelle une proportionnée à elle (pour une personne dont la conscience travaille normalement) ou : le bien, comme le mal, attirent leurs semblables. Tout est réglé. Connecteurs temporels également.
3) vocabulaire normatif sous l’apparence de la neutralité : « légitimité », « le Troyen » ; plus de phrases négatives (absentes dans l’extrait de l’Enéide) ; il y a aussi des locutions adverbiales signifiant l’intensité mais seulement des sentiments de Didon (dans l’Enéide, ce sont les deux personnages qui sont passionnés) : le style argumentatif englobant ces adverbes a pour intention de les normaliser pour que l’énoncé soit édifiant.

III. Devoir d’Enée / Conscience de Didon
1) Enée (Enéide) : une souffrance nécessaire à surmonter : se dépasser, s’oublier pour la grande histoire.
Si l’extrait est pathétique, il faut le remettre dans le registre épique qui régit le poème entier : ce n’est qu’une épreuve nécessaire parmi d’autres. Et il ne sied pas au héros de s’appesantir sur son passé (comme Didon le fait en pensant à ses fautes). Sychée n’est pas décrit comme le légataire légitime de Didon et de son amour, ni même comme son ancien époux : juste par son prénom et il a la figure d’un personnage bienveillant.
2) Didon (Enéas) : une femme honteuse de ne s’être pas conformer aux devoirs d’une épouse et d’une veuve… de son époque médiévale mais dont le sentiment de honte est nécessaire à sa rédemption. Il ne peut y avoir de jeu à trois, le trois symbolise la débauche, l’équivoque. Sychée est le légataire non seulement de l’amour de Didon, mais, selon les codes de l’époque, de Didon, elle-même : le mariage crée une métonymie, de fait.

D’un côté, les personnages, au-delà de leur souffrance semblent n’être que des marionnettes des dieux qui décident, eux seuls, de la grande histoire, de l’autre, Didon acquiert une plus grande profondeur psychologique, plus humaine, plus hypocrite aussi : la seconde étant corrélée à la première. Cependant, là réside la force de l’Enéide : œuvre intemporelle en laquelle chaque époque aime à percevoir ce qui lui servira de leçon et qui, en passant par les études de Port-Royal au XVIIe s. qui voyaient dans l’Enéide, l’un des seuls textes (avec ceux d’Horace) ayant intérêt à être connu en son entièreté, continue d’être lu et adapté au théâtre, notamment en ces moments d’importants mouvements migratoires causés par des désastres. Le risque n’est-il cependant justement pas de réduire ce poème aux seules lectures idéologiques ?

Voici le plan auquel j'ai pensé aujourd'hui :


I. Deux perspectives opposées
1) différences d'identifications : point de vue d'Enée / point de vue de Didon
2) registre pathétique / polémique
3) Enée, un héros plus humain / Didon, une reine plus hypocrite.

II. Deux épreuves édifiantes
1) Une rupture symbolique pour Enée : la nation qui l'attend est plus forte que ses propres sentiments.
2) Une honte rédemptrice pour Didon?
3) l'Ethique (l'Enéide) / la moral (Roman d'Enéas) contre l'abus de plaisir

Pour la correction de l'Enéide :
En tenant de tels propos, Énée cherchait à apaiser son âme bouillonnante
aux regards farouches et de lui tirait des larmes.
Elle, la tête tournée, gardait ses yeux fixés sur le sol,
elle n’exprime pas plus d’émotion sur son visage, bien que le dialogue soit entamé,
Que si c’était un dur caillou ou un roc marpésien.
A la fin, elle se lève vivement et, pleine d'un sentiment hostile, s'enfuit
dans un bois ombreux, où son ancien époux, Sychée,
répond par de tendres soins et partage son ardeur.
Et Enée, tout aussi frappé par ce cruel malheur
L’accompagne longuement de ses larmes et prend pitié à la voir s’éloigner.

Pour la correction du Roman d'Enéas :
Quand Didon l'entendit tenir* de tels propos
elle ne put plus le regarder
parce qu’elle lui était très hostile.
Elle s’est enfuie dans un bois
où demeurait Sychée son époux,
qui sur son amour, avait une plus grande légitimité.
A cause de la foi qu'elle lui avait manquée
quand elle s’était engagée avec lui,
elle n’osait pas se tourner vers lui,
ni n’osait le regarder dans les yeux,
ni ne s’approchait près de lui :
En raison de sa trahison, elle était pleine de honte.
Le Troyen continua sa marche,
il ne tarda nullement
avant d'arriver sur le champ où demeuraient
ceux qui moururent au combat.

tenir : mais en plus parleR est à l'infinitif! j'aurais effectivement dû faire plus attention. Non seulement cela mais la syntaxe de ce début de l'extrait m'avait, pour cette raison, énormément gêné: Quant (qui normalement ne signifie pas "arpès que") n'étant pas a priori un adverbe pouvant occuper la zone préverbale tonique et comme j'avais pensais que Didon était le sujet (au premier abord)… je savais que ce vers devait être bancal.
Je n'attendais pas un ensemble aussi construit…

Mais l'impression est mitigée :

Votre début pose très bien le rapport entre l’Énéide (à laquelle on peut ajouter ses commentateurs, dont Servius, très lus au MA (et que, de toute évidence, connaît l’anonyme) et l’Énéas : ni traduction, ni même simple adaptation, mais création authentique d’une œuvre qui « doit prendre sens dans son siècle et dans et pour sa société », comme vous le rapportez si bien. Ce sens, ici comme ailleurs, concerne les rapports entre l’homme et la femme dans le contexte de la fin'amor et les diverses variétés d’amour, si bien illustrées par les trois personnages de Didon, de Camille, et bien sûr de Lavinie, la grant amie.

Mais l’annonce du plan (je reviendrai sur la critique de ce dernier) est trop longue par rapport à l’exposé qui suit, et la fin présente un défaut classique : vous poussez trop loin l’analyse et, ce faisant, vous « dérobez » des idées à votre conclusion. D'une manière générale, il faut se garder d'argumenter dans une introduction.

Le plan me semble "boiteux" : vous parlez d’Énée dans l’Énéide, de Didon dans l’Énéas , certes par le biais de la focalisation, mais leur complémentaire mérite aussi une étude !
Votre 3ème partie est plus une conclusion relative à chaque partie précédente qu'un véritable bilan. Il faut imaginer une démarche qui, dans chaque partie analyse les deux œuvres, sans quoi votre étude ne permet pas une comparaison fructueuse. Il manque aussi une étude de la fonction des enfers, dont on pourrait croire, dans l'Énéas, qu'ils ne sont pas christianisés, mais dont on peut se demander si, finalement, on n'y trouve pas rétabli un ordre moral et social qui devrait régner "sur terre" : la dame ne retourne-t-elle pas à son "sire" qui l'absout ? Chez Virgile, c'est le couple qui se reforme dans une parfaite égalité (cf. aequat, dans son sens propre ici pour Bellessort).

Attention d'autre part, les citations se font toujours dans la langue originale : vous l’avez fait pour l’Énéide, vous ne le faites pas pour l’Énéas

Quant à votre synthèse-conclusion, elle a le défaut rédhibitoire de mettre en avant l’Énéide et de passer presque totalement sous silence l’originalité de l'Énéas, dont l'introduction laissait penser que vous en traiteriez. Tout se passe comme si vous concluiez une étude sur l’Énéide seule.
Je ne vois pas d'amélioration notable dans la seconde version du plan.

Rien dans votre texte sur ce qu’on appelait anciennement l’ « art de l'auteur », autrement dit la poésie chez Virgile, l’art de la narration chez l’anonyme, puisque – différence notable non abordée - le genre des deux œuvres n'est pas le même ! Vous auriez pu en traiter au moment où vous évoquiez les registres ou les tonalités, par exemple.

Quelques fautes : « point de vue omnisciente »
« a sans doute était pensé pour les Plantagenêt »

Un passage très mal construit grammaticalement :
"ce procédé a l’avantage de, remontant dans le temps, et conséquemment, accordant le temps des verbes (utilisant parfois le plus-que-parfait) de prendre de la distance sur l’histoire,"
Bonjour Yvain,

Evidemment que vous avez tout à fait raison : de nombreuses erreurs que vous avez relevées, j'en avais déjà conscience (plan bancal, mise trop en avant de l'Enéide etc ) : j'ai essayé à tout prix de faire un plan.

Je pense que je vais tenter d'en trouver un plus correct avec vos remarques (qu'il faut que je prenne aussi un peu le temps de digérer).

J'en profite pour apporter une information que j'ai lue hier touchant le statut de l'auteur au Moyen Âge (et qui reprend ce que vous avez écrit) :
« auteur » au sens du xiie siècle, [est celui qui] reprend, enrichit, augmente (le verbe latin augere, « augmenter », est apparenté à auctor, « l'auteur »)
.
https://books.openedition.org/pur/22098?lang=fr#ftn48
Mais avant de faire un plan, notez pêle-mêle toutes les remarques que vous suggèrera une analyse attentive des deux textes ; trouvez ensuite une problématique à l'appui de ces notes, mais en prenant aussi le recul nécessaire, sans quoi vous resterez trop près de votre travail, et élaborez finalement un "plan" qui soit l'image d'une "pensée qui progresse sans rupture ni redite" (P. Lecoq, I.G., président de mon jury d'agrégation en 1986, hélas décédé en 2016).

Ce que je dis là vaut pour les deux dissertations que vous aurez à faire : l'une en littérature française, l'autre en littérature comparée.

Pour la correction de l'Enéide :

En tenant de tels propos, Énée cherchait à apaiser son âme bouillonnante
Plutôt « cette âme », à cause de l'ambiguïté.

aux regards farouches et de lui tirait des larmes.
Orth. !
Elle, la tête tournée, gardait ses yeux fixés sur le sol,
Un point-virgule ou un point.


elle n’exprime pas plus d’émotion sur son visage, bien que le dialogue soit entamé,
Je dirais plutôt « dès le début de ces paroles ».

Que si c’était un dur caillou ou un roc marpésien.
A la fin, elle se lève vivement et, pleine d'un sentiment hostile, s'enfuit
dans un bois ombreux, où son ancien époux, Sychée,
répond par de tendres soins et partage son ardeur.
Pourquoi pas « amour » ?

Et Enée, tout aussi frappé par ce cruel malheur
L’accompagne longuement de ses larmes et prend pitié à la voir s’éloigner.


Pour la correction du Roman d'Enéas :

Quand Didon l'entendit tenir* de tels propos
Et oui, c'était bien le verbe oïr, qui signifie suivant le contexte « entendre » et « entendre dire ».
Pourquoi pas « l’entendit parler ainsi » ?


elle ne put plus le regarder
parce qu’elle lui était très hostile.
Elle s’est enfuie dans un bois
Oui. enz = « à l’intérieur de » et en est une particule modale ; en… foïe équivaut pratiquement à une tmèse.

où demeurait Sychée son époux,
qui sur son amour, avait une plus grande légitimité.
A cause de la foi qu'elle lui avait manquée
inc. !

quand elle s’était engagée avec lui,
Construction des deux vers mal saisie : « parce qu’elle avait manqué à la parole qu’elle lui avait donnée ».

elle n’osait pas se tourner vers lui,
ni n’osait le regarder dans les yeux,
ni ne s’approchait près de lui :
Un seul « ni » suffit en FM, le dernier.

En raison de sa trahison, elle était pleine de honte.
Le Troyen continua sa marche,
il ne tarda nullement
avant d'arriver sur le champ où demeuraient
ceux qui moururent au combat.
Difficile de rendre le mot « champ », qui en AF désigne tout terrain dégagé. Laissons le mot (cf. champs Élysées).
Bonjour Yvain,

Je n'avais pas vu votre correction des deux textes.
Je vais la revoir plus après.
Oui, l'orthographe : dans mes devoirs je ne faisais que très rarement des fautes : apparemment, je me contrôle moins ici!

Je vais faire plus attention!

J'avais une question concernant l'Enéas : grâce à votre question (car rien n'est jamais perdu et j'ai toujours l'intention de proposer un meilleur plan même si ça prend du temps), je suis en train de lire des articles sur le net (qui, dans mon cas, est un cadeau quasi divin) sur les apports de l'antiquité au Moyen-Âge.
Or, je lis partout qu'Ovide était un des auteurs les plus influents, cela concernant aussi l'écriture de l'Enéas.
Je suis en train d'essayer de traduire des passages des "Héroïdes" que je soumettrai à votre (si vous le voulez bien) correction sur le forum.
Mais je me demandais s'il n'y avait pas un lien entre ce passage et le mythe d'Orphée et Eurydice par exemple, ou bien n'est-ce pas si important pour la comparaison des deux textes.
Oui, Ovide a été très lu au Moyen Age, et nombre de motifs qu'on retrouve dans la dialectique courtoise des romans viennent de l'Art d'aimer et des Remèdes à l'amour. Beaucoup de scènes légendaires issues des Métamorphoses nourrissent aussi la littérature médiévale : par exemple l'histoire de Pyrame et Thisbé, dont on retrouve une adaptation quasiment parodique dans le Chevalier au Lion : le lion, croyant Yvain mort, se prépare à se suicider en coinçant l'épée de ce dernier dans un tronc d'arbre ! Les Métamorphoses ont aussi inspiré, de même que les Héroïdes, que vous citez, un très vaste ensemble, appelé Ovide moralisé, (XIVème) qui s'efforce de dégager un sens allégorique des mythes et des légendes trouvées chez le poète. C'est dans cet ensemble qu'on a découvert un Philomena (histoire de Philomèle, Procné et Térée), qui serait la réécriture d'un roman plus ancien attribué à Chrétien de Troyes qui semble y faire allusion au début de Cligès. J'ai le texte, je vous en donnerai un extrait à traduire.
Je ne crois pas qu'il y ait vraiment parenté entre le mythe d'Orphée et l'histoire d'Énée, à part la descente aux enfers bien sûr. Les situations ne sont pas comparables.
Certains mythes antiques ont survécu de façon assez stupéfiante dans les contes traditionnels, et notamment les "contes russes". C'est le cas de l'histoire d'Amour et Psyché, qui est relatée dans les Métamorphoses d'Apulée (L'Âne d'or) et dont on retrouve les épisodes, plus ou moins arrangés, dans les traditions de toute l'Europe, dans l'Italie du XIIIe siècle ou les lais de Marie de France comme la Russie du temps de Bilibine (La Plume de Finist-Clair-Faucon, Vassilissa-la-très-belle), la Bretagne ou la Norvège (A l'est du soleil et à l'ouest de la lune), ou les contes berbères. Des épisodes de l'histoire de Jason et de Médée semblent survivre aussi dans certains contes russes (par exemple l'épisode ou les amants en fuite jettent derrière eux une brosse, une peigne, une serviette magiques, qui retardent la sorcière ou autre poursuivant), etc.

Je ne sais pas s'il y a eu des études détaillées sur les correspondances entre les motifs présents dans la mythologie gréco-latine et ceux des grands contes traditionnels.
Si, bien sûr, il y a entre autres l'étude structurale de Vladimir Propp, "Morphologie du conte" éd. du Seuil coll. Points, 1969), qui prend appui sur l'analyse de contes russes.
Je l'ai, mais effectivement il s'intéresse surtout à la structure des contes, aux fonctions des personnages etc, mais je ne crois pas qu'il essaie de faire des liens entre les motifs mythologiques et les motifs des contes russes. Stith Thompson a fait un boulot énorme sur les motifs, mais pas spécialement par rapport à la mythologie non plus (et en plus, il envisage également des contes relevant de traditions complètement différentes, comme celles des Amérindiens par exemple).

Par ailleurs, Propp a été critiqué pour ne pas avoir effectué une étude à tendance exhaustive, mais d'avoir plutôt sélectionné ce qui l'arrangeait pour sa théorie. Il est assez agaçant à lire d'ailleurs, car il passe son temps à dire "il n'est pas nécessaire d'étudier ceci ou cela"… En plus, à part Morphologie du conte, on ne trouve pratiquement aucun de ses bouquins en France, Les Racines historiques du conte merveilleux avaient été traduites mais sont épuisées depuis longtemps, j'ai été obligé de l'acheter en espagnol pour savoir de quoi ça parlait ! (sans avoir étudié l'espagnol…) C'est très intéressant d'ailleurs, même si le titre est pour le moins trompeur, mais très spéculatif aussi.