À travers la littérature médiévale

Littérature

128 réponses · Page 5 / 7

Bonjour Yvain,

Exercice très très instructif car, enfin, j'ai pu lire les chapitres sur les pronoms personnels dans un but précis!

Pour les symboles phonétiques, pour parler de "e" ouvert et de "e" central : je les ai écrits ainsi et non avec les signes diacritiques et entre crochets. Et pour les autres voyelles, j'ai précisé : fermé ou ouvert.

Je n'ai d'ailleurs pas fini de répondre à toutes les questions : je n'ai fait que celle sur la morphologie et la syntaxe, la voici en attendant :

I. Morphologie des pronoms personnels des v. 4651 à 4664
Introduction :
Les pronoms personnels (sujets et régimes) proviennent de deux déclinaisons latines :
1) P1, 2, 4, 5 : des pronoms personnels du latin classique : ego, tu, se, nos, vos.
_Sujets : provenant des nominatifs sg. et pl. ego, tu, nos, vos
_Régimes atones et toniques issus de l’acc. me, te, nos, vos (la morphologie tonique provient de la diphtongaison française).
_dans l’extrait il n’y a qu’un seul exemple de ceux-ci : la P3 réfléchie atone se (se li ancline).

2) P3, 6 issus des démonstratifs du lat. classique (ille, illa, illud).
Avec l’unique référence de la P3 réfléchie, ce sont les seuls pronoms personnels qui se trouvent dans cet extrait.
Ils ont un système casuel plus réduit que celui du latin : CS, CRd. et CRind (aux sg. et pl.).
2 oppositions : entre les pronoms atones / toniques (seul le CS de la P1 a une forme tonique « gié ») et, à la différence des autres pronoms, les P. 3 et 6, étant donné qu’ils sont « représentants » (G. Joly, « Précis d’ancien français ») se distinguent en genre avec en outre un neutre pour les pronoms CS et CRd, P3 : el et lo, le (absents dans l’extrait).
Il n’y a pas de forme dialectale présente. Nous aurons juste à les regrouper en deux grandes catégories : les pronoms personnels sujets et régimes.

A. Pronoms personnels sujets (seulement P.3)
Seul deux sujets sont présents dans le texte :
Féminin CS. atone : ele, v. 4659 et 4661.
Masculin CS atone : il v. 4663.
Ainsi que nous l’avons dit, ils sont issus de ille, illa, illud. Cependant, la P3 masc. il découle d’une forme impériale refaite en *illi. Ce déterminant a subi 2 dilations qui, finalement, ont abouti au maintien du premier [ i ] bref en [ i ] (qui normalement aurait dû s’ouvrir en [e] fermé :
La première est provoquée par le [ i ] du relatif qui (ille qui) avec lequel ille était souvent mis en corrélation.
La deuxième : provoquée par le [ i ] final de *illi : le premier [ i ] bref garde son timbre. De plus, celui-ci tonique, illi n’a pas subi l’aphérèse comme l’article ou les pronoms personnels régimes. C’est la deuxième syllabe qui s’est effacée.
Pour ele, l’histoire phonétique est normale : du nom. sg. illa, le premier [ i ] bref s’ouvre en [e] au 3 premiers siècles (BVL) et le [a] s’est affaibli au VIe s. en « e » central ; date à laquelle la géminée se simplifie.

B. Pronoms personnels régimes (tous sont à la P.3)
a. les pronoms personnels atones
1) CRdir : l’, le : (notons que tous les l’ sont masc.), v. 4652, 4655-4657
2) CRind. atone : li, v. 4652 (mais problème que nous avons étudié plus bas), v. 4654, 4658-4660.
3) CRind. tonique fém. : « lez li » et « a li », par ex.
4) CRind. tonique masc. : par ex. « a lui »
Pronom réfléchi atone : se

A part la P3 réfléchie, toutes ces formes ont subi l’aphérèse sans doute vers le 3e siècle ap. J.-C.

1)les formes atones :
a) Le CRdir et le CRind. proviennent simultanément de l’acc. Illu(m) et du dat. illi : en position inaccentuée, proclitique, : lu et li (deviendra lui au moyen français). Pour lu Le [ u ] s’est changé en [o] fermé au Ve s. puis en « e » central au moyen âge.
b) se : provient de l’acc. se. Etant proclitique, le [e] n’a pas diphtongué comme son correspondant tonique sei mais a évolué comme un [e] initial en « e » central.

2) les formes toniques :
Proviennent des formes impériales : (accent sur la dernière syllabe : aphérèse par analogie avec les formes proclitiques).
li de illae > illaei (par analogie avec illui) > illiei (réduction de la diphtongue [ae] au 1er s. + diphtongaison romane de « e » ouvert libre) > li (réduction de la triphtongue).
Lui de illui : [ u ] s’est fermé en [w] puis palatalisation de [w] au VIIIe s.(pas sûr?).

II. Syntaxe :
Pour la syntaxe, il est à relever :
1) les pronoms régimes atones étant non prédicatifs, ils sont en général antéposés au verbe.

2) fréquente omission du CS de la P3 il car la zone préverbale est saturée par un complément (se li au v. 4652, par ex.) ou un adverbe (puis, si…). Normalement, le sujet aurait donc été postposé au verbe mais comme, en fonction du contexte, il n’y a pas de problème d’interprétation, il a pu être omis aisément comme dans les V. 4651 à 4653.

3) le li de « se li ancline » est dû à plusieurs confusions :
a) Une confusion dialectale (picard) entre le CRd. Atone fém. (qui provient de la) et li CRind. atone fém.
b) cependant le pronom réfléchi se nous interdit de traduire ce pronom en français moderne par « la » (il la salue). En effet, en ancien français, « encliner » pouvait signifier « s’incliner », « se pencher » ou « saluer » : il pouvait avoir 2 ou 3 valences. Il semble qu’à la confusion dialectale morphémique se soit rajoutée la confusion purement sémantique entre les deux traductions possibles : l’une appelant normalement un CRind. tonique (s’incliner sur / vers / devant) et l’autre appelant un CRdir. Atone.
Il semble que la présence de la P3 réfléchie interdise qu’on traduise simplement par « il la salue » mais « il s’incline devant elle ».

4) et il c. mile tanz a li : ellipse du verbe car la proposition et coordonnée avec la première et, surtout, la prédicativité du pronom sujet compense l’absence du verbe à répéter sinon : il est donc à traduire par « lui ».

En fait, pour la correction de la traduction :

et puis il vint au chevet de la reine,
l’adore et s’incline devant elle devant elle,
en effet, il ne croit autant en aucune relique.
Et la reine tend
les bras à sa rencontre , l’étreint,
étroitement près de sa poitrine, l'enlace
elle l’a attiré à côté d’elle dans son lit,
et lui fait le plus bel accueil
qu’elle peut en ce moment lui faire,
car elle lui est animée d’Amour et du cœur. (j’avais aussi pensé à un mot plus fort comme « exalté »)
C’est par amour qu’elle lui manifeste son affection ;
et si elle lui a donné un grand amour
lui, il le lui a rendu cent mille fois,
Amour a failli à tous les autres cœurs
en comparaison de ce qu’il a fait au sien ;
bien mieux en son cœur tout Amour
retrouva sa force, et il fut aussi accompli
qu’il fut misérable dans les autres cœurs.
Maintenant, Lancelot a tout ce qu’il veut,
puisque la reine recherche favorablement
sa compagnie et son réconfort,
puisqu’il la tient entre ses bras
et elle, lui, entre les siens.
Tant lui est doux et bon son plaisir,
et des baisers et des sens,
qu’il leur parvint véritablement
une joie et une extase
telle que jamais encore une autre pareille
n'avait été entendue ni connue ;
mais elle sera par moi toujours tue,
car elle ne doit pas être divulguée dans un conte.

Je voulais juste rajouter une chose dans la question de la syntaxe :


4)b) En ancien français, quand il y a plusieurs pronoms régimes, le direct se place toujours avant le pronom ind. : de ce fait, comme li (de se li ancline) est confondu avec un pronom régime ind. tonique fém., il se place après le pronom réfléchi se.
Introduction :
Les pronoms personnels (sujets et régimes) proviennent de deux déclinaisons latines :
1) P1, 2, 4, 5 : des pronoms personnels du latin classique : ego, tu, se, nos, vos.
_Sujets : provenant des nominatifs sg. et pl. ego, tu, nos, vos
_Régimes atones et toniques issus de l’acc. me, te, nos, vos (la morphologie tonique provient de la diphtongaison française).
_dans l’extrait il n’y a qu’un seul exemple de ceux-ci : la P3 réfléchie atone se (se li ancline).

Vrai hors-sujet, vous me direz pourquoi.


2) P3, 6 issus des démonstratifs du lat. classique (ille, illa, illud).
Avec l’unique référence de la P3 réfléchie, ce sont les seuls pronoms personnels qui se trouvent dans cet extrait.
Ils ont un système casuel plus réduit que celui du latin : CS, CRd. et CRind (aux sg. et pl.).

Vous devez avant toute chose faire l’inventaire des occurrences et les classer dans un tableau.

Ils ont un système casuel plus réduit que celui du latin : CS, CRd. et CRind (aux sg. et pl.).
2 oppositions : entre les pronoms atones / toniques (seul le CS de la P1 a une forme tonique « gié ») et, à la différence des autres pronoms, les P. 3 et 6, étant donné qu’ils sont « représentants » (G. Joly, « Précis d’ancien français ») se distinguent en genre avec en outre un neutre pour les pronoms CS et CRd, P3 : el et lo, le (absents dans l’extrait).

Si des formes sont absentes de l’extrait, que doit-on faire ?

Il n’y a pas de forme dialectale présente. Nous aurons juste à les regrouper en deux grandes catégories : les pronoms personnels sujets et régimes.

Et la distinction toniques/atones ?


A. Pronoms personnels sujets (seulement P.3)
Seul deux sujets sont présents dans le texte :
Féminin CS. atone : ele, v. 4659 et 4661.
Masculin CS atone : il v. 4663.

Voir plus haut : vous gagnerez du temps à faire un tableau. Il y a trois occurrences de ele (vous me direz que c’est un détail, mais les oublis sont une des erreurs classiques, et certaines peuvent être dramatiques.

Ainsi que nous l’avons dit, ils sont issus de ille, illa, illud. Cependant, la P3 masc. il découle d’une forme impériale refaite en *illi. Ce déterminant a subi 2 dilations qui, finalement, ont abouti au maintien du premier [ i ] bref en [ i ] (qui normalement aurait dû s’ouvrir en [e] fermé :
La première est provoquée par le [ i ] du relatif qui (ille qui) avec lequel ille était souvent mis en corrélation.
La deuxième : provoquée par le [ i ] final de *illi : le premier [ i ] bref garde son timbre. De plus, celui-ci tonique, illi n’a pas subi l’aphérèse comme l’article ou les pronoms personnels régimes. C’est la deuxième syllabe qui s’est effacée.
Pour ele, l’histoire phonétique est normale : du nom. sg. illa, le premier [ i ] bref s’ouvre en [e] au 3 premiers siècles (BVL) et le [a] s’est affaibli au VIe s. en « e » central ; date à laquelle la géminée se simplifie.

Désolé, mais c’est hors-sujet. Pourquoi ?

B. Pronoms personnels régimes (tous sont à la P.3)
a. les pronoms personnels atones
1) CRdir : l’, le : (notons que tous les l’ sont masc.), v. 4652, 4655-4657

Il y a une erreur !

2) CRind. atone : li, v. 4652 (mais problème que nous avons étudié plus bas), v. 4654, 4658-4660.

Genres ??

Et confusion dans le repérage alphanumérique des paragraphes.


3) CRind. tonique fém. : « lez li » et « a li », par ex.
4) CRind. tonique masc. : par ex. « a lui »

Hors-sujet.

Pronom réfléchi atone : se

Analyse ?

A part la P3 réfléchie, toutes ces formes ont subi l’aphérèse sans doute vers le 3e siècle ap. J.-C.
1)les formes atones :
a) Le CRdir et le CRind. proviennent simultanément de l’acc. Illu(m) et du dat. illi : en position inaccentuée, proclitique, : lu et li (deviendra lui au moyen français). Pour lu Le [ u ] s’est changé en [o] fermé au Ve s. puis en « e » central au moyen âge.
b) se : provient de l’acc. se. Etant proclitique, le [e] n’a pas diphtongué comme son correspondant tonique sei mais a évolué comme un [e] initial en « e » central.
2) les formes toniques :
Proviennent des formes impériales : (accent sur la dernière syllabe : aphérèse par analogie avec les formes proclitiques).
li de illae > illaei (par analogie avec illui) > illiei (réduction de la diphtongue [ae] au 1er s. + diphtongaison romane de « e » ouvert libre) > li (réduction de la triphtongue).
Lui de illui : [ u ] s’est fermé en [w] puis palatalisation de [w] au VIIIe s. (pas sûr?) .

Hors-sujet. Il faut seulement expliquer l'homonymie des li.

II. Syntaxe :
Pour la syntaxe, il est à relever :
1) les pronoms régimes atones étant non prédicatifs, ils sont en général antéposés au verbe.

En général ou toujours ? Et où sont les exemples ? Et pourquoi commencer par les pronoms régime ??

2) fréquente omission du CS de la P3 il car la zone préverbale est saturée par un complément (se li au v. 4652, par ex.) ou un adverbe (puis, si…). Normalement, le sujet aurait donc été postposé au verbe mais comme, en fonction du contexte, il n’y a pas de problème d’interprétation, il a pu être omis aisément comme dans les V. 4651 à 4653.
Et quand il est présent ?
3) le li de « se li ancline » est dû à plusieurs confusions :
a) Une confusion dialectale (picard) entre le CRd. Atone fém. (qui provient de la) et li CRind. atone fém.

Préciser que la non distinction de genre persiste en FM. Mais c’était à dire avant.


b) cependant le pronom réfléchi se nous interdit de traduire ce pronom en français moderne par « la » (il la salue). En effet, en ancien français, « encliner » pouvait signifier « s’incliner », « se pencher » ou « saluer » : il pouvait avoir 2 ou 3 valences. Il semble qu’à la confusion dialectale morphémique se soit rajoutée la confusion purement sémantique entre les deux traductions possibles : l’une appelant normalement un CRind. tonique (s’incliner sur / vers / devant) et l’autre appelant un CRdir. Atone.
Il semble que la présence de la P3 réfléchie interdise qu’on traduise simplement par « il la salue » mais « il s’incline devant elle ».

Un peu long sur ce seul exemple. On ne risquait pas de traduire « il la salue » vu la forme du pronom.

4) et il c. mile tanz a li : ellipse du verbe car la proposition et coordonnée avec la première et, surtout, la prédicativité du pronom sujet compense l’absence du verbe à répéter sinon : il est donc à traduire par « lui ».

Il manque :
- l’ordre des pronoms groupés (partiellement corrigé par l'ajout),
- la possibilité de rencontrer un pronom sujet éloigné du verbe (v. 4662) et un pronom tonique avant le verbe (id).


4)b) En ancien français, quand il y a plusieurs pronoms régimes, le direct se place toujours avant le pronom ind. : de ce fait, comme li (de se li ancline) est confondu avec un pronom régime ind. tonique fém., il se place après le pronom réfléchi se.

Je ne comprends pas très bien… Il n'y a pas confusion : on aurait il s'ancline a li ou il a li s'ancline.

Travail méritoire, mais mal organisé et avec des parties hors-sujet. C'est à dessein que je vous avais donné un sujet d'étude assez limité : vous deviez vous tenir aux occurrences du texte et ne développer des faits de phonétique que dans la mesure où cela intéresse la morphologie.


Une conclusion est à prévoir sur l'usage des pronoms, par rapport au FM, par exemple.

Je verrai votre traduction un peu plus tard.
Bonsoir Yvain,

Je vais revoir tout cela dans le calme (avant de faire la métrique)
En fait, comme je n'ai jamais fait ce genre d'exercices, il me faut continuer à lire les rapports de jury et pratiquer.

Merci beaucoup.
Il n'y a évidemment pas de manière de faire "officielle", et les membres du jury ont à cœur de le préciser, mais il y a des principes à respecter, d'où l'utilité des cours (du moins je l'espère) et des rapports de concours, de plus en plus complets de nos jours.

Je vous prie d'excuser les appréciations négatives que je mets parfois ; vous avez sûrement passé du temps sur la phonétique, j'ai lu toutes vos explications et elles sont bonnes en soi, mais je ne puis éviter de dire qu'elles n'ont pas leur place ici : ce serait vous égarer.
Si vous avez le temps, le jour de l'épreuve, vous pouvez développer certains points, par exemple la genèse de l'ordre des pronoms groupés, puisqu'il y a une occurrence dans le texte. Par contre, il ne faudrait pas se lancer non plus dans une étude stylistique sur le jeu du "lui" et du "elle", par ailleurs fort intéressante à mener, mais sur un ensemble plus long. La stylistique est aussi un domaine à étudier.

Ne négligez pas non plus la langue moderne et sa grammaire (moderne = après 1500) : vous avez aussi une épreuve similaire en la matière.

Voici les questions données en 1982 à l'épreuve d'étude grammaticale d'un texte antérieur à 1500. Je ne recopie pas le texte (un extrait de Commynes qui fait vingt lignes), c'est juste pour que voyiez ce qu'il faut faire en 2 heures ;

1. Traduire le texte.

2. Phonétique :
- donner l'histoire phonétique jusqu'en français moderne de chose (l. 11) [de causam] ;
- commenter la graphie de hault (l. 9) [de alte], de ung (l. 11) [de unum], de vey (l. 16) [de vidi] et de sept (l. 16) [de septem].

3. Morphologie : étudier, d'après les exemples du texte, les désinences verbales de 1ère personne du singulier et de 3ème personne du singulier(1).

4. Syntaxe : étudier dans le texte les emplois et valeurs de la préposition de.

5. Vocabulaire :
- fortunes (l. 12) ;
- travail (l. 13).

(1) Je précise qu'il y a 21 occurrences !

et puis il vint au chevet de la reine,
l’adore et s’incline devant elle devant elle,
en effet, il ne croit autant en aucune relique.
Et la reine tend
les bras à sa rencontre , l’étreint,
étroitement près de sa poitrine, l'enlace [Ponct.]
elle l’a ainsi attiré à côté d’elle dans son lit,
et lui fait le plus bel accueil
qu’elle peut en ce moment lui faire,
[qu'elle puisse jamais lui faire]
car elle lui est animée d’Amour et du cœur. (j’avais aussi pensé à un mot plus fort comme « exalté »)
On ne peut traduire littéralement ici et li renvoie à la reine : on a une tournure impersonnelle, comme je l'avais diter. Je propose :
"Car l'amour et son cœur lui inspirent ce transport"

C’est par amour qu’elle lui manifeste son affection ;
et si elle lui a donné un grand amour
lui, il le lui a rendu cent mille fois,
il lui rend
Amour a failli à tous les autres cœurs
en comparaison de ce qu’il a fait au sien ;
bien mieux en son cœur tout Amour [Ponctuation ?]
L'amour tout entier
retrouva sa force, et il fut aussi accompli [ou "parfait"]
qu’il fut misérable dans les autres cœurs.
Maintenant, Lancelot a tout ce qu’il veut, [Pas de virgule]
puisque la reine recherche favorablement
sa compagnie et son réconfort,
puisqu’il la tient entre ses bras
et elle, lui, entre les siens.
C'est tout de même limite. Dans une traduction écrite, dites "et qu'elle le tient…"
Tant lui est doux et bon son plaisir,
et des baisers et des sens,
qu’il leur parvint véritablement
une joie et une extase
telles que jamais encore une autre pareille
n'avait été entendue ni connue ;
mais elle sera par moi toujours tue,
car elle ne doit pas être divulguée dans un conte.
Bonjour Yvain,

Comme je vous l'ai déjà dit : les critiques qui vont avec la correction font partie du jeu : il n'y a évidemment aucun problème (j'en demande même!).

Je suis tellement perfectionniste que je me perds moi-même dans mes corrections de recorrection et avec mon travail professionnel à côté, je me sens submergé parfois. Et comme je dois avancer, si vous me le permettez, je vais juste reprendre l'introduction pour la remettre dans le sujet en répondant à votre question (sur la raison de ce hors-sujet).


Pour la correction de l'introduction :
1) sur la raison du hors-sujet en introduction : 1) parce que je cite des pronoms personnels qui ne sont pas dans le texte (à part se).
2) parce que je commence à parler des pronoms qu'il y a dans le texte (je parle de se li ancline) alors que ce n'est pas dans l'introduction qu'il faut écrire cela (j'ai l'introduction du rapport du jury de 2012 de l'examen de l'agrégation sous les yeux pour la morphologie de l'imparfait et je crois discerner effectivement, en partie du moins, mes erreurs).
3) parce que je fais de la diachronie alors que ce n'était pas le sujet.

2) Pour la rédaction de l'introduction, j'aurais peut-être dû écrire quelque chose comme ça :
Les pronoms personnels de l’ancien français se scindent en 2 grandes catégories : les CS toujours avec des pronoms conjoints ou disjoints, en fonction du contexte ; les CR qui peuvent se diviser comme suit : le CRdir et ind. atones (conjoints), le CRind. tonique (disjoint). Seul les pronoms régimes atones me, te, se, nos, vos ne discriminent aucun genre ni les cas direct et indirect. Ils se différencient juste d’avec les formes toniques : mei, tei, sei. Il est avant tout à noter que seul sont présents dans cet extrait les pronoms représentants singulier : P3.
Ainsi que tous les pronoms personnels sont partagés entre les formes conjointes ou disjointes (atones ou toniques), nous avons fait le plan de notre travail en deux parties suivant ce partage :
I. pronoms personnels atones :
A) Cas régime direct : le, l', se
B) Cas régime indirect li, li


II. pronoms personnels toniques :
A) Cas sujet : il, ele
B) Cas régime indirect tonique : li, lui



J'ai 2 questions :
1) Je regarde les rapports de jury mais je un doute concernant les pronoms :
Quand on fait la morphologie des adjectifs ou des noms: il faut écrire la déclinaison des adjectifs relevés pour les exemplifier (CS et CR sg et pl.). Est-ce qu'il faut aussi écrire tous les pronoms sujets également et faire de même pour les régimes etc touchant les pronoms? Ou est-ce qu'il ne faut parler que des pronoms dans le texte?

2) au sujet de se li ancline : en fait, dans le Gaffiot, j'avais vu que encline était suivi d'un pronom disjoint : c'est pour cela que j'ai eu du mal avec ce li. Cette écriture n'est-elle pas fautive?
Le cumul du travail professionnel et de la préparation à l'agrégation (deux ans de suite !), j'ai connu cela aussi, croyez-moi !
J'ai été admissible la première fois, mais j'ai gaspillé mes chances en négligeant les attendus de la leçon (coeff. 9 en LC), ce qui m'a valu d'obtenir une note voisine du point de congélation de l'eau, que le reste des épreuves n'a pas pu compenser, en dépit d'un beau fleuron en explication grecque, ma matière fétiche.
seesaw a écrit : 1) sur la raison du hors-sujet en introduction : 1) parce que je cite des pronoms personnels qui ne sont pas dans le texte (à part se).
En effet.
seesaw a écrit : 2) parce que je commence à parler des pronoms qu'il y a dans le texte (je parle de se li ancline) alors que ce n'est pas dans l'introduction qu'il faut écrire cela (j'ai l'introduction du rapport du jury de 2012 de l'examen de l'agrégation sous les yeux pour la morphologie de l'imparfait et je crois discerner effectivement, en partie du moins, mes erreurs).
Tout à fait, d'où l'intérêt des corrigés de cours et des rapports (cf. mon expérience).
seesaw a écrit : 3) parce que je fais de la diachronie alors que ce n'était pas le sujet
C'est à nuancer : on est bien obligé de faire un peu de phonétique pour expliquer telle forme ou tel radical ; ce qu'il faut éviter par contre, c'est de faire un historique ab ovo ou de citer toutes les étymologies.
seesaw a écrit :2) Pour la rédaction de l'introduction, j'aurais peut-être dû écrire quelque chose comme ça :
Les pronoms personnels de l’ancien français se scindent en 2 grandes catégories : les CS toujours avec des pronoms conjoints ou disjoints, en fonction du contexte ; les CR qui peuvent se diviser comme suit : le CRdir et ind. atones (conjoints), le CRind. tonique (disjoint). Seul les pronoms régimes atones me, te, se, nos, vos ne discriminent aucun genre ni les cas direct et indirect. Ils se différencient juste d’avec les formes toniques : mei, tei, sei. Il est avant tout à noter que seul sont présents dans cet extrait les pronoms représentants singulier : P3.
Ainsi que tous les pronoms personnels sont partagés entre les formes conjointes ou disjointes (atones ou toniques), nous avons fait le plan de notre travail en deux parties suivant ce partage :
I. pronoms personnels atones :
A) Cas régime direct : le, l', se
B) Cas régime indirect li, li

II. pronoms personnels toniques :
A) Cas sujet : il, ele
B) Cas régime indirect tonique : li, lui
C'est mieux, mais un peu long. Le principe a néanmoins été trouvé : d'une part les indices personnels, sans référent et insensibles aux genres, d'autre part les pronoms personnels, seuls représentés ici, dont les formes sont nécessairement plus nombreuses puisque en tant que substituts, ils sont soumis à une variation de genre, qui n'est toutefois que partielle (homonymies (cf. li), elisions (cf. l')
Le plan général est satisfaisant, mais ne pas faire un inventaire dès l'intro, surtout qu'il manque des informations : genre, renvoi au vers.
En fait, vous allez faire cet inventaire au fur et à mesure du développement, en tant que de besoin.
seesaw a écrit :Je regarde les rapports de jury mais je un doute concernant les pronoms :
Quand on fait la morphologie des adjectifs ou des noms: il faut écrire la déclinaison des adjectifs relevés pour les exemplifier (CS et CR sg et pl.). Est-ce qu'il faut aussi écrire tous les pronoms sujets également et faire de même pour les régimes etc touchant les pronoms? Ou est-ce qu'il ne faut parler que des pronoms dans le texte?
Non : vous n'allez pas citer toutes les formes pronominales. Vous vous en tenez à l'inventaire. Dans ma question, il est réduit, mais au concours, vous pouvez avoir de très nombreuses occurrences, vous ne manquerez pas de matière.
Ce que vous pouvez faire par contre, c'est citer une forme ou une catégorie absente du relevé, si c'est pertinent dans votre démonstration : variation dialectale, évolution en MF : pour elle supplantant peu à peu por li.
seesaw a écrit :2) au sujet de se li ancline : en fait, dans le Gaffiot, j'avais vu que encline était suivi d'un pronom disjoint : c'est pour cela que j'ai eu du mal avec ce li. Cette écriture n'est-elle pas fautive?
Dans le Gaffiot ???

Certes, ce n'est pas une construction ordinaire, comme souvent chez Chétien, mais elle est attestée (il faut bien chercher) :

https://micmap.org/dicfro/search/dictionnaire-godefroy/encliner

En tout cas, j'ai deux éditions critiques du ChC, tous les mss. concordent.

Certes, si l'aore et a li ancline eût été plus attendu…

La langue n'est pas si normée à l'époque, ce qui fait tout son charme.
oups, dans le Godefroy!!
Gaffiot, Godefroy… on peut bien trouver une petite ressemblance, non? 😉

Bon, j'ai pris au hasard, dans les anciens examens, celui de 2015 (sur Eneas) dont j'essaieraie de vous envoyer la traduction et la réponse à une question (la morphologie, sans doute).

Bonjour,

J'ai fait la traduction de l'extrait d'Eneas (sujet 2015) (avec des passages très compliqués) avec bcp de mots dialectaux (de l'anglo-normand, à ce que j'ai cru voir) : donc il risque d'y avoir pas mal d'erreur!
Comme je n'arrive pas à trouver de lien PDF me permettant de copier l'extrait, je mets le lien ici :

https://eduscol.education.fr//file/agreg_externe/95/0/s2015_agreg_externe_lettres_mod_2_402950.pdf

Voici ma traduction :
]Depuis que la reine le sut,
elle n’a plus jamais eu de repos depuis ce moment
où elle a appris l’infidélité
jusqu’à ce qu’elle lui adressa la parole.
Elle s’assit à côté de lui, soupira
et en pleurant l’apostropha :
« Dites, chevalier, à quel moment ai-je commis une faute
pour que vous m’anéantissiez ? – Que dites-vous donc ?
- Vous armez déjà vos navires !
- Moi ? – Vous ! Ou voulez-vous fuir ?
- Au contraire, je m’en irai entièrement sous votre regard.
- Pourquoi m’avez-vous tant trahie ?
Est-ce que vous m’abandonnerez de cette façon ?
- Je ne peux plus demeurer en ces lieux.
- Pourquoi ? dit elle. – Les dieux s’en irritent.
- Oui ! hélas, quel malheur !
Pourquoi ne suis-je donc pas morte ?
Que j’ai agi si malencontreusement
en vous ayant offert mes bons soins,
le doux repos, la belle hospitalité à Carthage !
Je ne cesserai pas de vous le dire :
vous avez conçu une grande cruauté
et une terrible trahison
quand vous avez décidé secrètement
de vous séparer de moi.
Comment avez-vous pu le projeter ?
Sans que vous m’en eussiez averti ?
Sans que vous eussiez pitié de moi ?
Sans même que je le susse par vous.
Le mauvais sort fait aimer un homme troyen.



Maintenant, je m'attelle à la question de morphologie.
Ce n'est pas mal dans l'ensemble. Ce n'est pas un texte difficile, mais il est malaisé à traduire fidèlement. La traduction proposée dans les rapports ne me semble pas exemplaire en la matière. Je prône personnellement la plus grande fidélité possible à la lettre du texte du moment que cela ne viole pas l'élégance. Je vous proposerai une solution pour le vers 1771.

Depuis que la reine le sut,
« depuis que » : fs., et de toute façon m. d. en FM.

elle n’a plus jamais eu de repos depuis ce moment
« a eu » : tps. ; « ce » = m. d.

où elle a appris l’infidélité
« a appris » : tps ; « infidélité » est trop faible. En amour comme dans les rapports vassaliques, la trahison est ce qui est le plus redouté et le plus détestable.

jusqu’à ce qu’elle lui adressa la parole.
« adressa » : inc. et « adresser la parole » est trop faible dans ce contexte.

Elle s’assit à côté de lui, soupira
« si » n’est pas traduit.

et en pleurant l’apostropha :
« Dites, chevalier, à quel moment ai-je commis une faute
On peut donner à « ou » une autre valeur, mais soit.

pour que vous m’anéantissiez ? – Que dites-vous donc ?
Pas « anéantissiez », maladroit, mais « a… » ; il n’y a pas le verbe « dire » dans le texte.

- Vous armez déjà vos navires !
A condition de ne pas prendre « armer » dans un sens étroitement militaire : que peut-on dire aussi ?

- Moi ? – Vous ! Ou voulez-vous fuir ?
- Au contraire, je m’en irai entièrement sous votre regard.
Pas seulement « sous votre regard ».

- Pourquoi m’avez-vous tant trahie ?
« tant » : fs.

Est-ce que vous m’abandonnerez de cette façon ?
« est-ce que » est trop lourd.

- Je ne peux plus demeurer en ces lieux.
- Pourquoi ? dit elle. – Les dieux s’en irritent.
« irritent » : fs.

- Oui ! hélas, quel malheur !
« Oui » : fs. = cs. (ohi n’est pas oïl !) Je ne pense pas que Didon accepte l’argument d’Énéas !

Pourquoi ne suis-je donc pas morte ?

Que j’ai agi si malencontreusement
en vous ayant offert mes bons soins,
Deux lignes pour un seul vers : à éviter.

le doux repos, la belle hospitalité à Carthage !
Il manque des mots.

Je ne cesserai pas de vous le dire :
« cesserai » : inex.

vous avez conçu une grande cruauté
« cruauté » : inex.

et une terrible trahison
« terrible » : inex.

quand vous avez décidé secrètement
« secrètement » : trop loin du texte : que signifie a larron ?

de vous séparer de moi.
Il y a deux verbes !

Comment avez-vous pu le projeter ?
Sans que vous m’en eussiez averti ?
« sans que » : trop loin du texte : quelle tournure avez-vous ici ? D’autre part, en est plus ici un adverbe qu’un pronom.

Sans que vous eussiez pitié de moi ?
Id.

Sans même que je le susse par vous.
Il manque oan.

Le mauvais sort fait aimer un homme troyen.
« mauvais sort » : fs. Analysez mieux la construction de la phrase.
Bonjour Yvain,

Je vais revoir votre correction et je reviendrai vers vous ensuite.

Mais avant cela, j'ai tenté de faire l'exercice de morphologie (le A, et non le B)
Relever et classer, selon le système français les formes verbales de personne I dans le texte
occurrences relevées dans l'extrait :
Futur I yra-I, v. 1764
Présent de l'ind. puis, v. 1767
Présent de l'ind. sui, v. 1770
Présent de l'ind. ay, v. 1771
présent de l'ind. ai, v. 1773
Futur I lara-y, v. 1774
Subjonctif présent Die, v. 1774


Introduction
Tous les verbes en ancien français sont contiennent très souvent, en plus de la base, une désinence composée d’un morphème de temps suivi d’un morphème de personne. Or l’une et l’autre conjuguées donnent des informations sur le temps du verbe, le mode et la personne. Cependant, les désinences ne sont pas toujours présentes dans la flexion verbale, notamment pour la P1 du présent de l’indicatif : cela est évidemment aussi une marque par défaut, in absentia si l’on peut dire.
Nous avons relevé une plus grande occurrence de verbes au présent de l'ind., deux verbes au futur I et un verbe au présent du subjonctif.
Nous aurions pu semble-t-il faire un plan distinguant en première partie le présent de l'indicatif des autres temps et modes en seconde partie. Cependant, dans un souci plus synthétique, c’est en tenant compte de la combinaison des deux facteurs (base et désinence ) que l'on retrouve dans la conjugaison des verbes que nous avons élaboré notre plan :

I. bases verbales suivie d’une désinence
1) subjonctif présent : die, v. 1774. (désinence de mode)
La base est di-, base 1 formée sur celle de l’infinitif dire : le -e est la marque du mode subjonctif (le présent de l’indicatif est di) qui découle étymologiquement de dicam (le -a final latin s’étant affaibli phonétiquement en -e lequel est resté graphiquement). Ainsi, pour les verbes n’appartenant pas au premier gr., le -e est la désinence propre au subjonctif de ce temps.

2) futur I : yrai, v. 1764 ; laray, v. 1774 (désinence de temps + personne)
Le futur I de la 1ère personne compte toujours les deux désinences : temps + personne. Celles-ci sont soudées sur la base 1 de l’infinitif :
ire : base propre au futur du verbe aler : i (base faible) + r (caractéristique du futur et venant de l’infinitif) + a (démarcateur temporelle) + i (morphème personnel)


II. bases verbales sans désinence
1) indicatif présent à accentuation fixe sur toutes les personnes de ce temps : verbe atypique : sui, v. 1770
Sui est la base 3 du verbe estre. Il découle du bas latin *suyyo (réfection de su(m) para analogie avec *ayyo.

2) indicatif présent à accentuation mixte : alternance vocalique : puis, v. 1767
Puis (de pooïr < podere) est la base 3 découle de possyo formée sur la conjonction de poss(um) et *(pot)yo. Nous remarquons également l’analogie avec *suyyo et ayyo qui a facilité ce développement.

3) ai / ay est la base 3 du verbe avoir : la deuxième forme est dialectale (anglo-normand). Comme puis et sui elle est l’unique base de sa conjugaison et ne comporte pas non plus de désinence.


En conclusion, plusieurs remarques s’imposent :
_la base 3 est la base unique de la P1 du présent de l’indicatif
_les bases de la P1 de ce temps n’ont aucune désinence. Cependant, pour les verbes contenant une troisième base, il n’en est besoin d’aucune car on peut lire ces bases comme intégrant cette dernière en elles-mêmes. En effet, si on omet la désinence [o] de l’évolution phonétique, elles ne pouvaient de toute façon pas aboutir aux mêmes résultats : par ex. habeo> habyo>ayyo // habes > haes> as.
Nous remarquons aussi que la P1 du bas latin a déterminée la réfection d’autres verbes : *suyyo d’abord et les autres verbes ayant la base -su(m).
Le futur I se construit toujours à partir de l’infinitif.
Le subjonctif présent de la P1, pour les verbes autres que ceux du première groupe, se voit rajouter un -e-.

Remarquons en outre que le futur du français modern était déjà mis en place à cette époque : base, parce que faible, était peu propice au changement.
Pour le subjonctif : on remarque que le français moderne l'a calqué sur celui des groupes autres que le premier (car le -e- en est la marque).
Pour les autres verbes atypiques, puis : est archaïsant.
Sui et ai, à part l'ajout du -s- à sui n'ont pas bougé non plus (cela est sans doute en partie dû à leur statut de monosyllabe)
Bonsoir,

Puis-je me permettre de vous demander où l'on étudie toutes ces choses que peu de gens doivent connaître ?
Ce serait bien si deux formes n'avaient pas été oubliées !

Attention à bien répartir vos remarques entre le développement et la conclusion.
seesaw a écrit :occurrences relevées dans l'extrait :
Futur I yra-I, v. 1764
Présent de l'ind. puis, v. 1767
Présent de l'ind. sui, v. 1770
Présent de l'ind. ay, v. 1771
présent de l'ind. ai, v. 1773
Futur I lara-y, v. 1774
Subjonctif présent Die, v. 1774
Il manque deux formes.
D’autre part, il faut citer exactement : yray, lairay, die.
Signalez très rapidement que les deux formes de présent entrent dans des formations de passé composé.
seesaw a écrit :Introduction
Tous les verbes en ancien français sont contiennent très souvent, en plus de la base, une désinence composée d’un morphème de temps suivi d’un morphème de personne.
Et le mode ?
seesaw a écrit : Or l’une et l’autre conjuguées donnent des informations sur le temps du verbe, le mode et la personne.
Cela, c’est l’évidence…
seesaw a écrit : Cependant, les désinences ne sont pas toujours présentes dans la flexion verbale, notamment pour la P1 du présent de l’indicatif : cela est évidemment aussi une marque par défaut, in absentia si l’on peut dire.
Vous anticipez trop. Vous pouvez simplement dire que la situation complexe du français, comme partiellement celle du latin, est différente de celle des langues « agglutinantes », dans lesquelles chaque morphème est présent et isolable, situation "idéale".
Cette remarque préparera ainsi certains points de votre conclusion.
seesaw a écrit :Nous avons relevé une plus grande occurrence de verbes au présent de l'ind., deux verbes au futur I et un verbe au présent du subjonctif.
Vous pouvez placer ici votre inventaire.

Nous aurions pu semble-t-il faire un plan distinguant en première partie le présent de l'indicatif des autres temps et modes en seconde partie. Cependant, dans un souci plus synthétique, c’est en tenant compte de la combinaison des deux facteurs (base et désinence ) que l'on retrouve dans la conjugaison des verbes que nous avons élaboré notre plan :
Oui, d'autres plans étaient possible, cf. corrigé. Il faut choisir celui qui évite le maximum de redites
seesaw a écrit :I. bases verbales suivie d’une désinence
1) subjonctif présent : die, v. 1774. (désinence de mode)
La base est di-, base 1 formée sur celle de l’infinitif dire : le -e est la marque du mode subjonctif (le présent de l’indicatif est di) qui découle étymologiquement de dicam (le -a final latin s’étant affaibli phonétiquement en -e lequel est resté graphiquement). Ainsi, pour les verbes n’appartenant pas au premier gr., le -e est la désinence propre au subjonctif de ce temps.
TB.
seesaw a écrit :2) futur I : yrai, v. 1764 ; laray, v. 1774 (désinence de temps + personne)
Le futur I de la 1ère personne compte toujours les deux désinences : temps + personne. Celles-ci sont soudées sur la base 1 de l’infinitif :
ire : base propre au futur du verbe aler : i (base faible) + r (caractéristique du futur et venant de l’infinitif) + a (démarcateur temporelle) + i (morphème personnel)
Précision à apporter aussi sur le fait que ay (ou –ai), à l’origine forme d’indicatif présent, n’a théoriquement pas de marque. Bref, distinguer la diachronie de la synchronie.
seesaw a écrit :II. bases verbales sans désinence
1) indicatif présent à accentuation fixe sur toutes les personnes de ce temps : verbe atypique : sui, v. 1770
Sui est la base 3 du verbe estre. Il découle du bas latin *suyyo (réfection de su(m) par a analogie avec *ayyo.
Faites aussi une remarque sur le rôle de la graphie –ay (cf. aussi futur).
2) indicatif présent à accentuation mixte : alternance vocalique : puis, v. 1767
Puis (de pooïr < podere) est la base 3 découle de possyo formée sur la conjonction de poss(um) et *(pot)yo. Nous remarquons également l’analogie avec *suyyo et ayyo qui a facilité ce développement.
Oui.
seesaw a écrit :3) ai / ay est la base 3 du verbe avoir : la deuxième forme est dialectale (anglo-normand). Comme puis et sui elle est l’unique base de sa conjugaison et ne comporte pas non plus de désinence.
Précisez que la base ai/ay est propre à la P1.
seesaw a écrit :En conclusion, plusieurs remarques s’imposent :
_la base 3 est la base unique de la P1 du présent de l’indicatif
_les bases de la P1 de ce temps n’ont aucune désinence. Cependant, pour les verbes contenant une troisième base, il n’en est besoin d’aucune car on peut lire ces bases comme intégrant cette dernière en elles-mêmes. En effet, si on omet la désinence [o] de l’évolution phonétique, elles ne pouvaient de toute façon pas aboutir aux mêmes résultats : par ex. habeo> habyo>ayyo // habes > haes> as.
Oui. Dernière remarque très pertinente. On peut remarquer malgré tout qu’ailleurs, le français n’évite pas les homonymies.
seesaw a écrit :Nous remarquons aussi que la P1 du bas latin a déterminée la réfection d’autres verbes : *suyyo d’abord et les autres verbes ayant la base -su(m).
Le futur I se construit toujours à partir de l’infinitif.
Le subjonctif présent de la P1, pour les verbes autres que ceux du première groupe, se voit rajouter un -e-.
Remarquons en outre que le futur du français modern était déjà mis en place à cette époque : base, parce que faible, était peu propice au changement.
Pour le subjonctif : on remarque que le français moderne l'a calqué sur celui des groupes autres que le premier (car le -e- en est la marque).
Pour les autres verbes atypiques, puis : est archaïsant.
Sui et ai, à part l'ajout du -s- à sui n'ont pas bougé non plus (cela est sans doute en partie dû à leur statut de monosyllabe)
B., mais il faudrait pas trop charger la conclusion. Certaines choses sont à intégrer à l’explication. Restez sur la remarque concernant la genèse de marques originales en synchronie.
Hippocampe a écrit : Puis-je me permettre de vous demander où l'on étudie toutes ces choses que peu de gens doivent connaître ?
"Ces choses" s'étudient :

- à l'Université,
- dans les ENS,
- dans des manuels et des articles spécialisés.

Mais il faut distinguer l'étude de l'ancien français (langue et littérature) de la grammaire historique du français, appelée (improprement selon moi) "philologie romane".

L'ancien français est exigible, selon des modalités diverses, dans les trois agrégations de lettres, soit lettres classiques, lettres modernes et grammaire, alors que la grammaire historique du français, celle qui nous occupe ici seesaw et moi, n'est exigible que pour les deux dernières.

Oui, la grammaire historique est ardue, mais pas plus que l'informatique, l'économie ou la physique des particules…
Mille mercis, Yvain.

Pour "l'informatique, l'économie ou la physique des particules…", j'en ai fait mais à un niveau plutôt bas, ce n'est pas le tout d'être inscrit à un cours sur la physique des particules. Vous me semblez voler plus haut ; ta modestie dira le contraire, qu'importe.

Mais je suis heureux de voir que ce forum permet à certains membres d'avoir ce genre de discussions.
Bonjour Hippocampe,

Je ne pense pas que je me serais investi autant si ce n'était pas pour un concours : mais cela est pareil pour tout le monde : il faut en général un objectif précis pour être motivé.
Et comme j'habite plutôt très loin de la France, j'ai déniché des livres électroniques. Sur internet, on peut trouver son bonheur si on cherche bien.

à Yvain,

Pour les deux formes oubliées :
1) seüse, v. 1782 : subjonctif présent.
2) Vous vouliez parler de la structure elliptique "je" qui comprend "je faz…"?


voici ma proposition de correction

Après que la reine le sut
elle n'eut jamais plus de repos depuis cette heure
où elle apprit la trahison
Jusqu'à ce qu'elle lui eût réclamé des explications.
Elle s'assit à côté de lui, soupira fortement
et en pleurant l’apostropha :
« Dites, chevalier, où* donc ai-je commis une faute
pour que vous m'accabliez ? - Qu'est-ce donc ?
- Vous équipez* déjà vos navires !
- Moi ? – Vous ! Ou, voulez-vous fuir ?
- Au contraire, je m’en irai entièrement sous votre contrôle.
- Pourquoi m’avez-vous ainsi trahie ?
Mabandonnerez-vous de cette façon ?
- Je ne peux plus demeurer en ces lieux.
- Pourquoi ? dit elle. – Les dieux s’en désintéressent.
- Oh ! hélas, quel malheur !
Pourquoi ne suis-je donc pas morte ?
Que j’ai mal agi par mes bons soins,
le doux repos, la belle hospitalité,
que je vous ai offerts à Carthage.
Je ne laisserai pas de vous le dire :
Vous avez conçu une grande injustice
et une extraordinaire trahison
quand vous avez décidé à la manière d'un voleur
de vous séparer de moi et de fuir.
Comment avez-vous pu le projeter ?
Ne m'auriez-vous vraiment pas avertie ?
N'auriez-vous vraiment pas eu pitié de moi ?
Je ne l'aurai alors pas appris de votre bouche.
*Aimer un Troyen fait souffrir.

*ailleurs j'ai vu que dans une notation manuscrite, qqun avait ou traduit par "vraiment" (?)
*équipez : "gréez" est-il meilleur?
*aimer : "s'éprendre d'" est-il mieux ?
à Yvain,

Pour les deux formes oubliées :
1) seüse, v. 1782 : subjonctif présent.
2) Vous vouliez parler de la structure elliptique "je" qui comprend "je faz…"?

Je ne vous indiquerai sûrement pas une forme elliptique, qu'on ne pourrait pas analyser vu ses variantes !
Non, cherchez bien, c'est dans le début.

Faites très attention, car deux temps oubliés, c'est rédhibitoire, alors que le reste est bon, comme je vous l'ai dit.


Après que la reine le sut
Inc. en français (il faut un temps composé).
Dites tout simplement "quand la reine le sut" ou mieux "dès que la reine le sut".


elle n'eut jamais plus de repos depuis cette heure
où elle apprit la trahison
Plutôt ".. depuis l'heure/où elle apprit…"

Jusqu'à ce qu'elle lui eût réclamé des explications.
Elle s'assit à côté de lui, soupira fortement
si n'est pas un adverbe intensif, c'est la particule bien connue dont le sens est "ainsi", "de cette façon", "puis" ou "pourtant", mais dont la valeur est parfois très faible. Les traducteurs la négligent souvent, surtout quand elle est trop fréquemment utilisée.

et en pleurant l’apostropha :
« Dites, chevalier, où* donc ai-je commis une faute
ou peut avoir un sens temporel ou local ; la traduction que vous évoquez restitue l'esprit de la question, mais "vraiment" ne traduit évidemment pas le mot ou.
Ici, les deux valeurs sont possibles. On peut aussi dire "en quoi".


pour que vous m'accabliez ? - Qu'est-ce donc ?
Pourquoi ne pas donner son sens obvie à occïez ? Je pensais à "assassiniez".

- Vous équipez* déjà vos navires !
"équipez" va très bien.

- Moi ? – Vous ! Ou, voulez-vous fuir ?
Je propose " A moins que vous ne vouliez fuir ? "

- Au contraire, je m’en irai entièrement sous votre contrôle.
" à la vue de tous".

- Pourquoi m’avez-vous ainsi trahie ?
M’abandonnerez-vous de cette façon ?
- Je ne peux plus demeurer en ces lieux.
- Pourquoi ? dit elle. – Les dieux s’en désintéressent.
li dieu n’ont cure = "les dieux n’en ont pas le désir ».

- Oh ! hélas, quel malheur !
lasse est un adjectif au féminin…

Pourquoi ne suis-je donc pas morte ?
Que j’ai mal agi par mes bons soins,
le doux repos, la belle hospitalité,
que je vous ai offerts à Carthage.
Oui.

Je ne laisserai pas de vous le dire :
Vous avez conçu une grande injustice
fellonie = "traîtrise".

et une extraordinaire trahison
quand vous avez décidé à la manière d'un voleur
Il faut une virgule.

de vous séparer de moi et de fuir.
Sens de desevrer ? On a un couple de synonymes, mais il faut s’efforcer de le restituer.

Comment avez-vous pu le projeter ?
Ne m'auriez-vous vraiment pas avertie ?
Loin du texte : que signifie congier ? On a là un point important dans la relation courtoise : jamais le chevalier ne doit partir sans la permission de la dame (transposition des rapports vassaliques).

N'auriez-vous vraiment pas eu pitié de moi ?
Je ne l'aurai alors pas appris de votre bouche.
*Aimer un Troyen fait souffrir.
Trop faible pour mal fait amer homme troyan : "il est funeste d’aimer un Troyen ». Il faut garder "aimer".
Bonjour Yvain,

Oui, évidemment, l'autre forme oubliée est forfis, v. 1760.

Dès le début, j'ai eu un problème avec cette forme, je ne sais pourquoi car elle est juste un composé de faire.

Pour la traduction :
Dès que la reine le sut
elle n'eut jamais plus de repos depuis l'heure
où elle apprit la trahison
Jusqu'à ce qu'elle lui eût réclamé des explications.
Elle s'assit à côté de lui, puis soupira
et en pleurant l’apostropha :
« Dites, chevalier, en quoi donc ai-je commis une faute
pour que vous m'assassiniez ? - Qu'est-ce donc ?
- Vous équipez déjà vos navires !
- Moi ? – Vous ! A moins que vous ne vouliez fuir ?
- Au contraire, je m’en irai entièrement à la vue de tous.
- Pourquoi m’avez-vous ainsi trahie ?
M’abandonnerez-vous de cette façon ?
- Je ne peux plus demeurer en ces lieux.
- Pourquoi ? dit elle. – Les dieux n'en ont pas le désir.
- Oh ! misérable, quel malheur !
Pourquoi ne suis-je donc pas morte ?
Que j’ai mal agi par mes bons soins,
le doux repos, la belle hospitalité,
que je vous ai offerts à Carthage.
Je ne laisserai pas de vous le dire :
Vous avez conçu une grande traîtrise,
et une extraordinaire trahison
quand vous avez décidé à la manière d'un voleur
de me démunir et de fuir.
Comment avez-vous pu le projeter ?
Ne m'auriez-vous vraiment pas demandé la permission ?
N'auriez-vous vraiment pas eu pitié de moi ?
Je ne l'aurai alors pas appris de votre bouche.
Il est funeste d'aimer un Troyen.


*après que + tps 😀ans la banque de dépanage linguisitique de l'Office québécois de la langue française, ils ont répertorié : après que + passé simple (ou est-ce un québécisme en raison du fait que Français du Québec est plus proche de l'ancien français ?)
*Lasse : en fait, je m'étais inspiré dans le dictionnaire du moyen français Atilf qui écrit
Las/lasse ! "II. - Empl. interj.
A. -[Exprime la douleur, le regret, l'apitoiement sur soi-même]
- Las/lasse ! "Malheureux/malheureuse ! Misérable ! Hélas""
mais il est vrai que je ne vois pas cela dans l'AF de Godefroy : ce serait apparu à partir du moyen français?
C'est bien à présent.

"… de vous séparer de moi et de me quitter"


Normalement, on ne doit pas employer après que avec un temps simple, mais les grammairiens du forum préciseront.

Pour las, efforcez-vous de traduire par l'adjectif, vu qu'il est accordé. Il est très rare qu'en AF on trouve las employé hors de son sens de "malheureux" ou "misérable" (cf. FM "pauvre de moi"), même en tant qu'interjection.

Oui, il manquait forfis. Je vous conseille de vous arrêter à chaque mot quand vous avez à faire un inventaire.

L'auteur du roman d'Énéas est bien inférieur à son modèle, non ?
seesaw a écrit :Et comme j'habite plutôt très loin de la France, j'ai déniché des livres électroniques. Sur internet, on peut trouver son bonheur si on cherche bien.
Tu parais regretter de t'être rabattu sur des livres électroniques mais tu peux te faire livrer des livres en papier n'importe où ou presque (pas aux Kerguelen).
Mes chaussures viennent bien de Chine (je ne m'en suis pas rendu compte quand je les ai achetées).
à Hippocampe,

Non au contraire : il y a le pire et le meilleur sur internet!
Et le meilleur ce sont les livres électroniques qu'on peut trouver quand on n'a rien à côté de chez soi, ce sont les sites comme Collatinus (pour lemmatiser les mots et te donner les déf. du Gaffiot - il y a même une version programme), il y a des sites intéressants pour jouer aux échecs avec le monde entier…

Et ça économise du papier (mon côté écolo).
Pour le pire : les réseaux sociaux (je ne parle pas de celux du genre de celui-ci qui ne sont pas à proprement parler "sociaux) etc, je laisse ça aux autres.

à Yvain,

J'ai voulu, pour traduire le passage de l'Enéide auquel se rapporte celui de l'Eneas, pour pouvoir vous répondre de façon un peu plus consciente qu'en vous rabachant des termes déjà entendus :
l'Eneas : plus moral que l'Enéide (car évidemment liée à la morale chrétienne alors que les dieux antiques sont têtus) ; l'Eneas raconte évidemment une histoire qui n'est pas celle de sa culture donc, évidemment, elle a moins de force.

Mais j'ai aussi trouvé que dans le passage de l'Enéide en question (au livre 4) dont je vais mettre (où ai déjà mis) la traduction dans le salon des latinistes), Didon avait bien plus de caractère, moins larmoyante (elle manie même l'ironie).
C'est surtout que le texte de Virgile est animé d'une "charge poétique" beaucoup plus forte. En même temps, les personnages ont un relief psychologique beaucoup plus consistant. Ici, Énéas fait piètre figure en disant en substance : "ce n'est de ma faute, ce sont les dieux qui le veulent", ce qui apparaît à juste titre comme une excuse "pourrie" à Didon !!! Dans l'Énéide, la justification d'Énée est à la fois plus habile et plus pathétique :

sed nunc Italiam magnam Gryneus Apollo,
Italiam Lyciae jussere capessere sortes :
hic amor, haec patria est. Si te Karthaginis arces
Phoenissam Libycaeque aspectus detinet urbis,
quae tandem Ausonia Teucrosque considere terra
invidia est ? Et nos fas extera quaerere regna.


Avant, il avait eu aussi la délicatesse de dire :

… Ego te, quae plurima fando
enumerare vales, numquam, regina, negabo
promeritam, nec me meminisse pigebit Elissae
dum memor ipse mei, dum spiritus hos regit artus.


Ce n'est pas mon habitude de dévaloriser la littérature médiévale, mais pas dans les scènes où elle cherche à suivre de si près les modèles antiques. Finalement, dans l'Énéas, ce que j'apprécie le plus, c'est l'amour d'Énéas pour Lavinie, personnage inventé, et le duel entre Énéas et Turnus qui s'effectue sous le regard de la dame, thème courant dans le roman de chevalerie. Là, notre jeune littérature trouve vraiment sa voie…

Par ailleurs, je vous mets en garde contre la croyance fausse que la littérature médiévale est systématiquement animée par la morale chrétienne. Dans le cas présent, Énée se montre particulièrement odieux parce qu'il viole les codes courtois : ce roman, vraisemblablement écrit pour les Plantagenêts, a subi l'influence de la lyrique occitane qui commençait à pénétrer dans les pays d'oïl par l'intermédiaire de la cour d'Aliénor d'Aquitaine. C'est cette influence qui est ici prédominante (cf. la fin), non la morale chrétienne, par ailleurs évidemment respectée. Notez par ailleurs qu'Énéas, quand il parle des dieux païens, n'en fait nullement des "démons", comme c'est l'usage ailleurs.
Allons-y pour la traduction de ces passages :
…Ego te, quae plurima fando
enumerare vales, numquam, regina, negabo
promeritam, nec me meminisse pigebit Elissae
dum memor ipse mei, dum spiritus hos regit artus.
J'ai trouvé la traduction dans le Gaffiot des deux premiers vers mais il a omis fando.

…tous les bienfaits à mon égard
que tu peux énumérer sans fin, reine, jamais je ne les nierai,
et me rappeler de Didon ne me chagrinera pas
lorsque ma mémoire même ou qu'un esprit dirigera ces liens.
sed nunc Italiam magnam Gryneus Apollo,
Italiam Lyciae jussere capessere sortes :
hic amor, haec patria est. Si te Karthaginis arces
Phoenissam Libycaeque aspectus detinet urbis,
quae tandem Ausonia Teucrosque considere terra
invidia est ? Et nos fas extera quaerere regna.
Mais maintenant, Apollon Gryneus se dirige vers la grande Italie,
les oracles en Lycie ont ordonné de chercher à s'emparer de l'Italie :
L'amour est ici, la patrie là-bas. Si les citadelles de Carthage,
et si l'aspect de la ville libyenne retiennent la Phénicienne,
est-ce sur la terre qui est italienne que les Troyens, poussés par la jalousie,
siègeront? Or, le droit nous est donné de chercher un règne au-dehors.

Le passage en italique m'a donné énormément de mal et je ne suis toujours pas sûr!
J'ai vu dans le Gaffiot : invidia est + prop. inf.: "poussé(s) par la jalousie"
Il y a aussi ce -que de Teucrosque que je ne vois pas dans cette page (je n'y ai pas lu la traduction) :
https://bcs.fltr.ucl.ac.be/Virg/V04-296-449.html