À travers la littérature médiévale

Littérature

128 réponses · Page 4 / 7

J'adore ce poème.
Je l'ai appris aussi dans le secondaire, et je l'ai souvent fait lire à mes élèves (collège ou lycée, ça marche toujours.)
Comment l'écriture traduit un état d'âme…

A la fin du Roman d'Énéas, dernier en date (1160) des romans dits "antiques" (si l'on excepte les remaniements tardifs du Roman d'Alexandre), Lavine, fille de Latinus promise à Turnus, fait à sa mère l'aveu à la fois pudique et craintif de son amour pour Énéas.
Voici comment l'auteur (anonyme) exprime cet aveu. C'est la reine qui pose la question initiale :

(dialecte francien ; j'ai rétabli quelques accents)

- Donc n'a non Turnus tes amis ? (= ton ami n'a donc pas le nom de Turnus ?)
- Nenil, dame, gel vos plevis. (= je vous l'assure)
- Et comant donc ? - Il a non É
puis sospira, se redist né

d'iluec a piece noma as (piece= après un certain temps)
tot en tranblant lo dist en bas.
La raÿne se porpensa (= réfléchit)
et les sillebes asanbla :
- Tu me dis É et né et as,
ces letres sonent Énéas.
- Voire, dame, par foi, c'est il.
- Se ne t'avra Turnus ? - Nenil,
ja ne avrai lui a seignor,

mais a cestui otroy m'amor.

v. 8551-8564 (éd. Champion)

Ce procédé vient peut-être des jeux de langage dont les jongleurs étaient coutumiers, mais peu importe. Ce qui compte ici, c'est son rôle signifiant.

La vie d'Alexis

Le poème de la Vie d’Alexis est l’œuvre la plus ancienne qui ait été consacrée à ce saint, et la première œuvre marquante de notre littérature. Elle a été composée vers 1040 en Normandie par un auteur resté anonyme. Elle comporte 125 quintils de décasyllabes assonancés.

C’est une œuvre d’édification, comme toutes les vies de saints, mais l’espérance de la résurrection n’empêche pas l’expression pathétique du scandale de la mort et de la destruction des corps qu’on a chéris….

Voici un court extrait de la déploration de l’épouse d’Alexis. La langue est encore archaïque : le -t intervocalique s’est sonorisé, mais pas encore amuï ; ce sera le cas au siècle suivant. On a ainsi l’évolution lat. mutata > mudede (le -d- prononcé sans doute comme le th sonore anglais) > muee (muée = changée). Le -t final derrière voyelle se maintient encore partout.


Sire Alexis, tanz jorz t’ai desidret, (regretté ton absence)
E tantes lairmes por le ton cors ploret,
E tantes feiz por tei en loins guardet, (tei = toi)
Se revenisses ta spouse conforter,
Por felonie neient ne por lastet !

(« pas par mauvaise pensée, ni par faiblesse » : l’épouse souhaitait qu’Alexis revînt auprès d’elle pour de « nobles raisons »).

O chiers amis, de ta jovente bele ! (chiers amis est un cas sujet singulier ; de sert à l’exclamation)
Ço peiset mei que podrirat en terre. (peiset = accable)
E ! gentils om ; com dolente puis estre !
Jo atendeie de tei bones noveles,
Mais or les vei si dures et si pesmes ! (pesmes = terribles)

O bele boche, bels vis, bele faiture, (faiture = créature, personne)
Com vei mudede vostre bele figure ! (vei = je vois ; mudede = changée)
Plus vos amai que nule creature.
Si grant dolour ui m’est apareude ! (ui = aujourd’hui)
Miels me venist, amis, que morte fusse.

Vie de saint Alexis, poème du XIème siècle, éd. Champion.

Le soir de ses noces, Alexis décide de rester chaste ; il explique pourquoi à son épouse.


Com vit le lit, esguardat la pulcele,
(il regarda)
Donc li remembret de son seignour céleste, (il lui souvient alors…)
Que plus at chier que tote rien terestre : (qu'il tient pour plus précieux que toute créature terrestre)
"E ! Deus, dist-il, si forz pechiez m'apresset ! (m'accable)
S'or ne m'en fui, molt criem que ne t'en perde." (je crains fort…)

Quant en la chambre furent tuit soul remes (ils furent restés tout seuls)
Damz Alexis la prist ad apeler : (se mit à la sermonner)
La mortel vide li prist molt à blasmer,
De la celeste li mostrat veritet ;
Mais lui ert tart qued il s'en fust tornez. (il lui tardait désormais d'être parti de là)

"Oz mei, pulcele ? Celui tien ad espous (M'entends-tu, jeune fille ? Tiens pour époux celui…)
Qui nos redemst de son sanc precious. (qui nous rachète)
En icest siecle nen at parfite amour (en ce monde, il n'y a pas d'amour accompli)
La vide est fraiele, n'i at durable onor (la vie est précaire, il n'y a pas de profit durable)
Ceste ledece revert a grant tristour (cette laideur conduit à une grande tristesse(1))

Id., Champion, v. 56-70

(1) Il s'agit de l'acédie, un des péchés capitaux.

Je suis peut-être naïf, mais je trouve ce texte très fort, même si la phraséologie n'est sans doute pas nouvelle.
Mais si ce texte a seul traversé les brumes des origines, n'est-ce pas parce que c'est un chef-d'œuvre ?
Une question pour Jacques (qui d'autre ?) :

À propos de la traduction des Lais de Marie de France en Pléiade, je lis ceci sur un blog :
Voici par exemple […] la surprenante traduction de :
« De bois et de riviere aprist »
qui se métamorphose en le vilain :
« Il apprit la chasse à courre et au vol »
est-ce que le simple et poétique
« Il apprit les bois et les rivières » n’aurait pas suffit ?
Ce à quoi un autre intervenant répond :
« De bois et de rivière aprist » signifie « il gagna la compétence à chasser », car ‘bois et riviere’ ou ‘bois et praerie’ semblent des formules fixes équivalentes désignant des formes de vénerie, le passe-temps aristocratique par excellence, cf. Muriel Ott, « Guibert d’Andrenas », Genève, Champion, 2004, p. 357, qui cite J. Melander : « les deux mots riviere et praerie signifient différentes sortes d’amusements opposés aux exploits belliqueux racontés dans les vers suivants. En effet riviere, proprement ‘rivage’, signifie ici, comme souvent en ancien français, ‘chasse aux oiseaux d’eau’, sens auquel il a passé par l’intermédiaire de ‘terrain où l’on chasse les oiseaux d’eau (…)’. Il me semble que praerie, par une extension analogue du sens primitif de ‘prairie’, est ici employé pour désigner ‘la chasse aux animaux de prairie’, quoiqu’à ma connaissance cette signification ne soit pas relevée ailleurs ». La traduction Pléiade témoigne d’une méconnaissance assez grave de la lexicologie du vieux français.

[…]
Que l’on n’aille pas croire que le traducteur Pléiade a consciencieusement étudié le sens de ce vers. Au contraire : s’agissant d’une formule fixe, il ne convient pas de l’éclater sémantiquement en ses deux composantes, comme il l’a fait, un peu bien loin de l’original d’ailleurs (‘chasse à courre’ en particulier est détestable d’anachronisme) mais d’en cerner la valeur d’ensemble, qui est celle de la maîtrise des formes de vénerie propres à un seigneur de l’époque qu’il convenait d’apprendre.
Jacques, j'aimerais connaître ton opinion à ce sujet : qui a raison, le traducteur Pléiade (« Il apprit la chasse à courre et au vol »), le premier intervenant (qui propose « Il apprit les bois et les rivières »), le second (« il gagna la compétence à chasser ») ou aucun des trois ?

Merci à toi. 🙂
Le traducteur Pléiade est en effet trop loin du sens littéral : il glose plus qu’il ne traduit. Ce n’est pas la première fois que je constate la qualité très moyenne des traductions d’auteurs médiévaux dans cette collection ; les préfaces elles-mêmes sont parfois décevantes.

En revanche, il est évident que « il apprit les bois et les rivières » est à la fois légèrement inexact (on n’a pas « bois et rivieres aprist » et surtout peu clair pour un lecteur non prévenu, que l’originalité de l’expression en français moderne risquera de dérouter quelque peu.
Or le but d’une traduction, quelle que soit la langue source, c’est de donner l’impression que le texte a été rédigé directement dans la langue cible. Si l’auteur du texte original a évoqué naturellement des réalités familières en son temps, il faut que le style du traducteur corresponde à cette « normalité ». S’il a fait un écart, un jeu de langage ou s’il a utilisé une formule « poétique », la traduction doit nous en donner l’équivalent.

Ici, l'expression « bois et riviere », pour tout lecteur du XIIème siècle, et compte tenu du contexte (éducation de Désiré, fils de seigneur tenant ses terres du roi), évoque bien sûr la chasse. Quel type de chasse ? On ne peut guère préciser des techniques, mais on a deux noms de lieu qui, à l'instar de l'universel « pres et bois » pour désigner l'ensemble d'un domaine rural, suffisent à orienter le sens : il s'agit de tout type de chasse.

Voilà pourquoi je partage entièrement le commentaire du second intervenant, tout en trouvant sa traduction trop synthétique, même s’il a raison sur le fond, autant que je puisse en juger bien sûr.
Je proposerai donc : « il apprit à connaître le gibier de forêt et de rivière ».
Merci beaucoup Jacques pour cette longue analyse, ces explications et la proposition de traduction (on dit translation plutôt, non ?). 🙂
Peu importe le terme !

Bien sûr, littéralement, la phrase signifie "Il apprit en matière de bois et de rivière". Cela ne peut passer en FM, si ce n'est pour justifier la construction partitive.
Si l'on dit "Il apprit à s'y connaître en matière de bois et de rivière", c'est un peu long, mais beaucoup plus acceptable du point de vue stylistique. Malgré tout, un lecteur non prévenu ne comprendra pas nécessairement qu'il s'agit, non de compétences en "eaux et forêts", mais en vénerie !
L'art de la traduction - ou de la translation - est excessivement difficile. Personnellement, je ne le possède pas bien. Je me contente de traductions scolaires.
Tu es l'expert, Jacques.
En effet, tout ça semble très difficile et nécessite une grande culture et beaucoup d'expérience.
Merci encore.
A perluète, la suite promise :

Rappel : Yvain a sauvé un lion attaqué par un serpent cracheur de feu. Le lion lui a aussitôt rendu l’hommage vassalique et s'attache à tous ses pas.
Comme Yvain erre misérablement après avoir été chassé par son épouse pour ne pas être revenu à temps auprès d’elle (il est même un temps devenu fou !), ce lion tombe à pic : il va pouvoir le défendre au besoin et surtout assurer sa subsistance…
Le voilà qui a flairé un chevreuil.

La langue et le style de Chrétien sont parfois difficiles… Je mets quelques notes.

Et li lÿons maintenant mist (maintenant = « aussitôt »)
le nes au vant qu’il ot santi ; (vent = « odeur »)
ne ne li ot de rien manti, (= et celle-ci ne le trompa en rien)
qu’il n’ot pas une archiee alee (= car il n’avait pas parcouru une portée d’arc)
quand il vit en une valee
tot seul pasturer un chevrel.
Celui panra il ja son vuel, (= celui-là, il le prendra à sa volonté)
si fist au premier asaut, (= ainsi fit-il…)
et si an but le sanc tot chaut.
Quant l’ocis ot, si le gita (gita = « jeter »)
sor son dos, et si l’en porta
tant que devant son seignor vint, (tant que = « jusqu’à ce que »)
et puis an grant chierté le tint (= et(qui) depuis le tint…)
por la grand amor qu’an lui ot.
Ja fu pres de nuit, si li plot (= … aussi lui plut-il)
qu’ilueques se herbergeroit
et le chevrel escorcheroit
tant com il en voldroit mangier.
Lors le comance a escorchier ;
[…]
Sel rotist tant que il fu cuiz, (sel rotist = « c’est ainsi qu’il le rôtist »)
mes del mangier ne fu deduiz (= … il ne prit pas plaisir)
qu’il n’i ot pein ne vin ne sel, (qu’il = « car il »)
ne nape, ne coutel, ne el ; (el = « autre chose »)
que qu’il manja, devant lui jut (que qu’ = « pendant qu’ »
ses lÿons, c’onques ne se mut ; (ses = « son » (cas sujet singulier du possessif))
[…]
Et del chevrel le soreplus
manja li lÿons jusqu'as os ; (as = « aux »)

Chrétien de Troyes, le Chevalier au lion, v. 3440 – 3475, éd Champion.


On remarquera ici les nombreuses fonctions du lion :

- Il tient lieu de chien de chasse (il a du reste été comparé à un brachet (= braque) par le narrateur un peu plus haut) : il flaire sa proie, la rapporte à son maître une fois tuée…

- C’est aussi un bon vassal : Yvain est son seigneur et le lion éprouve de l’amor envers lui. Ce verbe est assez souvent utilisé pour marquer la force du lien affectif qui unit le vassal à son suzerain. Par ailleurs, il respecte strictement la hiérarchie en mangeant les « restes » d’Yvain.

- Mais c’est aussi un compagnon fidèle, substitut de l’être aimé dans la traversée du désert que connaît Yvain.

- Tout cela ne va pas sans humour, toujours latent chez Chrétien qui joue sans cesse avec les codes sociaux et littéraires. Un bel exemple ici : Yvain adopte un mode de vie sauvage, mais regrette tout de même de n’avoir ni condiments ni couvert au moment de manger (jusqu’à la nape !!!). On ne rompt pas si facilement avec la vie de cour !

Vous reverrez bientôt le lion dans une scène où Chrétien utilise très personnellement des souvenirs de lecture…

Une étrange maladie, que Fénice confie à sa gouvernante Thessala :

« […]Mes voloirs est mals, se devient,
Mes tant ai d’ese en mon voloir
Que doucement me fait doloir,
Et tant de joie en mon anui
Que doucement malades sui.
Thessala, mestre, car me dites,
Cist mals, don n’est il ypocrites,
Qui douz me semble et si m’angoisse ?
Ne sai coment je le conoisse,
Se c’est enfermetez ou non.
Maistre, car me dites le non
Et la manière et la nature,
Mais sachiez bien que je n’ai cure
Dou guerir en nule manière,
Car j’en ai l’angoisse molt chiere. »
Thessala, qui molt estoit sage
D’amor et de tout son usage,
Set et entent par sa parole
Que d’amor est ce qui l’afole.
Por ce que douz l’apele et claime
Est certeine chose qu’ele aime,
Car tuit autre mal sont amer
Fors solement celui d’amer,
Mais cist seus torne s'amertume
En douçor et en soatume,
Et sovent retorne a contraire.

Chrétien de Troyes, Cligés, v. 3034-3059 éd. Champion.
Bonjour Yvain,

Je me suis prêté non pas au jeu (car vous le savez celui-ci est très utile pour moi) mais à l'exercice de la traduction et de l'explication de la rime en "amer".

Je suis persuadé (car j'ai un peu trop délaissé l'ancien français ces derniers temps) que ma traduction est assez fautive par endroit, mais c'est là, oui, le jeu.
Une étrange maladie, que Fénice confie à sa gouvernante Thessala :

« […]Mes voloirs est mals, se devient,
Mes tant ai d’ese en mon voloir
Que doucement me fait doloir,
Et tant de joie en mon anui
Que doucement malades sui.
Thessala, mestre, car me dites,
Cist mals, don n’est il ypocrites,
Qui douz me semble et si m’angoisse ?
Ne sai coment je le conoisse,
Se c’est enfermetez ou non.
Maistre, car me dites le non
Et la manière et la nature,
Mais sachiez bien que je n’ai cure
Dou guerir en nule manière,
Car j’en ai l’angoisse molt chiere. »
Thessala, qui molt estoit sage
D’amor et de tout son usage,
Set et entent par sa parole
Que d’amor est ce qui l’afole.
Por ce que douz l’apele et claime
Est certeine chose qu’ele aime,
Car tuit autre mal sont amer
Fors solement celui d’amer,
Mais cist seus torne s'amertume
En douçor et en soatume,
Et sovent retorne a contraire.

Chrétien de Troyes, Cligés, v. 3034-3059 éd. Champion.
« Mon désir est mal, peut-être,
Mais j’ai tant de plaisir en mon obstination
Qu’elle me fait souffrir sans violence,
Et tant de joie en mon ennui
Que je suis malade sans tristesse.
Thessala, gouvernante, certes me dites-vous [diriez-vous ?],
Ce mal, n’est-il donc pas hypocrite,
Car il m’apparaît doux et m’angoisse ?
Je ne sais pas quoique je l’avoue,
Si c’est une maladie ou non.
Gouvernante, certes, apprenez-moi donc le nom
La forme et la nature,
Mais sachez bien que je n’ai l’intention
De guérir en aucune manière,
Parce que l’angoisse que j’en ai est précieuse. »
Thessala, qui était avisée
Touchant l’amour et sa manière d’être,
Sait et comprend par ses paroles
Que ce qui la tourmente a pour cause l’amour.
Comme elle le nomme et déclare doux,
Le fait est certain qu'elle aime
Car tous les autres maux sont amers
Hormis seulement celui d’aimer
Mais celui-ci seul tourne son amertume
En témoignage d’amitié et en suavité,
Et souvent retourne à son contraire. »

Explication de la rime "amer" (l. 22-23)
Tout d’abord, analysons phonétiquement la rime :
Elle est riche. En effet, le [r] à l’infinitif des verbes en -er se prononçait encore du temps de Chrétien de Troyes : il s’amuït seulement au XIVe siècle. Il n’y a donc aucune anomalie.

Ensuite, non seulement les phonies mais aussi les graphies correspondent parfaitement : et nous ne devons pas bouder ce plaisir aussi visuel de voir que deux mots qui sont presque terme à terme parfaitement opposés ont pu être aussi symboliquement réunis à une époque qui a vu se développer justement une des cultures de l'amour les plus raffinées.

En revanche, à partir du latin, les deux mots n’ont pourtant pas la même étymologie* :
Amer, v. du premier groupe : du lat. amo, -as, -are, -avi, -atum qui par diphtongaison française (Vie s.) change : a>ae au puis simplification précoce au VIIe siècle en e (+ amuïssement de la voyelle finale à la même période) : amer
Amer, adj. : du lat. amari de amarus, a, um (nominatif pluriel qui a donné amer sans « s » au CSP en ancien français) qui a eu la même évolution phonétique.

Cela dit, même si cette rime permet dans une lecture toute superficielle d’analyser les deux mots comme s’ils étaient sémantiquement interchangeables, le sens de la narration est clair : ce qu’il se trouve au bout de ce trouble désiré en toute conscience, de ce mouvement, de cette initiation induits par l’amour est la désillusion, le retour à la réalité, d’une certaine façon : de « aime » (l. 21) au verbe « amer » on passe de l’adj. « amer » à « amertume » (l. 24).
Or, le dernier vers de cet extrait sonne comme une déclaration rédhibitoire où le mot "souvent" peut être entendu presque comme « toujours ». Cependant, on reste dans la narration, il n’est pas là lieu de se perdre en moralisation. Peut-être faut-il surtout entendre dans ce « souvent », ce modalisateur bienvenu, un avertissement au lecteur qui voudrait lui aussi se risquer à persister dans ces voies tortueuses.
Mais une chose est sûre, c’est que cette gradation qui insiste sur les tours et les retournements de l’amour est faite évidemment pour prévenir le lecteur qu’il ne sera pas de tout « aise » voire, pire peut-être, : qui se « retourne[ra] à son opposé ».
Mais revenons à ce "souvent" : il n'y a heureusement aucun fatalité en amour, l'issue n'en est pas toujours inquiétante comme l'étendue de la mer. pour cela, il conviendra sans doute au lecteur sinon de bien lire Cligès et en retirer de quoi se guider lui-même.


*(j'ai tenté de chercher et vais continuer à le faire pour voir si la racine indo-européenne est commune : j'ai vu la racine "am-" dans un dictionnaire sans être sûr de sa pertinence).
Une étrange maladie, que Fénice confie à sa gouvernante Thessala :

« […]Mes voloirs est mals, se devient,
Mes tant ai d’ese en mon voloir
Que doucement me fait doloir,
Et tant de joie en mon anui
Que doucement malades sui.
Thessala, mestre, car me dites,
Cist mals, don n’est il ypocrites,
Qui douz me semble et si m’angoisse ?
Ne sai coment je le conoisse,
Se c’est enfermetez ou non.
Maistre, car me dites le non
Et la manière et la nature,
Mais sachiez bien que je n’ai cure
Dou guerir en nule manière,
Car j’en ai l’angoisse molt chiere. »
Thessala, qui molt estoit sage
D’amor et de tout son usage,
Set et entent par sa parole
Que d’amor est ce qui l’afole.
Por ce que douz l’apele et claime
Est certeine chose qu’ele aime,
Car tuit autre mal sont amer
Fors solement celui d’amer,
Mais cist seus torne s'amertume
En douçor et en soatume,
Et sovent retorne a contraire.

Chrétien de Troyes, Cligés, v. 3034-3059 éd. Champion.
J'avais écrit un mot de l'étude narrative très important et que, je ne sais pourquoi, je n'ai pas réécrit dans mon analyse de la rime "amer" (ou aue j'ai dû effacer, bref!) : la gradation de "aime" à "amer" et c'est cela surtout que je voulais signifier est : programmatique! cela donne une idée de ce que sera la suite de cette histoire d'amour.
Comme je ne peux plus changer mon post j'en profite de le faire par ce biais!
Procédons par ordre : la traduction d'abord.
Ce n'est pas mal, mais attention aux faux-amis et à bien identifier les constructions (connaisse, d'amor, plus pardonnable il est vrai).
Ne pas chercher à éviter les répétitions de mots-clés et garder l'allure de la phrase médiévale chaque fois que c'est possible.


« Mon désir est mal, peut-être,
Fs. sur "mal" : un sens moral est ici exclu vu la caractère "clinique" du discours de Fénice et l'opposition des termes dans la phrase.

Mais j’ai tant de plaisir en mon obstination
Pourquoi un mot différent pour cette seconde occurrence de voloir ?

Qu’elle me fait souffrir sans violence,
"sans violence" est trop faible.

Et tant de joie en mon ennui
Fs. sur anui. Vous devez savoir que ce mot n'a presque jamais le sens moderne au XIIème siècle.

Que je suis malade sans tristesse.
"sans tristesse" est trop faible, et pourquoi changer de mot ? Les répétitions, loin d'être une faiblesse, participent de la rhétorique du passage.

Thessala, gouvernante, certes me dites-vous [diriez-vous ?],
Maistre = "maître[sse]", tout simplement. M. d. dans le second membre de phrase, et jamais de traduction entre parenthèses.

Ce mal, n’est-il donc pas hypocrite,
Car il m’apparaît doux et m’angoisse ?
Pourquoi "car" : vous pouviez conserver la construction en FM, beaucoup plus élégante.
et si coordonne étroitement : "et tout à la fois".


Je ne sais pas quoique je l’avoue,
Cs. sur "quoique je l'avoue" : le subjonctif se justifie autrement.

Si c’est une maladie ou non.
Gouvernante, certes, apprenez-moi donc le nom
"certes" est de trop : c'est "donc" qui doit traduire car, particule intensive accompagnant l'impératif.
En FM, il faudrait un pronom servant de complément aux verbes.


La forme et la nature,
Mais sachez bien que je n’ai l’intention
Petite inex. sur "intention".

De guérir en aucune manière,
Parce que l’angoisse que j’en ai est précieuse. »
Non, pas "angoisse", c'est comme anui tout à l'heure.

Thessala, qui était avisée
Vous pouviez traduire littéralement : molt disparaît.

Touchant l’amour et sa manière d’être,
Fs. sur "manière d'être".

Sait et comprend par ses paroles
Soit pour "sait", mais c'est plutôt "perçoit" ; sait est de l'ordre de l'intuition, entent de l'ordre de l'intelligence.

Que ce qui la tourmente a pour cause l’amour.
Fs. sur "tourmente" et construction non vue : attention, la préposition de n'introduit pas que des compléments.

Comme elle le nomme et déclare doux,
Le fait est certain qu'elle aime
Car tous les autres maux sont amers
Hormis seulement celui d’aimer
B.

Mais celui-ci seul tourne son amertume
En témoignage d’amitié et en suavité,
Fs. sur "témoignage d'amitié".

Et souvent retourne à son contraire. »
seesaw a écrit :Explication de la rime "amer" (l. 22-23)
Tout d’abord, analysons phonétiquement la rime :
Elle est riche. En effet, le [r] à l’infinitif des verbes en -er se prononçait encore du temps de Chrétien de Troyes : il s’amuït seulement au XIVe siècle. Il n’y a donc aucune anomalie.
Insuffisant.
seesaw a écrit :Ensuite, non seulement les phonies mais aussi les graphies correspondent parfaitement : et nous ne devons pas bouder ce plaisir aussi visuel de voir que deux mots qui sont presque terme à terme parfaitement opposés ont pu être aussi symboliquement réunis à une époque qui a vu se développer justement une des cultures de l'amour les plus raffinées.
Oui, mais à utiliser en conclusion, par exemple (cf commentaire final).
seesaw a écrit :En revanche, à partir du latin, les deux mots n’ont pourtant pas la même étymologie* :
Amer, v. du premier groupe : du lat. amo, -as, -are, -avi, -atum qui par diphtongaison française (Vie s.) change : a>ae au puis simplification précoce au VIIe siècle en e (+ amuïssement de la voyelle finale à la même période) : amer
Amer, adj. : du lat. amari de amarus, a, um (nominatif pluriel qui a donné amer sans « s » au CSP en ancien français) qui a eu la même évolution phonétique.
Je m'aperçois que j'ai oublié de vous donner les étymologies. Celles-ci sont toujours précisées dans les questions.
Il manque des précisions : "a libre accentué", la quantité et surtout le timbre de la voyelle romane, point assez complexe.
seesaw a écrit :Cela dit, même si cette rime permet dans une lecture toute superficielle d’analyser les deux mots comme s’ils étaient sémantiquement interchangeables, le sens de la narration est clair : ce qu’il se trouve au bout de ce trouble désiré en toute conscience, de ce mouvement, de cette initiation induits par l’amour est la désillusion, le retour à la réalité, d’une certaine façon : de « aime » (l. 21) au verbe « amer » on passe de l’adj. « amer » à « amertume » (l. 24).
Or, le dernier vers de cet extrait sonne comme une déclaration rédhibitoire où le mot "souvent" peut être entendu presque comme « toujours ». Cependant, on reste dans la narration, il n’est pas là lieu de se perdre en moralisation. Peut-être faut-il surtout entendre dans ce « souvent », ce modalisateur bienvenu, un avertissement au lecteur qui voudrait lui aussi se risquer à persister dans ces voies tortueuses.
Mais une chose est sûre, c’est que cette gradation qui insiste sur les tours et les retournements de l’amour est faite évidemment pour prévenir le lecteur qu’il ne sera pas de tout « aise » voire, pire peut-être, : qui se « retourne[ra] à son opposé ».
Mais revenons à ce "souvent" : il n'y a heureusement aucun fatalité en amour, l'issue n'en est pas toujours inquiétante comme l'étendue de la mer. pour cela, il conviendra sans doute au lecteur sinon de bien lire Cligès et en retirer de quoi se guider lui-même.
Ce sont des considérations tout à fait intéressantes, mais qui hélas sont hors-sujet : j'avais bien précisé qu'il s'agissait d'un question de phonétique.
Il fallait seulement développer :
- le traitement du -a latin libre accentué,
- la chute des voyelles finales -e et -u (ou -i si vous voulez, mais le problème est que les pluriel sont souvent analogiques),
- le maintient de la prononciation du -r devenu final dans les deux mots concernés au temps de CdT,
- l'amuïssement ultérieur du -r des infinitifs du 1er groupe (sauf dans certaines liaisons) et la modification subséquente de la prononciation du -e, vaste débat au XVIIIème, qu'il faut juste évoquer ici, pour aboutir au fait que les deux mots ne riment plus aujourd'hui, mais que malgré tout l'orthographe les rapproche encore.

Pour ce qui est du commentaire, mais c'eût été une autre question, ne pas oublier de mettre en valeur l'aspect "débat rhétorique" dont l'auteur de fait l'écho, avec le thème bien connu de la coexistence des contraires : amour et haine dans le CaL, plaisir et douleur ici ; cela nous vaut de ravissants oxymores du genre que doucement malades sui. C'est pourquoi il faut faire attention à bien rendre le sens des mots, sans l'affaiblir par des litotes (je pense à doucement, par exemple).


seesaw a écrit :*(j'ai tenté de chercher et vais continuer à le faire pour voir si la racine indo-européenne est commune : j'ai vu la racine "am-" dans un dictionnaire sans être sûr de sa pertinence).
Votre curiosité vous honore, mais nous sommes dans le cas de l'épreuve ; or, en grammaire historique française, le problème des origines lointaines n'a pas à être évoqué dans une étude de mot, l'étymon donné formant le terminus a quo de la recherche.
Bonjour Yvain,

Oups, je n'avais pas compris que c'était une question de phonétique : c'est pour cela que ne sachant pas trop dans quelle direction aller, j'ai fait une analyse plus large.

Bon, en tout cas, maintenant, je vais d'abord voir la correction de la traduction.
Une étrange maladie, que Fénice confie à sa gouvernante Thessala :

« […]Mes voloirs est mals, se devient,
Mes tant ai d’ese en mon voloir
Que doucement me fait doloir,
Et tant de joie en mon anui
Que doucement malades sui.
Thessala, mestre, car me dites,
Cist mals, don n’est il ypocrites,
Qui douz me semble et si m’angoisse ?
Ne sai coment je le conoisse,
Se c’est enfermetez ou non.
Maistre, car me dites le non
Et la manière et la nature,
Mais sachiez bien que je n’ai cure
Dou guerir en nule manière,
Car j’en ai l’angoisse molt chiere. »
Thessala, qui molt estoit sage
D’amor et de tout son usage,
Set et entent par sa parole
Que d’amor est ce qui l’afole.
Por ce que douz l’apele et claime
Est certeine chose qu’ele aime,
Car tuit autre mal sont amer
Fors solement celui d’amer,
Mais cist seus torne s'amertume
En douçor et en soatume,
Et sovent retorne a contraire.

Chrétien de Troyes, Cligés, v. 3034-3059 éd. Champion.

Correction :
« Mon désir est mal, peut-être,
Fs. sur "mal" : un sens moral est ici exclu vu la caractère "clinique" du discours de Fénice et l'opposition des termes dans la phrase.


Mais j’ai tant de plaisir en mon obstination
Pourquoi un mot différent pour cette seconde occurrence de voloir ?


Qu’elle me fait souffrir sans violence,
"sans violence" est trop faible.


Et tant de joie en mon ennui
Fs. sur anui. Vous devez savoir que ce mot n'a presque jamais le sens moderne au XIIème siècle.


Que je suis malade sans tristesse.
"sans tristesse" est trop faible, et pourquoi changer de mot ? Les répétitions, loin d'être une faiblesse, participent de la rhétorique du passage.


Thessala, gouvernante, certes me dites-vous [diriez-vous ?],
Maistre = "maître[sse]", tout simplement. M. d. dans le second membre de phrase, et jamais de traduction entre parenthèses.


Ce mal, n’est-il donc pas hypocrite,
Car il m’apparaît doux et m’angoisse ?
Pourquoi "car" : vous pouviez conserver la construction en FM, beaucoup plus élégante.
et si coordonne étroitement : "et tout à la fois".


Je ne sais pas quoique je l’avoue,
Cs. sur "quoique je l'avoue" : le subjonctif se justifie autrement.


Si c’est une maladie ou non.
Gouvernante, certes, apprenez-moi donc le nom
"certes" est de trop : c'est "donc" qui doit traduire car, particule intensive accompagnant l'impératif.
En FM, il faudrait un pronom servant de complément aux verbes.


La forme et la nature,
Mais sachez bien que je n’ai l’intention
Petite inex. sur "intention".


De guérir en aucune manière,
Parce que l’angoisse que j’en ai est précieuse. »
Non, pas "angoisse", c'est comme anui tout à l'heure.


Thessala, qui était avisée
Vous pouviez traduire littéralement : molt disparaît.


Touchant l’amour et sa manière d’être,
Fs. sur "manière d'être".


Sait et comprend par ses paroles
Soit pour "sait", mais c'est plutôt "perçoit" ; sait est de l'ordre de l'intuition, entent de l'ordre de l'intelligence.


Que ce qui la tourmente a pour cause l’amour.
Fs. sur "tourmente" et construction non vue : attention, la préposition de n'introduit pas que des compléments.


Comme elle le nomme et déclare doux,
Le fait est certain qu'elle aime
Car tous les autres maux sont amers
Hormis seulement celui d’aimer
B.


Mais celui-ci seul tourne son amertume
En témoignage d’amitié et en suavité,
Fs. sur "témoignage d'amitié".


Et souvent retourne à son contraire. »
Pourquoi citer ma correction ? 🙄
Ah ah!
Parce que je voulais prévenir que j'étais en train de le faire mais que je ne l'avais pas encore fait! 😀

Bon, voici la correction :
« Mon désir est mauvais, peut-être,
Mais j’ai tant de plaisir en mon désir
Qu’il me fait souffrir avec douceur,
Et tant de joie en ma tristesse
Que je suis malade avec douceur.
Thessala, maîtresse, maintenant me dites-vous,
Ce mal, n’est-il donc pas hypocrite,
Qui m’apparaît doux et tout à la fois m’angoisse ?
Je ne sais pas comment je le reconnaîtrais,
Si c’est une maladie ou non.
Maîtresse, apprenez-moi donc le nom
La forme et la nature,
Mais sachez bien que je n’ai souci
De guérir en aucune manière,
Parce que l’accablement que j’en ai est précieux. »
Thessala, qui était très sage
Touchant l’amour et ses coutumes,
Perçoit et comprend par ses paroles
Que l’amour est ce qui la blesse.
Comme elle le nomme et déclare doux,
Le fait est certain qu'elle aime
Car tous les autres maux sont amers
Hormis seulement celui d’aimer
Mais celui-ci seul tourne son amertume
En douceur et en suavité,
Et souvent retourne à son contraire.

Maintenant, je vais voir, même si je suis en grande partie hors-sujet pour l'exercice de phonétique, ce que vous m'avez écrit.
Ma question avait surtout pour but de voir si vous cerniez bien le sujet. Faites attention, car parler à côté du sujet, même si c'est pour dire des choses intéressantes, comme c'est votre cas, et même s'il se trouve dans votre réponse des éléments qui répondent à la question, est une cause de pénalité. De plus, cela vous fait perdre un temps précieux. Or vous devinez qu'on court littéralement la poste dans l'épreuve de grammaire historique.

Autre question pour laquelle la phonétique et la morphologie seront associées :

Étudiez les groupes mes voloirs (v. 1) et mon voloir (v. 2).

Pour la phonétique, vous pouvez passer rapidement sur les transformations intermédiaires : il s'agit plus ici d'un entraînement à la méthode.

« Mon désir est mauvais, peut-être,
Vous n’avez pas tenu compte de ma correction : « mauvais » n’est pas mieux que « mal ».

Mais j’ai tant de plaisir en mon désir
Oui, la répétition peut vous gêner, mais elle est nécessaire. Si l’on faisait une traduction littéraire, on pourrait se permettre « ce désir » afin de ne pas répéter tout le groupe.

Qu’il me fait souffrir avec douceur,
Et tant de joie en ma tristesse
Non, anui est plus fort encore, et son sens n’est pas d’ordre psychologique. N’oubliez pas qu’il s’agit d'une "maladie".

Que je suis malade avec douceur.
Thessala, maîtresse, maintenant me dites-vous,
Pourquoi « me dites-vous » ?? Et car n’est pas bien traduit. J’ai mal dû m’exprimer dans mon commentaire. Je vous traduis : « Thessala, ma maîtresse, dites-moi donc : » ; vous l’avez bien traduit dans la seconde occurrence de l’expression.
Retenez cet emploi de car associé à l’impératif.


Ce mal, n’est-il donc pas hypocrite,
Qui m’apparaît doux et tout à la fois m’angoisse ?
J’ai négligé de vous signaler que le verbe angoisser a un sens quasiment physique.

Je ne sais pas comment je le reconnaîtrais,
Si c’est une maladie ou non.
En fait, le annonce l’interrogative qui suit, comme on le voit encore en italien ; vous pouvez le négliger.
Plutôt que « reconnaîtrais », je préférerais : « pourrais reconnaître ».
Le subjonctif apparaît dans l’interrogation indirecte si le verbe principal est à la forme interrogative ou négative, donc s’il y a indétermination.
A retenir.


Maîtresse, apprenez-moi donc le nom
La forme et la nature,
Vous n’avez pas lu la remarque que j’avais faite.

Mais sachez bien que je n’ai souci
De guérir en aucune manière,

Parce que l’accablement que j’en ai est précieux. »
On peut trouver plus fort que « accablement ».

Thessala, qui était très sage
Touchant l’amour et ses coutumes,
Oui, ou « de ses pratiques ».

Perçoit et comprend par ses paroles
Ou « devine et réalise ».

Que l’amour est ce qui la blesse.
Oui, de peut introduire un groupe sujet. Dans la plupart des cas, c’est un infinitif substantivé, mais ce peut être un nom.
Afoler, sans rapport avec fol, peut aller jusqu’à signifier « faire mourir ».


Comme elle le nomme et déclare doux,
« et le déclare ».

Le fait est certain qu'elle aime
Car tous les autres maux sont amers
Hormis seulement celui d’aimer
Mais celui-ci seul tourne son amertume
En douceur et en suavité,
Et souvent retourne à son contraire.
B.
« Mon désir est désagréable, peut-être,
Mais j’ai tant de plaisir en mon désir
Qu’il me fait souffrir avec douceur,
Et tant de joie en ma douleur
Que je suis malade avec douceur.
Thessala, ma maîtresse, dites-moi donc,
Ce mal, n’est-il donc pas hypocrite,
Qui m’apparaît doux et tout à la fois m'oppresse ?
Je ne sais pas comment je pourrais reconnaître
Si c’est une maladie ou non.
Ma maîtresse, dites-moi donc le nom
La forme et la nature,
Mais sachez bien que je n’ai souci
De guérir en aucune manière,
Parce que le supplice que j’en ai est précieux. »
Thessala, qui était très sage
Touchant l’amour et ses pratiques,
devine et réalise
Que l’amour est ce qui la blesse.
Comme elle le nomme et le déclare doux,
Le fait est certain qu'elle aime
Car tous les autres maux sont amers
Hormis seulement celui d’aimer
Mais celui-ci seul tourne son amertume
En douceur et en suavité,
Et souvent retourne à son contraire.

Étudiez les groupes mes voloirs (v. 1) et mon voloir (v. 2).

A) subsistance du -s désinentiel pour le CSS au XII
B) mes et mon articles possessifs atones où le [e] ayant tôt perdu l'accent s'est fermé en yod.

1)mes et mon sont des articles possessifs masculins de la singularité : ils sont atones.
leur délinaison en ancien français est:
CSS : mes CSP : mi
CRS : mon CRP : mes

Ils découlent du latin classique :
nom. sg : meus nom. pl. : mei
acc. sg. : meum acc. pl. : meos
Il est à savoir qu'en latin il n'y avait pas de séparation de formes atone et tonique : le même mot pouvait être atone (clitique) ou tonique, en fonction de la syntaxe.

a) pour mes : le -e bref en hiatus a dû se changer en yod > *myus mais forme sûrement disparue avant la fin du 3e s. au moment où s'est faite la fausse palatalisation labiale + yod.
On a donc sûrement eu : *mus puis *mos au Ve s. et devant le -s (tes, ses), le [o] s'est affaibli en [e] ouvert (peut-être aussi parce qu'il était atone).
Le s'est amuï vers le 12e-13e mais est resté écrit pour sa fonction de désinence verbale (2e personne) et nominale en ancien français.

b) mon : même évolution que mes jusqu'au Ve s. : mon mais le [o] est resté, a pris un timbre fermé vers le IVe s. puis s'est nasalisé au XIIe s. Le [n] est resté prononcé jusqu'au XVIIe s.

c) Dans les monosyllabes, le [m] (ex. : rem est devenu [n] a date prélittéraire.
--> meum était en effet devenu monosyllabique dès le 1er s. av. J.C. avec fermeture du [e] en [y].

À partir du XIVe s., les déclinaisons se sont simplifiées par l'alignement des CS sur les CR : donc CSmes > CRmon: il n'y a plus eu que la distinction de nombre et de genre.

2)Voloirs et voloir : substantifs masculins fléchis sur une seule base et à CSS en -s :
CSS Base +désinence CSP: Base
CRS Base CRP : Base + désinence

voloirs : CSS, sujet de "est
voloir : CRS


ces deux substantifs proviennent de l'infinitif "volere" du verbe latin vŏlō, vīs, vult, vŏlŭī, velle, tr. substantivé au XIIe siècle. En effet, velle s'était aligné sur la conjugaison -ere (avec le premier [e] long) à l'époque impériale.

Notons la diphtongue du [e] long au VIe s. en [ei] qui par différentiation a donné [oi] puis [ue] (assimilation réciproque d'aperture) au XIIe s. + fermeture de [o] > [ u ] au XIIe s.
le son [ue] au XIIe s. est noté -oi- (graphie qui restera pour noter [ue] puis [ua])

Excusez-moi, j'étais en train de lire le tout début de ce fil de discussion, pour tenter de traduire les textes que vous soumettez, cher Yvain, et en lisant sur la base de français médiéval (BFM) le "Chevalier de la charette", j'ai vu ce vers que vous n'avez pas mis :
v.4660 Que d’Amors et del cuer li muet.

Est-ce un oubli ou est-ce qu'il viendrait d'un manuscrit différent?
Non, c'est bien un oubli. Quel piètre scribe !!!
seesaw a écrit : A) subsistance du -s désinentiel pour le CSS au XII
B) mes et mon articles possessifs atones où le [e] ayant tôt perdu l'accent s'est fermé en yod.
Début ex abrupto : lien avec le texte ?
seesaw a écrit :1)mes et mon sont des articles possessifs masculins de la singularité : ils sont atones.
leur délinaison en ancien français est:
CSS : mes CSP : mi
CRS : mon CRP : mes

Ils découlent du latin classique :
nom. sg : meus nom. pl. : mei
acc. sg. : meum acc. pl. : meos
Il est à savoir qu'en latin il n'y avait pas de séparation de formes atone et tonique : le même mot pouvait être atone (clitique) ou tonique, en fonction de la syntaxe.
Un tableau ne doit être donné que si la question l'exige ou si ce dernier est pertinent pour l'explication. Les questions de morphologie ne sont jamais des "questions de cours".

seesaw a écrit :a) pour mes : le -e bref en hiatus a dû se changer en yod > *myus mais forme sûrement disparue avant la fin du 3e s. au moment où s'est faite la fausse palatalisation labiale + yod.
On a donc sûrement eu : *mus puis *mos au Ve s. et devant le -s (tes, ses), le [o] s'est affaibli en [e] ouvert (peut-être aussi parce qu'il était atone).
Le s'est amuï vers le 12e-13e mais est resté écrit pour sa fonction de désinence verbale (2e personne) et nominale en ancien français.


Pour ce qui est du -e, ce n'est pas du fait du -s puisque (il)lum > le ; quem > que, etc…
Le jour de l'examen :
- un traitement pas ligne
- les quantités, le timbre (alphabet Bourciez) sont à noter.
C'est un rappel car je vous avais dit de passer brièvement, ce que vous avez bien fait.


seesaw a écrit :b) mon : même évolution que mes jusqu'au Ve s. : mon mais le [o] est resté, a pris un timbre fermé vers le IVe s. puis s'est nasalisé au XIIe s. Le [n] est resté prononcé jusqu'au XVIIe s.


"Même évolution…" : ne faut-il pas présenter les deux formes conjointement ?
Vous n'avez pas évoqué le problème du maintien du -m alors qu'au féminin *mam > ma
Certes, les spécialistes sont divisés à ce sujet, et on ne vous demandera pas de résoudre, mais il faut l'évoquer.
Attention quand vous dites "est resté prononcé…" : il faut ajouter sauf dans des liaisons "mon ami"…


seesaw a écrit :c) Dans les monosyllabes, le [m] (ex. : rem est devenu [n] a date prélittéraire.
--> meum était en effet devenu monosyllabique dès le 1er s. av. J.C. avec fermeture du [e] en [y].


Pourquoi mettre cela dans le c) ??


seesaw a écrit :À partir du XIVe s., les déclinaisons se sont simplifiées par l'alignement des CS sur les CR : donc CSmes > CRmon: il n'y a plus eu que la distinction de nombre et de genre.


Ce point de morphologie est un peu mal placé : il arrive sans crier gare. Il faut un petit laïus sur l'abandon de la déclinaison précédé de la confusion du système. Ce n'est pas hors-sujet car un retour au texte permet de comprendre comment la place des mots (cas sujet en tête, comme au v. 1 ou le régime grammatical (cas régime nécessairement employé derrière les prépositions , ici en) vont rendre caduque la flexion.


seesaw a écrit :2) Voloirs et voloir : substantifs masculins fléchis sur une seule base et à CSS en -s :
CSS Base +désinence CSP: Base
CRS Base CRP : Base + désinence

voloirs : CSS, sujet de "est
voloir : CRS


Un gros oubli : le -s de voloir n'est évidemment pas phonétique. Il y a donc une remarque à faire sur la notion de désinence en français : le -s devient un marqueur du cas sujet au point qu'on l'adjoint à un infinitif substantivé et, comme vous le savez, également à des nom latins qui n'avaient pas de nominatif en -s ou -us, comme pere (li peres, li cuers par exemple).


seesaw a écrit :ces deux substantifs proviennent de l'infinitif "volere" du verbe latin vŏlō, vīs, vult, vŏlŭī, velle, tr. substantivé au XIIe siècle. En effet, velle s'était aligné sur la conjugaison -ere (avec le premier [e] long) à l'époque impériale.

Notons la diphtongue du [e] long au VIe s. en [ei] qui par différentiation a donné [oi] puis [ue] (assimilation réciproque d'aperture) au XIIe s. + fermeture de [o] > [ u ] au XIIe s.
le son [ue] au XIIe s. est noté -oi- (graphie qui restera pour noter [ue] puis [ua])


Bon, cela est classique, je n'insiste pas. Pensez à bien disposer tout cela et à rédiger (ce qui ne veut pas dire "délayer").

Pour la phonétique, ça va. Pensez simplement à entretenir vos connaissances en vous donnant périodiquement un mot à étudier, pris dans un rapport, et en consultant le corrigé en principe fourni.

La consultation des rapports (en ligne) est fondamentale : j'ai pu comprendre grâce à l'un d'eux pourquoi j'avais fait ce qu'il ne faut jamais faire quand on a une leçon sur la composition d'un ouvrage à réaliser. 😀

Pensez à introduire votre sujet en utilisant la spécificité de la question et le texte.
Ici, vous aviez des groupes à étudier. L'organisation de votre exposé doit en tenir compte ; on l'a déjà vu à propos de mes/mon, mais au début, vous auriez dû commencer par des remarques de morphologie synchronique : ainsi le cas sujet dans mes voloirs se distingue du cas régime mon voloir par une triple marque (laissons le pb de la place) : le -s présent dans le déterminant et le nom, et par un phonétisme différent du radical du déterminant. Cette distinction canonique signale donc une époque où les différences casuelles sont encore senties comme pertinentes.
Ces considérations, outre qu'elles répondent à la question, vous permet d'introduire commodément votre étude morphologique qui doit précéder l'étude phonétique (sans cela, vous allez être embêté par le -s non phonétique de voloirs).
Bonjour Yvain,

Oui, pour les rapports du jury, j'en ai déjà parcouru mais, suivant votre conseil, je vais les lire plus profondément.

Je vais lire votre correction mais j'en profite pour vous soumettre la traduction du tout premier extrait que vous avez mis dans ce fil.

Je préfère vous dire que j'ai passé quasiment 2 jours entiers sur ce seul extrait et je pense qu'il doit être rempli de fautes : faites-vous donc plaisir 😉

Si vous aviez au passage une question de phonétique, de morphologie ou les 2, je prends… toujours!
La rencontre amoureuse de Lancelot et de la reine Guenièvre (Chrétien de Troyes, le Chevalier de la charrete, v. 4651 - 4681, éd. Champion)

et puis vint au lit la reine,
si l'aore et se li ancline,
car an nul cors saint ne croit tant.
Et la reine li estant
ses bras ancontre, si l'anbrace,
estroit près de son piz le lace,
si l'a lez li an son lit tret,
et le plus bel sanblant li fet
que ele onques feire li puet,
Que d’Amors et del cuer li muet.
que d'Amors vient qu'ele le conjot ;
et s'ele a lui grant amor ot
et il c. mile tanz a li,
car a toz autres cuers failli
Amors avers qu'au suen ne fist ;
mes an son cuer tote reprist
Amors, et fu si anterine
qu'an toz autres cuers fu frarine.
Or a Lanceloz quan qu'il vialt
quant la reine an gré requialt
sa compagnie et son solaz,
quant il la tient antre ses braz
et elle lui antre les suens.
Tant li est ses jeus dolz et buens,
et del beisier, et del santir,
que li lor avint sanz mantir
une joie et une mervoille
tel c'onques ancor sa paroille
ne fur oie ne seue ;
mes toz jorz iert par moi teue,
qu'an conte ne doit estre dite.
Et puis il vint au chevet de la reine,
La loue et se penche vers elle,
Or, il ne se confie autant en aucune personne sainte.
Et la reine étend
Ses bras contre lui, l’étreint,
L’enlace, serré près de sa poitrine,
elle l’a tiré à côté d’elle dans son lit,
Et lui fait le plus beau portrait
Qu’elle peut alors lui faire,
Car il lui est inspiré d’Amour et du cœur.
Que c’est par amour qu’elle le satisfait ;
Et elle lui donne un grand amour
Et lui cent mille fois à elle,
car traitre à tous les autres cœurs
Amour ne fit détour que vers le sien ;
Désormais en son cœur tout Amour
Recommença, et il fut si véritable
Qu’il fut dur dans les autres cœurs.
Maintenant, Lancelot a tout ce qu’il veut,
Quand la reine à son gré reçoit
Sa compagnie et son réconfort,
Quand il la tient entre ses bras
Et elle, lui, entre les siens.
Tant lui est doux et bon son plaisir,
Et de l’embrasser, et de la sentir,
Car il leur parvient réellement
Une joie et une extase
Tels que plus jamais leur pareille
N’a été entendue ni connue ;
Mais elle sera par moi toujours tue,
Car elle ne doit pas être racontée.

je voulais juste faire une correction à la fin de l'extrait :
Une joie et une extase
Tels que plus jamais leur pareille

C'est "telles" qui doit s'écrire à la place de tels.
1° Cligès

Au vers 1, je propose la traduction : "Mon désir est souffrance" (bien que mals soit évidemment un adjectif).

Au vers 4, n'hésitez pas à traduire anui par un mot comme "tourment".

Au v. 11, il faut ajouter "en" en français afin que les verbes aient un complément.


2° CdlC

Ce n'est pas si mal, compte tenu de la difficulté de certains passages. Des fautes parfois surprenantes malgré tout.

Et puis il vint au chevet de la reine,
La loue et se penche vers elle,
Inex. sur « loue » et « se penche » : quelle idée se fait jour ici et dans le vers suivant ?

Or, il ne se confie autant en aucune personne sainte.
- Vous avez décidément du mal avec car !
- Inex. sur « se confie » ; cf. plus haut.
- Un cors saint, parfois écrit en un seul mot, désigne quelque chose de bien plus concret.


Et la reine étend
Ses bras contre lui, l’étreint,
Légère inex. sur « contre lui » : dans cet hémistiche, L. n’est pas encore au contact de G.

L’enlace, serré près de sa poitrine,
Fs. Sur « serré ». Quelle est la nature de estroit ?

elle l’a tiré à côté d’elle dans son lit,
« tiré » n’est guère heureux !

Et lui fait le plus beau portrait
Cs. Comment peut-elle songer à faire de l’art en ces moments-là ??
Si vous regardez les deux poèmes qui suivent ce texte au début de mon fil, vous aurez la réponse et vous retiendrez cette expression courante qui nous vient de la poésie courtoise. On trouve aussi fere bele (ou bone) chiere.


Qu’elle peut alors lui faire,
Fs. sur onques, mais ce sera délicat à traduire.

Car il lui est inspiré d’Amour et du cœur.
Oui, mais c’est maladroit.

Que c’est par amour qu’elle le satisfait ;
Le vers original est D’amors vient qu’ele le conjot, il n’y a pas que au début. C’est de ma faute.
Inex. sur « satisfait ».

Et elle lui donne un grand amour
Et lui cent mille fois à elle,
- Tps. de ot ?
- s’ est omis ; comme il est élidé, c’est la conjonction se, à laquelle répond et en tête de principale, avec une valeur adversative. Là, on entre dans les difficultés, mais votre traduction ne fait pas cs. pour autant.


car traitre à tous les autres cœurs
failli est un verbe conjugué.

Amour ne fit détour que vers le sien ;
avers ne signifie pas « détour » ; c’est une préposition qui joue le rôle d’adverbe, et que répond en fait à autre. La syntaxe est quelque peu embarrassée.

Désormais en son cœur tout Amour
mes sert à surenchérir.

Recommença, et il fut si véritable
- « recommença » est trop faible.
- Soit pour « véritable ». Cet adjectif complète en fait le sens de reprist.


Qu’il fut dur dans les autres cœurs.
Inex. sur « dur ».

Maintenant, Lancelot a tout ce qu’il veut,
Quand la reine à son gré reçoit
Quelle valeur donnez-vous à « quand » ?

Sa compagnie et son réconfort,
Inex. sur « à son gré reçoit ».

Quand il la tient entre ses bras
Soit pour « quand », mais v. supra.

Et elle, lui, entre les siens.
Tant lui est doux et bon son plaisir,
Et de l’embrasser, et de la sentir,
Petit cs. sur del.

Car il leur parvient réellement
- Fs. sur « car » : tenez compte de la construction de la phrase.
- « réellement est trop faible.

Une joie et une extase
Telles que plus jamais leur pareille
Fs. sur « plus jamais ».

N’a été entendue ni connue ;
Tps.

Mais elle sera par moi toujours tue,
Car elle ne doit pas être racontée.
« racontée » est trop faible.

Questions :

Étudiez la morphologie et la syntaxe des pronoms personnels dans les v. 4651 (et puis vint…) - 4663 (… failli).

Étudiez la métrique du v. 4659 (que ele onques feire li puet).
Bonjour Yvain,

Ah ça, ça va vraiment m'être utile!
Méthode au poil! Merci beaucoup!
Bon d'abord, je vais voir les corrections et dans un deuxième temps, je ferai les questions de linguistique.


et puis il vint au chevet de la reine,
la prie et se prosterne devant elle,
en effet, il ne croit autant en aucune relique.
Et la reine étend
ses bras vers lui, l’étreint,
étroitement près de sa poitrine, l'enlace
elle l’a amené à côté d’elle dans son lit,
et lui fait la plus belle figure
qu’elle peut lui faire pour la première fois, (pas sûr du tout de ce complément)
car elle lui est animéed’Amour et du cœur. (j’avais aussi pensé à un mot plus fort comme « exalté »)
C’est par amour qu’elle lui manifeste son affection ;
et si elle lui a donné un grand amour
et s’il lui a rendu cent mille fois,
Amour a au contraire épuisé tous les autres cœurs
plutôt qu’il ne fit au sien ;
de plus en son cœur tout Amour
ressuscita, et il fut aussi véritable
qu’il fut misérable dans les autres cœurs.
Maintenant, Lancelot a tout ce qu’il veut,
puisque la reine recherche favorablement
sa compagnie et son réconfort,
puisqu’il la tient entre ses bras
et elle, lui, entre les siens.
Tant lui est doux et bon son plaisir,
et du baiser, et de l’émotion,
qu’il leur parvient véritablement
une joie et une extase
telles que jamais encore une autre pareille
ne fut entendue ni connue ;
mais elle sera par moi toujours tue,
car elle ne doit pas être divulguée dans un conte.


Oui, la conjonction car m'embarrasse assez.


Maintenant, je vais enfin m'attaquer aux questions de linguistique.
Et puis il vint au chevet de la reine,
La prie et se prosterne devant elle,
Plutôt « l’adore et s’incline devant elle »

car il ne croit autant en aucune relique.
Et la reine étend
Ses bras vers lui, l’étreint,
Ou « tend les bras à sa rencontre »

L’enlace, serré près de sa poitrine,
Vous n’avez pas tenu compte de ma remarque à propos de estroit.

elle l’a amené à côté d’elle dans son lit,
Ni « tiré », ni « amené » mais…

Et lui fait la plus belle figure
Ou « le plus bel accueil ».

Qu’elle peut lui faire pour la première fois,
T. m. d.

Car elle lui est animée d’Amour et du cœur. (j’avais aussi pensé à un mot plus fort comme « exalté »)
« animée » convient, mais c’est mal exprimé.

C’est par amour qu’elle lui manifeste son affection ;
Et si elle lui a donné un grand amour
Et s’il lui a rendu cent mille fois,
Non : « et si elle…, lui, il… »

Amour a au contraire épuisé tous les autres cœurs
Plutôt qu’il ne fit au sien ;
Vers difficile à bien traduire. Mot à mot : « Amour a failli à tous les autres cœurs en comparaison de ce qu’il a fait au sien ». Le sens est « amplifié » dans les vers suivant, procédé rhétorique courant.

De plus en son cœur tout Amour
Plutôt « bien mieux ».

Ressuscita, et il fut aussi véritable
Plutôt « retrouva sa force » et « accompli ».

Qu’il fut misérable dans les autres cœurs.
Maintenant, Lancelot a tout ce qu’il veut,
Puisque la reine recherche favorablement
Sa compagnie et son réconfort,
Puisqu’il la tient entre ses bras
Et elle, lui, entre les siens.
Tant lui est doux et bon son plaisir,
Et du baiser, et de l’émotion,
Je propose : « et des baisers et des sens »

Qu’il leur parvient véritablement
Tps.
Une joie et une extase
Tels que jamais encore une autre pareille
Ne fut entendue ni connue ;
On peut ici le PQP en FM (à l’époque, il est rare à l’indicatif).

Mais elle sera par moi toujours tue,
Car elle ne doit pas être divulguée.

Et il faut écrire telle. En fait, on a là un accord de voisinage, tel et ce qui suit portant pour le sens sur une joie et une mervoille, il faudrait donc théoriquement passer au pluriel en FM… Si on laisse le singulier, on fait dépendre toute cette fin du seul mot mervoille. C'est tout le problème de la traduction.

Pour les pronoms, il faut aller jusqu'au v 4664 (…failli[.])