Bonsoir,
Je suis actuellement en première S et doit effectuer une anthologie de poèmes engagés sur un thème à choisir. Je pensais aux enfants exploités mais j'ai du mal à trouver des poèmes.
J'ai déjà Melancolia, Les enfants Pauvres et Souvenir de la nuit du 4 de Victor Hugo, A tout les enfants de Boris Vian et Adieu au siècle de Jean Orizet.
J'ai également une autre idée de thème qui est la société de consommation avec un poème sans titre de Michel Houellebecq et Grand Standigne de Raymond Quenaud.
Auriez vous des poèmes à me conseiller?
Merci d'avance!
Boris Vian, La complainte du progrès.
En chansons …
Jean-Jacques Goldman : Les Choses
« Si j’avais si j’avais ça
Je serais ceci je serais cela
Sans chose je n’existe pas
Les regards glissent sur moi
J’envie ce que les autres ont
Je crève de ce que je n’ai pas
Le bonheur est possession
Les supermarchés mes temples à moi »
Alain Souchon : Foule sentimentale
Damien Saez : J’accuse
Yvan Dautin : Ne pense plus, dépense …
Extrait de les géants de Le Clezio: hyperpolis …
Autour d'elle, les gens empilaient les objets dans les chariots de métal, avec frénésie. Ils avaient des visages sérieux, contractés, et leurs paupières battaient de façon anormalement lente. Les femmes tendaient les mains vers les étals. Elles fouillaient dans les réfrigérateurs et elles prenaient des pots, des cubes, des paquets. Elles prenaient des dizaines de fromages mous, des cartons de lait, des tubes de crème, des paquets de gélatine, des godets en matière plastique pleins de yoghourt, de flan, de sorbets au chocolat, au café, à la crème, aux pêches, aux fraises, aux ananas. Elles ne s'arrêtaient jamais. Les enfants eux-mêmes piochaient dans les étals à leur hauteur, et ils empilaient les marchandises dans de petits chariots jouets qu'ils poussaient devant eux. Personne ne savait ce qu'il faisait. Comment l'auraient-ils su ? Ce n'étaient pas eux qui saisissaient la marchandise, elle se collait d'elle même à leurs mains, elle attirait les rayons des yeux et les doigts des mains, elle entrait directement dans les bouches, traversait très vite les tubes digestifs. La nourriture n'était plus que des formes, et des couleurs. Les yeux dévoraient les couleurs rouge, blanche, verte, orange, les yeux avaient faim de sphères et de pyramides, faim de plastiques lisses et de capsules de fer-blanc. On n'allait pas au hasard. On suivait beaucoup de chemins qui avaient été tracés d'avance, par quelques hommes à l'esprit acharné. Ils avaient dessiné leur plan, ainsi, avec toutes les routes et tous les carrefours ; et c'était le dessin même de leur visage, un drôle de masque grimaçant de haine et de cupidité ; les yeux sanglants jetaient des éclairs, les sourcils contractés barraient le front, les joues molles pendaient, et la bouche, ouverte, puits profond aux gencives roses, aux vieilles dents couvertes d'or, à la langue râpeuse comme celle des tigres : elle aspirait goulûment, elle buvait l'air, l'eau et la nourriture, elle mastiquait la chair humaine ; bouche ensanglantée de cannibale, qui dévorait la foule, bouche qui salivait sans cesse et faisait tous ses bruits avides, ses rots, ses claquements. Elle parlait aussi, parfois ; elle disait ; ouverte au centre des plafonds, béante, avec ses lèvres distendues, elle disait :
« Obéissez ! Obéissez ! Marchez, achetez, mangez ! Aimez-vous ! Buvez Pils !
Le Drink des gens raffinés ! Fumez ! Vivez ! Mourez ! »