Bonjour,
Alors voilà, j'ai bientôt un côté sur cette matière mais plusieurs points restent brumeux. Le symbolisme est-il majoritairement mimétique ou bien sémiotique ? Dans le même registre, les poèmes symbolistes sont-ils à visée référentielle ou auto-référentielle ?
Et une dernière ici pour ne pas créer d'autre sujet, Verlaine est parnassien à ses débuts pour ensuite devenir symboliste, ou superpose-t-il les deux courants ?
Merci d'avance, Jérôme.
Question fondamentale, mais tellement vaste, d'autant que les Symbolistes ne représentent pas un groupe bien défini, pourvu d'un manifeste qui s'imposerait à tous dès le début du mouvement.
La formule célèbre de Mallarmé "Point de reportage", l'aversion des Symbolistes pour les exaltations des Romantiques aussi bien que pour les "sottes" prétentions des Naturalistes à nous expliquer le réel en font évidemment des adversaires de la mimésis.
Une dimension sémiotique dans leur idéal ? Sans doute. Pour René Ghil, le plus "théoricien", Rimbaud a été un "visionnaire" (une fois n'est pas coutume) en établissant des relations entre les sons et les couleurs dans "Voyelles", mais sans tirer tout le parti de cette géniale découverte. Il appartiendra à Mallarmé d'aller plus loin et de ramener les diverses sensations dont la nature nous abreuve à l'état de signes complexes nous permettant d'accéder à un certain nombres d'idées primordiales dont ils sont les symboles. C'est au poète qu'il appartient de saisir ces sensations, de les ramener à des signes tangibles, pourvus d'un matériau sonore, le Verbe, qui est une sorte de complexe spirituel et vocal, à la limite "un mot total, neuf, étranger à la langue et comme incantatoire" (Mallarmé) : d'où l'hermétisme et les rapports constants que les Symbolistes établissent entre la poésie et la musique.
Je ne crois pas que Verlaine, malgré ses contributions au Parnasse contemporain, ait été vraiment Parnassien ; dès les poèmes Saturniens, il nous livre une sensibilité, discrète, feutrée, mais bien présente. En fait, il est symboliste avant la lettre chaque fois qu'il suggère au lieu de traduire, chaque fois qu'il fait éprouver au lieu d'expliquer. C'est là, selon moi, l'essence même de la musique.
De la musique avant toute chose…
Merci beaucoup, je n'en attendais pas autant mais me voilà comblé !