Une phrase difficile de Salluste (Catilina XI)

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour aux fins latinistes.

Je bute sur ce passage de Salluste (Catilina, XI in fine).
Evoquant les excès des soldats de Sylla, Salluste écrit:

Quippe secundae res sapientium animos fatigant, ne illi corruptis moribus uictoriae temperarent.

Je comprends bien la principale : quelque chose comme "Car la prospérité affaiblit la résolution des sages." Mais la subordonnée?

Après avoir fouillé, je constate que certains considèrent ne comme une forme abrégée de nedum. Ils aboutissent alors, au prix de quelques contorsions, à :
"Car si la prospérité affaiblit la résolution des sages, à plus forte raison, comment ces hommes aux moeurs corrompues auraient-ils été modérés dans la victoire?"

D'autres postulent que ne est à entendre comme équivalent du grec οὐ μὴ ("il n'y a pas à appréhender que"). On aboutit alors à quelque chose comme : "puisque la prospérité affaiblit (même) la résolution des sages, il est impossible que ces hommes aux moeurs corrompues se montrassent modérés dans la victoire".

J'aimerais bien connaître l'avis des latinistes pointus qui rôdent sur ce forum. 🙂
Bonsoir,

Bien que je ne me considère pas ou plus comme une fine latiniste, je me suis penchée sur la phrase que tu proposes.
Je suis pour ma part tentée de suivre Gaffiot et de voir en ne le tour elliptique signalé et attesté en N° 4 => il est à craindre que, il se pourrait que…(en l'adaptant au subjonctif imparfait)
Le fait est que les succès viennent à bout des esprits les plus sages, il était (forcément) à craindre que ces hommes aux mœurs corrompues ne fussent pas modérés dans la victoire.
Sans certitude…
Ce "ne" en effet gratouille ou chatouille! Voici ce que j'ai pu glaner ici ou là qui en fait un équivalent de "nedum- à plus forte raison ne…pas" , sans exclure ce que Gabiana ou vous- même avez trouvé. Cette "locution négative" marque un renchérissement après une proposition négative de forme ou de sens, avec le subjonctif. "Dum" dans "nedum" avait sa valeur ancienne de particule renforçante (voir aussi "agedum- allons). La nuance de "à plus forte raison" n'est pas liée à "dum" mais se dégage du contexte, elle apparaît parfois avec "ne" seul.: " vix incedo inanis, ne ire posse cum onere existumes- à peine puis-je marcher sans rien porter, (à plus forte raison) ne va pas croire que je puisse aller avec ta charge" ( Plaute, Am,330).
" fatigant" est au présent car il exprime une vérité générale, et " temperarent " est à l'imparfait dans la subordonnée après la principale au présent car il ("temperarent") exprime un fait relatif à un moment du passé.

" De fait la prospérité taraude l'âme des sages: à plus forte raison ces dévoyés ne pouvaient être modérés dans la victoire".

cordialement
Je me rallie à la thèse du ne = οὐ μή. Mais pour traduire, il ne faut évidemment pas utiliser le mot "crainte", qui fausse le sens.
"il n'y avait aucune chance pour que ces hommes, aux mœurs corrompues fussent modérés dans la victoire."
Mais pour traduire, il ne faut évidemment pas utiliser le mot "crainte", qui fausse le sens.
Ces certitudes me sidèrent.
Je m'avance pour ma part avec prudence.
Ce que Salluste avait dans la tête en écrivant cette phrase, si c'est bien ainsi qu'il l'a écrite d'ailleurs, qui saurait
le dire ?
Cette phrase apparaît comme la conclusion un tantinet philosophique d'un paragraphe où ont été décrites les exactions des soldats.
Les sages sont déjà pourris par le succès, il était donc à craindre que des voyous dépassent les bornes. (ce qu'ils ont fait). On pouvait s'y attendre, et c'était non pas une chance, tiens, le mot que tu emploies, Jacques me paraît encore moins bien choisi que le mien, mais un risque inévitable.
Ne est souvent attesté avec un sens de crainte en latin. Ce ne serait pas la première fois.
Le mot craindre de la façon dont je l'ai employé plus haut ne marque pas de toute façon la peur bleue de l'avenir.
Alors où est le faux sens ?
Je veux qu'on me l'explique.
Le sens général est que si les sages eux-mêmes perdent de leur sagesse quand la fortune les favorise, à plus forte raison n'a-t-on aucune chance de voir de simples soldats se montrer sages dans la victoire.
Le choix des mots "crainte", "chance" ou d'autres encore dépend du contexte : ce sont des équivalents français, rien d'autre. Dans le cas présent, le mot "crainte" me semble malheureux vu que la modération des soldats dans la victoire n'était pas un fait redouté (Attention à la négation contenue dans le mot ne, si c'est bien l'équivalent de οὐ μή). Mais on peut l'employer si on le veut, on comprend de toute manière que ce n'est pas là son vrai sens.
Merci pour vos contributions. 🙂
On a fait de notre mieux. 🙂
Le plus difficile sera encore de traduire quippe 🙂 !