J'étais en train de relire l'article de l'Encyclopédie qui correspond au mot « supin », lorsque que je me suis rendu compte de ceci:
Diomedes dit … que le nom de supins leur fut donné par les anciens, quod nempe velut otiosa resupinaque dormiant, nec actionem, nec passionem significantia [sunt]. Il me parait que l'on pourrait bel et bien remplacer la tournure significantia [sunt] par significant sans perte de correction grammaticale. Cette possibilité m'a fait souvenir d'une personne qui disait que ce continuous present latin était une tournure préférable au présent même (ce qui est faux !) ! Néanmoins, quand est-ce que les deux tournures entrent en concurrence ?
NB: Certes, le terme « continuous present » n'est pas du tout la meilleure nomenclature…
En plus, est-ce que quelqu'un pourra me renseigner à propos de la proposition (c'est un peu cacophonique…) de Jules César quant à un participe présent pour le verbe « esse » ?
Le texte ne devrait pas comporter ce sunt qui est incorrect ; du reste, tel que vous l'avez retranscrit, il est entre crochets, ce qui signifie que l'éditeur le rejette. Le participe est une épithète détachée du sujet de dormiant, c'est à dire les supins, ce qui donne l'impression qu'il est pendant.
Bon, malgré tout, et quoique mon interprétation ait été incorrecte, est-ce que l'on produisait de telles constructions en latin ?
De quoi s'agit-il " Jules César… part. présent de "esse"?
🙂
Le “continuous present” n’existe pas en latin. Jacques a raison de vous signaler que le “sunt” (significantia sunt) est entre crochets.
Cependant,selon Ernout-Thomas,on rencontre, mais c’est rarissime, le participe présent avec “ esse” dans la conjugaison périphrastique par souci d’expressivité: “ ego sum Iovi dicto audiens - moi, c’est à Jupiter que j’obéis” ( Plaute, Am. 989); voir aussi Cic.,Or,41: “est enim …his ipsis verbis loquens Socrates- Socrate est (représenté) parlant en ces termes” . Toujours selon Ernout- Thomas, la langue parlée à l’époque impériale développe cette construction.
Mais cela reste semble-t-il “ anecdotique” et n’a rien à voir avec le “ continuous present” inexistant en latin.
Cordialement
Oui, et même dans le cas de audiens, on a plutôt affaire à un participe pris comme adjectif ; Gaffiot lui consacre du reste une entrée particulière.
Marcos…
Sur le participe présent de "esse":
Prisciani institutiones: GL 3, 239, 8
de constructione uel syntaxi
"incongrue protulit ens a uerbo sum, es, quomodo a uerbo possum.." ( A propos de César)
Merci à vous deux.
Il me parait pertinent de citer un court passage de l'étude
O particípio presente e o gerúndio no "Anfitrião" de Plauto, d'Odette G. L. Altmann:
Il y a encore une tournure du participe présent, avec fonction d'adjectif, qui mérite d'être mentionnée. C'est l'emploi de celui-ci avec la fonction d'attribut du verbe esse, qui postérieurement a donné origine à une conjugaison périphrastique, dont le sens est essentiellement duratif.
Dans l'Amphitryon, on a deux exemples de cette tournure : v. 989 et v. 991.
Cette tournure n'est pas essentiellement « classique ». Elle n'aparait que dans la langue non soigneuse des écrivains de moindre importance, dans le language technique, chez les écrivains ecclésiastiques, avec la fonction d'un présent périphrastique, et passe, puis, pour les langues romanes.
Oui, mais les deux exemples contiennent le participe-adjectif audiens (c'est en fait la même expression employée à deux reprises par le personnage). Avec audiens, on peut aussi trouver des exemples classiques cités par Gaffiot :
Sunt illi quidem dicto audientes... Cic, in Verr. I, 88.
Non nulli etiam Caesari nuntiarant […] non fore dicto audientes milites… César, Bell gall. I, 39.
On remarquera que dans tous les cas, le complément de audientes est dicto. C'est un fort beau cas d'expression figée !