Capes - Critique d’une leçon de grammaire d’un manuel scolaire

Entraide scolaire

27 réponses · Page 1 / 2

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonsoir à tous,

Je suis actuellement en master enseignement (en lettres modernes) et l'on nous demande de réfléchir sur les critiques que l'on pourrait émettre au sujet d'une leçon de grammaire que l'on trouve dans un manuel de troisième cycle.
J'aimerais avoir les avis de personnes aux regards neufs sur la leçon suivante afin que vous me fassiez vos suggestions sur des critiques négatives que l'on pourrait émettre au sujet d'une telle leçon (cet exercice constituant une des épreuves du CAPES de lettres) :

-A la voix active, le sujet fait l'action. Les habitants élisent le maire.

- A la voix passive, le sujet subit l'action. La personne, l'animal ou l'objet qui fait l'action s'appelle le complément d'agent. Il est introduit à l'aide des prépositions par, de.

- Une phrase active peut être transformée en phrase passive si son verbe a un complément d'objet direct. La voix passive se construit avec l'auxiliaire être, au même temps que le verbe de la phrase active, et le participe passé du verbe.

Voix active : le chien rapporte le lapin de garenne.
Voix passive : le lapin de garenne est rapporté par le chien.

Qu'auriez-vous à critiquer dans cette leçon (que ce soit sur la forme et sur le fond)?

Il ne s'agit pas d'un devoir noté donné par un prof mais un exercice de réflexion personnelle qui, je pense, peut servir à tous ceux qui se destinent ici à l'enseignement…

Merci par avance à ceux qui auront la gentillesse de répondre 🙂

Bonne soirée!
Il n'y a rien à sauver. Ce n'est pas une blague, au moins ?
d'une leçon de grammaire que l'on trouve dans un manuel de troisième cycle.
Vraiment ? On dirait une grammaire de collège, niveau 6e… J'aurais d'ailleurs eu vergogne de présenter ainsi les choses à mes collégiens !
-A la voix active, le sujet fait l'action. Les habitants élisent le maire.
J'ai entendu ce refrain à l'école primaire,mais maintenant que je suis grande, je pars de la structure pour dégager le sens, et non l'inverse.
Le sujet donne son accord au verbe, on le trouve généralement à la gauche du verbe.
- A la voix passive, le sujet subit l'action. La personne, l'animal ou l'objet qui fait l'action s'appelle le complément d'agent. Il est introduit à l'aide des prépositions par, de.
La voix passive se reconnait à l'auxiliaire être, ce que dit le paragraphe suivant.
- Une phrase active peut être transformée en phrase passive si son verbe a un complément d'objet direct. La voix passive se construit avec l'auxiliaire être, au même temps que le verbe de la phrase active, et le participe passé du verbe.
Passable.
Je m'arrête là.
Ce qui me fait rire, c'est la phrase A la voix passive, le sujet subit l'action. :
Pierre subit l'action, Pierre est sujet et pourtant nous ne sommes pas à la voix passive…
Mais je ne suis pas une experte.
Oui, j'allais faire la même remarque…
Comme pour Pierre reçoit une gifle, par exemple !
Ce qui me fait rire, c'est la phrase A la voix passive, le sujet subit l'action. :
Pierre subit l'action, Pierre est sujet et pourtant nous ne sommes pas à la voix passive…
Mais je ne suis pas une experte.
Oui, j'allais faire la même remarque…
Comme pour Pierre reçoit une gifle, par exemple !, par exemple !
Oui, moi aussi cela me fait rire.
Mais il est si facile de jouer avec les mots, et comme disait l'autre la critique est aisée et l'art est difficile.

Le moyen d'expliquer autrement et facilement à des enfants, je vous le demande ?
J'ai dû dire un million de fois dans ma vie : à l'actif, le sujet accomplit l'action, au passif, il la subit.
Et utiliser l'exemple parlant :
Le chat mange la souris. (voix active)
La souris est mangée par le chat.(voix passive)

J'avoue ne pas avoir eu de petite Anne 345 ou de Jehan pour me poser des exemples gênants. Je suis en train de me demander comment j'aurais fait alors pour me sortir de cette situation difficile.

Le sujet subit l'action. Oui, oui, question intéressante soulevée par votre camarade…c'est bien une phrase à la forme active …hum…où le sujet est toutefois plus actif que l'action, l'action n'étant pas active par essence, mais faite par quelqu'un d'autre…ouille, je m'embourbe. C'est un cas difficile. Nous y reviendrons. Je vais y réfléchir…
Bon reprenons, les enfants.
Le professeur a expliqué la leçon => la leçon a été expliquée par le professeur.
N'oubliez pas, pour ne pas changer le sens de la phrase, vous devez conserver le même temps à l'actif et au passif.
Dans la phrase passive le complément d'objet devient le sujet, on utilise, au temps qui convient, le verbe être suivi du participe passé, et le sujet devient ce qu'on appelle complément d'agent et le plus souvent est introduit par la préposition par.

-Madame, Madame, si Pierre reçoit une gifle, ce n'est pas lui qui la donne.
Bon sang, qui est-ce qui m'a donné des élèves pareils ?
Mais non, bien sûr, mon petit, on ne t'a pas dit qu'il la donnait, la gifle, mais il la reçoit. Lui et pas un autre. Il est encore assez actif pour en sentir la brûlure. Il n'est pas assez vif, le petit Pierre, pour prendre la poudre d'escampette et éviter cette fichue gifle dont il est le sujet, euh non l'objet. Bon, tu as raison, il n'est pas très actif dans cette affaire, notre Pierre.
Néanmoins, on dira :

Pierre reçoit une gifle (voix active) => Une gifle est reçue par Pierre. (Voix passive).

C'est comme ça, c'est une convention. En fait on devrait dire : Pierre se prend une gifle, cela lui donnerait un peu plus d'initiative ; après tout, il l'a bien cherchée, sa gifle !

La cloche sonne. Ouf ! Rouge de honte ! Sauvée par le gong, jusqu'au prochain cours.
La solution est simple : ne pas confondre sémantisme et syntaxe. Bien sûr, en collège, je n'emploie pas ces mots.
Le sujet est une notion syntaxique : le mot qui donne l'accord au verbe et qui a une place préférentielle en tête d'énoncé.
L'agent est une notion sémantique : celui qui fait l'action.

Parfois le sujet représente l'agent, parfois non ; parfois, il y a de l'action, parfois non.

On peut alors s'amuser : soit trois termes, chat, manger, souris, arrangez-les en phrase. Sortiront alors :
le chat mange la souris,
la souris mange le chat,
le chat et les souris mangent…

Le sujet donne son accord au verbe indépendamment du sens.
Le sujet donne son accord au verbe indépendamment du sens,
Bien sûr, d'accord.
Mais cela ne me donne pas de solution simple et imagée pour faire ma leçon sur la forme active et la forme passive, et pour répondre à mes petits Anne et Jehan qui se gaussent.
Sauf à leur dire : la forme passive se reconnaît à l'utilisation du verbe être, ce à quoi ils me répondront en chantant, j'suis descendu dans mon jardin...
Delia a écrit :La solution est simple : ne pas confondre sémantisme et syntaxe. Bien sûr, en collège, je n'emploie pas ces mots.
Le sujet est une notion syntaxique : le mot qui donne l'accord au verbe et qui a une place préférentielle en tête d'énoncé.
L'agent est une notion sémantique : celui qui fait l'action..
Je suis parfaitement d'accord avec vous Delia ! C'est aussi ce que j'avais noté … Mais pourquoi dites-vous concrètement qu'il n'y a "rien à sauver" dans cette leçon?
D'après ce que je comprends, vous enseigner en collège donc votre avis m'intéresse vraiment beaucoup…
J'ai enseigné vingt six ans en collège, puis suis passée au lycée (où j'ai constaté que les élèves ne savaient plus la grammaire…), puis j'ai raccroché mes gants.

Je dis qu'il n'y a rien à sauver de cette grammaire (dont j'ose espérer qu'elle n'est plus en usage…) car elle n'a aucun caractère scientifique et risque de mettre des idées fausses dans la tête des élèves.
Delia a écrit :
Je dis qu'il n'y a rien à sauver de cette grammaire (dont j'ose espérer qu'elle n'est plus en usage…) car elle n'a aucun caractère scientifique et risque de mettre des idées fausses dans la tête des élèves.
Si, si cette grammaire est toujours en usage car elle se trouve dans un manuel scolaire que certains enseignants utilisent encore…
Delia a écrit :elle n'a aucun caractère scientifique et risque de mettre des idées fausses dans la tête des élèves.
Qu'est-ce qui vous fait dire précisément qu'elle n'a pas de caractère scientifique? Qu'est-ce, qu'en tant qu'enseignant, vous auriez transformé pour un apprentissage en classe…

Merci de votre aide en tout cas !!! 🙂
Le sujet représente ce dont il est question, ce sur quoi on décide de porter l'éclairage (sauf dans le cas de sujet purement "grammaticaux" comme dans la phrase "Il reste des mites au logis"
La tournure passive apparaît fréquemment quand on veut conserver ce sujet dans plusieurs phrases successives. Si je parle de la Terre, je dirai qu'elle a telle dimension, telle masse, etc… et qu'elle estéclairée par le soleil ; je dirai moins volontiers que le soleil l'éclaire sauf si je change l'éclairage de la phrase (sans jeu de mots). Dans la même phrase, j'utiliserai l'actif si je parle du soleil. Il a telle dimension, etc… Il éclaire et réchauffe la Terre et les autres planètes (enfin, à partir de Mars, c'est un peu problématique). Quant à la phrase sans "complément d'agent" (cas le plus fréquent), elle se réduit à ce dont on veut parler (le sujet) et au procès (ce qui lui advient).
C'est comme cela que j'évite de dire (aux 3ème) que le sujet fait l'action parce que ce n'est pas vrai dans certains cas, comme on l'a dit.
Mais ensuite, on manipule, on transforme, on évalue la valeur des tournures dans des textes et des productions diverses.
Un grand merci pour cette contribution… Même si je partage à 100% votre point de vue, il s'agit d'une réflexion générale sur la voix passive dans la grammaire française et non, une reflexion sur la leçon elle-même… Et je n'arrive justement pas, moi non plus, à me borner à la leçon et seulement à elle…
Le sujet représente ce dont il est question, ce sur quoi on décide de porter l'éclairage..C'est comme cela que j'évite de dire (aux 3ème) que le sujet fait l'action parce que ce n'est pas vrai dans certains cas, comme on l'a dit.
Mais bien sûr ! et l'agent, c'est celui qui porte le képi.
Le problème est de critiquer une leçon de grammaire sur voix active/ voix passive. (c'est du moins ce qui est indiqué dans le titre du sujet.)
Et ce n'est pas facile. Il ne suffit pas de dire : il n'y a rien à sauver.
Personnellement, face à des enfants, je ne vois pas d'explication plus satisfaisante à ce jour que de dire qu'à la voix active, le sujet désigne -la plupart du temps- ce qui accomplit l'action, alors qu'à la voix passive, le sujet désigne ce qui subit l'action, l'objet.
Le mot qui désigne l'agent peut être tantôt sujet, tantôt complément.
Le mot qui désigne l'objet peut de même être sujet ou complément.
On dira que c'est une convention que de s'exprimer ainsi.
Ne pas oublier d'ajouter que la construction passive est souvent lourde, et que lorsque cela est possible, on préfère l'éviter en français.
Quand j'étais jeune, si j'ai bonne mémoire, on ne nous disait pas que le sujet fait l'action mais éventuellement que le sujet fait l'action exprimée par le verbe. Ça ne résout pas tous les problèmes, mais ça évite quand même qu'on nous oppose "Pierre reçoit un gifle", l'action exprimée par le verbe étant bien "recevoir", comme le rappelait Gabiana plus haut.
…mais éventuellement que le sujet fait l'action exprimée par le verbe.
Oui, on nous disait cela.
Delia a écrit :Le sujet donne son accord au verbe, on le trouve généralement à la gauche du verbe.
Comme le savent la plupart. 😉
Laoshi a écrit :Mais bien sûr ! et l'agent, c'est celui qui porte le képi.

Il y a de moins en moins d'agents sur la voie publique, je ne peux pas trop vérifier.

Le problème est de critiquer une leçon de grammaire sur voix active/ voix passive. (c'est du moins ce qui est indiqué dans le titre du sujet.)
Et ce n'est pas facile. Il ne suffit pas de dire : il n'y a rien à sauver.


Ce n'est pas moi qui ai dit cela.

Personnellement, face à des enfants, je ne vois pas d'explication plus satisfaisante à ce jour que de dire qu'à la voix active, le sujet désigne -la plupart du temps- ce qui accomplit l'action, alors qu'à la voix passive, le sujet désigne ce qui subit l'action, l'objet.
Le mot qui désigne l'agent peut être tantôt sujet, tantôt complément.
Le mot qui désigne l'objet peut de même être sujet ou complément.
On dira que c'est une convention que de s'exprimer ainsi.


Les explications que j'ai données ne concerne que les "grands" élèves.

Ne pas oublier d'ajouter que la construction passive est souvent lourde, et que lorsque cela est possible, on préfère l'éviter en français.

Il faut nuancer !
- La tournure "canonique" est en effet assez rare et lourde (sauf cas particulier).
- L'utilisation du participe passé suivi d'un CA est plus fréquente.
- La tournure incomplète, avec occultation de l'agent, est encore plus fréquente et ne peut être qualifiée de lourde.
Malgré mon peu de goût pour le XVIIIème, je cite Voltaire, qui passe pour très bien écrire, n'est-ce pas ?

Ils marchèrent en procession ainsi vêtus, et entendirent un sermon très pathétique, suivi d'unebelle musique en faux-bourdon. Candide fut fessé en cadence, pendant qu'on chantait ; le Biscayen et les deux hommes qui n'avaient point voulu manger de lard furent brûlés, et Pangloss fut pendu, quoique ce ne soit pas la coutume. Le même jour, etc…
Tu auras beau dire, le français n'aime pas le passif, pas plus qu'il n'aime le participe, contrairement à d'autres langues.
I was told by a friend of mine…
Comme le savent la plupart…
… sauf que les auteurs de ce manuel ont négligé ce point primordial….
Vous mettez ici le doigt sur un point important :
Point n'est besoin d'enseigner la grammaire aux locuteurs natifs : ils la savent, la preuve, ils émettent des énoncés compréhensibles et structurés. Enfin, de moins en moins, c'est vrai. J'entends ici par grammaire ce que Riegel nomme grammaire intériorisée.
Mieux vaut leur faire prendre conscience de ce qui se passe quand ils parlent, de leur faire démonter les mécanismes langagiers, de les leur faire théoriser… et de mettre tout cela en place à l'aide d'exercices ludiques et inventifs (si, si, ça existe…). Bref, leur faire faire leur propre manuel de grammaire, j'entends ici grammaire au sens de description, assortie ou non de prescriptions.
Mieux vautégalement partir des tournures les plus fréquentes pour remonter vers les raretés. La voix passive est rare en français nous disent mesdames Denis et Sanciez-Chateau. Son intérêt est stylistique : il faut dire qu'une chose s'est faite sans en désigner l'auteur, souvent inconnu : il a été perdu un parapluie…
Comparons :
Romulus a tué Rémus/Rémus a été tué par Romulus.
Dans le premier cas, je mets le projecteur sur Romulus qui a fait quelque chose, dans le second cas je mets le projecteur sur ce pauvre Rémus, victime d'un meurtre.

Mieux vaut n'aborder le passif que lorsque la phrase de base : sujet/objet/verbe est bien installée comme on dit en éducnat.

Le grand secret c'est de ne pas utiliser le manuel, sauf à la fin de la séance, quand les élèves ont élaboré et noté sur leur cahier/classeur leur synthèse personnelle. La lecture de la présentation des faits par le manuel servira à fixer les choses. C'est b
Je souscris entièrement.
C'est du reste par là que l'on peut critiquer les manuels, qui partent de la "règle" et descendent vers les applications, comme si les énoncés - littéraires ou non - n'avaient pour but que d'illustrer cette règle…
Mais comment pourrait-il en être autrement ?