Bonjour,
Je dois faire un commentaire composé sur la scène 2 de l'acte 1 du Triomphe de l'amour de Marivaux.
J'ai trouvé plusieurs pistes mais je n'arrive pas à établir un plan cohérent avec mes idées…
Voici mes pistes :
transformation et travestissement = un acte non sans conséquences
Un plan sans en apparence sans failles = vaincre deux ennemis politiques
Triple jeu = triple identités = situation de jeu théâtral
trouble de l'identité + trouble des sentiments = source d'humour
Si quelqu'un peut m'aider davantage … merci
Voilà le texte dans un premier temps !
Marivaux a écrit :Scène II
Arlequin, sans être vu d'abord ; Phocion, Hermidas
Arlequin. − Qu'est−ce que c'est que ces gens−là ?
Hermidas. − Il y aura bien de l'ouvrage à tout ceci, Madame, et votre sexe…
Arlequin, les surprenant. − Ah ! ah ! Madame ! et puis votre sexe ! Eh ! parlez donc, vous autres
hommes, vous êtes donc des femmes ?
Phocion. − Juste ciel ! je suis au désespoir.
Arlequin. − Oh ! oh ! mes mignonnes, avant que de vous en aller, il faudra bien, s'il vous plaît, que nous
comptions ensemble : je vous ai d'abord pris pour deux fripons ; mais je vous fais réparation : vous êtes
deux friponnes.
Phocion. − Tout est perdu, Corine.
Hermidas, faisant signe à Phocion. − Non, Madame ; laissez−moi faire, et ne craignez rien. Tenez, la
physionomie de ce garçon−là ne m'aura point trompée : assurément, il est traitable.
Arlequin. − Et par−dessus le marché, un honnête homme, qui n'a jamais laissé passer de contrebande ; ainsi
vous êtes une marchandise que j'arrête, je vais faire fermer les portes.
Hermidas. − Oh ! je t'en empêcherai bien, moi ; car tu serais le premier à te repentir du tort que tu nous
ferais.
Arlequin. − Prouvez−moi mon repentir, et je vous lâche.
Phocion, donnant plusieurs pièces d'or à Arlequin. − Tiens, mon ami, voilà déjà un commencement de
preuves ; ne serais−tu pas fâché d'avoir perdu cela ?
Arlequin. − Oui−da, il y a toute apparence ; car je suis bien aise de l'avoir.
Hermidas. − As−tu encore envie de faire du bruit ?
Arlequin. − Je n'ai encore qu'un commencement d'envie de n'en plus faire.
Hermidas. − Achevez de la déterminer, Madame.
Phocion, lui en donnant encore. − Prends encore ceci. Es−tu content ?
Arlequin. − Oh ! voilà l'abrégé de ma mauvaise humeur. Mais de quoi s'agit−il, mes libérales dames ?
Hermidas. − Tiens, d'une bagatelle : Madame a vu Agis dans la forêt, et n'a pu le voir sans lui donner son
coeur.
Arlequin. − Cela est extrêmement honnête.
Hermidas. − Or, Madame qui est riche, qui ne dépend que d'elle, et qui l'épouserait volontiers, voudrait
essayer de le rendre sensible.
Arlequin. − Encore plus honnête.
Hermidas. − Madame ne saurait le rendre sensible qu'en liant quelque conversation avec lui, qu'en demeurant
même quelque temps dans la maison où il est.
Arlequin. − Pour avoir toutes ses commodités.
Hermidas. − Et cela ne se pourrait pas, si elle se présentait habillée suivant son sexe ; parce qu'Hermocrate
ne le permettrait pas, et qu'Agis lui−même la fuirait, à cause de l'éducation qu'il a reçue du philosophe.
Arlequin. − Malepeste ! de l'amour dans cette maison−ci ? ce serait une mauvaise auberge pour lui ; la
sagesse d'Agis, d'Hermocrate et de Léontine, sont trois sagesses aussi inciviles pour l'amour qu'il y en ait dans
le monde ; il n'y a que la mienne qui ait un peu de savoir−vivre.
Phocion. − Nous le savions bien.
Hermidas. − Et voilà pourquoi Madame a pris le parti de se déguiser pour paraître ; ainsi tu vois bien qu'il
n'y a point de mal à tout cela.
Arlequin. − Eh ! pardi, il n'y a rien de si raisonnable. Madame a pris de l'amour en passant, pour Agis. Eh
bien ! qu'est−ce ? Chacun prend ce qu'il peut : voilà bien de quoi ! Allez, gracieuses personnes, ayez bon
courage ; je vous offre mes services. Vous avez perdu votre coeur ; faites vos diligences pour en attraper un
autre ; si on trouve le mien, je le donne.
Phocion. − Va, compte sur ma parole ; tu jouiras bientôt d'un sort qui ne te laissera envier celui de personne.
Hermidas. − N'oublie pas, dans le besoin, que Madame s'appelle Phocion, et moi Hermidas.
Phocion. − Et surtout qu'Agis ne sache point qui nous sommes.
Arlequin. − Ne craignez rien, seigneur Phocion, touchez là, camarade Hermidas ; voilà comme je parle, moi.
Hermidas. − Paix ! voilà quelqu'un qui arrive.
Je verrais bien dans cette scène un complément à la scène d'exposition.
L'intrigue se met en route.
Le déguisement y tient une place essentielle.
C'est aussi une scène comique : par la tromperie et le retournement d'attitude…
Que pensez vous de :
I) mise en place de l'intrigue
a- obstacle : arlequin découvre la supercherie
b- marché : corruption par l'argent
II) caractère comique de la scène
a- cupidité d'arlequin
b- minimisation de la mission
III) l'amour au centre
je ne sais pas… ça me parait un peu redondant et simple non?
Dans le caractère comique il ne faut pas oublier la tromperie du déguisement.
Que veux-tu dire par minimisation de la mission ?
Pour le III
J'examinerais si l'amour permet tout.
Je reviendrais également sur l'utilisation du déguisement pour vérifier la qualité de l'amour, une caractéristique essentielle du marivaudage.
Hermidas minimise la situation lorsqu'elle dit "tiens, d'une bagatelle" ou bien " il n'y a point de mal a tout cela" alors qu'elles s'apretent en réalité à tromper tout le monde… mais il est vrai que ça ne suffit peut être pas à constituer une sous partie
comment expliquer dans cet extrait la tromperie du déguisement alors qu'Arlequin découvre dès le début qui elles sont vraiment ?
La tromperie est une caractéristique du registre comique.
Le déguisement rattache donc cette pièce à la comédie.
Si Arlequin est mis dans la confidence, il n'en accepte pas moins de collaborer à la tromperie et de tromper lui-même par sa vénalité. Note combien il banalise la tentative des deux jeunes femmes pour justifier l'abandon de ses scrupules. C'est sans doute ce que tu as voulu dire par minimisation de la mission.
merci pour votre aide!
dernière question, quelle est la problématique principale qui se dégage de ce texte selon vous?
le comique ?
Je verrais bien le complément à la scène d'exposition d'une comédie.