Zola, Le Docteur Pascal
16 réponses
Je suis en train de lire le roman de Zola Le Docteur Pascal. Il épouse sa nièce. Est-elle vraiment sa nièce ? Je me suis perdue dans l'arbre généalogique … mais j'en suis descendue … 🙂 Était-ce toléré par la loi ? Et aujourd'hui ? J'avoue mon ignorance sur ce point. Je n'ai pas encore trouvé de commentaire évoquant cette situation dans le roman et les élèves ne vont pas manquer de soulever ce point.
Merci d'apporter vos lumières …
Oui, c'est sa nièce.
- Pascal Rougon est le fils de Pierre Rougon et le frère d'Aristide (le fameux "Saccard")
- Aristide est le père de Clotilde.
Donc Clotilde est la nièce de Pascal.
CQFD.
Il y a donc là un amour à l'évidence incestueux.
Si Clotilde n'était pas une Rougon, l'expérience de Pascal n'aurait pas de sens puisque il veut voir si en dérobant celle-ci à ses influences familiales, on peut gommer en elle les effets pervers de l'hérédité et du milieu. Clotilde est d'abord pour lui un objet d'étude sur sa propre famille.
La question est était-ce toléré par la loi ?
Cela ne l'est pas aujourd'hui.
Floréale a d'abord demandé si c'était vraiment sa nièce.
Oui, elle est sa nièce… Et oui, c'est dérangeant car c'est bien de l'inceste. Cet interdit vaut aujourd'hui et valait à l'époque du roman.
Quand j'ai lu le roman, je fus assez… gênée. Il se finit sur une note positive (ce qui est rare dans les Rougon-Macquart !) avec la future naissance d'un bébé, mais c'est une fausse note positive car elle repose sur l'inceste.
Par ailleurs, depuis 1804, le Code civil interdit le mariage entre personnes dont les liens de parenté vont jusqu'au troisième degré, cela inclut l'union entre un oncle et une nièce.
La loi importe peu ici puisque Pascal ne songe pas à épouser Clotilde. C'est la société qui rejette cette union.
Il ne souhaite pas l'épouser, mais il a une relation amoureuse avec lui.
Ce n'est pas la "société" qui rejette cette union, ce n'est pas une "discrimination". Ok cela existait chez les Égyptiens mais c'est un interdit fondamental.
Par "société", je veux parler des ragots qui entourent cette union.
J'aime beaucoup la scène de l'union charnelle (entre lui et elle, et non entre lui et lui, smerdiakov 😀 ! Là, je crois que Zola aurait eu de sérieux problèmes).
Merci déjà pour vos réponses. Je voudrais néanmoins savoir si Zola aborde ce sujet d'union entre l'oncle et la nièce dans ses notes ou en réponse à des critiques et éventuellement, comment lui la justifie pour son roman.
De mon côté, je continue à chercher …
En sondant …
Zola a utilisé l'adjectif de "monstrueux" mais atténue fortement l'inceste en montrant un Pascal lucide, quasi victime de la jeunesse et sublimé par l'amour qui va le faire renaître.
Et si l'on compare le Dr Pascal avec Zola, on serait tenté du coup d'excuser la liaison de Zola et de Jeanne …
Volontaire de la part du romancier ?
Il faut que tu consultes le plan détaillé du roman et les notes préparatoires de Zola. Tout cela est publié dans le tome V des RM en Pléiade. Je n'ai pas le livre.
Merci beaucoup.
J'ai le volume V de la Pléiade, et je viens de parcourir les notes, rapidement, je dois dire, car je trouve cela assez long…
Je n'ai rien trouvé de concluant concernant l'inceste oncle -nièce.
Cf. Page 1589.
ébauche, par Zola.
…L'idée lui vient aussi d'épouser Clotilde. Mais faire qu'en attendant tout cela il préfère souffrir, envoyer Clotilde chez son frère…
Plan détaillé, page 1605
VII. Le don de Clotilde. Le mariage va avoir lieu.
Les critiques trouvent surtout la situation de Pascal et de Clotilde improbable, et c'est ce qui leur saute d'abord aux yeux, avant l'inceste ; curieux tout de même..
Cf. E. Ledrain dans l'Eclair du 2 août. Page 1616.
…Ce qui est pire , et plus invraisemblable que le père aimant sa fille, c'est la fille prise de délire pour son père….
CF. G. Pellissier. Page 1618.
…Mais la plus grosse invraisemblance consiste tout d'abord dans l'amour de la jeune fille pour le vieillard….Pascal est né en 1813, il a par conséquent cinquante-neuf ans quand Clotilde tombe dans ses bras en pâmoison ; et peut-être ne vous échappe-t-il pas que cinquante -neuf ans égalent soixante ans moins un…
Curieux en effet.
Un grand merci gabiana pour ta recherche…
Le plus paradoxal, pour moi, c'est que le docteur Pascal, après avoir pisté les ravages de l'hérédité syphilitique dans sa propre famille, après avoir constaté que de l'union de deux cousins germains naît une innocente, après tout cela, dis-je, il conçoit un enfant… de sa propre nièce !
Comme Zola est bon, l'enfant est normal, alléluia !
Je ne sais pas si l'enfant est normal. Est-ce dit ? Mais ce qui m'étonne aussi, c'est que le mariage est à plusieurs reprises évoqué, notamment par Clotilde, avant son départ, ou ignore-t-elle qu'elle est la nièce de son oncle ?
Je précise que le reproche ne s'adresse pas au personnage, mais à l'auteur : c'est bien la peine d'avoir pisté (et dénoncé) les dégénerescences liées à l'hérédité syphilitique pour finir par une union consanguine !
ignore-t-elle qu'elle est la nièce de son oncle ?
Comment l'ignorerait-elle ? Elle porte le même nom de famille, et la mère du docteur est sa grand-mère.