Le double COD existe-t-il en français ?
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Bonsoir,
J'avais déjà posé la question à propos de la tournure suivante, fréquente en AF : Ne s'poet guarder que mals ne l' ateignet (CR v. 9), et dans laquelle le verbe "guarder" semble avoir deux régimes directs.
Voici à présent une phrase en FM écrite par Voltaire et citée dans le Petit Robert :
Je le prie seulement qu'on fasse une liasse de toutes nos requêtes.
Quelle fonction donneriez-vous à la proposition complétive ?
- COD ?
- Complément essentiel de but (que = (pour) que) ?
Je ne trouve pas chez Grevisse d'analyse de ce ce type de construction.
En français, on peut peut-être parler de deux COD dans une construction comme :
J'entends les oiseaux chanter.
Je le prie seulement qu'on fasse une liasse de toutes nos requêtes.
Quelle fonction donneriez-vous à la proposition complétive ?
Pour le sens, je dirais complément de but. Mais vraiment je n'en sais rien…
Jehaaaaan !
Je pencherais moi aussi pour un CC de but.
Mais j'hésite…
Oui, mais la complétive semble être vraiment dépendante du verbe prier. Par contre, je ne trouve pas d'exemples similaires avec d'autres verbes. En AF, si, mais pas en FM.
Pourquoi ne serait-elle pas complément d'objet indirect ?
Je le prie seulement
de quoi ? … qu'on fasse ….
Même raisonnement que pour une phrase telle que :
je doute qu'il accepte
je doute
de quoi ? … qu'il accepte
Je dirais une complétive complément indirect comme pour convaincre, douter…
Oui, peut-être. Je prie quelqu'un, mais je ne prie pas quelqu'un quelque chose.
On ne dirait plus trop, je crois, je le prie qu'il fasse, mais je le prie de faire.
Anne, je vais faire une syncope. Pour la première fois, je joue peut-être dans la cour des grands. 😀
Paulang, t'arrêtes ta comédie ?! 😂
Il s'agit, à mon sens, d'une proposition subordonnée conjonctive complément circonstancielle de but.
En effet, elle répond bien à la définition d'une telle proposition.
La subordonnée de but ( appelée aussi "subordonnée finale") est une "proposition qui assume la fonction de complément circonstanciel de but du verbe principal dont elle dépend et avec lequel elle établit un rapport logique. Elle exprime l'intention, le résultat attendu, l'objectif visé par le fait de la principale. Introduite par une conjonction (donc qu' de qu'on fasse) ou locution conjonctive de subordination, elle est toujours au subjonctif." (Déf. d'un BESCHERELLE, par ex.)
"Je le prie qu'on fasse…" Je le prie pour quoi ? afin que quoi ? dans quel but ? Pour qu'on fasse…, afin qu'on fasse… dans le but qu'on fasse…
(La formulation "Je le prie de faire…" est une construction différente, qui appelle une analyse différente.)
Bonne nuit !
Alors il faudra prévenir le Grand Robert qu'il se trompe quand il écrit :
compl. n. de personne ; compl. second en de… ou que…
Et il n'est pas le seul…
Laoshi a écrit :Oui, peut-être. Je prie quelqu'un, mais je ne prie pas quelqu'un quelque chose.
On ne dirait plus trop, je crois, je le prie qu'il fasse, mais je le prie de faire.
La subsitution infinitive n'est possible que si le premier Cod et le sujet de la complétive représentent la même personne. Dans mes deux exemples, ce ne serait pas possible.
Roméo31 a écrit :Il s'agit, à mon sens, d'une proposition subordonnée conjonctive complément circonstancielle de but.
En effet, elle répond bien à la définition d'une telle proposition.
La subordonnée de but ( appelée aussi "subordonnée finale") est une "proposition qui assume la fonction de complément circonstanciel de but du verbe principal dont elle dépend et avec lequel elle établit un rapport logique. Elle exprime l'intention, le résultat attendu, l'objectif visé par le fait de la principale. Introduite par une conjonction (donc qu' de qu'on fasse) ou locution conjonctive de subordination, elle est toujours au subjonctif." (Déf. d'un BESCHERELLE, par ex.)
"Je le prie qu'on fasse…" Je le prie pour quoi ? afin que quoi ? dans quel but ? Pour qu'on fasse…, afin qu'on fasse… dans le but qu'on fasse…
(La formulation "Je le prie de faire…" est une construction différente, qui appelle une analyse différente.)
Bonne nuit !
Ce n'est certainement pas une circonstancielle : elle n'est pas déplaçable et elle constitue le régime du verbe. Sa substitution par la tournure infinitive, aux conditions que j'ai rappelées, le montre bien. Par contre, qu'il y ait une idée de but, je ne le nie pas, mais c'est plutôt le sens du verbe qui impose cette idée d'intentionnalité.
Le COI est possible, mais il faudrait en ce cas distinguer les constructions par à et par de :
Ex S'attacher à qqch : Je m'attache
à ce que tu fasses ton travail correctement.
Ex Douter de qqch : Je doute
que tu fasses les efforts nécessaires.
Même raisonnement pour
se guarder en AF
Jacques a écrit :
La substitution infinitive n'est possible que si le premier Cod et le sujet de la complétive représentent la même personne. Dans mes deux exemples, ce ne serait pas possible.
Que faut-il comprendre par sujet et Cod représentant la même personne ?
Quel est donc le premier Cod et quel est le sujet en question selon vous ?
En effet, je vois bien que dans l’exemple comparatif cité plus haut, dire :
Je doute qu’il accepte de …
n’est pas équivalent à
je doute d’accepter de …
Dans le premier cas « il » est une autre personne que celui qui s’exprime alors que dans le second c’est lui-même qui accepte ou n’accepte pas.
Par comparaison, dans la phrase qui nous occupe, que l’on dise :
Je le prie qu’on fasse une liasse
ou
je le prie de faire une liasse
c’est dans les deux cas une autre personne qui fait la liasse. Ce faisant, les deux formulations expriment la même idée, me semble-t-il.
Si je vois bien cette différence de résultat entre les deux transformations, je perçois mal en revanche le pourquoi grammatical ou autre de cette différence. Serait-ce ce que vous voulez expliquer ?
D'après l'exemple tiré de Voltaire on peut dire :
- Je le prie de faire une liasse… : c'est lui qu'on prie (COD), c'est lui qui fait la liasse.
- Je le prie qu'on fasse la liasse : c'est lui qu'on prie (COD), c'est un indéfini qui (Sujet) fera la liasse.
Ces phrases ne sont pas équivalentes (même si chez le locuteur la phrase choisie reflète peut-être une précaution de langage, mais c'est de l'ordre de la stylistique).
Ce fait de langue est tout de même bien curieux. Je m'intéresse assez peu à la grammaire analytique d'habitude, mais je dois dire que ce cas me turlupine, d'autant que je le rencontre souvent an AF.
Encore un bel exemple, avec prier cette fois :
E priet Deu qu'as anmes seit guarent (CR, 2518)
Vu la polyvalence de la conjonction que en AF, il est possible qu'à l'origine, il faille lui donner une valeur finale derrière des verbes comme prier ; par la suite, cette proposition finale serait devenue un complément essentiel du verbe du fait de la fréquence de la tournure. A terme, la proposition se comporterait comme une simple complétive COD ?
On peut ainsi imaginer une ellipse : "Il prie Dieu (pour cela ) qu'il soit le protecteur des âmes"…
Qu'en pensez-vous ?
A mon sens, "Je le prie seulement qu'on fasse une liasse de toutes nos archives" = "Je le prie seulement pour qu'on fasse…"
"Pour" n'est pas nécessairement obligatoire ; les exemples et citations abondent en ce sens :
1. Le Grand Robert de la langue française, seconde éd. :
- Mais priez Dieu que tous nous veuille[nt] absoudre ! (F. Villon, La Ballade des pendus, dernier vers.)
- Priez le ciel qu'il nous aide, nous illumine. Et priez que le Ciel toujours vous illumine (Molière, Tartuffe, III, 2. = Et priez pour que le Ciel toujours vous illumine.
- Prier que qqch arrive (Le Grand Robert de la langue française, seconde éd., tome 7, p. 761) : Il ne prie qu'une fois que le calice passe et encore avec soumission et deux fois qu'il vienne s'il le faut(PASCAL, Les Pensées, VII, 553).
- Prier qqn que. (id., art. "Prier").
2. J. GIRODET, Dictionnaire Bordas des pièges et difficultés de la langue française, art. "Prier", II, 3 :
"Prier quelqu'un que + subjonctif. Tour normal dans la langue soutenue : Il pria Dieu que son entreprise réussît. Prions Dieu que tout finisse bien. Dans la langue ordinaire semi-familière [ sic ], on dit plutôt prier afin que ou surtout prier pour que
: Elle prie Dieu pour que tout finisse bien."
3. J.-P. COLIN, Dictionnaire des difficultés du français (prix Vaugelas), p. 591 : "On dit prier quelqu'un de + infinitif ou que + subjonctif […] (en gras dans le texte).
4. Dictionnaire de l'Académie française, 9e éd. : "Litt. Il le pria que cela ne se produisît plus."
Conclusion : dans la phrase en discussion, qu' = que = pour que ou afin que ou dans le but de.
La subordonnée est donc bien une circonstancielle de but.
Comment expliquez-vous que le Grand Robert (Version électronique de l'édition de 2001) parle de complément second ?
Que plusieurs articles, comme par exemple « De Je te prie que tu viennes à Je te prie de venir, un exemple de mutation dans les constructions verbales au 16[sup]e[/sup] siècle » par Claire Vachon, partiellement en ligne, parlent de complétives ?
Je veux bien accepter l'idée de but, suivant l'analyse que j'ai formulée, mais pas celle de complément circonstanciel. L'objet de la prière n'est pas assimilable à la circonstance de la prière.
Comparons : Il a prié Dieu(,) pour que celui-ci leur donne sa protection et Il a prié Dieu qu'il leur donne sa protection, ou mieux en FM, pour les raisons dites plus haut : Il a prié Dieu de leur donnersa protection.
Bon, je crois qu'on a fait le tour de la question.
Merci Jacques pour l'explication relative au Cod et sujet. Effectivement le sujet peut être une tierce personne autre que le.
J'observe que sans ce le la phrase est sa transformée aurait été équivalente alors que tel n'est pas le cas avec dans la transformée je doute qu'il accepte.
Pour le reste ma non connaissance de l'AF et mon niveau de francais ne me permet pas d'avoir un avis.
Même si j'aurais aimé être avec Anne pour une fois dans le camp des gagnants s'agissant de la complétive, force est de reconnaitre que les arguments de Romeo qui plaide pour la fonction de but ne manquent pas de pertinence.
Il est d'ailleurs surprenant de constater qu'un simple changement de verbe change la donne. en effet :
je le prie qu'on fasse une liasse => je le prie dans quel but : pour qu'on fasse une liasse. a un sens
En revanche dans :
je lui demande qu'on fasse une liasse. Dire : je lui demande dans quel but ; qu'on face une liasse. n'a pas de sens me sembe-t-il.
les fonctions "Coi ou but" ne tiendraient donc qu'à ce qu'exprime le verbe ?
Oui, sans aucun doute.
Merci pour cette excellente synthèse. Reste à savoir quelle fonction donner à la proposition introduite par que en FM, mais après tout, l'étiquetage n'est pas le plus important.
mais après tout, l'étiquetage n'est pas le plus important.
Je suis exactement de cet avis. Tellement de mots et de conventions ! Et qui changent en plus !
Ce qui est le plus important, c'est le sens, c'est :
Comment traduirais-je cette phrase dans une autre langue sans la trahir ?