Jehan a écrit :Je trouve ton analyse du ce inutilement compliquée.
Le ce ne se rapporte pas à une fumeuse "situation intéressant la question".
Le ce désigne simplement le fait sur l'existence duquel on s'interroge, à savoir ici le fait que Pierre chante.
Est-ce que Pierre chante ? Cela est-il ? Que Pierre chante, cela existe-t-il en tant que fait ? Est-ce vrai ?
Si je comprends bien ton interprétation, le pronom ''ce'' serait plus ou moins redondant, renvoyant à la phrase dans laquelle il se trouve. Je n'y crois pas trop, sans pouvoir le démontrer.
Sinon, mon analyse ne me parait pas très compliquée. Je pense qu'il faut en fait considérer les phrases originelles. Je vais revenir à mes exemples…
"Pourquoi Pierre ne fait-il pas ce travail ?", demande Marie. "C'est que Pierre chante", répond Jacques. Le pronom "ce" désigne alors sans conteste la première phrase.
''J'aimerais bien que Pierre fasse ce travail'', pense Marie. Elle demande alors à Jacques : ''Est-ce que Pierre chante ?'' On voit bien ici que le pronom ''ce'' renvoie également à la première phrase. Si Pierre chante, il ne pourra bien sûr pas faire le travail souhaité par Marie !
Anne a écrit :Grevisse laisse en gras les sujets qui ne changent pas de place ! Pourquoi utiliserait-il le mot intonation avec un sens différent que celui qu'il a expliqué deux pages avant ?
Enregistrez-vous, mettez l'enregistrement en ligne et donnez-nous le lien. Je suis curieuse de vous entendre…
Dans le paragraphe 137 de la
Nouvelle grammaire française, Grevisse dit que l'intonation est montante dans les phrases interrogatives avec sujet et verbe inversés. Il signale toutefois que l'intonation peut être descendante quand la phrase débute par ''Est-ce que'' ou un mot interrogatif : ''Comment le sais-tu ?'' Grevisse figure l'intonation par des petits traits montants ou descendants selon le cas.
Dans le paragraphe 140, Grevisse envisage le cas particulier des phrases interrogatives avec sujet et verbe non inversés, comme dans les phrases affirmatives. À l'écrit, il suffit bien sûr de mettre un point d'interrogation. S'agissant de la langue parlée, Grevisse indique alors que l'interrogation est marquée par l'intonation, en laissant le sujet à la même place qu'il occupe dans une phrase affirmative. Grevisse donne ces trois exemples, avec des mots en gras :
Tu viens avec moi ? /
Votre mère est absente ? /
Vous feriez vôtre l'amendement ?
On peut évidemment supposer que les mots en gras sont accentués. Croyez-vous sinon que Grevisse ne l'aurait pas indiqué, avec sa précision habituelle ? Cela parait d'autant plus vraisemblable qu'il signale bien dans le paragraphe 137 que l'intonation n'est pas forcément montante ni descendante dans les phrases interrogatives.
J'ai par ailleurs testé aujourd'hui cinq membres de ma famille (sens large) pour les trois phrases en question de Grevisse. Leurs réponses vont toutes dans le sens indiqué par Grevisse, plus ou moins nettement bien sûr. Mais comme déjà dit, cela ne vaut pas des tests à grande échelle. Je pourrais sinon mettre en ligne des enregistrements de leurs voix, après leur avoir demandé de bien accentuer les mots en gras de Grevisse ! Reconnaissez que ce serait un peu trop facile… 🙄
En fait, pourquoi les sujets sont-ils accentués dans les phrases interrogatives avec sujet et verbe non inversés ? Cela s'explique très bien si nous considérons ces phrases avec sujet et verbe inversés. Pour les trois exemples de Grevisse, cela donnerait alors : Viens-tu avec moi ? / Votre mère est-elle absente ? / Feriez-vous vôtre l'amendement ?
Ces phrases rentrent alors dans le cas des phrases interrogatives avec intonation montante (paragraphe 137). Par conséquent, le sujet est plus accentué que le verbe placé avant, respectivement les sujets ''tu'', ''elle'' et ''vous''. Pour la deuxième phrase, je rappelle que le pronom ''elle'' est pour moi (et Wilmet) le véritable sujet, ''Votre mère'' étant de mon point de vue le référent du sujet.
Si ces phrases interrogatives suivent par contre le même ordre que les phrases affirmatives, il est logique que le sujet soit plus accentué que le verbe, exactement comme pour les phrases interrogatives avec sujet et verbe inversés. L'auditeur ne se trompera donc pas sur la nature interrogative de ces phrases, pas affirmative ! Pour la deuxième phrase, "Votre mère" devient pour moi le sujet de facto, pas en titre : page 6, message 52.
Ce problème est sinon très secondaire dans tout ce que j'ai déjà dit, en particulier page 5 (message 47) ! Mais il n'est pas sans intérêt pour autant. 😉