je ne m'étais jamais posé la question du pourquoi de cet ordre. Il était grand temps que je m'en soucie !
Moi mon plus je ne m'étais jamais la question. Mais est-il réellement important de s'en soucier ?
Il me semble d'ailleurs qu'en latin, en grec, en russe, c'est toujours le même ordre que l'on nous faisait suivre, l'accusatif après le nominatif, et même en allemand me semble-t-il.
En tout cas, j'ai suivi le troupeau comme un mouton.
Oui, et dans ces trois langues l'ordre peut différer, ce qui montre bien l'arbitraire de ce rangement. Du point de vue proprement linguistique, il est évident qu'il ne signifie rien. Par contre, il est intéressant de voir comment tel ou tel ordre peut être justifié pour des raisons pédagogiques.
L'ordre n'est pas si arbitraire, dès lors qu'on croit logique de regrouper les formes assez semblables morphologiquement, pour faciliter l'apprentissage. On a vu dans un message plus haut que c'est une idée que plusieurs ont eue. Avant même la grammaire suisse que j'ai citée, je trouve en France un
Cours théorique et pratique de Lemare (3e édition, 1817) qui propose l'ordre suivant, G, D, Ab, Acc. N, V, fondé sur la même logique que l'ordre nouveau qui prévaudra plus tard. Il s'en explique ainsi :
Ces cas sont nommés Génitif, Datif, Ablatif, Accusatif, Nominatif et Vocatif (18).
(18) Tel est l'ordre analogique des cas considérés lexicographiquement. On verra en effet que le génitif et le datif n'ont souvent qu'une seule forme; que le datif et l'ablatif, souvent semblables au singulier, le sont toujours au pluriel; que l'accusatif , le nominatif et le vocatif n'ont qu'une seule forme dans les substantifs et les adjectifs neutres; qu'excepté en une seule circonstance , le nominatif et le vocatif sont semblables dans les deux nombres et dans toutes les déclinaisons, etc., etc. Une fois qu'on est convenu de prendre le génitif pour le mot primordial , d'où l'on part pour trouver les autres formes , l'ordre des cas est décidé. Car il attire à lui le datif , le datif ne peut être séparé de l'ablatif, sans une grande violation d'analogie; et les trois derniers cas (accusatif, nominatif et vocatif), sont évidemment inséparables.
J'ai cité dans un message antérieur la grammaire suisse de 1836 avec l'ordre nouveau. La même année, le Français
Frédéric Eichhof a publié un
Parallèle des langues de l'Europe et de l'Inde dans lequel il adopte, pour toutes les langues un ordre immuable inspiré par l'ordre du sanscrit (comme l'avait aussi remarqué le traducteur Woods de Madvig) :
Pour régulariser nos tableaux par une marche uniforme, nous substituerons à cet ordre, établi par les grammairiens indiens, celui que nous avons déjà indiqué, savoir: 1° nominatif (n.), 2° vocatif (v.), 3" accusatif (ac), 4° génitif (g.), 5° locatif (I.), 6° datif (d.), 7° ablatif (ab.), 8° causatif (c).
Pour le latin, c'est bien l'ordre "nouveau" : N, V, Acc, G, D, Ab.
On peut se demander pourquoi, alors que tant d'auteurs pointaient déjà dans cette direction, il ait fallu quand même pas mal de temps pour que l'ordre nouveau soit entériné en France.
En tout cas, j'ai suivi le troupeau comme un mouton.
Moi aussi. C'est pourquoi je trouve salutaire cet électrochoc : il est toujours bon de s'interroger sur ses pratiques et, le cas échéant, de les remettre en cause.
C'est pourquoi je trouve salutaire cet électrochoc
Le mot est un peu rude, je n'aime pas les électrochocs et finalement j'aime bien les moutons. 😉