L'article cité par Anne est intéressant en ce qu'il montre le grand succès en Angleterre de la grammaire de Kennedy publiée en 1866, dans laquelle Kennedy a choisi l'ordre nouveau. Ce qui est frappant, c'est le monopole que cette grammaire a exercé de fait dans les écoles anglaises, ce qui a effectivement assuré une place définitive outre-Manche à l'ordre nouveau des déclinaisons latines.
Toutefois Kennedy n'est pas lui-même l'inventeur de ce nouvel ordre des cas en latin. Avant lui, en 1844, le Danois Madvig avait choisi cet ordre dans son livre publié en danois puis en allemand "Lateinische Sprachlehre für Schulen", qui fut traduit en anglais assez vite puisqu'on trouve sur Google la 3e édition de la
traduction par Woods en 1857. Le traducteur observe dans la préface :
The arrangement adopted for the cases in this work, especially as it regards the place of the accusative, differs from that which has been commonly followed by Latin grammarians. On this subject, the following remarks, from the Supplementary Observations, will be found interesting. After observing that the accusative is placed immediately after the nominative in Sanscrit, and that the same order has been adopted by the distinguished philologist Rask, as applicable to the Grammar of the European languages generally, the Professor goes on to say: […]
From this comparative view of the formation of the Greek and Latin nominative and accusative, which is borne out by the analogy of the whole family of languages to which these belong, it follows first, that we ought to place the two cases together, that the unity of the neuter may not be broken up into two or (if the vocative is also placed separately) three forms. In the next place that case (the accusative), which is only the theme euphoniously modified, ought not to be inserted between cases which are formed by special terminations of their own. Hence this further advantage is gained by the correct arrangement, that the simple form which in the plural corresponds to the dative and ablative singular is not divided into two by the interposition of the accusative, and that in the singular too the forms in o are not separated in the second declension. And even if no importance is attached to a correct view of the character of these forms and the relation it bears to their proper functions, yet it is not to be overlooked on behalf of the learner, that in this way the complicated series, signum, signi, signo, signum, signum, signo, and further, signa, signorum, signis, signa, signa, signis, is reduced to the more short and simple one; signum, signi, signo; signa, signorum, signis; an arrangement which is followed by all grammarians in the Greek dual.
Cet ordre nouveau de Madvig, bien justifié, a été suivi par d'autres grammaires anglaises avant Kennedy, mais c'est Kennedy qui l'a fixé. Paradoxalement, en Allemagne, la grammaire de Madvig n'a pas réussi à imposer l'ordre nouveau.
En France, on peut observer que Lancelot, dans la
Nouvelle methode pour apprendre facilement et en peu de temps la langue latine, 3e édition, 1653, indiquait déjà ceci dans l'
advis au lecteur, qui préfigure la réflexion sur l'ordre moderne en ce qu'il rassemble le nominatif et le vocatif et en ce qu'il fait le rapprochement formel avec l'accusatif :
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Toutefois, il ne va pas jusqu'au bout de la logique et conserve dans ses tableaux l'accusatif séparant les deux cas obliques dont il a pourtant reconnu la proximité morphologique.
Une des premières grammaires latines en langue française à proposer l'ordre nouveau et actuel, c'est en Suisse que je la trouve avec ces
Éléments de la langue latine à l'usage des collèges du Canton de Vaud, par une réunion de régents du Collège académique, MM. Meylan, Porta, Reymond et Rickly, en 1836, donc avant l'Allemand Madvig. Les auteurs expliquent dans la préface :
Nous croyons aussi avoir adopté dans nos éléments un ordre et un arrangement propres à en faciliter l'étude; nous citerons entre autres l'ordre adopté pour les cas (*), comme à la fois plus logique et plus favorable à la mémoire
(*) Pour le dire en passant, cet ordre des cas adopté pour la déclinaison grecque offrirait les mêmes avantages, et de plus faciliterait l'application des règles sur les accents.