Réécritures des contes médiévaux

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour, je m'intéresse à la littérature médiévale, et je voudrais chercher sur ce sujet Réécriture de conte au 19 éme siecle, ou au 20 eme siècle de contes médiévaux, comment cette réappropriation est capable d infléchir d'un conte, sa réception par le 20 eme siecle. Où pourrais je trouver des références sur Internet ? ou des livres, si vous avez des connaissances là dessus, n'hésitez pas merci.
Bonjour Gavilana,
Je voudrais vous demander à quels textes précis du Moyen-Age vous songez en parlant de "contes".
La première chose à laquelle je pense, c'est les compilations de contes pour grand public, dans les diverses collections de "contes et légendes" du Poitou, du Maine, de Bourgogne, de Bretagne, et autres. Ces livres reprennent la matière de contes traditionnels (mais tous forcément médiévaux d'ailleurs), en réécrivant les textes.

Exemple pour le Poitou (pour te donner une idée de ce à quoi je pense) :
https://www.google.com/search?q=contes+et+l%C3%A9gendes+du+poitou&biw=1138&bih=548&source=lnms&tbm=isch
Mais oui, mais ces contes sont déjà "réécrits" à l'époque moderne. Aucun texte proprement médiéval ne sera disponible puisque ces contes relèvent de la littérature orale. On n'est plus en fait face à un problème d'histoire littéraire, mais d'ethnologie.
"conte" et 'estoire" en langue médiévale désignent un texte de genre narratif, plus ou moins notre roman actuel et si mes souvenirs sont bons, on considère que le premier "conte" au sens moderne est Peau d'âne de Perrault, fin 17ème.
Ce même Peau d'âne trouve peut-être ses origines dans des "romans" médiévaux comme Le Roman du Conte d'Anjou de Maillart ou La Manekine de Philippe de Rémi qui comportent des similitudes de canevas comme le père veuf qui veut épouser sa propre fille. Est-ce que c'est ce genre de "réécriture" que vous recherchez?
Je crois tout simplement que Gavilana pensait pouvoir trouver les premières "versions" des "contes" de Perrault ou de Grimm dans la littérature du MA, mais évidemment cette recherche sera vaine. Ou alors, comme tu le suggères, il faut qu'elle se livre à une étude "structurale" de récits divers pour essayer de voir, après V. Propp, si leur "canevas" ne présente pas des similitudes. Mais c'est un travail de thèse 😉 !!!
Bonjour, je m'intéresse à la littérature médiévale, et je voudrais chercher sur ce sujet Réécriture de conte au 19 éme siecle, ou au 20 eme siècle de contes médiévaux, comment cette réappropriation est capable d infléchir d'un conte, sa réception par le 20 eme siecle. Où pourrais je trouver des références sur Internet ? ou des livres, si vous avez des connaissances là dessus, n'hésitez pas merci. Merci de poursuivre dans cette discussion.
On dirait que vous n'avez pas tenu le moindre compte de ce que l'on vous a dit…
Bonjour,
Je travaille actuellement sur les réécritures de contes, mais je ne sais pas si cela pourra vous être utile car je n'étudie pas le Moyen-Âge.
Malgré tout, je vous soumets l'objet de mes études actuelles à tout hasard.

Document 1: Le mythe de la chute dans la Bible (La Genèse. Adam et Ève mangeant le fruit défendu malgré l'interdiction divine. Ils sont alors exilés hors du Jardin d'Eden).
Document 2: Le mythe de Pandore (Hésiode. Les travaux et les jours. Pandore ouvrant la boite que Zeus lui avait interdit d'ouvrir. Tous les maux se répandent alors sur la terre).
Document 3: Barbe Bleue de Charles Perrault. 1697. (La femme de Barbe Bleue ouvrant la porte du cabinet interdit. Elle risque alors la mort comme toutes les autres femmes de barbe Bleue qui en avaient fait autant).
Document 4: Amélie Nothomb. Barbe Bleue. 2012. (Le mythe revisité avec impertinence et humour. Dialogue entre Saturnine et Don Elemirio).

Il s'agit du mythe de la chute réécrit à différentes époques de l'histoire:
1: Époque biblique
2: Antiquité grecque (8ème siècle avant J.C.)
3: Fin du 17ème siècle
4: Début du 21ème siècle

Il est à chaque fois question d'un interdit (manger un fruit, ouvrir une boite, ouvrir la porte d'une pièce secrète, pénétrer dans une chambre noire).
L'interdit est masculin (Dieu, Zeus, Barbe Bleue, Don Elemirio)
La cause de la transgression est la curiosité.
La personne qui transgresse l'interdit est un femme (Ève, Pandore, la femme de Barbe Bleue, Saturnine)
Transgresser l'interdit entraîne un châtiment (l'exil hors du Jardin d'Eden, la terre envahie par tous les maux, la mort).

Bref, il y aurait de quoi écrire un livre de 500 pages surtout si on met en parallèle ces mythes avec la psychanalyse. Je vous rassure tout de suite, il ne s'agit que d'un travail d'étudiant.

Malheureusement, je n'ai pas trouvé de texte du Moyen-âge sur ce mythe, mais si vous en trouvez un, avec les textes ci-dessus, c'est le "jackpot" assuré (20/20). Et d'ailleurs si quelqu'un connaît un texte précis du Moyen-Âge sur ce thème, je lui en serait vraiment reconnaissant.

Bon courage.
Si j'ai bien compris, tu recherches des textes médiévaux avec les critères suivants :
- interdit masculin
- transgression due à la curiosité.
- transgression de l'interdit par une femme.
- transgresser l'interdit entraîne un châtiment

Il me semble avoir lu des passages de ce type avec au moins les critères 2 et 4, parfois 1 et 3, dans les textes suivants :
- Le Roman de Renart (nombre de chapitres sont consacrés à la transgression d'un interdit; il faut considérer les animaux de cet ouvrage comme des humains…)
- Tristan et Iseult
- Le livre du Graal
- les romans de Chrétien de Troyes

Je n'en ai qu'une faible connaissance, mais il paraît évident que tu trouveras ce thème traité exactement dans plusieurs des Mille et une nuits.

Enfin, Dante, dans sa Divine Comédie a dû également évoquer le sujet.

Bon courage… à toi !
Certes, mais on dépasse ici le cadre du conte et de ses réécritures modernes si l'on doit donner au mot "conte" le sens de "conte populaire''. Il faudrait que Gavilana explicite davantage l'objet de son travail.
Je pense que le dernier exemple donné par Philick s'inscrit davantage dans ce qu'on peut lui avoir demandé ; réécriture moderne de contes populaires écrits aux XVIIIème-XIXème siècles.
Des exemples de réécritures figurent dans : Contes à l'envers, de Ph. Dumas et B. Moissard, éd. Ecole desLoisirs. Ex : "Le Petit Chaperon bleu marine" : tout un programme !
Je ne répondais pas à Gavilana qui, manifestement, n'a lu aucune des réponses qui lui avaient été gentiment faites. :/

Ma suggestion s'adresse à philick qui vient de relancer plus ou moins le sujet avec une question connexe. Enfin, si j'ai bien compris sa question… 😉
Je vais étudier de plus près ces classiques de la littérature du Moyen-Âge. J'avoue que je n'avais pas pensé à "La Divine Comédie". Et pourtant cela aurait dû me sauter aux yeux.
Par contre je ne suis pas sûr de trouver quelque chose chez Chrétien de Troyes.
Quant au "Roman de Renart", je ne peux pas l'utiliser car il me faut des humains et non des animaux même si les animaux y sont parfois plus humains que les humains (En considérant les défauts et non les qualités évidemment).
En réalité, l'idée de chercher le mythe au Moyen-Âge ne m'était pas venu avant d'écrire sur ce site. Je me serais contenté de mes quatre documents.
Merci Freddy.
De rien. 🙂

Il y aurait aussi La légende dorée, attribuée à Jacques de Voragine, non seulement sorte de version alternative et apocryphe des évangiles, mais également qui conte l'histoire ou la "légende" des saints, dans la vie desquels les tentations et les châtiments furent nombreux. 😞
La cause de la transgression est la curiosité.
Pas dans la Genèse.
La cause de la transgression est la volonté d'être calife à la place du calife. Relisons le texte dans la traduction de Louis Segond :
3.1
Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l'Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme: Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin?
3.2
La femme répondit au serpent: Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.
3.3
Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n'en mangerez point et vous n'y toucherez point, de peur que vous ne mouriez.
3.4
Alors le serpent dit à la femme: Vous ne mourrez point;
3.5
mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal.
3.6
La femme vit que l'arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu'il était précieux pour ouvrir l'intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d'elle, et il en mangea.
Aucune curiosité ici : mais le désir d'améliorer ses performances, comme nous le disons, et le désir de se faire les égaux de Dieu.
Bien sûr!
C'était le point faible de mon raisonnement.
Il est évident que la cause de la transgression d'Ève ne peut pas se réduire à la curiosité. Dire cela, c'est admettre un lieu commun, un cliché véhiculé depuis des siècles. C'est dire que tous les malheurs du monde ont pour origine la curiosité malsaine des femmes.
Or, il est évident que c'est stupide. Et je suis tombé dans le panneau comme des millions d'hommes au cours des siècles!

Si Ève mange le fruit défendu, c'est parce qu'elle veut être l'égale de Dieu, connaître comme lui le sens du monde, la différence entre le bien et le mal. Elle ne veut pas être supérieur à lui ni prendre sa place, elle veut juste être considérée comme une personne responsable de ses actes. En poussant Adam à manger le fruit défendu, elle cherche à l'amener sur la voie de l'émancipation. Finalement, cet épisode de la Bible me semble plus humain que je ne le pensais. Même le serpent me paraît maintenant plus sympathique.

Si je suis ce raisonnement, Pandore aussi voulait avoir accès à un savoir légitime. Malheureusement, elle n'avait pas le mode d'emploi de la célèbre boite. Elle ne savait pas qu'au fond de cette boite, Zeus y avait aussi mis l'espoir. Mais quand elle s'est aperçue qu'en ouvrant la boite, elle avait déversé tous les maux sur la terre, elle s'empressa de la refermer, ce qui fait que l'espoir n'a pas pu en sortir. Et Zeus ne lui a pas dit ce qu'elle avait oublié de laisser sortir.

Dans ces deux cas, Dieu et Zeus savaient mais ne voulaient pas que ces deux femmes accèdent au savoir. En réalité, ils avaient peur. Donc ils ont préféré punir pour garder leur pouvoir. On peut se demander si Ève et Pandore auraient abusé de ce savoir et auraient pris le pouvoir. Je ne le pense pas. Elle ne cherchaient tout simplement que la voie de la sagesse. Elles étaient les premières philosophes en quelque sorte (philos et sophia en grec: amour de la sagesse).

Dans le cas de Barbe-Bleue, on pourrait avoir le même raisonnement, mais contrairement aux deux cas précédents, la femme de Barbe-Bleue, dont on ne connaît d'ailleurs pas le nom, réussit à échapper au châtiment grâce à sa sœur Anne et à ses frères.
On a donc bien là affaire à une réécriture. La nature des personnages change: la femme devient la victime et Barbe-Bleue un criminel, un coupable qui va être puni. Mais le message change également. Qui aurait pu croire que Charles Perrault fût un auteur subversif un siècle avant la révolution française et trois siècles avant Simone de Beauvoir?

Quant au cas du "Barbe-Bleue" d'Amélie Nothomb, il est clair qu'on a changé de siècle à nouveau. Non seulement Saturnine empêche Don Elemiro d'être le digne successeur de Dieu, de Zeus et de Barbe-Bleue, mais en plus elle réussit grâce au langage à le faire douter de son propre mode de fonctionnement, à se sentir coupable de ce qu'il n'a pas encore fait. Coupable non pas de ses actes mais de ses intentions. Voilà ce que c'est la réécriture d'un mythe. C'est grandiose!

Il ne me reste plus qu'à trouver le texte du Moyen-Âge et à rédiger.

Merci Delia et Freddy.
Vous m'avez bien aidé à affiner ma réflexion. Je publie ce que je viens d'écrire et je photocopie le tout pour en garder une trace.
Chrétien de Troyes offre un curieux contre-exemple dans le conte du Graal : Perceval, chez le roi pêcheur, est témoin d'une étrange procession, mais il n'ose pas demander de quoi il s'agit. Il apprendra pus tard que s'il avait posé la question, le roi aurait guéri de sa blessure : en ce cas, c'est l'absence de curiosité qui est sanctionnée.
Oui, cela parce que Lancelot a été "disqualifié" par son adultère. A signaler que tant dans le Chevalier de la charrette que dans le Lancelot en prose, Lancelot transgresse inconsciemment cet interdit, du reste jamais vraiment formulé parce qu'il va de soi. C'est la force de l'amour qui l'entraîne et l'aveugle - parfois d'une manière risible - pour la plus grande délectation du public cortois de l'époque. En ce sens, le roman de Chrétien est un magnifique hymne à l'amour chevaleresque.
Oui, cela parce que Lancelot a été "disqualifié" par son adultère.
Sauf qu'il s'agit de Perceval…

… et que Lancelot, célibataire, n'a commis aucun adultère. Il est complice de celui de Guenièvre, et fornicateur tant que l'on voudra, mais adultère, cela lui serait difficile.
Oui, de la confusion mentale due à mon grand âge et quelques petits raccourcis 😀 !