Bonjour,
Je m'intéresse plutôt pas mal à la mythologie gréco-romaine, et, de toutes les magnifiques histoires qu'on y trouve, il y en a une que j'aime tout particulièrement. C'est celle de la boite de Pandore (des bêtises d'Epiméthée au bloquage de l'espérance). Dans ce mythe, il y a toutefois une chose qui m'intrigue toujours un peu. L'espérance, dans la boite de Pandore, c'est quoi ? Sur Wikipédia, dans l'article sur Pandore, on peut lire :
"La raison de la présence de l'Espérance parmi les maux est à chercher dans une meilleure traduction du texte grec. Le terme exact est ἐλπίς / elpís, qui se définit comme l'attente de quelque chose ; on l'a sûrement traduit à tort par espoir. Une meilleure traduction aurait été l'appréhension, voire la crainte irraisonnée ; ainsi les Elpides sont les divinités des craintes. Grâce à la fermeture opportune de la jarre par Pandore, l'humanité ne souffrira que des maux, et non pas de l'attente de ces maux, qui est probablement le pire de tous."
et :
"En effet une autre interprétation suggère que ce dernier mal est de connaître l'heure de sa propre mort et l'abattement qui s'ensuivrait par manque d'espérance."
Peut-être ai-je là tout entre les mains, je ne sais pas, mais je n'ai rien trouvé d'autre sur le web concernant l'espérance (je suis sans doute mauvais pour rechercher).
Donc si vous aviez des infos complémentaires, ou des lectures à m'indiquer, j'en serais ravi !
Merci, bonne journée 🙂
J'ai trouvé une source pour toi :
https://www.expressio.fr/expressions/la-boite-de-pandore.php, alors oui, on n'y parle pas de
l'espérance mais on approfondit les thèses sur le pourquoi de la bêtise de Pandore. N'oublie pas que l'espérance finit par sortir de la boîte selon une variante 😉 Je pense que ça ne change rien.
https://shs.cairn.info//resume.php?ID_ARTICLE=DIFA_028_0031Merci pour ta réponse.
Mais dans le cas ou l'espérance serait l'appréhension ou la crainte irraisonnée, ça a pas de sens de qualifier la sortie de l'espérance d'"heureuse" (ton lien)… Rah j'aurais du écouter du temps ou on avait étudié l'histoire et poser des questions… L'immaturité d'un lycéen et la philo ça fait deux quand même.
Il y a deux thèses contradictoires, la tienne tient compte de l'espérance qui manque et la mienne traite l'espérance comme un maux largement répandu sur l'humanité. Il y a deux faces à l'espérance : positive et négative comme des polarités. On peut penser que l'espérance alliée à l'orgueil (comme c'est le cas au tout début du mythe, piégées dans boîte) peut provoquer des affres illusoires. L'espérance dans son côté positif est reclus, cachée et restreinte à l'univers familial, cette chose est le fil de nos rêves, nos ambitions et de nos réalisations. Il n'est pas bon de confier à tout le monde ses espérances, il s'agit d'un moteur à la création, aux révolutions (impossible à partager avec le plus grand nombre). Dans ton exemple l'énergie de l'espérance est féminine et s'applique à la mère ou à notre structure familiale, où chacun cherche le bonheur des membres de sa famille, elle désigne aussi le malheur des femmes victimes de leur faiblesse. C'est un point de vue pessimiste du mythe, parce qu'il ne laisse aucun reste, seule l'espérance est en puissance contenue dans la boîte, elle se transmet par l'amour maternel (il manque ou ne manquera pas aux hommes cette espérance).
Transcription, par Taos Aït Si Slimane, de la conférence, « Le Mythe de Pandore », donnée par Jean-Pierre Vernant au lycée de Sèvres, le 27 novembre 2003, sur invitation du « Club de Philosophie » de cet établissement.
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Question 1 : L’espérance n’a pas été évoquée.
Réponse Jean-Pierre Vernant : En effet. Ce que je voulais vous dire, en deux secondes. Il y a la jarre, elle l’a ouverte, tout a foutu le camp, elle l’a replacée. Une entité, un être, une puissance qui était plus lente, qui traînait la patte n’est pas sortie. Elle reste au fond de la jarre. Et cette puissance s’appelle, je donne le mot grec, Elpis, qu’on traduit généralement par espérance, espoir. Je ne suis pas sûr que le mot ait exactement ce sens-là dans le texte, il y a eu beaucoup de discussions savantes. Elpis signifie l’attente, être en expectative. Si ce qu’on attend est un bien ça s’appelle l’espoir. Si ce qu’on attend c’est un mal ça devient peur, anxiété, tout ce que vous voulez. Elpis, attente, ça veut dire quoi ? Je crois, que ça veut dire qu’Elpis reste au fond de la jarre, la jarre reste dans la maison, comme Pandora, la femme, l’épouse reste aussi à côté de l’homme, du maître de maison, dans la demeure. Ça veut dire que dans ce monde contradictoire où il y a des maux partout, on ne peut pas les voir, l’existence humaine vouée à la contradiction, et dans le statut ambigu qui est le sien, entre les bêtes et les Dieux, et ben la seule chose qui lui reste est l’attente. Il sait qu’il va mourir, il sait que la maladie va l’atteindre mais il ne sait pas quand, il ne sait pas comment. Par conséquent, il a ce mélange d’espérance et d’anxiété. La vie humaine qui finit dans cette double limites, les Dieux et les bêtes, Les Dieux n’ont pas Elpis, ils n’ont pas à espérer, ils ont tout, ils n’ont rien à craindre, ils n’ont ni espoir, ni crainte. Les bêtes, elles n’ont pas d’espoir, quelquefois un peu de crainte mais dans l’immédiat. Pourquoi ? Parce qu’elles n’ont pas conscience du temps à venir. Elles n’ont pas de prescience, les bêtes, et en ce sens elles vivent dans un temps qui est tout entier au présent, ni espoir, ni crainte. Tandis que nous, non seulement il y a Pandora mais il y a le fait que nous sommes coincés entre Prométhée, c’est-à-dire la capacité que nous avons de faire des projets, de prévoir, de voir comment les choses se dessinent, le champ de force que nous allons manœuvrer mais aussi Epiméthée, comme une andouille, comme un benêt, toujours l’air surpris alors qu’il aurait dû se douter qu’il y avait quelque chose qui nous guettait. Entre Prométhée et Epiméthée, on est continuellement à vivre notre présent dans la tension, dans Elpis, entre espoir et crainte. Là, encore la condition humaine apparaît dans toute son ambiguïté. Voilà. Merci de m’avoir fait penser à une des choses que j’ai oubliées.
Pour voir et entendre Jean-Pierre Vernant donnant cette conférence, « Le mythe de Pandore », cliquer sur le lien donnant accès à la vidéo
https://melies.ac-versailles.fr/projet-europe/diff/vernant.htm