Bonjour 🙂 🙂 ,
Je suis à la recherche d'un peu d'aide pour une lecture analytique sur le livre le prénom. J'ai adoré le film mais j'ai un peu plus de mal avec la pièce… 😀 Du coup je suis un peu perdue et j'ai envie de me casser la voix comme dirait notre Patrick préféré à force de tourner le sujet dans tous les sens….
Voila donc les 2 sujets auxquels je suis confrontée:
Extrait nº1:
“Lieu. Un appartement parisien. […] ce sentiment d'être dans la vraie vie…”
Quelles sont les spécificités du début de la pièce Le Prénom ?
Extrait nº2:
“Adolf! Tu entends? ADOLF! […] On ne te laissera pas appeler ton fils comme ça, tu n’auras pas le droit.”
Dans quelle mesure cet extrait, tout en ayant une forte tonalité comique, met en jeu une véritable question philosophique?
Je vous remercie pour votre aide!!! 😀
Bonjour Chris!
On a deux points communs il semblerait: Patrick et le prénom à étudier pour le Bac 😀 😀 😀 ! Perso moi aussi je préfère écouter ses albums que travailler sur des fiches analytiques !! 😉
J'ai eu le même sujet en lecture analytique. Je te mets la correction que mon prof nous a donné, dis moi ce que tu en penses!! On a aussi fait la lecture analytique de ton sujet 2 mais je retrouve plus la correction 😜 😜 Dès que j'y mets la main dessus je te la passerai!
I. Un jeu de contrastes
A) Une parodie de tragédie ?
- La présence du narrateur dans le genre du théâtre est assez peu fréquente. Normalement ce sont les personnages qui prennent en charge l’énonciation. On se souvient toutefois du Prologue de l’Antiquité, et surtout de ce fameux personnage remis au goût du jour par Anouilh dans sa tragédie Antigone.
- Nous retrouvons d’ailleurs un trait stylistique qui était propre à ce personnage : l’utilisation du futur simple pour jouer sur le caractère inéluctable de l’action. Nous retrouvons ainsi la forme « la soirée familiale qui se déroulera précisément… ici » (l.20).
- Le jeu sur le « fatum » était déjà annoncé par les structures présentatives « il y a », « c’est » (l.8) et l’usage du présent de vérité générale. + Champ lexical: « signe », « augure », « mauvais présage » (l.14-15).
- De plus, l’évocation des figures historiques qui ont donné leur nom aux rues font office de lignée, comparable à celle des Labdacides par exemple.
B) Une scène entre Narration et Action
- Cette voix du narrateur qui ouvre la pièce se superpose également à l’action des personnages à partir du moment où « la lumière s’allume brutalement » (l.21). Le spectateur est alors confronté à un double système d’énonciation qui crée une forme de décalage.
- Alors que le narrateur présente un couple modèle, qui « incarne à la perfection le couple idéal » (l.31-32), deux personnages « qui s’aiment comme jamais » (l.42), l’action qui se joue derrière cette voix présente un autre aspect qui fait naturellement naître le comique : le niveau de langue utilisé par Pierre est loin de représenter ce tableau idyllique (« Mais on s’en fout de ma chemise bleue ! On s’en fout ! » l.43). Les didascalies indiquent également que la situation est plus tendue que ne le laisse entendre le narrateur : « Elisabeth lève les yeux au ciel », « Pierre soupire lourdement. »
- Ce contraste entre narration et action est toutefois déjà annoncé par le narrateur lui-même : « certains esprits chagrins pourraient objecter que dans ce couple-là, l’équilibre n’est qu’une façade » (l.46).
C) Entre Violence et Tendresse
- La première intervention du narrateur pour évoquer le chemin qui conduit à l’appartement place le spectateur dans un contexte de violence évident avec un champ lexical très développé : « persécutions antichrétiennes » l.10, « supplices », « brûlé, ébouillanté, puis broyé » l.10, « décapité » l.11, « prisons », « bagnes » l.14.
-Pourtant lorsqu’il s’agit de présenter le couple de Pierre et d’Elisabeth, tout n’est que miel : « surnoms désuets » « ne ratent jamais une occasion de danser un slow », « se laissent des petits mots »… Toutefois, cette évocation elle-même est contrastée : elle est émaillée par l’ironie du narrateur qui associe des expressions qui relèvent du ridicule. En effet, si ces personnages « s’épaulent avec courage », ce n’est que pour « venir à bout de mots croisés particulièrement difficiles »…
- Cette opposition entre violence et tendresse était déjà annoncée dès la première didascalie avec le « fauteuil en velours rouge » (l. 5). Le velours est associé à la douceur et le rouge à la passion mais aussi à la violence !
II. Une scène d’exposition qui remplit sa fonction
A) Le cadre de l’action
- La didascalie initiale donne certains détails significatifs sur le cadre de l’action : le décor est un « appartement parisien ». Cette précision peut être neutre mais on peut aussi y déceler une critique à une société élitiste qui joue sur les apparences.
- Le mobilier semble confirmer cette hypothèse : on y trouve des « meubles chinés », activité à la mode chez les bobos à Paris… « une bibliothèque » qui indique la présence d’une certaine culture. « Le paillasson de crin rapporté d’un voyage en Turquie » (l.19) semble indiquer que les habitants de cet appartement possèdent un certain confort.
- Le lieu semble important car le narrateur marque clairement l’ancrage spatial avec les articles définis « les cinq étages en colimaçon », « le paillasson » et surtout avec l’adverbe « ici » mis en valeur par les points de suspension qui le précèdent.
L’ensemble place donc l’action entre culture, raffinement et apparence («une jolie porte laquée rouge » l.17) .
B) Les Personnages
- Si le lieu est présenté par le narrateur, les personnages apparaissent in medias res, en pleine recherche d’un objet que les spectateurs peuvent identifier assez rapidement : des clés. Ils sont ensuite présentés dans leur identité civile : « Pierre Garaud et Elisabeth Garaud-Larchet » (l.30). On remarque la présence du patronyme d’Elisabeth qui a été conservé après le mariage : peut-on y voir une volonté féministe, le poids familial ?
- Le spectateur découvre surtout les deux personnages avec la présentation du narrateur qui suit la même structure pour chacun dans une forme de parallélisme éloquent l.52-57 : « Pierre, lui » // « Elisabeth, elle »… « professeur de littérature française à l’université de Paris IV » // « professeur de français au collège Hector Berlioz à Vincennes ». Chaque terme est révélateur sur le statut de chacun : la discipline « littérature française » // « français », le lieu… La syntaxe prend également un caractère significatif : la présentation de Pierre constitue une longue énumération et une gradation ascendante sur ses travaux et ses fonctions avec un effet de zoom sur la précision de ses compétences dans le domaine littéraire. Pour Elisabeth, cette énumération se limite à trois éléments et la gradation tend plutôt au ridicule : « professeur… trésorière du club de cinéma… responsable FCPE »…
- L’écart est tellement grand qu’il nécessite une justification : « Elle ne s’en plaint pas : elle aime le terrain, ce sentiment d’être dans la vraie vie… » Mais quelle est l’instance énonciative qui prend en charge cette phrase ? Le narrateur lui- même ou y a-t-il polyphonie avec distance ironique face à un énoncé de Pierre ?
-Un état de tension entre les personnages : problème de la culpabilité pour un détail insignifiant avec l’accusateur « C’est toi qui les aurais mises là ? (l.50) (voir aussi niveau de langue de Pierre + didascalies)
C) Des éléments révélateurs de l’intrigue
- L’action n’est pas encore bien déterminée mais plusieurs pistes sont ouvertes :
→ la position sociale de chacun dans le couple : comme on vient de le voir, l’écart est grand et le narrateur ouvre une brèche de manière humoristique : « certains esprits chagrins pourraient objecter que dans ce couple-là, l’équilibre n’est qu’une façade, et que seuls les sacrifices de l’un ont permis la gloire de l’autre… » l.45. Le déterminant indéfini et l’adjectif « chagrins » semblent porter un jugement négatif sur le sujet du verbe mais c’est aussi le moyen d’ouvrir une piste.
→ Le jeu sur les apparences : que se cache-t-il si l’on gratte un peu sous « la jolie porte laquée rouge » ? (voir aussi le jeu d’oppositions entre la présentation du narrateur et le comportement du couple sur scène)
→ Le problème de l’usure du temps : Le champ lexical du temps est très développé (« 31 mars 1782 » l.13, « patinée par les années » l.18, « jour après jour » l.35, « Dix ans de mariage » l.41). Il s’agit peut-être d’un couple rongé par le quotidien…
→ Le problème de la communication : les types de phrases ne sont pas toujours en accord avec les intentions. « Tu te changes ou tu restes comme ça ? » est probablement équivalente à « Change de vêtements » mais l’interrogation est moins brutale que l’ordre. L’interrogation rhétorique «Tu ne veux pas que je donne un coup de fer vite fait à ta chemise bleue ? » confirme la volonté d’Elisabeth. La communication sincère n’est donc pas une évidence dans le couple.
Avec un peu de recherches et de retard voici ma réponse pour le 2ème sujet:
Extrait nº2:
“Adolf! Tu entends? ADOLF! […] On ne te laissera pas appeler ton fils comme ça, tu n’auras pas le droit.”
Dans quelle mesure cet extrait, tout en ayant une forte tonalité comique, met en jeu une véritable question philosophique?
I. Une tension difficilement soutenable
A) Vincent, le détonateur
- C’est lui qui est à l’origine de toute cette scène car nous saurons par la suite qu’il s’agit d’une simple plaisanterie. Sur le plan de l’onomastique, son patronyme « Larchet » peut évidemment s’entendre « L’archer », celui qui décoche les flèches. Et ses cibles sont diverses :
→ Pierre, Elisabeth et Claude : victimes de la plaisanterie du prénom
→ Elisabeth : pour le jugement qu’il porte sur l’association des patronymes du père et de la mère (« Tu trouves que Garaud-Larchet c’est ridicule? »)
- C’est celui qui domine la situation ; affirmation de sa personne (forte présence des marques de la première personne « je » x2 , « mon fils » l.13). Il défend clairement sa position en valorisant le prénom Adolphe grâce au superlatif « du nom du plus grand héros romantique de la littérature française du XIXème siècle… » (l.24)
B) Pierre dans tous ses états
- C’est le personnage qui le plus touché par le choc de cette annonce et le prénom « Adolf » et ses variantes sont constamment reprises : « Adolf » x7 mais aussi « le Fürher » l.20, « du plus grand tyran de tous les temps » l.25… Il s’agit évidemment de la réponse au superlatif de Vincent pour présenter Adolphe.
- Les didascalies indiquent aussi son état de tension : « il se met à hurler » (l.43), « il hurle encore » (l.46), « criant » (l.66).
- Il utilise la 3ème personne pour désigner Vincent, comme s’il voulait le mettre à distance alors que ce dernier se trouve juste à côté de lui : « Il appelle son fils Adolf, et il parle de mode ridicule! » (l.12), « Il veut appeler son fils Adolf » (l.17).
- Enfin son état de nerfs trouve son point culminant dans un acte de très mauvais goût : « (Il soulève l’échographie) Regarde, il lève le bras, il fait déjà le salut nazi ! » (l.27-28)
C) Elisabeth et Claude en catalyseurs
- Elisabeth est celle qui, involontairement, lorsqu’elle fait une digression sur l’ « Espagne » et le « Portugal » (l.16), et volontairement essaie de désamorcer cette situation tendue. Elle tente plusieurs fois de changer de sujet : « On pourrait peut-être manger et parler d’autre chose?… » (l.36), « A mon retour, on parle d’autre chose… Personne n’a touché à la méchouia. » (l.49).
- Elisabeth est aussi celle qui sanctionne Pierre de son acte extrême en lui « arrachant des mains » l’échographie (l.29)
- Claude vient épauler Elisabeth dans sa tentative d’apaisement, en arguant, comme elle, le risque de « réveiller les enfants » (l.47 et 67).
II. Un débat philosophique sous les traits d’une querelle d’enfants
A) Un comportement puéril
- Que ce soit Pierre ou Vincent, les deux tombent dans l’excès dans cette scène. Les exemples d’hyperbole sont nombreux chez Vincent : « au bout de trois générations on aura des cartes d’identité de six cents grammes. » (l.15), « Pour la quarantième fois » (l.23). Et l’attitude de Pierre traduit également une absence de mesure et de contrôle : « Regarde, il lève le bras, il fait déjà le salut nazi ! » (l.28).
- Le vocabulaire employé est aussi assez pauvre sous couvert d’entrer dans une démarche pédagogique : « son papa et sa maman » (l.40), « méchant » (l.38) ou encore l’expression « tu n’auras pas le droit » (l.68 et 70). Claude emploie des structures présentatives basiques « il n’y a plus » (l.51), « C’est comme ça » (l.52). Vincent s’attribue également son héros (« Mon Adolphe ») comme le font les enfants.
B) Un sujet délicat traité avec dérision
- Lorqu’il s’agit de parler d’Adolf Hitler et de son régime, les mots prennent souvent une résonnance particulière. On peut ainsi remarquer que le simple prénom Adolf recèle de nombreux actes (« Tu ne penses pas qu’Adolf est devenu Adolf parce qu’il s’appelait Adolf ? » l.31) et la périphrase à valeur d’euphémisme pour décrire les faits concernant le Fürher : « ce qu’a fait Adolf » (l.42).
- Toutefois, cette évocation délicate se fait avec humour car elle présente une collision de références. Ainsi, Pierre entend nommer clairement les choses et oppose « la mort de millions de personnes » au vol d’une « bicyclette » (l.44). Sa proposition de l’allemand revêt également un caractère comique dans le feu de la discussion. De même, Vincent rapproche de manière inattendue le héros romantique du XIXème siècle, « Adolphe » aux deux policiers d’une série américaine « Starsky et Hutch » (l.65) !!
C) Un sujet propre à la philosophie
- Au-delà de l’aspect comique de la scène, le passage pose les questions sérieuses du déterminisme lié au prénom et du poids des références culturelles dans une société. Une thése et ses aruments sont incarnés par chaque personnage.
→ Pierre :
● Thèse : Il n’est pas possible de donner à son enfant le même nom que celui d’un tyran sanguinaire.
● Arguments : - les gens vont associer cet enfant au tyran.
- argument d’autorité, Kant : « La maxime de notre action doit être érigée en règle universelle. » (l.59-60)
→ Vincent :
● Thèse : Le choix du prénom ne détermine en rien le comportement de la personne qui le porte.
● Argument : Chacun est responsable de ses faits et n’engage pas les autres : « Je suis désolé mais Adol-PHE n’est pas responsable de ce qu’a fait Adolf. » (l.42)
● Exemple : qui vise à détruire la thèse opposée : «Il se serait appelé Pierre ou Martin, il aurait été tout aussi méchant. » (l.38)
- Dans cette scène tendue, le raisonnement subit parfois des raccourcis : « Ce n’est pas un prénom, c’est une apologie de crime contre l’humanité. » (l.70)