Poème monosyllabique

Littérature

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous,

J'ai affirmé à mes élèves qu'il existait des poèmes monosyllabiques. Je songeais notamment à Apollinaire, mais impossible de remettre la main dessus. J'en ai trouvé un de Rességuier :

Fort
Belle,
Elle
Dort.

Sort
Frêle
Quelle
Mort!

Rose
Close,
La

Brise
L'a
Prise.


Néanmoins, en connaîtriez-vous d'autres ?
Pas mal 🙂 ! Hugo a écrit des poèmes en vers très courts (trisyllabes dans Le pas d'armes du roi Jean, dissyllabes au début et à la fin des Djinns, mais des monosyllabes, je ne crois pas.
Bien sûr, la poésie moderne isole parfois des mots d'une syllabe, mais on n'est pas dans le cas de vers mesurés.
Je ne crois pas que Hugo ait écrit un poème entièrement en monosyllabes, mais il a commis quelques poèmes comportant des vers monosyllabiques. Sur ce site même, j'en avais donné un exemple dans le jeu des "bout-à-bouts rimés":
https://fr.wikisource.org/wiki/La_Chasse_du_burgrave
Et nous avions essayé d'en composer un sur le même modèle rythmique.
Merci, Rosette, pour ce joli petit sonnet que je ne connaissais pas. Guère évident d'être gracieux en monosyllabes !

Après vérification, il s'avère que cette œuvrette n'est pas de l'aristocrate poëte Jules de Rességuier, mais de l'un de ses fils, Albert (27 novembre 1816 / 26 février 1876), militant catholique monarchiste dont on ne connaît pas d'autre production en vers.

Baudelaire s'est dans sa jeunesse mesuré à la forme monosyllabique. Le Figaro du 11 février 1878 révèle cette macabre fantaisie sociale :
" Le Pauvre Diable

Père
Las !
Mère
Pas.

Erre
Sur
Terre…
Dur !…

Maigre
Flanc,
Nègre
Blanc,

Blême !
Pas
Même
Gras.

Songe
Vain…
Ronge
Frein.

Couche
Froid,
Mouche
Doigt ;

Chaque
Vent
Claque
Dent.

Rude
Jeu…
Plus de
Feu !

Rêve
Pain
Crève
Faim…

Cherche
Rôt
Perche
Haut,

Trotte
Loin,
Botte
Point.

Traîne
Sa
Gêne,
Va,

Pâle
Fou,
Pas le
Sou !

Couve
Port
Trouve
Mort !

Bière…
Trou…
Pierre


Sale
Chien
Pâle
Vient,

Sur le
Bord,
Hurle
Fort

Clame
Geint
Brame…
Fin ! "

Source : Claude Pichois, in Baudelaire, Œuvres complètes, I. Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1990.

On a aussi de Rimbaud, dans l'Album zutique, un sonnet monosyllabique :

" Cocher ivre

Pouacre
Boit :
Nacre
Voit :

Acre
Loi,
Fiacre
Choit !

Femme
Tombe :
Lombe

Saigne :
- Clame !
Geigne. "

Source : Antoine Adam in Rimbaud, Œuvres complètes. Bibliothèque de la Pléiade, 1988.
Les notes de la même édition mentionnent un sonnet monosyllabique de Charles Cros, "Sur la femme". Amédée Pommier s'y serait également essayé. Il ne m'étonnerait pas non plus qu'Alphonse Allais eût sacrifié au genre. À prospecter pour de futures publications…

L'Album zutique contient aussi un sonnet dissyllabique de Rimbaud, que je trouve plaisant de citer ici (il est plus cru, mais c'est de l'histoire littéraire !) :
" Jeune Goinfre

Casquette
De moire,
Quéquette
D'ivoire,

Toilette
Très noire,
Paul guette
L'armoire,

Projette
Languette
Sur poire,

S'apprête
Baguette,
Et foire. "
On observera que Rimbaud corse la difficulté, et du sonnet, et du mètre court, en construisant tout son poëme sur deux rimes. Ces dernières étant toutes deux féminines, le sonnet (ou le quatorzain ?) est donc entièrement écrit en rimes féminines. C'était aussi le cas des tercets de "Cocher ivre".

"Jeune Goinfre" a également la particularité de constituer une phrase unique.

Bonne soirée, à bientôt pour de nouvelles découvertes littéraires ! 😜