Bonjour à tous,
Depuis la prépa je butte sur la linguistique structurale: j'ai beau lire et relire les passages clés de Saussure et Jakobson ou les gloses que l'on retrouve dans les manuels (Tadié, Tourssel et Vassevière…), cela reste une vaste nébuleuse pour moi. J'en connais les grandes lignes théoriques mais cela n'a pas grand sens pour moi: je ne comprend ni l'intérêt, ni l'innovation de la chose, ni le rejet pour les autres approches de la littérature..
Est-ce vous avez été confronté à la même difficulté de compréhension que moi? Auriez-vous des lectures ou des éclaircissements à m'apporter?
Merci à vous 😉
ça me rassure.
Mais encore 😀 ?
Il ne faut pas se contenter de répondre "oui" ou "non" sans argumenter un tant soit peu.
Le structuralisme dépasse le cadre du langage, et je ne suis pas qualifié pour parler de sa dimension philosophique. Ce que je puis dire, c'est que Saussure, puis Benvéniste ont fondé la linguistique structurale (et non structuraliste, ce qui constituerait un anachronisme), distincte de la grammaire descriptive et normative ancienne. Cette approche permet de considérer la langue comme un système organisé transcendant les particularismes individuels des locuteurs. Si une langue évolue de façon cohérente alors que, dans son domaine géographique, elle est parlée par des milliers de locuteurs parfois isolés et qui n'ont aucune notion de la "grammaire", c'est que son système recèle une sorte de cybernétique qui fait que toute modification minime de l'une de ses parties a des répercutions sur les (toutes) autres, ou entraîne des changements corrélatifs (par exemple en phonétique). Saussure a aussi dégagé deux axes, irréductibles l'un à l'autre, sous lesquels on envisage l'étude de toute langue : l'axe diachronique (évolution) et l'axe synchronique (description d'une langue à un instant de son histoire), qui est privilégié dans l'étude d'une langue ; il a pu ainsi montrer qu'aucun état de langue ne peut être dit imparfait : le français de l'époque de Chrétien de Troyes n'est pas une langue en gestation, il forme un système en soi parfaitement cohérent et "achevé".
L'approche structurale, et par la suite structuraliste, a conduit a des excès dans ce qu'on pourrait appeler l'algébrisation du langage (cf Chomsky) parce qu'on a voulu évacuer de l'analyse le sens, subjectif et difficile à appréhender dans une démarche qui se voulait scientifique. Mais elle a permis de contraindre la grammaire classique à se débarrasser de l'inconfort consistant à devoir faire appel tantôt au rôle structurel de tel élément, tantôt à son sens (un seul exemple : le fameux complément d'attribution). Elle est aussi à l'origine de l'analyse phonologique des langues (les phonèmes à distinguer des sons), ce qui facilite leur étude théorique, etc… etc…
Enfin, on doit à Benvéniste d'avoir mis en valeur l'arbitraire absolu du signe linguistique, et ce dans la double articulation de toute langue (arrangements des sons/arrangements des unités signifiantes). C'est là une critique essentielle de la conception "naturelle" du langage et de la grammaire (cf Port-Royal).
Il ne faut pas hésiter à se mettre dans le Cours de linguistique générale de Saussure (on sait que cette œuvre a été écrite par ses étudiants à l'aide de leurs notes de cours). Le lecture en est très abordable (Payot).
Les Problèmes de linguistique générale de Benvéniste soulèvent une quantité de questions intéressantes dans de petits articles ou des communications (Gallimard).
Quelques titres pour vous mettre en appétit :
- Pour l'analyse des fonctions casuelles : le génitif latin.
- Être et avoir dans leurs fonctions linguistiques.
- Structure des relations de personnes dans le verbe.
- La nature des pronoms…
Les Éléments de linguistique générale, d' A. Martinet, sont une excellente mise au point sur ces délicates questions. La troisième partie "Fonctions et segmentations" est assez dure par contre, mais elle montre comment on peut aborder la description des langues isolées (langues amérindiennes, par exemple) (Armand Colin).