Mais oui, on écrivait, mais les textes littéraires étaient copiés en nombre d'exemplaires forcément restreint, sur des supports périssables (le papyrus puis les premiers parchemins, très imparfaits), avec des vicissitudes de toutes sortes à affronter : incendies, guerres, invasions… Pour qu'une copie au moins ait été conservée, il faut que l'auteur soit d'une notoriété telle que de très nombreux exemplaires de ses œuvres aient circulé. C'est pourquoi il y a toujours un "vide" de deux à trois siècles au moins entre la mort d'un auteur et la date des premiers manuscrits que l'on a conservés de lui (le record appartient à Virgile, je crois, avec juste deux siècles, et encore avec des manuscrits incomplets (des sortes d'anthologies).
Comment connaît-on les textes de Platon ?
28 réponses · Page 2 / 2
Je crois que j'aurais aimé être un des copistes ou des bibliothécaires, un de ceux qui préservent et transmettent les patrimoines culturels. J'aimerais faire ce genre de travail.
La question qui me taraude concerne le premier millénaire.
Si l'on prend les grands textes du X[sup]e[/sup] siècle au XII[sup]e[/sup] siècle, les copies transmises par les moines et sur lesquelles nous nous basons aujourd'hui datent pour la plupart du XIV[sup]e[/sup], au mieux du XIII[sup]e[/sup] pour certains fragments.
Ignorant leur fiabilité réelle et sachant les imperfections, erreurs, ajouts, suppressions et autres omissions de ces copies réalisées un siècle ou deux après les œuvres originales, comment, au cours du 1er millénaire, a-t-on pu transmettre avec fiabilité les écrits de l'Antiquité ?
Je comprends bien que certains documents ont pu être conservé dans des lieux protégés et sauvés de la destruction par des érudits, mais on parle quand-même de mille ans…
Si l'on prend les grands textes du X[sup]e[/sup] siècle au XII[sup]e[/sup] siècle, les copies transmises par les moines et sur lesquelles nous nous basons aujourd'hui datent pour la plupart du XIV[sup]e[/sup], au mieux du XIII[sup]e[/sup] pour certains fragments.
Ignorant leur fiabilité réelle et sachant les imperfections, erreurs, ajouts, suppressions et autres omissions de ces copies réalisées un siècle ou deux après les œuvres originales, comment, au cours du 1er millénaire, a-t-on pu transmettre avec fiabilité les écrits de l'Antiquité ?
Je comprends bien que certains documents ont pu être conservé dans des lieux protégés et sauvés de la destruction par des érudits, mais on parle quand-même de mille ans…
On tente de reconstituer l'arbre généalogique (stemma ou stemme) des manuscrits. Et si on ne reconstitue pas un "original", on signale les variantes en notes de bas de page. Je simplifie…
Aujourd'hui l'informatique aide. Mais, Hippocampe, je préfèrerais que tu développes un OCR avec un outil d'apprentissage du manuscrit.
Aujourd'hui l'informatique aide. Mais, Hippocampe, je préfèrerais que tu développes un OCR avec un outil d'apprentissage du manuscrit.
Hippocampe a écrit :Je crois que j'aurais aimé être un des copistes ou des bibliothécaires, un de ceux qui préservent et transmettent les patrimoines culturels. J'aimerais faire ce genre de travail.Il faut demander à Alcuin : peut-être vous obtiendra-t-il une place de copiste à l'école palatine d'Aix-le-Chapelle, si bien sûr vous êtes clerc.
C'est pourquoi il y a toujours un "vide" de deux à trois siècles au moins entre la mort d'un auteur et la date des premiers manuscrits que l'on a conservés de lui (le record appartient à Virgile, je crois, avec juste deux siècles, et encore avec des manuscrits incomplets (des sortes d'anthologies).Le record de Virgile est tombé :
Le plus ancien manuscrit connu du Nouveau Testament est un fragment de l'évangile selon saint Jean. Ce fragment de papyrus, de la taille d'une carte de crédit, a été découvert en Égypte en 1920 et est maintenant conservé à la bibliothèque John Rylands de Manchester, sous la référence P52. Il contient des morceaux du procès de Jésus par Pilate (Jn 18,31-33. d'un côté et de Jn 18,37-38 de l'autre). Il est généralement daté d'environ 125. La difficulté de dater précisément un fragment par les méthodes paléographiques autorise cependant une fourchette de 100 à 175. La petite taille du fragment P52 fait que, bien qu'une restitution plausible puisse être faite pour la plupart des quatorze lignes présentes, il n'est guère utilisable pour l'analyse textuelle.
La plus ancienne version à peu près complète est celle du Papyrus 6644, de la fondation Bodmer45 à Genève. Les papyrus Bodmer ont été trouvés en Égypte en 1952. Le texte est daté du milieu des années 200, mention la plus ancienne de l'attribution à Jean du quatrième évangile, attribution remontant vraisemblablement au milieu du IIe siècle 16. Il y manque notamment le passage de Jésus et la femme adultère.
La question qui m'est venue est celle-ci. Pourquoi Platon a-t-il écrit ? Pour mémoire ? Le texte écrit avait donc malgré tout une valeur, contrairement à ce qu'il semble dire via les propos de Socrate. Et question liée, pour qui ? Pour les étudiants de l'Académie ? Pour éduquer à la vertu (je pense au Gorgias), à la Justice ceux qui voudraient s'engager en politique et tenter ainsi d'enrayer la corruption galopante des élites athéniennes ? Tout ceci est assez mystérieux pour moi surtout quand on sait à quel point la lecture était peu développée dans l'antiquité (cf le bel article de Luciano Canfora, Lire à Athènes et Rome).
Avide de vos lumières.
Steph.
Avide de vos lumières.
Steph.
La lecture est assez développée à Athènes, mais elle ne touche évidemment pas tous les citoyens, et surtout, c'est une lecture publique, dans des bibliothèques ou d'autres lieux publics ou privés, presque personne ne possédant de "textes" et la lecture silencieuse et individuelle n'étant pas pratiquée.
Pourquoi Platon écrit-il ? Sans doute un penseur tient-il toujours à faire connaître ses idées et en convaincre ses contemporains, d'autant que Platon a longtemps pensé jouer un rôle politico-philosophique en Sicile, auprès de Denys le Jeune, par exemple.
Sans doute aussi a-t-il pu constater combien l'enseignement de Socrate, entièrement oral, pouvait se perdre, se déformer ou se trouver sans garant lors des attaques et du procès que ce dernier a dû affronter.
A part cela, la question peut se poser pour tout intellectuel, tout artiste (Platon est les deux), quelle que soit l'époque…
Pourquoi Platon écrit-il ? Sans doute un penseur tient-il toujours à faire connaître ses idées et en convaincre ses contemporains, d'autant que Platon a longtemps pensé jouer un rôle politico-philosophique en Sicile, auprès de Denys le Jeune, par exemple.
Sans doute aussi a-t-il pu constater combien l'enseignement de Socrate, entièrement oral, pouvait se perdre, se déformer ou se trouver sans garant lors des attaques et du procès que ce dernier a dû affronter.
A part cela, la question peut se poser pour tout intellectuel, tout artiste (Platon est les deux), quelle que soit l'époque…