Aperçu de la littérature grecque
18 réponses
Bonjour à tous et à toutes,
J'aimerais me composer une liste de textes, pour faire du petit grec de manière (un peu) plus intéressante qu'avec les orateurs attiques et en ayant un aperçu de l'ensemble de la littérature grecque. Par exemple, un chapitre d'Hésiode, un chapitre de Plutarque, etc.
Deux questions, donc. D'une part, quels auteurs choisir (je me rends compte qu'il y a beaucoup d'auteurs qui ont l'air intéressants et que je n'ai jamais approchés, comme Hésiode, Basile de Césarée,…) ? D'autre part, quels sont les passages les plus beaux et intéressants chez ces auteurs ?
En vous remerciant d'avance,
Stéphane
Bonjour,
Si votre but est de faire du "petit grec", les prosateurs sont à privilégier, me semble-t-il. La poésie épique ou le théâtre vous donneront plus de mal, non du fait de la syntaxe, mais de la morphologie, qui vous obligera à avoir sans cesse recours au Bailly. Peut-être vous en êtes-vous aperçu avec Hésiode ?
- Vous voulez sortir des orateurs attiques : mais ils sont incontournables. Je vous recommande :
+ Isocrate : le Panégyrique (belle éloquence, et regards intéressant sur l'histoire grecque, la philosophie politique de Sparte et d'Athènes et l'opposition Grecs/Barbares). Les cent premiers chapitres sont à privilégier.
+ Démosthène : les trois Olynthiennes sont plus pragmatiques, car il s'agit pour l'auteur de sensibiliser l'auditoire à la menace que constitue Philippe de Macédoine. J'aime aussi beaucoup le discours sur la Couronne, dans lequel l'orateur défend la politique qu'il a toujours prônée face à ce même Philippe et répond aux accusations d'Eschine, un autre orateur. Mais il est très long et difficile à segmenter.
- Thucydide est d'un abord difficile. Essayez l'oraison funèbre de Périclès, au livre II de son Histoire de la guerre du Péloponnèse et les passages décrivant l'expédition de Sicile, par exemple la déroute de l'armée athénienne et l'épisode des Latomies au livre VII.
- L'Anabase de Xénophon est beaucoup plus abordable. Vous pourrez lire facilement le passage où l'armée grecque, au retour de son expédition en Perse, aperçoit enfin la mer après des jours d'errances et de combats (IV,7).
- La philosophie platonicienne peut être abordée eu travers du Banquet (sur l'amour, étonnement garanti !) et le Phédon (sur l'âme ; ce dialogue met en scène le dernier entretien de Socrate, juste avant de boire la ciguë). Familiarisez-vous aussi avec les grands mythes : par exemple, celui de la caverne (République, VII, 514a sqq) ou celui d'Er (X, 614b sqq).
- Lucien, un rhéteur curieux de tout et plein d'humour, peut être abordé dans le dialogue des Morts, qui met en scène des personnages historiques (Scipion, Alexandre par exemple) et des philosophes (Socrate, Diogène) avec beaucoup d'esprit. Derrière l'humour, Lucien y exprime un scepticisme propre à son époque. Vous pouvez aussi lire l'Histoire vraie, c'est divertissant et original.
- Plutarque, la Bible de Montaigne et de Rousseau, que vous avez cité, n'est pas toujours très facile, mais dans ses Vies parallèles, vous verrez se profiler, par delà les biographies de grands personnages, une philosophie de l'Histoire assez originale pour l'époque. Vous pouvez lire avec profit le couple Alexandre/César. Intérêt garanti.
- Pour ce qui est du théâtre, Aristophane est abordable (Les nuées, par exemple, où l'auteur fait la satire de Socrate).
Mais n'est-ce pas déjà trop ?
Bonjour,
Un GRAND merci pour le temps que vous avez pris à rédiger cette liste, c'est exactement ce qu'il me fallait !
Pour ce qui est des orateurs attiques, je n'ai fait presque que cela durant toute mon hypo, l'année dernière (principalement du Lysias). Je vais essayer le Panégyrique d'Isocrate, je n'y ai jamais touché ; de même pour Démosthène, très peu. Quant à Thucydide, j'en ai vraiment beaucoup fait cette année car j'ai un ami qui passe l'agrégation et avec qui on faisait du petit grec régulièrement, mais je trouve cela assez ennuyeux, finalement. Je vais voir les textes dont vous parlez dans Lucien et Plutarque, ce sont deux auteurs que j'avais envie de voir depuis un certain temps. J'étais allé voir un oral à l'ENS, le texte était de Plutarque, j'avais aimé son côté assez épique. Et pour Platon et Xénophon, je vais regarder cela.
Et parmi les auteurs moins connus qui me semblaient intéressants, j'avais vu Basile de Césarée, Apollonios de Rhodes, Strabon et Hypéride (j'ai découverts en version ces deux derniers). Y a-t-il des passages particulièrement intéressants dedans ? Et y a-t-il des auteurs moins connus dans le même genre ? En fait, ce que j'aimerais, c'est vraiment sortir du point de vue de la traduction (même si c'est pour du petit grec, certes) et prendre un peu de recul, lire les oeuvres en grec comme je lis les oeuvres en français, et comme, justement, Rousseau lisait Plutarque.
Et sinon, chronologiquement, comment ordonner ma liste de manière à avoir un aperçu progressif de la littérature ?
Encore merci,
Stéphane
Je ne crois pas que Rousseau lût Plutarque dans le texte. Quant à Montaigne, il le lisait dans la traduction latine d'Amyot, le patron des hellénistes. Je ne veux pas vous décourager, mais vous n'allez pas d'emblée vous mettre à lire Démosthène ou Basile le Grand comme on lit Marc Lévy !
- de Basile, je n'ai guère lu que quelques lettres. Ces dernières nous donnent quantité d'informations sur la vie dans les communautés religieuses de son diocèse. On peut aussi lire avec profit ses œuvres théologiques, fondamentales pour la doctrine chrétienne. Son style, comme celui de Lucien, tend au "classicisme", mais attention tout de même si vous préparez un jour le thème, car ces auteurs ont des particularités qui les éloignent sensiblement du pur attique (construction des verbes, lexique, moins grande utilisation de l'optatif oblique entre autre).
- Apollonios de Rhodes relève de la poésie, je n'en parle pas aujourd'hui.
- Strabon est un géographe, son œuvre fourmille de renseignements qui intéressent l'historien. Son style est assez abordable, riche lexicalement parlant, mais ce n'est pas un styliste. Le livre I, où il réhabilite la géographie homérique, est intéressant.
- J'aime bien Pausanias et sa Description de la Grèce.
- Hypéride est un orateur attique, mais on n'a conservé de lui pratiquement que des discours privés (Contre untel…) assez peu motivants. Une exception : un bel éloge funèbre. Il écrit un attique très pur.
- Si l'Histoire égyptienne et grecque vous intéresse, vous avez Diodore de Sicile (je ne parle pas d'Hérodote, qui écrit en ionien).
- Si l'Histoire romaine vous intéresse, vous avez aussi Dion Cassius, Appien, Plolybe et aussi Diodore…
Pour Rousseau, je pensais… J'ai dû l'idéaliser un peu trop. Pour Hypéride, c'était justement un extrait de son éloge funèbre que nous avions eu ; le texte était magnifique. Je vais regarder du côté de Pausanias, j'avais oublié son existence. De même pour Polybe.
Merci pour toutes ces précieuses indications, je vais pouvoir me faire une liste à partir de tout cela.
Bonne soirée !
Avec Platon, commencez plutôt par l'Apologie de Socrate ; c'est dans ce dialogue qu'on trouve la fameuse formule (si souvent modifiée dans les recueils de citations) : "Ô humains, celui-là, parmi vous, est le plus savant qui sait, comme Socrate, qu'en fin de compte son savoir est nul" (Platon, Apologie de Socrate 23b, trad. de M. Croiset, éd les Belles Lettres p. 148)
D'accord, je prends bonne note. Mais je suis moins enthousiaste pour Platon, parce que j'ai déjà lu la grande majorité de ses dialogues dans la traduction de Léon Robin, il me semble (j'avais choisi de faire un auteur à fond en hypo, et c'était lui que j'ai choisi). Merci pour la précision, en tout cas.
Dites-moi vos genres de prédilection, je pourrai vous donner d'autres pistes.
Re-bonjour.
Je n'ai pas vraiment de genre de prédilection. Disons que j'aime tout, sauf quand c'est trop répétitif (par exemple, les constructions de remparts chez Thucydide et les "skepsaste de, o andres dikastoi" chez les orateurs attiques !). Je pense que Polybe peut beaucoup m'intéresser, et de même pour Plutarque, que je comptais justement lire. Ce que je cherche, en fait, ce sont tout simplement des choses qui sortent du commun (l'histoire égyptienne, par exemple, comme vous le disiez) et avec lesquels je puisse me faire une idée personnelle de la littérature grecque. En quelque sorte, un Lagarde et Michard des textes grecs, à l'exception de ce qui ennuie. C'est assez idéaliste, je l'admets. J'ai peur de ne pas être clair dans la formulation de ce que je cherche, dites moi si vous souhaitez que je précise mieux.
Après, même si c'est plus délicat pour du petit grec, je ne suis pas non plus contre la poésie - en dehors de toute considération de difficulté, c'est mon genre préféré. D'autant plus que je suis beaucoup moins à l'aise qu'en prose, donc cela m'aiderait peut-être à progresser. On a traduit un peu de Sophocle cette année, j'ai l'impression qu'il y a quelques mécanismes à prendre et qu'ensuite, cela va tout seul. J'aurais bien aimé toucher à un peu d'Hésiode, aussi, même si j'ai cru comprendre que c'est encore une langue différente… A moins qu'il y ait des passages plus accessibles ?
Je ne crois pas que Rousseau lût Plutarque dans le texte. Quant à Montaigne, il le lisait dans la traduction latine d'Amyot, le patron des hellénistes.
Traduction latine, vous êtes sûr ? Je ne connais de lui qu'une traduction en français.
@Stephanelam : si vous avez envie de poésie, les poèmes anacréontiques sont assez jolis et amusants, je trouve.
Oui, en français, bien sûr.
Je n'ai pas indiqué d'œuvres poétiques à Stephanelam s'il veut faire du "petit grec", du moins au début.
Bonjour,
En complément à tous les excellents conseils de Jacques, je te suggère, puisqu'il s'agit de faire du "petit grec", ce qui n'est pas si facile, de choisir des extraits assez courts et distrayants, sinon, quoique je ne connaisse pas ton aptitude à lire le grec dans le texte, et que je ne veuille pas te mésestimer, je crains le découragement.
Par exemple, donc :
En poésie :
Esope, quelques fables choisies. Par exemple : Αἴλουρος καὶ μύες (le chat et les rats); Ἀλώπηξ καὶ βότρυς (Le renard et les raisins)…etc.
Au théâtre :
Euripide : Iphigénie à Aulis (le récit de la mort d'iphigénie, à la fin fin à partir de ἔλεξε τοιάδ´· Ὦ πάτερ, πάρειμί σοι· (Vers 1550 à peu près), mais personnellement, je trouve que cela est déjà difficile.
En prose, tu trouveras tout de même des textes plus accessibles :
Lysias : Pour l'invalide.
Platon, Criton, a-c, la prosopopée des lois à partir de "Εἰπέ μοι, ὦ Σώκρατες, τί ἐν νῷ ἔχεις ποιεῖν; …"
Plutarque, la mort de Cléopâtre dans Vie d'Antoine, 85-86, 1-7 "Λέγεται δὲ τὴν ἀσπίδα κομισθῆναι σὺν τοῖς σύκοις…
Marc- Aurèle, Pensées,
Le livre premier. Au début du moins, les textes sont courts et il rapporte tout ce qu'il a recueilli de bon dès sa prime jeunesse.
Livre IV, pensées 5 à 10 (sur la mort et la conduite à tenir pour être au mieux, si je puis dire. Ici encore, tu trouveras des textes courts.)
@nlm76 : je viens de regarder ce que c'est, je ne connaissais pas du tout, ça a l'air amusant et pas trop compliqué, merci !
@gabiana : quand je dis "lire comme du français", ce n'est pas que je veuille lire dans le texte, c'est que je veux pouvoir prendre le même recul que lorsque je lis une oeuvre en français, avec un certain plaisir, et pas seulement pour le fait de lire. Je suis bien conscient que je ne vais pas lire les auteurs dans le texte sans la traduction, j'en suis complètement incapable, à part pour quelques textes de Lysias (et encore). Ce point résolu, merci pour la liste de textes ! Je n'avais pas pensé à Marc-Aurèle, alors que je l'avais lu l'été dernier pourtant ! C'est une bonne idée, j'avais trouvé ça léger et agréable, je vais l'ajouter à ma liste, qui commence à prendre une certaine forme.
-
D'ailleurs, j'aimerais bien l'accompagner d'un ouvrage simple et court sur la littérature grecque en général (en plus, ça peut toujours être utile pour le commentaire à l'oral) ; je n'ai vu que le livre de Jacqueline de Romilly, est-il bien fait et intéressant pour une approche générale ?
Oh oui ! Tu peux faire confiance à Jacqueline de Romilly, je crois.
Je ne le possède pas le livre, mais je suppose qu'il est de qualité, vu l'auteur. Quant à moi, je me suis initié au sujet avec la monumentale Histoire de la littérature grecque de Maurice Croiset, mais bien sûr, c'est un ouvrage d'un autre âge…
C'est ce que je me disais aussi, j'opterai donc pour cet ouvrage (et je me réservai les cinq tomes de Croiset pour plus tard !). Je vais mettre au propre la liste faite avec vos suggestions, et je la posterai quand elle sera prête - peut-être pourra-t-elle servir à d'autres personnes.
En tout cas, merci pour toutes les bonnes idées que vous m'avez proposées !
Bonne initiative !
Laoshi a écrit :
En poésie :
Esope, quelques fables choisies.
Esope, de la poésie ? C'est un point de vue… 🙂 Pour lire des fables en grec ancien et en vers, il y a aussi, qui, pour le peu que j'en connais, m'amuse bien.
Je me rends compte qu'il manque un mot essentiel dans mon message précédent :
"Il y a aussi… Babrius!"