Bonjour,
J'ai terminé ma première année de master, et je m'interroge quant à la stratégie à suivre afin d'obtenir une (petite) chance de devenir maître de conférences. Je suis prêt à beaucoup travailler, mais je préférerais éviter de me lancer dans 3 ou 4 ans de travail sur une thèse s'il n'y a aucune chance que ça débouche sur un poste dans le supérieur. Car je vois beaucoup de gens, en lettres, avoir doctorat + agrégation sans jamais obtenir de poste…
Un de mes profs m'a dit qu'il y avait des siècles à éviter : le XXème tout particulièrement (150 candidats pour un poste ?), et ensuite le XIXème et le XVIIème. Le XVIème et le XVIIIème seraient moins prisés, donc seraient à privilégier.
D'un autre côté, le prof qui m'a donné ces conseils est spécialisé dans le XVIème siècle, donc peut-être prêche-t-il pour sa paroisse ! 😉
Autre chose : je suis dans une assez petite fac de province. On entend parfois dire qu'il est mieux de s'inscrire en thèse dans une fac parisienne…
Cependant, il est aussi souvent question de "localisme", à savoir que les postes seraient réservés aux candidats ayant fait leur cursus localement…
Qu'en pensez-vous ?
Merci par avance.
Bonjour,
Théoriquement, une fois l'agrégation en poche, il est tout de même rare de ne pas obtenir de poste. Mais il y a bien sûr des stratégies à avoir pour être certain d'obtenir un poste de maître de conférences après sa thèse.
Première chose, votre thèse doit être financée (c'est la garantie de la qualité de vos travaux de recherches), et vous devez obtenir un contrat doctoral qui vous permettra d'enseigner pendant vos années de recherches. Pour obtenir un financement, il faut généralement avoir obtenu d'excellentes notes à vos mémoires de recherche (plus de 18, surtout celui du M2) et un sérieux soutien de votre directeur de thèse. On privilégiera pour le contrat doctoral des thésards ayant déjà eu une expérience d'enseignement soit à l'université par des contrats de vacations, soit dans le secondaire avec le stage d'agrégation. Après cela, votre jury doit vous attribuer lors de votre soutenance la mention maximale : mention très honorable avec les félicitations du jury.
Les concurrences sont en effet très rudes en littérature comparée et en littérature française des XIXe et XXe siècles. En revanche, les postes en littérature médiévale et du XVIe sont moins concurrentiels. Encore davantage en langue française, pour les postes en grammaire-stylistique comme pour les postes d'ancien français, ils sont bien moins difficiles à obtenir (petit exemple, à Paris IV, quasiment 150 étudiants en M2 de littérature française, à peine 30 en langue française, donc évidemment cela fait moins de jeunes chercheurs potentiels pour le doctorat).
Concernant les lieux où faire de la recherche, point de parisianisme, tout dépend de votre sujet de recherches et du meilleur professeur des universités capable de diriger votre thèse. Une de mes connaissances, accessoirement normalienne à Ulm, a fait sa thèse à l'Université de Rouen parce qu'elle portait sur Flaubert, et que l'université de Rouen, bien évidemment possède un centre et une équipe de recherches sur Flaubert absolument foisonnants.
Mais il est vrai que le copinage existe un peu dans le monde de la recherche parisienne - ce serait être de mauvaise foi que de ne pas vouloir le reconnaître - et que si votre thèse a particulièrement plu dans votre université, et que l'équipe de recherches que vous pourriez rejoindre vous apprécie, on observe souvent que, comme par hasard, juste au moment où vous soutenez votre thèse, un poste se créer dans votre université avec exactement votre profil de recherches…
Bonjour Florestan,
AntoineParis t'a déjà fourni des informations importantes, je me permets juste d'apporter une petite nuance sur deux points :
AntoineParis a écrit : Théoriquement, une fois l'agrégation en poche, il est tout de même rare de ne pas obtenir de poste.
C'est la version optimiste…
AntoineParis a écrit : En revanche, les postes en littérature médiévale et du XVIe sont moins concurrentiels.
Je ne suis pas en lettres modernes et manque donc de recul. Il doit effectivement y avoir moins de spécialistes de la littérature médiévale et du XVIe, mais n'y a-t-il pas également moins de postes à pouvoir ?
La première étape après le doctorat est d'obtenir la fameuse "qualification" pour avoir le droit de se porter candidat aux postes de MCF.
Voici le lien vers le site de la section 9 du CNU, tu y trouveras des informations chiffrées sur les profils des différents candidats.
Pour certaines sections, il y a aussi chaque année un rapport détaillé sur les candidatures MCF.
Bon courage pour ces réflexions !
Florestan a écrit :
J'ai terminé ma première année de master, et je m'interroge quant à la stratégie à suivre afin d'obtenir une (petite) chance de devenir maître de conférences.
Les conseils déjà donnés ont leur valeur. Mais n'oubliez pas la base : pour avoir une chance décente, il faut, tout bonnement, faire partie des meilleurs étudiants dans la discipline. Evaluez honnêtement ce qu'a été votre parcours jusqu'ici, et jugez.
Ensuite, une fois le directeur choisi, il faudra entrer dans le premier cercle de ses étudiants, c'est-à-dire être l'un des deux ou trois (rarement plus) au profit desquels il déploiera son réseau le moment venu.
tropic a écrit :Bonjour Florestan,
AntoineParis t'a déjà fourni des informations importantes, je me permets juste d'apporter une petite nuance sur deux points :
AntoineParis a écrit : Théoriquement, une fois l'agrégation en poche, il est tout de même rare de ne pas obtenir de poste.
C'est la version optimiste…
Peut-être AntoineParis parlait-il des postes dans le secondaire.
Ce qui ressort clairement de la discussion concernant les exigences :
1-un excellent mémoire de M2.
2-l'agrégation (si possible avec un bon classement).
3-un réseau… qui passe principalement par la confiance du directeur de recherche.
4-un excellent doctorat (financé si possible).
5-un peu (beaucoup?) de chance.
Florestan doit commencer à sentir s'il peut atteindre ces différents objectifs après son M1. (notamment les objectifs 1 à 3) Concernant les "stratégies", elles sont légitimes si tu vises le financement de la thèse et le poste de MCF. Partir sur un sujet 19e-20e est fort risqué. Mais il ne faut pas oublier que ton sujet et ton siècle doivent te passionner puisque, dans le meilleur des cas, tu y consacreras plusieurs années de ta vie. Si les siècles classiques et la Renaissance te rebutent, il est clair qu'il est plus sage de partir sur les siècles les plus récents et tout donner pour faire partie des meilleurs.
Par ailleurs, sache que la thèse est également un vrai avantage lorsque tu postules à un poste en prépa (si jamais cela t'attire).
Koch, tu as très bien résumé les différents objectifs, sans doute même mieux que moi !
Jean-Luc Picard, je pense qu'en précisant les excellentes notes obtenues aux mémoires de recherche, il fallait évidemment comprendre que faire parti des meilleurs étudiants de la discipline - ou du moins des plus prometteurs - est une condition sine qua non 🙂
Ainsi Florestan, sans vouloir vous décourager ou vous faire peur, si vous n'obtenez pas une mention très bien à votre master de recherches, et que l'agrégation reste du domaine du très incertain pour vous, le chemin risque d'être un parcours du combattant.
Pour répondre à Tropic, il y a un nombre de postes en littérature médiévale et du XVIe siècle à peu près similaire aux autres siècles, il suffit d'observer dans les UFR de littérature des différentes universités, les enseignants-chercheurs sont souvent également répartis entre les siècles. De plus, la littérature de ces deux périodes est beaucoup enseignée généralement en L2 et L3, et également pour les cours des agrégations de LC, LM et GR.
Merci de ces précisions ! 🙂