Notation des copies et subjectivité dans la série littéraire

La filière littéraire

19 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonsoir,

étant donné que je rentre en première L dès septembre, je me suis inscrit sur votre forum - que je suivais déjà depuis un petit moment - qui risque de m'être fort utile pour les deux années scolaires à venir.

Cependant, j'ai une petite appréhension quant à la subjectivité des professeurs littéraires vis-à-vis des copies des élèves.
Je crois qu'on en a tous été témoins un jour ou un autre, un 8/20 d'une rédaction ou d'une épreuve de philosophie peut valoir un 14 ou un 15 selon un autre professeur.

Ainsi, je me posais la question suivante, mais j'ai beaucoup de mal à l'exprimer :
Existe-t-il des frontières à ne pas dépasser (au niveau de notre point de vue subjectif, artistique ou autre…) pour s'assurer que l'appréciation du professeur ne sera pas quitte ou double (parce que c'est souvent le cas) et ainsi d'être "en sécurité" quel que soit le profil du professeur ?

Je ne sais pas si j'arrive à me faire comprendre… (Pour un littéraire, c'est assez ironique). Si c'est le cas, j'en suis désolé.
En fait non, le cas dont tu parles est exceptionnel. Il y a une part de subjectivité dans la notation, c'est indéniable. Mais contrairement à une idée étrangement répandue, les notes de dissertation ne sont pas attribuées selon la marche de l'escalier sur laquelle la copie est tombée.

Dans tout sujet, il y a un attendu. Un sujet de dissertation comporte un certain nombre d'enjeux, de problèmes, qu'il appartient à l'élève de déceler. Il les traite ensuite comme il le souhaite. Ce qui sera apprécié sera la cohérence de son argumentation, la pertinence de ses exemples.

En 1ère L, jamais on ne te demandera la rigueur qui serait attendue dans le supérieur. Il n'en n'est pas moins que ce qui est noté, c'est la capacité à problématiser, mettre en œuvre une démarche construite, mettre en relation ses idées avec des exemples pertinents. Tout cela est évaluable parfaitement objectivement, surtout à un niveau où vous découvrez l'argumentation.

Le problème se pose davantage lorsque l'on confronte, comme lors d'un concours, des devoirs où généralement les enjeux sont vus, la cohérence recherchée. La persuasion joue alors un rôle plus important. En 1ère, vous découvrez l'exercice. Les critères objectifs permettent déjà d'avoir un aperçu très précis de la note. L'introduction, la plupart du temps, est le révélateur essentiel.

Une opinion vaguement étayée d'arguments fantoches et de pseudo-exemples vaudra une mauvaise note parce qu'elle ne reposera sur rien, et sera en conséquence, fort logiquement, considérée comme stupide. Mais un point de vue original, ou au moins originalement présenté, s'il est issu d'une réflexion recevable, te vaudra une bonne note bien méritée.
Je suis absolument d'accord avec Zwizwi, d'ailleurs c'est amusant de voir que la prétendue subjectivité de la philosophie n'est plus du tout évoquée à partir l'hypokhâgne.

En revanche, je crois que la dissertation, parce que c'est un exercice plus ou moins virtuose qui demande une problématisation nouvelle à chaque sujet, est plus ouverte aux aléas. Ce que je veux dire, c'est qu'il me semble qu'on peut plus facilement faire une performance ou un connaître un "raté" sur cet exercice. Tout ne se joue pas à chaque sujet, évidemment, puisqu'une certaine technique de la dissertation se met en place au fur et à mesure, mais néanmoins il faut une certaine présence. Au contraire, une version, par exemple, me semble plus mécanique à partir du moment où l'on a compris les enjeux de l'exercice et où l'on a un niveau suffisant dans la langue.
Ces réponses sont pertinentes. Je peux y apporter quelques précisions simples. Il existe effectivement des critères incontournables pour obtenir une note "correcte" en français comme en philo : respect de la méthode de l'exercice (commentaire ou dissert), rigueur du raisonnement, de son organisation (des idées qui s'enchaînent clairement et logiquement), évidemment le respect exact du sujet qui ne doit pas être contourné ou dévié, solidité des connaissances (une dissertation avec 1 ou 2 références littéraires seulement ne pourra pas obtenir une bonne note, pas plus qu'une dissertation qui contient 15 références mal maîtrisées : erreur sur le nom de l'auteur, sur le thème du livre, confusion pièce/roman, tragédie/comédie, etc), évidemment un minimum de correction dans l'expression et l'orthographe.

Ensuite il reste effectivement une part modulable liée à la subjectivité. Certains correcteurs vont être plus "souples" par rapport à l'orthographe, l'expression, la longueur du devoir, des erreurs de siècles ou de titres d’œuvres (si ça reste exceptionnel), certains vont sanctionner les manques plus sévèrement (par exemple dans un commentaire certains éléments qui n'auraient pas été vus), etc.
Je m'aperçois qu'au bac blanc et au bac mes élèves obtiennent à peu de chose près leur note habituelle, il y a toujours quelques exceptions sur l'ensemble d'une classe. Souvent il y a une explication. Par exemple : une bonne élève, cultivée et travailleuse, qui avait tendance à me rendre des devoirs riches et longs, mais pas toujours bien présentés (un peu confus, pas assez de rigueur dans les paragraphes, les alinéas, le soin apporté, l'écriture…). Je lui signalais mais sans la sanctionner fortement car j'arrivais à passer outre connaissant ses qualités au delà de ces problèmes de présentation. Evidemment sa note du bac blanc l'a déçue, car le correcteur avait été gêné dans sa lecture par ces éléments. Cela lui a permis de prendre conscience de leur importance.
Tout cela est bien vrai, mais n'est en fait pas tellement propre aux matières littéraires.

Sur un bac blanc de maths, mettons qu'on ait 4 exercices sur 5 points. Un professeur pourra accorder 3,5 points pour la démarche, et le reste pour le résultat final. Dans ce cas, toute erreur d'étourderie dans les calculs, résolutions d'équation et autres simplifications sera pardonnée. Un autre pourra faire une répartition équitable avec 2 et 2, accordant plus de valeur à la rigueur. La rédaction et la présentation, éléments si essentiels du barème dans cette discipline, peuvent être soumis aux mêmes aléas.

L'essentiel est que la notation soit cohérente sur l'ensemble des copies. Au moins pour le bac, l'harmonisation est assurée. Je pense qu'on peut considérer que la situation est assez équivalente pour les problèmes d'expression et d'orthographe, dans les références et de manière générale (en même temps, dieu que c'est dur de ne pas écrire "Beaudelaire"…).

Il me semble qu'il en va de même pour le hasard. On peut arriver en ayant mal dormi, en étant malade, on peut tomber sur le mauvais sujet. Mais celui qui a bossé son cours, travaillé ses références, acquis au cours de l'année la démarche de la dissertation, n'a pas plus de chance de connaître un accident que celui qui a travaillé ses formules et ses exemples sérieusement dans les matières à calcul. C'est bien là l'avantage de la dissertation : c'est un exercice purement scolaire et parfaitement artificiel (au moins dans de nombreuses matières), mais au moins il est évaluable assez objectivement.

Il y a sans doute plus débat pour le commentaire, exercice plus souple, mais le choix du sujet au bac vise tout de même à atténuer cet aléa. Et comme l'exercice est bien plus amusant, cela compense. Pour la version, personnellement j'ai toujours eu l'impression de jouer à la loterie en hypokhâgne, mais ça venait sans doute de mon lexique et de mes connaissances grammaticales plus que hasardeux. C'est certainement l’exercice littéraire le moins soumis aux aléas, encore que l'impossibilité de fournir une traduction parfaite, nécessairement, puisse porter à débat certaines propositions.

Dans tous les cas, on doit pouvoir s'accorder à dire que la notation en littéraire est nécessairement un minimum subjective. Mais jamais on ne sera sanctionné si on part dans une autre direction que ce que le correcteur aurait choisi, si et seulement si on adopte une démarche recevable.
Je ne sais pas si ce commentaire pourra être utile mais bon… Je suis élève en série littéraire, je passe en TL. J'ai obtenu respectivement 10 à l'écrit de français et 20 à mon oral. Tout au long de l'année j'ai de bons résultats à mes bacs blancs : 16,15,17. Le 17 étant celui ou j'ai traité la dissertation. Je m'étais mise en tête de prendre la dissertation au bac. J'ai travaillé des heures sur des problématiques, des plans, des thèmes récurrents … Le jour du bac, j'ai baissé tête foncée sur la dissertation sans regarder plus que ça les autres sujets. 1h30 avant la fin de l'épreuve j'ai paniqué et j'ai trouvé ma dissertation trop nulle.. A corps perdu je me suis jetée sur l'invention (qui n'était pas si mal en vérité => avis différents de professeurs de français ayant vu mes brouillons). Et me voilà avec mon petit 10 … Une note que je n'ai pas eu en français depuis la 5e, un vieux contrôle de grammaire que je n'avais pas révisé.. J'ai relu le sujet après et je me suis rendu compte que le texte à commenter m'aurait bien mieux convenu.. Enfin ce qui est fait est fait. Mais, un conseil pour l'EAF, ne t'auto-censure pas 🙂
Comme l'a dit l'un des intervenants, il y a tout de même des façons de corriger qui sont assez différentes. Par exemple, en effet, certains vont davantage sanctionner si l'expression est déficiente, d'autres s'ils ne trouvent pas tel ou tel "attendu". Conclusion : si l'on veut assurer une bonne note, il faut bétonner de tous côtés.
Conclusion : si l'on veut assurer une bonne note, il faut bétonner de tous côtés.
Bien que l'expression m'amuse un peu, je crois qu'elle est assez vraie.
Mais il n'en reste pas moins que malgré les nouvelles consignes données aux correcteurs et examinateurs d'utiliser tout l'éventail des notes, certains mettront 19 à une copie, là où d'autres considéreront que 15 est déjà une très bonne note pour la même copie.
Il existe bien sûr des commissions d'harmonisation, mais quelquefois le mal est déjà fait. J'ai le souvenir d'une classe, réputée la meilleure du lycée, qui avait obtenu d'un jury des notes lamentables à l'écrit de l'EAF. Un élève présenté au concours général avait obtenu 8 ou 9, le malheureux. C'est tout de même un cas extrême, et il y avait eu pétition de la part des parents d'élèves.
Le problème évoqué ici n'est pas propre à la filière littéraire, même s'il prend ici une dimension particulière, mais plutôt aux matières littéraires par rapport aux matières scientifiques. Je continue de penser que noter un devoir de sciences est tout de même plus simple.

Malgré les commisions d'harmonisation, il me paraît évident que l'on ne peut pas éliminer l'aspect subjectif de la notation en lettres; mais cet aspect subjectif n'est pas pour autant infondé. Simplement, il y a beaucoup de paramètres en jeu et leur pondération dépend de la sensibilité du correcteur.

Sans préjuger du fond d'une copie, sur la qualité de laquelle les correcteurs pourront très bien s'accorder, j'imagine facilement que certains seront plus sensibles que d'autres à l'orthographe, à la synthaxe, à la qualité du style, à la construction, etc; tout ceci pourra donner lieu à des variations assez sensibles dans la notation. Ainsi, pour une bonne copie, je ne serais pas surpris de la voir notée 15 chez l'un et 18 chez l'autre selon l'importance accordée à la forme (ou plutôt aux différents aspects de la forme). Et que dire du barême de compensation entre le fond et la forme, également à l'appréciation du correcteur, par exemple, une copie assez moyenne quant au fond, mais pas trop mal rédigée et sans fautes d'orthographe grossières.

La notation d'une copie littéraire comporte un part d'incertitude. Cela ne veut pas dire que les correcteurs notent n'importe comment.
Je suis d'accord avec Scipione, mais il ne faut pas que cela te rebute 🙂 .. La première L est une année superbe. Pour moi, ça été une libération et un vrai plaisir.. Et je sais que ma note de bac à l'écrit ne reflète pas mon niveau, ni mon année 🙂
J'entre en Khagne et je suis toujours surprise de lire ce genre de préjugés sur la série littéraire ( dont je sors). C'est le genre d'avis que balancent les gens pour te dissuader d'aller en littéraire, voilà tout…

Je vais parler de mon cas, je me suis très vite, en première, lancée dans la dissertation. Je connaissais bien le commentaire, l'invention était pour moi trop contraignante, j'aime écrire mais je n'ai pas l'imagination sur commande. Bref, au bac j'ai eu la même note que toute l'année.
En Philo, au bac, mémé chose.
Moi m'a piteuse ça a été l'histoire géo. 8 avec une moyenne de 16 à l'année. J'ai demandé à voir ma copie et il n'y avait aucune subjectivité. Ma copie était juste affreuse en terme de contenu. Parce que l'histoire géo est la matière qui m'inquiète, et qui m'avait fait paniquer ce jour là. ( dieu merci la panique ne m'a pas arraché ma mention TB).

En HK, l'an dernier, dans la même matière j'ai eu 14 et 7 tu vois? Mais la subjectivité n'y est pour rien. La dissertation est un exercice difficile et se joue parfois sur le fil. Alors on tombe malheureusement vite, au moindre égarement , dans le hors sujet.
Personne ne veut décourager Nosferatu, tu as eu quasiment les mêmes notes au bac que pendant l'année et c'est très bien. Après, il n'est pas faux de dire que certains sujets (l'invention entre autres ) ont une grosse part indéniable de subjectivité 🙂
En dehors de l'invention, je ne vois pas où tu places la subjectivité.
Ou alors c'est pas subjectivité qu'il y a mais mauvais correcteurs 😉
Donc l'harmonisation des jurys ne sert qu'à remettre les mauvais correcteurs sur la bonne voie ?

Edit : Je disais plus haut que les notes en philosophie n'étaient pas subjectives mais le mot arbitraire aurait mieux convenu. Je crois que la subjectivité intervient parce que chaque correcteur va être attentif à telle ou telle chose et va donc valoriser ou déprécier cette chose en conséquence. Ca n'empêche pas qu'il y ait des éléments objectifs (une bonne structure, une clarté du propos, une langue maîtrisée …) mais ça introduit des différences dans les notes données.
Je parlais bel et bien de l'invention 🙂
Donc l'harmonisation des jurys ne sert qu'à remettre les mauvais correcteurs sur la bonne voie ?
En théorie, oui.
On considérera comme mauvais correcteur, ou du moins correcteur "suspect", celui qui s'éloigne par trop de la moyenne obtenue par les autres, celui qui mettra 3/20 à un devoir sans aucune annotation ni justification.
Comme le dit Artz (et moi-même de manière différente dans mon post précédent 😐 ), je crois qu'il faut faire une différence entre subjectivité et arbitraire. Je peux me tromper, mais je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de correcteurs qui notent arbitrairement. Bien sûr, ça existe, et on a tous quelques anecdotes à ce sujet. Cependant je veux croire (je suis sans doute naïf) que les commissions d'harmonisation servent surtout à harmoniser les sensibilités.
Elles servent surtout à vérifier qu'on s'inscrit bien dans les limites d'une courbe.
Dans certains cas elles ne jouent pas pleinement leur rôle, certes, mais elles permettent quand même de créer un barème commun. Elles permettent au moins que l'ensemble des correcteurs ait les mêmes consignes, et donc de supprimer la part d'arbitraire.

… enfin dans l'idée quoi.