Bonsoir,
Est-ce que vous connaîtriez un recueil de poèmes dont le sujet/thème serait la guérison (physique ou spirituelle) ?
Quelque chose que l'on lirait lorsque l'on est dans le creux de la vague pour se remonter ?
En fait j'ai l'impression que les poèmes sont plutôt "défaitistes" en général donc je me demandais si l'inverse existait.
Merci d'avance !
Tu peux essayer Sagesse de Verlaine.
Oui. Les premiers vers que j'ai proposés proviennent de ce recueil.
Celui-ci, en temps de guerre…
L’Avenir
Soulevons la paille
Regardons la neige
Écrivons des lettres
Attendons des ordres
Fumons la pipe
En songeant à l’amour
Les gabions sont là
Regardons la rose
La fontaine n’a pas tari
Pas plus que l’or de la paille ne s’est terni
Regardons l’abeille
Et ne songeons pas à l’avenir
Regardons nos mains
Qui sont la neige
La rose et l’abeille
Ainsi que l’avenir
Guillaume Apollinaire, Calligrammes, Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916)
Tu pourrais regarder aussi du côté de Max Jacob.
Je te joins deux exemples
VIEUX MONDE BRISÉ
Max Jacob
à
Georges
Caillé
Sous les caps du passé, océan sans rivage je contemple un amour emporté par les vents.
Les troupeaux fugitifs en la nuit de mon âge disparaissent.
Mes yeux sont les lampes du
Temps.
Terres mémoriales mes îles fortunées ! seigneurial délice, majestueux repos ! les rapides chevaux de mes vertes années n'ont pas lassé mon cœur du bruit de
leurs sabots.
J'ai tissé, j'ai tissé de vents et de paroles un voile au long col gris tenu par les péchés.
De mon dernier portail il cache l'Acropole et courbe vers le sol un casque empanaché.
As-tu faim de la terre ?
Rêves-tu de royaumes ?
Changerais-tu de peau, de pays, de couleur ?
Deux fées se sont penchées pour enlever mon heaume le fer de leur baiser cicatrisa mon cœur.
Qu'elle brille, la rouge, avec sa guipure !
Ses serviteurs criaient : «
Le vieux monde est brisé ! »
Sa licorne au printemps, emprunte sa parure.
La deuxième licorne, les habits de l'été.
« Va ! tu sauras bientôt ce que l'âge contemple ! » me disait l'autre fée nue sous un beau turban
Elle était allongée sur les marches du temple et me tendait un crâne d'or sur un cadran
Un triste et calme vent inconnu sous les astres qui n'était pas venu d'horizons cardinaux étendait sur le golfe le jour bas du désastre.
Le vieux monde est brisé, préparons les vaisseaux.
VESTIBULES
Dites-nous,
Muse du
Ridicule, pour cinquante ans que nous avons combien de bulles de savon faisons-nous dans les vestibules ?
Chez vous, de qui la ménagère
— ici l'on attend au salon — ménage socque et ménage air parce qu'on est triste étant pauvre ménage un manteau dans le poivre.
De même chez le grand médecin
— un saint —
tableaux de maîtres, vase en marbre statues grecques devant un arbre.
Dis-moi,
Muse du
Ridicule, si je souffrais au vestibule du dentiste… et chez le notaire quand on a partagé nos terres.
Parlons du porte-parapluies des dossiers en panoplies !
Chez la grand'dame américaine elles sont de
Venise en verre et la tenture est marocaine.
Chez le banquier le rez-de-chaussée de fontaines est rehaussé : tout est hâlé, hall et dallé un tapis de laine étalé.
L'antichambre de ce monarque on y pourrait tirer de l'arc.
Vestibule de courtisane distingué comme la tisane héraldisme, casques, pertuisanes.
Et le
Grand
Administratif ! rien qui sente le saltimbanque —
Méfie-toi car on
Le défend ! — genre transatlantique et banque tables avec les quotidiens ou bien concierge et bon enfant.
Mais le vestibule du ciel ?
C'est notre douleur, la terre !
Je souffre à mon péché mortel comme on souffre au thermocautère. …
Je suis bon larron et j'espère.