Fantasy : vraie littérature ?
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Bonjour,
J'ai moi même expliqué que je lisais de l'héroïc-fantasy en kholle d'entretien et le professeur en a paru terriblement agacé. J'ai ensuite expliqué posément que je ne voyais pas de sous-littérature, mais la réponse fut fatale : "quel est le texte mentionné qui vous rapportera le plus de points selon vous ?".
C'était ma première kholle. J'ai depuis compris qu'il était souvent plus bénéfique de mentir.
Certains sujets sont considérés comme évidents par certains intellectuels et ils me semblent que l'héroïc-fantasy est marginalisé par les "littéraires". Dans les années 70, un violent débat eut lieu entre conservateurs de l'enseignement littéraire et les enseignants remettant en cause le paradigme selon lequel les oeuvres classiques sont les seuls dignes de l'être. Depuis, l'enseignement a changé… pas la manière dont la fantasy est perçue…
La fantasy serait-elle trop commerciale ou trop simple d'accès ? Le premier argument ne tient pas, puisque tout auteur ayant publié tente de se faire lire (sinon publier est absurde). Le second encore moins, car ce serait reconnaître que la simplicité d'une écriture n'est pas un bienfait, mais un défaut et que la littérature n'est en rien démocratique. Dans une société de consommation où les valeurs démocratiques sont prônées, je ne parviens toujours pas à comprendre l'attitude des intellectuels qui relègue la fantasy en une sous-littérature.
Une réponse plus que pertinente. Et je confirme: en présence de kholleurs ou d'examinateurs, mieux vaut mentir effrontément (pas trop quand même!)
Bonjour à tous, je sais que ce topic est un peu vieux mais voila je voulais vous demander pourquoi à votre avis la fantasy est-elle encore et toujours reléguée à la sous-littérature. Je suis prépa littéraire et j'en ai parlé à ma prof de français qui paraissait choquée qu'une élève de prépa puisse lire de la fantasy. Et j'avoue que j'ai du mal à comprendre la réticence des "intellectuels" à ce genre qui offre pourtant de merveilleux moments et de multiples possibilités.
Merci de d'avance de vos réponses 🙂
P.S: Avez-lu le livre Kushiel de Jacqueline Carey ?
Laura41, Je pense que ces "intellectuels" pensent que les livres de Fantasy suivent tous les même schéma (Il faut sauver le monde).
Mon ancien professeur de français me disait que tous ces livres se ressemblaient, notamment à cause de la récurrence de certaines créatures ou de certains peuples comme les elfes, les lutin, ou les nains.
Pour ma part, je trouve que ce genre est le plus diversifié qui soit.
De même, les réfractaires à cette littérature utilisent comme argument le fait que cette littérature plaise au jeunes et donc, pour eux, tous les auteurs sont tous attirés par l'argent que peut rapporter cette "sous-catégorie" de la littérature.
Bonjour,
J'ai été un grand fan de littérature fantasy quand j'étais plus jeune. En grandissant, j'ai constaté que ces livres ne m'apportaient rien, se répétaient et se calquaient tous entre eux. Cette littérature m'a certes apporté (indirectement) la passion de l'histoire, et j'ai donc cherché à lire des textes plus vieux, plus près des "sources" de la fantasy. Je ne parle pas de Tolkien, je parle des sources de Tolkien. Wagner, puis, en poussant plus loin, les légendes arthuriennes - les livres de Chrétien de Troyes. J'ai lu la chanson de Beowulf, celle de Rolland, puis je suis tombé sur Don Quichotte, les Mille et une nuits et même les oeuvres de Dumas. Parallèlement, je commençais à lire Orwell, Huxley, Bukowski, Camus, Kafka et, surtout, Dostoïevski.
Ce cheminement m'a fait constater quelques petites choses.
D'abord, la littérature Fantasy actuelle, en général, ne vaut absolument rien sur le plan littéraire. On peut éprouver du plaisir à lire les aventures prévisibles de je ne sais quel héros au nom ridicule bourré de "K" et de "G", mais on n'en tire absolument rien. Pas plus qu'on tirerait quelque chose en regardant la dernière lamentable comédie Hollywoodienne sortie sur les écrans. Parce qu'à l'instar du cinéma Hollywoodien, ou encore des Polars ou même des Mangas, la littérature fantasy n'est plus un art, c'est une industrie. Le moule existe; remplissez-le avec n'importe quelle aventure pitoyable et dépourvue de subtilité et vous vendrez votre livre de fantasy à son public cible. Vous viendrez faire un tour au salon du livre de Montréal avant d'essayer de me contredire.
Ensuite, en parlant du public cible, quel est celui de la littérature fantasy? Pour autant que je sache, ça s'adresse - généralement - aux jeunes adolescents entre, disons, huit et quinze ans. La recette de ces livres? Beaucoup "d'action", le moins de descriptions possible. Enchaînement de sexe puéril, de violence innocente et de franche camaraderie pour plaire aux jeunes (et aux "vieux jeunes", si vous voulez). Il n'y a pas ou presque pas de figure de style, aucune subtilité. La quête initiatique du héros ne lui apprend pas grand chose hormis les valeurs classiques et faciles: l'amitié, l'amour, le courage. Ce n'est pas parce qu'une littérature s'adresse aux jeunes qu'elle est mauvaise, bien au contraire - mais lorsqu'elle exploite, en quelque sorte, la naïveté de ces jeunes (je pousse un peu fort exprès), on ne peut plus parler d'oeuvre d'art, de littérature.
Je tiens ces informations des séries québécoises de fantasy (elles sont terriblement populaires, au Québec). Amos d'Aragon et les chevaliers d'Émeraude, pour n'en nommer que deux. Côté États-Unien, tous les (lamentables) romans de la série Royaumes Oubliés.
Est-ce que la littérature fantasy est snobée par les "intellectuels"? Oui, bien entendu. Ce sont des gens sérieux et ils ont raison de l'être. Est-ce que toute la littérature Fantasy manque à ce point de sérieux? Non. Je considère Tolkien comme un grand écrivain. Son oeuvre est le résultat d'un immense travail de recherche et d'écriture extrêmement novateur pour son époque. Son style est très joli et ses récits sont solides. Les thèmes du Seigneur des Anneaux sont très étendus et cette trilogie en elle-même fait écho à la vie de l'auteur et à son époque. Je suis persuadé qu'il existe d'autres auteurs de fantasy (bien que je n'en connaisse pas) qui font preuve de génie dans leur oeuvre et qui ne se contentent pas de remplir le moule à gâteau avec du mélange déjà préparé. Des auteurs qui respectent leur travail et leur profession.
J'ai tendance à penser que poser la question de la littérarité d'un genre n'est pas très pertinent en soi ; d'une part, parce que toute question de littérarité tombe automatiquement dans une sorte de relativisme despotique sans grand intérêt, et d'autre parce que, en imaginant qu'il soit effectivement possible d'extraire des critères pertinents pour juger de ce qu'est la littérature, il ne l'est certainement pas de juger d'un genre en général sans prendre chaque production particulière dans sa complexité propre.
Au delà de ces questions, j'ai l'impression que le débat en général autour de la fantasy est bourré d'affect et qu'il finit par se résumer au schéma classique et répétitif des partisans - qui, indépendamment des nombreuses lignes fades qui peuplent le monde de la fantasy, s'échine à surprotéger un genre qu'ils estiment, à raison, très largement méprisé par les (pseudo)-intellectuels - et des détracteurs qui pensent à partir de généralité assez grossière - même si se fondant sur un véritable constat de la production générale - pouvoir déterminer de la qualité d'un genre en général.
Je crois, même si pour le coup l'avis ne fera pas beaucoup avancer les choses, que l'écriture de fantasy permet de nombreuses possibilités et explore dans certain ouvrage des pistes que d'autre littérature utilise peu et qu'il s'agit, comme partout, de faire le tri entre ce que vous juger être, Buk, un pur commerce des mots, et ce qui est, à mon avis, un véritable travail de recherche et de réflexion "littéraire". Tolkien est évidemment l'un des maîtres en la matière et son œuvre totale est si riche et merveilleuse qu'elle ne pourrait pas apparaître, je crois, pour quiconque s'y intéresserai vraiment, comme une "littérature facile" ou "commerciale". Mais des noms comme Zelazny et son Cycles des Princes d'Ambres, Philip Pullman et sa célèbre trilogie ou même Robert Jordan, sont autant d'exemples, à mon sens, qui montre que la fantasy peut être fondamentalement riche et véritablement profonde.
L'une des questions qui se pose est peut-être celle consistant à se demander s'il est possible, pour certaine branche intellectuelle - on va appeler ça comme ça - d'entreprendre des recherches littéraires poussées sur les productions d'un genre qui, dans ses règles propres, semble véritablement portée par le moteur de l'évasion et d'une forme de divertissement. Autrement dit, accepter la littérature de fantasy comme littérature, passe peut-être par l'acceptation d'une littérature divertissante, voyageante - je me fais plaisir -, comme véritable littérature… et ça, en ancienne lectrice de fantasy que je suis, ce n'est pas forcément simple pour tous…
Aradura.
Je ne suis pas d’accord avec toi Buk, il est vrai que certains auteurs se contentent de remplir ces moules préexistants, mais ceci ne concerne malheureusement pas que les auteurs de Fantasy. De nombreux auteurs de littéraires genres largement reconnus font de même et vendent ces livres à un public défini.
Pourtant, même si ces moules existes et sont omniprésents dans toute sorte de littérature actuellement, certains auteurs (Pierre Bottero, Erik L'Homme ou bien encore John Lang) qui en ont pleinement conscience, cherchent et s'amusent à s'en éloigner pour diversifier les genres (puisque la Fantasy est divisé en plusieurs genres) et parfois même pour justement sortir des classiques, des modèles et ainsi de ne pas entrer dans les classifications absurdes de "spécialistes" de l'imaginaire.
Ces mêmes auteurs qui s’éloignent des « moules » répandent en général des valeurs qui leur sont propres, comme le Respect, l’entraide où l’acceptation des autres tels qu’ils sont. Certains développent même une idéologie voire une philosophie qui leur est propre dans ces livres et vont à travers cela transmettre aux lecteurs les plus jeunes de vraies valeurs pour bâtir leur vie et permettre aux plus âgés de trouver des sujets de réflexion et de voir le monde dans lequel nous vivons de façon différente.
Je respecte ton avis, et, après avoir lu les Chevalier d’Emeraude, je comprends ce que tu veux dire. Cependant, tous les auteurs n'écrivent pas grâce à ces moules dont tu parlais.
Oui, eh bien c'est vrai que j'ai poussé un peu fort et dans une seule direction. Comme tu le dis, EllanaCaldin, la littérature Fantasy n'est pas la seule à être exploitée comme une industrie par certains auteurs et éditeurs. Par ailleurs, je m'en rends compte un peu trop tard, "l'industrialisation" des arts est un autre problème qui n'a rien à voir avec le sujet actuel (acceptez mes excuses). S'il est vrai qu'il s'agit d'un problème très présent dans la littérature fantasy, la littérature fantasy, elle, ne se définit pas par ce problème.
La mention, entre autre, de Philippe Pullman m'a fait sourire - ses livres ont illuminés ma jeunesse, je veux dire complètement. Je n'y avais pas du tout pensé. C'est un exemple magnifique de littérature jeunesse intelligente et enrichissante, par ailleurs.
Je change donc complètement mon opinion. Je suis pour la littérature fantasy et je la trouve excellente. Mais je ne vais pas contredire mes remarques au sujet du "moule" et des livres et séries concernés. Je continue de dire qu'il se fait énormément de merde, particulièrement en fantasy. Sans généraliser, cette fois.
Je pense par ailleurs que tout le problème sur la littérature fantasy provient de préjugés mal fondés. En vérité, ce que les "intellectuels" dont nous parlons sans cesse détestent, ce n'est pas la littérature fantasy, ce sont ces livres bidons qui sont trop commerciaux et qui font de l'ombre à tous les bons auteurs du genre. Il y aurait matière à ouvrir un nouveau sujet, ici.