"En mémoire de lui"

Langue française

18 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Voilá, j'ai été surpris de lire dans Le monde la formule "[…] mais plutôt en mémoire de lui". Je pensais qu'une telle formule était incorrecte et qu'il fallait dire "en sa mémoire". J'aurais aimé avoir votre opinon et vos explications (car je me doute que Le Monde n'est pas dans l'erreur). Merci.
Je ne sais pas ce qu'il en est grammaticalement, mais ça me rappelle la Cène, je sais que c'est vaguement "vous ferez ceci en mémoire de moi". Sûrement un latinisme, on attend confirmation 🙂
Ce n'est pas incorrect, même si je partage votre scepticisme et maintiens que la formule est laide. Le TLFi propose un bel exemple à ce sujet, et je vous invite à consulter l'entrée mémoire aux points II.B.1.a. et II.B.1.f. relatives aux deux locutions «à la mémoire de» et «en mémoire de».

«Vous donnerez à Pierre une montre en or, en mémoire de moi» (A. France, La vie en fleur, 1922, p.336).

En revanche, je n'y trouve aucune explication. J'imagine que le concept de mémoire est ambigu en soi, et n'est pas considéré sensu stricto comme un objet dont nous puissions revendiquer la propriété. Encore une fois, je la trouve particulièrement inesthétique. J'espère que son usage est peu répandu.
Pourtant, on dira de même façon : il porte cette croix en souvenir de moi, et non en mon souvenir.
Là encore, la terminologie catholique peut avoir rendu la formule familière.
Personnellement je ne trouve pas la formule laide.
Elle est correcte (pas parce qu'elle est dans le Monde, où entre mille cuistreries, on trouve maintenant parfois des fautes énormes). Et c'est "en sa mémoire" qui me paraît laid, vu l'ambiguïté du nom "mémoire".
La connotation religieuse donne évidemment plus de force au propos.
Trois petites remarques :

1) On peut bien sûr toujours trouver des exemples en sens contraire, mais un pronom ne peut en principe pas être complément de nom (déterminatif). Cela reviendrait à admettre des phrases comme "L'ordinateur de lui est tombé en panne" ! On dira par contre "L'ordinateur de Jacques […]" ou "Son ordinateur […]".

2) Si je me réfère au Larousse, on ne dit pas "en sa mémoire", mais "à sa mémoire" : "Bossuet a prononcé une oraison à la mémoire de Marie-Thérèse d'Autriche" ou "à sa mémoire".
Ce ne sera de toute façon pas "à la mémoire d'elle" !

3) Par contre, on dira "en souvenir de" ou "en son souvenir" : "Jacques a conservé cette bague en souvenir de sa mère" ou "en son souvenir".
Il existe par ailleurs une tolérance pour "en souvenir d'elle", peut-être par analogie avec "pour se souvenir d'elle".
Spalding, vous êtes trop affirmatif !
Pronom personnel
Formes disjointes après préposition
Avec la préposition de
[…]
- Au lieu du déterminant possessif (qui a reculé dans cet emploi) quand le complément correspondrait, avec un verbe, à un complément d'objet : Faites ceci en mémoire DE MOI. Je souffrirais ce martyre-là pour l'amour DE VOUS. (Balzac)
(Le Bon usage, §662 c, 14[sup]e[/sup] édition)
Je n'ai pas le courage de copier les autres cas.
Oui, Spalding, vous êtes trop affirmatif.
En son souvenir est particulièrement malsonnant, ne le sentez-vous pas ?
C'est pourquoi il existe une tolérance pour "en souvenir d'elle", comme déjà signalé, peut-être aussi par analogie avec "pour se souvenir d'elle". 😉
Un 22 Septembre au diable vous partîtes
Et depuis chaque année à la date susdite
Je mouillais mon mouchoir en souvenir de vous…

Georges Brassens
Je profite des hellénistes de passage :
τοῦτο έστιν τὸ σῶμα μου τὸ ὑπὲρ ὑμῶν διδόμενον· τοῦτο ποιεῖτε εἰς τὴν ἐμὴν ἀνάμνησιν.
Ceci est mon corps, donné pour vous ; faites cela en mémoire de moi.
(Luc, 22, 19)

Qu'est-ce qui justifie la différence en grec ?
Comme vous le savez, il est rarement possible de dégager des règles précises en grec ancien. Ce que j'ai pu remarquer en parcourant mon fichier, c'est que le déterminant possessif est presque toujours employé avec un nom abstrait, peut-être parce que l'idée possessive est moins prégnante. Mais dans la phrase que vous citez, il y a peut-être aussi des préoccupations stylistiques (éviter des homéotéleutes, par exemple).
En résumé, et pour les deux premières personnes, on a :
- Avec un nom concret : le génitif (ou le datif) du pronom ou, plus rarement, et pour insister, le déterminant possessif.
- Avec un nom abstrait : le plus souvent, le déterminant possessif.
Quelques exemples : ἐμὸν ἔργον (Isocrate, Paix) ; ἡ σὴ δεινότης (Démosthène, Couronne) ; τὰ ἐμὴ πάθη (Platon, Phédon).
Mais : αἰσχυνθείην ἂν, εἰ φανείην μᾶλλον φροντίζων τῆς ἐμαυτοῦ δόξης (Isocrate, Paix), parce qu'il faut un réfléchi.
Merci !
Donc pas de distinction entre complément subjectif ou objectif ?
Je ne pense pas.
Merci pour toutes ces explications, mises au point et rectificatifs.
Spalding a écrit :On peut bien sûr toujours trouver des exemples en sens contraire, mais un pronom ne peut en principe pas être complément de nom (déterminatif). Cela reviendrait à admettre des phrases comme "L'ordinateur de lui est tombé en panne" ! On dira par contre "L'ordinateur de Jacques […]" ou "Son ordinateur […]".
Je suis tombé sur une phrase qui m'a un peu surpris dans un roman de Philippe Besson, Un garçon d'Italie :
Je n'avais pas imaginé les ravages que la perte de lui était susceptible de provoquer. Peut-être tout bêtement parce que je n'avais pas imaginé la perte de lui.
@ Lamaneur

Les écrivains peuvent se permettre beaucoup de libertés… 😉
On aime ou on n'aime pas. 😜