Moi je n'aimais pas trop avant l'année dernière mais Rimbaud m'a fait craquer 🙄 du coup en ce moment j'ai découvert un recueil de poèmes en prose, Gaspard de la nuit, par Alyosius Bertrand que je trouve très sensible également
Sur les rochers de Chevremorte
Ce n'est point ici qu'on respire la mousse des chênes, et les bourgeons du peuplier, ce n'est point ici que les brises et les eaux murmurent d'amour ensemble.
Aucun baume, le matin, après la pluie, le soir, aux heures de la rosée; et rien pour charmer l'oreille que le cri du petit oiseau qui quête un brin d'herbe.
Désert qui n'entend plus la voix de Jean-Baptiste, désert que n'habitent plus ni les hermites ni les colombes !
Ainsi mon âme est une solitude où, sur le bord de l'abîme, une main à la vie et l'autre à la mort, je pousse un sanglot désolé.
Le poète est comme la giroflée qui s'attache frêle et odorante au granit, et demande moins de terre que de soleil.
Mais hélas ! je n'ai plus de soleil, depuis que se sont fermés les yeux si charmants qui réchauffaient mon génie !
22 juin 1832.
Le nain
J’avais capturé de mon séant, dans l’ombre de mes courtines, ce furtif papillon, éclos d’un rai de la lune ou d’une goutte de rosée.
Phalène palpitante qui, pour dégager ses ailes captives entre mes doigts, me payait une rançon de parfums !
Soudain la vagabonde bestiole s’envolait, abandonnant dans mon giron, — ô horreur ! — une larve monstrueuse et difforme à tête humaine !
— « Où est ton âme, que je chevauche ! — Mon âme, haquenée boiteuse des fatigues du jour, repose maintenant sur la litière dorée des songes. »
Et elle s’échappait d’effroi, mon âme, à travers la livide toile d’araignée du crépuscule, par-dessus de noirs horizons dentelés de noirs clochers gothiques.
Mais le nain, pendu à sa fuite hennissante, se roulait comme un fuseau dans les quenouillées de sa blanche crinière.
Le Raffiné
« Mes crocs aiguisés en pointe ressemblent à la queue de la tarasque, mon linge est aussi blanc qu’une nappe de cabaret, et mon pourpoint n’est pas plus vieux que les tapisseries de la couronne.
« S’imaginerait-on jamais, à voir ma pimpante dégaîne, que la faim, logée dans mon ventre, y tire — la bourelle ! — une corde qui m’étrangle comme un pendu !
« Ah ! si de cette fenêtre, où grésille une lumière, était seulement tombée dans la corne de mon feutre une mauviette rôtie au lieu de cette fleur fanée !
« La place Royale est ce soir, aux falots, claire comme une chapelle ! — Gare la litière ! — Fraîche limonade ! — Macarons de Naples ! — Or çà, petit, que je goûte avec le doigt ta truite à la sauce ! Drôle ! il manque des épices dans ton poisson d’avril.
« N’est-ce pas la Marion Delorme au bras du duc de Longueville ? Trois bichons la suivent en jappant. Elle a de beaux diamants dans les yeux, la jeune courtisane ! — Il a de beaux rubis sur le nez, le vieux courtisan ! »
*
Et le raffiné se panadait le poing sur sa hanche, coudoyant les promeneurs et souriant aux promeneuses. Il n’avait pas de quoi dîner ; il acheta un bouquet de violettes.
Bref 😀 je compte commencer aussi Les Poèmes saturniens
Sur les rochers de Chevremorte
Ce n'est point ici qu'on respire la mousse des chênes, et les bourgeons du peuplier, ce n'est point ici que les brises et les eaux murmurent d'amour ensemble.
Aucun baume, le matin, après la pluie, le soir, aux heures de la rosée; et rien pour charmer l'oreille que le cri du petit oiseau qui quête un brin d'herbe.
Désert qui n'entend plus la voix de Jean-Baptiste, désert que n'habitent plus ni les hermites ni les colombes !
Ainsi mon âme est une solitude où, sur le bord de l'abîme, une main à la vie et l'autre à la mort, je pousse un sanglot désolé.
Le poète est comme la giroflée qui s'attache frêle et odorante au granit, et demande moins de terre que de soleil.
Mais hélas ! je n'ai plus de soleil, depuis que se sont fermés les yeux si charmants qui réchauffaient mon génie !
22 juin 1832.
Le nain
J’avais capturé de mon séant, dans l’ombre de mes courtines, ce furtif papillon, éclos d’un rai de la lune ou d’une goutte de rosée.
Phalène palpitante qui, pour dégager ses ailes captives entre mes doigts, me payait une rançon de parfums !
Soudain la vagabonde bestiole s’envolait, abandonnant dans mon giron, — ô horreur ! — une larve monstrueuse et difforme à tête humaine !
— « Où est ton âme, que je chevauche ! — Mon âme, haquenée boiteuse des fatigues du jour, repose maintenant sur la litière dorée des songes. »
Et elle s’échappait d’effroi, mon âme, à travers la livide toile d’araignée du crépuscule, par-dessus de noirs horizons dentelés de noirs clochers gothiques.
Mais le nain, pendu à sa fuite hennissante, se roulait comme un fuseau dans les quenouillées de sa blanche crinière.
Le Raffiné
« Mes crocs aiguisés en pointe ressemblent à la queue de la tarasque, mon linge est aussi blanc qu’une nappe de cabaret, et mon pourpoint n’est pas plus vieux que les tapisseries de la couronne.
« S’imaginerait-on jamais, à voir ma pimpante dégaîne, que la faim, logée dans mon ventre, y tire — la bourelle ! — une corde qui m’étrangle comme un pendu !
« Ah ! si de cette fenêtre, où grésille une lumière, était seulement tombée dans la corne de mon feutre une mauviette rôtie au lieu de cette fleur fanée !
« La place Royale est ce soir, aux falots, claire comme une chapelle ! — Gare la litière ! — Fraîche limonade ! — Macarons de Naples ! — Or çà, petit, que je goûte avec le doigt ta truite à la sauce ! Drôle ! il manque des épices dans ton poisson d’avril.
« N’est-ce pas la Marion Delorme au bras du duc de Longueville ? Trois bichons la suivent en jappant. Elle a de beaux diamants dans les yeux, la jeune courtisane ! — Il a de beaux rubis sur le nez, le vieux courtisan ! »
*
Et le raffiné se panadait le poing sur sa hanche, coudoyant les promeneurs et souriant aux promeneuses. Il n’avait pas de quoi dîner ; il acheta un bouquet de violettes.
Bref 😀 je compte commencer aussi Les Poèmes saturniens