Nourri dès le berceau près de la jeune Orante,
Et non moins par le coeur que par le sang lié,
A ses jeux innocents enfant associé,
Je goûtais les douceurs d’une amitié charmante :
Quand un faux Esculape, à cervelle ignorante,
A la fin d’un long mal vainement pallié,
Rompant de ses beaux jours le fil trop délié,
Pour jamais me ravit mon aimable parente.
Ah! qu’un si rude coup me fit verser de pleurs!
Bientôt, la plume en main, signalant mes douleurs,
Je demandais raison d’un acte si perfide.
Oui, j’en fis dès quinze ans ma plainte à l’univers:
Et l’ardeur de venger ce barbare homicide
Fut le premier démon qui m’inspira des vers.
Nicolas Boileau, Poésies
Soupirs épars, sanglots en l’air perdus
Théodore Agrippa d'Aubigné
Soupirs épars, sanglots en l’air perdus,
Témoins piteux des douleurs de ma gêne,
Regrets tranchants avortés de ma peine,
Et vous, mes yeux, en mes larmes fondus,
Désirs tremblants, mes pensers éperdus,
Plaisirs trompés d’une espérance vaine,
Tous les tressauts qu’à ma mort inhumaine
Mes sens lassés à la fin ont rendus,
Cieux qui sonnez après moi mes complaintes,
Mille langueurs de mille morts éteintes,
Faites sentir à Diane le tort
Qu’elle me tient, de son heur ennemie,
Quand elle cherche en ma perte sa vie
Et que je trouve en sa beauté la mort !
Théodore Agrippa d’Aubigné, L’Hécatombe à Diane
Sur la mort du Roi Louis XIII
Pierre Corneille
Sous ce marbre repose un monarque sans vice,
Dont la seule bonté déplut aux bons François,
Et qui pour tout péché ne fit qu’un mauvais choix
Dont il fut trop longtemps innocemment complice.
L’ambition, l’orgueil, l’audace, l’avarice,
Saisis de son pouvoir, nous donnèrent des lois ;
Et bien qu’il fût en soi le plus juste des rois,
Son règne fut pourtant celui de l’injustice.
Vainqueur de toutes parts, esclave dans sa cour,
Son tyran et le nôtre à peine perd le jour,
Que jusque dans la tombe il le force à le suivre.
Jamais de tels malheurs furent-ils entendus ?
Après trente-trois ans sur le trône perdus,
Commençant à régner, il a cessé de vivre.
Pierre Corneille
Tombeau
Stéphane Mallarmé
Le noir roc courroucé que la bise le roule
Ne s’arrêtera ni sous de pieuses mains
Tâtant sa ressemblance avec les maux humains
Comme pour en bénir quelque funeste moule.
Ici presque toujours si le ramier roucoule
Cet immatériel deuil opprime de maints
Nubiles plis l’astre mûri des lendemains
Dont un scintillement argentera la foule.
Qui cherche, parcourant le solitaire bond
Tantôt extérieur de notre vagabond –
Verlaine ? Il est caché parmi l’herbe, Verlaine
À ne surprendre que naïvement d’accord
La lèvre sans y boire ou tarir son haleine
Un peu profond ruisseau calomnié la mort.
Stéphane Mallarmé
Les funérailles
José-Maria de Heredia
Vers la Phocide illustre, aux temples que domine
La rocheuse Pytho toujours ceinte d’éclairs,
Quand les guerriers anciens descendaient aux enfers,
La Grèce accompagnait leur image divine.
Et leurs Ombres, tandis que la nuit illumine
L’Archipel radieux et les golfes déserts,
Écoutaient, du sommet des promontoires clairs,
Chanter sur leurs tombeaux la mer de Salamine.
Et moi je m’éteindrai, vieillard, en un long deuil ;
Mon corps sera cloué dans un étroit cercueil
Et l’on paîra la terre et le prêtre et les cierges.
Et pourtant j’ai rêvé ce destin glorieux
De tomber au soleil ainsi que les aïeux,
Jeune encore et pleuré des héros et des vierges.
José-Maria de Heredia, Les Trophées
La Mort des artistes
Charles Baudelaire
Combien faut-il de fois secouer mes grelots
Et baiser ton front bas, morne caricature ?
Pour piquer dans le but, de mystique nature,
Combien, ô mon carquois, perdre de javelots ?
Nous userons notre âme en de subtils complots,
Et nous démolirons mainte lourde armature,
Avant de contempler la grande Créature
Dont l’infernal désir nous remplit de sanglots !
Il en est qui jamais n’ont connu leur Idole,
Et ces sculpteurs damnés et marqués d’un affront,
Qui vont se martelant la poitrine et le front,
N’ont qu’un espoir, étrange et sombre Capitole !
C’est que la Mort, planant comme un soleil nouveau,
Fera s’épanouir les fleurs de leur cerveau !
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857
Pour le poème de Charles Cros : Sorte de monologue poétique, poème noir d'un amant éconduit qui désespère jusqu'à l'idée d'en finir.
wow!!! merci beaucoup! cela va me permettre de finir avant la fin des vacances!!!
Voilà une bonne nouvelle !
je suis sur le point de rédiger la Préface des préfaces, celle qui va introduire l’anthologie, je voudrais savoir si ce serait possible d'en faire un poème? (je veux dire sans que ça fasse bizarre, ou je ne sais pas si "on a le droit" dans l’absolue scolaire…)
voilà, je trouvais ça plus intéressant et pas complètement hors sujet… mais bon je me méfie toujours 😀
merci
Pourquoi pas. L'originalité est permise si tu es convaincant et à l'aise …
Et s'il fallait pour vivre réfléchir à la mort
S'il fallait pour sourire essuyer tous les pleurs
S'il fallait pour chanter psalmodier ses douleurs
Et s'il fallait trouver les mots pour passeport.