L’ordre des mots en allemand

Langues vivantes

16 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous les membres germanistes.
J'aimerais savoir comment s'explique historiquement l'usage qui consiste à "rejeter" en fin de proposition les infinitifs dépendant, les participes, les préverbes dans certains cas, et même les verbes à un mode personnel dans les subordonnées.
Ma question n'est pas d'ordre pratique ; il est donc inutile de me faire un "cours" de grammaire !
Merci d'avance.
N'est-ce pas un peu la même chose en latin ? J'ai lu dans une grammaire allemande ancienne, exemples à l'appui, que les grandes et belles périodes latines, telles qu'on peut les rencontrer chez César ou Cicéron, se superposaient parfaitement à leurs équivalents littéraires allemands actuels, notamment par le rejet du verbe de la subordonnée à la fin de la phrase. Caesar, cum … vidisset, …pontem institui jussit. (C'est bien sûr une phrase de mon invention, je n'ai pas pu mettre la main sur la grammaire en question.)
Oui, mais en latin, l'ordre des mots est malgré tout libre tandis qu'en allemand, il est très codifié. Comment imaginer d'autre part que la langue orale ait pu être influencée par le latin, langue savante, et qui en outre n'est pas à l'origine de l'allemand ?
Il y a quand même quelque chose qui m'étonne, méthodologiquement parlant, dans votre question. Vous semblez penser que c'est le non-rejet terminal du verbe qui est la normale dans les langues indo-européennes et que la structure de l'allemand est une étonnante curiosité, ou anomalie qui s'est établie par étapes au fil du temps. Vous pourriez tout aussi bien vous demander d'où provient le non-rejet verbal en français, qui, lui, descend bien du latin, qui le pratiquait, même dans le registre populaire… (Il vous faut alors rechercher du côté des langues celtiques, peut-être le gaulois ne pratiquait-il pas le rejet ? L'étonnante avancée de la connaissance du gaulois ces dernières années doit permettre de le savoir, qui sait ?)
Si je vous dis que le rejet est la normale, qui se constate et ne s'explique que par l'hérédité, en allemand comme en d'autres langues, cela vous convient-il ?
Depuis Saussure et Benveniste, on sait que les systèmes linguistiques sont arbitraires et qu'il n'y aucune relation "naturelle" entre un peuple et sa langue… Qu'appelez-vous ici "hérédité" ?
En fait le français et l'allemand reposent sur deux systèmes syntaxiques différents.
En allemand, presque toujours, le déterminant précède le déterminé. On le voit dans le groupe nominal où l'adjectif épithète précède toujours le nom.

On le voit dans des propositions dites participiales telles que : das im Bett schafende Kind , où le participe présent est intégré dans un seul groupe nominal.
Ce qu'on traduirait par : l'enfant dormant dans le lit. En allemand : le dans le lit dormant enfant.

Et ce principe induit cette structure dite régressive de la phrase allemande. Alors que la syntaxe française est dite progressive.

Ainsi, on considère qu'un groupe infinitif montre la structure " normale", inhérente de l'allemand:

Tennis spielen. Früh aufstehen. Ins Bett gehen.

La place normale de l'infinitif est à la fin ( ce n'est pas un phénomène de rejet) parce qu'il est déterminé par des éléments déterminants ( compléments ) qui sont automatiquement placés avant lui.

On retrouve cette structure dite normale et regressive dans toute subordonnée/ - dass er ins Bett geht
- weil wir früh aufstehen wollen.


En fait, le déplacement du verbe conjugué vers la deuxième place dans une principale ou phrase autonome est pour ainsi dire ce qui va à l'encontre de la structure de base. Ainsi, toute forme verbale non conjuguée ( particule verbale, participe passé, ou infinitif) reste dans une principale à la fin, à sa place de base, tandis que le verbe conjugué se déplace vers la deuxième place, indiquant une énonciative.
Merci de vos explications. Et en est-il ainsi dès l'origine de l'allemand ?
D'une certaine façon , oui. En ancien haut-allemand, cette syntaxe est moins rigide que dans la langue moderne.
Ainsi, le verbe conjugué peut se trouver en première place même dans une énonciative, bien qu'on le trouve souvent en deuxième place.

Cette tournure existe toujours en poésie : Sah ein Knab´ ein Röslein stehn….
( premier vers du célèbre poème de Goethe : Heidenröslein = Petite rose de la lande…)

De même la position finale du verbe dans les subordonnées apparaît déjà mais n'est pas encore obligatoire. Ce phénomène va se généraliser et se fixer petit à petit vers le moyen haut allemand.

En ancien haut allemand, la structure de la phrase était moins rigide ( la place des différents termes plus mobile) car il y avait plus de cas. Ainsi l.infinitif se déclinait.
Avec la disparition de certains aspects de déclinaison s'est développée une plus grande rigidité de la syntaxe.

Avec le début de l'allemand dit moderne ( époque de Luther) , ce principe du déterminant précédant le déterminé s'est vraiment fixé cependant que les phrases sont devenues de plus en plus longues et complexes dans la langue écrite ( recours à de nombreuses subordonnées)
En ancien haut allemand, les phrases étaient courtes , souvent juxtaposées.
J'aimerais reprendre la question initiale de M. Jacques et la réponse de Codrila (évoquant Luther) sur l'origine disons historique de la structure dite "régressive". La fixation grammaticale de cette structure est-elle le fruit d'une reprise plus ou moins artificielle de modèles tirés de langues anciennes, et est-elle donc le fait de grammairiens ou d'auteurs faisant oeuvre de grammairiens, dictant en quelque sorte des règles à des fins d'uniformisation de la langue? Et si oui, existe-t-il des documents attestant cette démarche?
Merci.
M. Couffon
Cette idée que la structure syntaxique de l'allemand était essentiellement empruntée au latin a en effet prévalu longtemps.

Si l'influence du latin ( du fait des nombreuses traductions) est indéniable, il semble cependant que les chercheurs en linguistique diachronique ne pensent plus que ce soit l'élément prépondérant. Ils sont d'avis que cette évolution vers une structure syntaxique assez rigide est due à une évolution interne et propre à la langue allemande.

Pour faire bref: au Moyen-âge, l'ancien haut allemand et encore le moyen haut allemand présentaient essentiellement les caractères d'une langue synthétique ( caractère propre aux langues flexionelles). L'évolution de la langue marque un abandon progressif de certaines formes casuelles, l'apparition d'éléments analytiques , le recours plus féquent aux prépositions, le recours aux verbes auxiliaires …

D'où ce que je signalais plus haut, à savoir que l'ancien haut allemand avait une structure syntaxique beaucoup plus libre. Selon les linguistes germanistes actuels, ce serait surtout cette évolution interne de la langue, donnant une place moins importante à l'aspect synthétique qui aurait rendu nécessaire une plus grande rigidité de la syntaxe, donc une place imposée au verbe.

Le latin , lui, est au contraire extrêmement synthétique.

En résumé, cette structure récessive était déjà possible en ancien haut allemand mais gardait un caractère non obligatoire car l'aspect synthétique donnait à la constitution des morphèmes l'aspect important pour permettre la transmission du sens,tandis que plus tard avec l'accroissement des éléments analytiques, la langue a nécessité une construction syntaxique plus rigoureuse.

On est loin aujourd'hui de cette vision qui attribuait à quelques grammairiens inspirés par le latin un rôle actif de réformateurs de la langue.


Remarque : si j'ai parlé de Luther, c'était pour situer une époque…
En parcourant de nouveau les pages du site, je m'aperçois que je n'ai pas remercié Codrila pour sa réponse précise à ma question. Je le fais aujourd'hui avec un considérable retard, en le priant d'excuser ce qui pourrait apparaître comme une marque de discourtoisie. Bien sincèrement et, une fois encore, avec toutes mes excuses. M. Couffon
C'est gentil, mais deux ans après …
Mieux vaut tard que jamais🙂 Quant à moi c'est très rare qu'on me dise "merci", par conséquent ma disposition de donner un coup de pouce se refroidit nettement😞
Quelques soucis familiaux m'ont en effet obligé à négliger un peu, pendant deux ans, certains de mes centres d'intérêts professionnels. Si l'on veut bien, j'aimerais reprendre la question déjà bien défrichée par les spécialistes qui ont eu l'amabilité de me répondre.
Dans le contexte de cette fameuse structure dite "régressive", je n'ai jamais très bien compris pourquoi, selon la règle dite (sans doute à tort) du "double infinitif", l'auxiliaire conjugué des temps composés se plaçait en tête du groupe verbal (dass er nicht hat kommen können). Et j'aimerais également savoir pourquoi (sauf erreur de ma part) l'ensemble des grammaires précisent qu'il s'agit de l'auxiliaire des temps composés du passé, alors que cela est également le cas au futur (dass er nicht wird kommen können).
Merci à ceux qui pourrait éclairer la lanterne d'un germaniste dont la spécialité n'était pas la linguistique.
M. Couffon
Là vous abordez le probléme du "Ersatzinfinitiv" qui remplace - au passé composé - le participe du passé. Si au présent un verbe est construit avec un infinitif dans
"Ich höre Dich atmen "
cet infinitif est conservé même au passé, par conséquent
" Ich habe dich atmen gehört" qui est grammaticalement correct devient
"Ich habe Dich atmen hören"
qui est incorrect théoriquement, mais cette infraction à la règle est depuis longtemps approuvée par les grammairiens puisque cet emploi suit le sens de la langue et non la grammaire.

Je vous conseille de construire vous-même des phrases similaires avec les verbes de
müssen, können, dürfen, lassen, wollen, sollen, mögen, brauchen, sehen et hören. Qui prennent tous un soi-disant Ersatzinfinitf au passé.

Des exemples:
Ich sehe Dich laufen
Ich habe Dich laufen gesehen
(qui ne serait pas aussi inhabituel)
Ich habe Dich laufen sehen

ou bien
Ich will Dich anrufen
Ich habe Dich anrufen gewollt
(correct mais atroce)
Ich habe Dich anrufen wollen

Ich darf essen
Ich habe essen gedurft
(correct mais sonne faux)
Ich habe essen dürfen
Certes,et j'ai enseigné cela pendant près de quarante ans. Ma question portait sur la place de l'auxiliaire haben, sein ou werden dans les dépendantes dans le cas de ce "double infinitif". Pourquoi cet auxiliaire n'est-il pas placé en fin de proposition? (…weil er das nicht HAT sagen dürfen). Ce qui rejoint peut-être d'ailleurs la position du verbe conjugué dans une dépendante du type: als hätte er das nicht sagen dürfen.
Il est remarquable d'ailleurs que les grammaires, tant celles rédigées en allemand que celles rédigées en français, énoncent ces règles (qui correspondent bien aux réalités de la langue et que l'on enseigne telles quelles) sans jamais fournir d'explication sur les raisons de ces constructions particulières.
Merci d'avance.