ENS Ulm - Score minimal d’admission
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Bonjour à tous,
J'ai plusieurs questions à poser concernant le score minimal d'admission. En 2 points :
1)
Avec les résultats d'oraux de khâgneux récemment admis, on n'atteint « qu'un » total de 325 et quelques. Cependant, j'ai pu lire dans les rapports des sessions de 1997, 1998, et 1999 que le total du dernier admis s'élevait à plus de 340.
Pourquoi une telle différence ? Est-ce que l'affectation des coefficients a changé de 1999 à 200* ?
Les rapports des sessions récentes ne diffusent pas les totaux des admis : le dernier admis s'approche plutôt de 300 ou de 350 ; quel est le score moyen d'admission ?
2)
Avec les témoignages que je lis ici, je n'arrive pas à savoir s'il est préférable d'avoir une note moyenne mais honorable partout, ou d'alterner des 3 et des 18.
D'après votre expérience, est-il plus sûr d'avoir 11/12 à toutes les matières ? Ou de rattraper des 3 (en langue ancienne par exemple) avec des notes à +15 ?
Même si ces 2 types de performances s'équivalent un peu à terme (le 18 est affaibli par le 3), laquelle en pratique a donné les meilleures résultats ?
Vous remerciant d'avance.
Quelle drôle de question !
Comme si on peut choisir d'alterner les 3 et les 18, ou d'avoir 12 ou 15 dans un concours !
On fait pour le mieux, voilà tout.
On essaie d'avoir la meilleure note possible dans toutes les matières.
Non, mais franchement, qu'est-ce que ces comptes d'apothicaire ?
La question n'est pas très bien comprise.
1)
Certains khâgneux du côté de chez moi assument leur faible niveau dans telle ou telle matière qu'ils délaissent au profit de matière où ils sont talentueux et brilleront presque à coup sûr.
J'aimerais savoir ce qu'une telle stratégie a donné sur le terrain.
2)
Demander le score minimal d'admission…pour savoir où on en est, c'est quand même utile.
1/ Aucun intérêt : la note minimale pour l'admissibilité ou l'admission change tous les ans. C'est un concours, que l'on mette la moyenne à 18 ou à 4 n'a pas vraiment d'importance puisque c'est le classement qui joue -en réalité, ça a une légère importance, mais si légère que nous ne nous y arrêterons pas-.
Par ailleurs, la façon de noter n'est pas la même en cours d'une khâgne et pour le concours. Quand on a la meilleure note en khâgne, on obtient généralement 13-15; au concours, la meilleure note s'élève à 19-20.
2/ Tous les profils existent. Ceux qui sont généralistes, ceux qui sont spécialistes, etc. En réalité, la sélection est tellement drastique que même les généralistes doivent avoir d'excellentes notes et qu'un 20 dans une matière ne suffit pas à intégrer. Par ailleurs, on sait rarement quand on est bon si l'on est bon à 15 ou bon à 20, et quand on est mauvais si on l'est à 9 ou à 4, or, entre les deux, il y a 5 points… Dès lors, on ne peut ni compter totalement sur ses matières fortes, ni abandonner ses matières faibles puisqu'il s'agit de prendre ces cinq points sur chaque matière
En résumé, bien que je puisse comprendre la fascination pour les chiffres, ces réflexions sont inutiles. Ce qu'il faut avoir en tête, c'est qu'il faut faire au mieux dans toutes les matières. Ce au mieux, ça veut parfois dire 7-8 (parfois même 2) et parfois 20.
COmbray a écrit :
Certains khâgneux du côté de chez moi assument leur faible niveau dans telle ou telle matière qu'ils délaissent au profit de matière où ils sont talentueux et brilleront presque à coup sûr.
J'aimerais savoir ce qu'une telle stratégie a donné sur le terrain.
Je ne me prendrais pas la tête avec ça si j'étais toi 🙂
Les notes du concours diffèrent souvent de celles de khâgne et l'on est jamais à l'abris d'une mauvaise surprise dans les matières où l'on pensait exceller…comme d'une bonne dans celle où l'on était moins bon.
Faire pour le mieux, c'est la seule chose qui importe, en y allant à fond sur ta spécialité et sur tes points forts et en limitant la casse sur les point faibles.
COmbray a écrit :
… je n'arrive pas à savoir s'il est préférable d'avoir une note moyenne mais honorable partout, ou d'alterner des 3 et des 18.
Malgré les réactions négatives, c'est une bonne question. 🙂
En effet, même si on ne peut pas vraiment choisir, on peut quand même décider de consacrer plutôt son énergie à remonter ses matières faibles,
ou à devenir encore meilleur là où on est déjà bon.
Autrefois, la deuxième stratégie était de loin la meilleure. En effet, jusqu'en 2008/2009 environ, les moyennes d'écrit étaient très faibles (de l'ordre de 5,5 dans la plupart des matières). Par conséquent, être nul (et avoir 2/20) ne coûtait que quelques points par rapport aux autres, tandis qu'être excellent (et avoir 18) faisait une énorme différence positive. J'ai appliqué sans complexe cette stratégie, qui m'a permis d'intégrer (dans les 15 premiers) avec 3/20 à l'écrit comme à l'oral dans une matière que je détestais et que je ne travaillais pas du tout.
Mais, à la fin des années 2000, un changement radical a été adopté : désormais, les paquets de copies sont notés de façon que la moyenne soit toujours de 10. En conséquence, les très mauvaises notes coûtent désormais plus cher. Il vaut donc mieux avoir un profil généraliste, d'autant que passer de très bon (16/20) à exceptionnel (20/20) est souvent plus dur que de remonter de nul (2/20) à passable (8/20).
@Jean-Luc Picard : Je soupçonnais les changements introduits par la nouvelle notation -et dans l'autre sens également, à savoir qu'un 20 est plus facile à obtenir qu'avant et donc tasse aussi entre les 20-30 meilleures notes- mais je ne pensais pas que cela puisse impliquer une nouvelle stratégie. Intéressant !
Cela dit, je maintiens mon propos. Notamment, parce que je crois qu'on peut distinguer a posteriori des profils, mais que c'est plus difficile a priori. Par exemple, je pensais avoir un profil avec avec 1 ou 2 matières très fortes, une matière très faible et le reste correct. En réalité, mes notes sont plutôt bien équilibrées et, d'ailleurs, je n'ai pas les mêmes notes à l'écrit et à l'oral. Je n'ai pas spécialement eu l'impression sur le moment d'avoir un accident ou d'être meilleur que d'habitude, et pourtant j'ai eu de meilleures notes dans ma matière très faible que dans une de mes matières fortes…
Je suis donc assez réticent à l'idée de prévoir ses notes ou son type de profil a priori -même si je ne doute pas que ces profils puissent parfois exister- et je pense qu'il y a difficilement une loi à établir… On peut, par la suite, essayer de voir ce qui nous a fait réussir ou rater, mais ça n'est, me semble-t-il, que du réchauffé, difficile à exploiter de surcroît.
Merci beaucoup pour vos réponses.
Mais je n'avais pas l'ambition d'établir une loi, ou même une règle, statistique.
Pour la session 2015, le coefficient de l'oral est changé: l'option passant à *5 et les autres matières à *3.
Les associations de professeurs CPGE s'y sont d'ailleurs (fortement ?) opposé. Tout est expliqué là:
https://appelcle.unblog.fr/files/2013/02/evolutions-concours-ulm-02_2013.doc
3)
Eu égard à ce changement pour la phase d'admission, d'autant que l'oral n'est pas touché par 'l"effet BEL", la stratégie être meilleur là où on est déjà bon redevient-elle la plus efficace?
Si l'écrit oblige un profil généraliste, mais dont les lacunes se dissimulent plus facilement, qu'en est-il de l'oral à partir de 2015 ?
Je ne parle pas d'autoévaluation, seulement d'efforts et de la rétribution de ces efforts.
Si l'écrit oblige un profil généraliste, mais dont les lacunes se dissimulent plus facilement, quand est-il de l'oral à partir de 2015 ?
Les lacunes se dissimulent plus facilement à l'écrit ?
Je dirais plutôt qu'une aisance et une habileté langagière acquises de longue date par certains pour des raisons sur lesquelles je préfère passer permettent de briller à moindres frais.
Laoshi a écrit : Je dirais plutôt qu'une aisance et une habileté langagière acquises de longue date par certains pour des raisons sur lesquelles je préfère passer permettent de briller à moindres frais.
Pourriez-vous préciser votre propos, je vous prie ? Exceptées les langues vivantes (et anciennes),
je ne crois pas au poids des origines sociales. Etre admissible, c'est déjà "quelque chose". N'importe qui n'est pas admissible. Ce que je veux dire, c'est que les admissibles ont globalement tous les mêmes connaissances, le même fond culturel, les mêmes techniques méthodologiques des épreuves lorsqu'ils passent les oraux. Bref, ils ont presque tous les mêmes capacités pour répondre aux attentes du concours.
Réussir les oraux relève aussi bien du travail, de l'intelligence, de la chance (les admis et les recalés des oraux vous diront tous la même chose)…et de la personnalité. A niveau égal, s'il y a un élément-clé qui fait la différence, c'est bien le sens de la communication, la présence d'esprit, la motivation, la confiance, le charisme/le charme - ce qu'on appelle "la tchatche". Et la personnalité, c'est bien un élément psychologique individuel.
Bref, tout ça pour rassurer les candidats qui passeraient par là, qu'ils aient confiance en eux et soient motivés, qu'ils soient eux-mêmes pendant les 30 minutes réglementaires des oraux des ENS.
D'ailleurs, si les filles admissibles ont proportionnellement moins de chance d'être admise, c'est parce que, individuellement, faut bien dire que ce sont des filles, hein !
Ou alors… "le sens de la communication, la présence d'esprit, la motivation, la confiance, le charisme/le charme - ce qu'on appelle "la tchatche"" seraient des produits sociaux ?! Bon Dieu, il y aurait peut-être même un bouquin à faire là-dessus ! J'ai déjà une idée pour le titre…
Bonsoir, j'ai suivi la discussion avec intérêt et je me permets d'intervenir sur cette question intéressante.
Oui, le travail et l'intelligence sont les éléments qui entrent le plus en compte. Je m'accorde également à dire qu'à niveau égal, ce que vous appelez le "sens de la communication" fait la différence.
Néanmoins, je pense que ce que vous appelez la "tchatche" (le terme me paraît inapproprié ici) qui fonctionne à l'ENS et dans les grandes écoles a bien quelque chose à voir avec l'origine sociale, fût-ce de loin. Il ne s'agit pas tant de tchatche - terme qui évoque le bagou - que de rhétorique et de confiance en ce que l'on dit.
Ce sont autant d'éléments facilités par un contexte social aisé où d'une part, l'habitude d'un discours formel et structuré est plus forte, et d'autre part où la réussite est plus fréquente, ce qui favorise la confiance car on se trouve dans la norme. La maîtrise du discours a toujours été l'apanage des milieux plus aisés.
Je pense donc que cette qualité est, empiriquement, bien moins souvent le fruit d'une personnalité particulière que d'un contexte social favorable. Nier ou minimiser le poids de ces différences à l'oral à au motif que "s'ils ont réussi l'écrit c'est qu'ils sont tous à peu près également bons et qu'ils ont le même fond culturel et donc les mêmes chances à l'oral" est à mon avis un peu optimiste. Premièrement, passer la barre de l'écrit relève du faisable en travaillant très sérieusement. La barre de l'oral est tout de même au-dessus, d'où des étudiants qui échouent deux fois. Puis deuxièmement, à l'écrit, on peut se cacher derrière sa copie. Dans le pire des cas, on pourra être jugé négativement sur notre style, mais c'est tout. A l'oral en revanche, impossible de se cacher. Notre qualité d'expression, notre charisme revêtent une importance plus grande qu'à l'écrit et les obstacles psychologiques de confiance en soi sont parfois difficiles à surmonter.
Ca n'est que mon avis, mais j'ai passé le concours l'an dernier, j'ai donc un peu de vécu quant au ressenti et aux profils qui réussissent le mieux l'oral - pas nécessairement au concours mais déjà en khôlle et durant l'année à travers leurs interventions. Entendons-nous: ce que je veux dire, c'est qu'à mon sens il faut considérer ces facteurs sociaux comme des facilitateurs à l'oral, en aucun cas qu'il est impossible d'intégrer en n'ayant pas des parents cadres sup'. Je suis au courant de la forte proportion de candidats sans arrière-plan social particulièrement favorable et je m'en réjouis, c'est bien pour cela que les CPGE ont été créées, pour la méritocratie et rien d'autre.
Edit: je n'avais pas vu la réponse d'Artz. Pour couper court à toute spéculation, je ne suis pas un pourfendeur/dénonciateur d'une classe dominante blablabla, je rentre même davantage dans la catégorie des "chanceux". Mon avis n'est donc pas guidé par la passion ou le ressentiment.
SPQR, je souscris à tout ce que tu dis, évidemment.
Et oui, je dois avouer que j'ai un peu de ressentiment : si j'ai bien compris, Bouledepapier est normalien, et je pensais que les écrits de Bourdieu étaient relativement indiscutés au moins sur le propos très général…
Ta forme de discours est bien plus convenable que la mienne, cela dit, puisqu'elle prend le temps de discuter sérieusement la question. La question dans toute sa brutalité, c'est : puisque tous les candidats admissibles ont la même méthodologie, la même connaissance de la littérature, de l'histoire et tutti quanti, bref, puisque ce sont de bons khâgneux, qu'est-ce qui fait la différence ? Ce qu'ils n'ont pas appris en khâgne. Evidemment, derrière ce blah blah général, il y a les parcours individuels, toujours plus complexes.
Ah, et puis, je suis aussi fils d'agrégé, hein… Donc "chanceux" aussi. Mais je crois qu'il faut connaître sa chance, pas pour battre sa coulpe mais pour comprendre et affronter les problèmes des moins chanceux. Il ne s'agit pas de pourfendre une classe dominante, il s'agit de comprendre les rapports de domination pour agir sur eux -la structure, pas les hommes-.
Pourriez-vous préciser votre propos, je vous prie ? Exceptées les langues vivantes (et anciennes), je ne crois pas au poids des origines sociales
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Certainement, Bouledepapier, je peux préciser mon propos tant le vôtre me met en colère, et même avec exemples à l'appui, si je ne craignais de trop étaler ma vie sur un tel forum.
Commencez par compter le nombre d'enfants d'ouvriers que l'on trouve dans les classes préparatoires. Notamment dans les classes prestigieuses de la capitale qui envoient des bataillons à Ulm. (Et plus précisément les enfants d'ouvriers
provinciaux).
Il fut un temps où l'existence même des CPGE leur était inconnue, et pour ma part j'y suis arrivée par le plus grand des hasards.
Vous écrivez :
Etre admissible, c'est déjà "quelque chose". N'importe qui n'est pas admissible
Assurément. Mais être admissible, ce n'est pas être admis.
Et sans doute ne m'avez-vous pas bien lue, car il était question non de l'écrit, mais de
l'oral.(Je ne comprends pas d'ailleurs ce que viennent faire les langues anciennes là-dedans…)
Tel élève, classé parmi les premiers à l'écrit peut perdre un nombre considérable de places à l'oral.
L'écrit est anonyme, il laisse du temps à la réflexion, à l'expression de cette réflexion.
On y est seul face à sa copie. Pas d'intermédiaire entre ses connaissances et l'écriture.
L'oral demande d'autres qualités, et malheureusement le paraître peut y supplanter l'être, ne vous a-t-on jamais enseigné cela ?
Vous écrivez encore :
Ce que je veux dire, c'est que les admissibles ont globalement tous les mêmes connaissances, le même fond culturel,
Le même fond culturel, vraiment ?
Non, Bouledepapier.
La culture, ce n'est pas seulement ce qu'on apprend à l'école, mais aussi comme le disait très bien Artz, ce qui est
derrière et ce depuis la naissance : des habitudes, un comportement, une façon de s'exprimer, un accent même.
C'est à cela que je pensais lorsque je parlais d'aisance et d'habileté langagière.
Il est plus facile de s'exprimer parmi ses pairs que si l'on se trouve devant un jury auquel on se sent étranger, et disons-le carrément, si l'on est un tantinet complexé.
Bien sûr, et heureusement, il est des personnalités brillantes qui font abstraction de leurs origines et dont l'intelligence est telle qu'elles s'adaptent à tout et réussiront quel que soit le contexte. Ce sont les meilleurs. Ils ont un tempérament d'exception. J'en ai connu, mais peu.
Cela étant, l'année où mon fils a réussi à la fois Ulm et Polytechnique, les deux autres admis de sa classe étaient enfants d'anciens élèves de grandes école de commerce et d'un chirurgien réputé.
Lui-même a une mère agrégée et un père ingénieur, et lorsque je l'ai interrogé sur l'origine sociale des élèves de sa promotion, la réponse était assez éloquente.
Idem pour ma fille qui a intégré une grande école de commerce.
Alors écrire en gras
je ne crois pas au poids des origines sociales peut certes laisser à penser que vous avez des raisons pour le faire, mais dément un peu la réalité des statistiques.
Je vous remercie Gabiana d’avoir détaillé vos propos. Un peu surpris, je clarifie ma position :
1) bien sûr que je ne nie pas le rôle des origines sociales dans la réussite aux concours d’entrée, filière littéraire, aux ENS
2) mais à votre différence, pour moi, le rôle des origines sociales est mesuré/limité lors des épreuves orales aux ENS. Quand je dis que tout le monde n’est pas admissible, cela signifie qu’il y a un déjà écrémage lors des écrits ; et lors des écrits, les origines sociales peuvent faire la différence (je reviendrai sur le fait que les écrits sont plus durs que les oraux).
3) Ce qui me pose problème, c’est que vous semblez accorder une importance prépondérante à « l’aisance et l’habileté langagière », du moins égale par rapport au travail et à l’intelligence. C’est d’une part, minimiser et mépriser la formation que constitue la classe préparatoire. D’autre part, dois-je rappeler que les 20 min d’exposé et 10 min de questions aux oraux des ENS ne sont pas des discussions mondaines, ni des recrutements professionnels de boîtes privées, et encore moins des shows de culture générale ? 🙂
Les jurys des ENS attendent des candidats qu’ils connaissent la méthodologie des oraux, qu’ils maîtrisent le vocabulaire scientifique de chaque discipline, et qu’ils construisent une raisonnement simple et progressif, répondant à une problématique initiale.
Maintenant, j’en viens au contexte à partir duquel je me positionne, car votre vision, Gabiana, me semble un peu dépassée (je rappelle que je ne nie nullement le rôle des origines sociales) :
I Structure de la formation de la classe préparatoire, faite pour préparer aux ENS (je ne reviens pas là-dessus, il suffit de consulter le BO)
II Réformes récentes des concours d’entrée aux ENS
a) réformes des épreuves écrites. Les écrits des ENS se font à partir de programmes délimités précis. Tous les candidats bachotent et acquièrent la même méthodologie et globalement les mêmes connaissances pendant une année pour réussir les écrits.
b) réformes de certaines épreuves orales. Exemple de l’épreuve de culture littéraire de l’ENS de Lyon – jugée trop discriminante et politiquement incorrecte - supprimée et remplacée par une épreuve dite de « sciences humaines » (commentaires de 6 ouvrages de sciences humaines)
c) objectifs de ces réformes : éviter toute discrimination sociale, favoriser la réflexion et la maturité personnelles des candidats sur « le peu » connaissances acquises en prépa (ouf, on ne lit plus Montaigne !)
III Diffusion de la culture grâce à la révolution numérique
a) de base, accès aux rapports des ENS très instructifs en ligne (les candidats des années 1980-1990 n’avaient peut-être pas cette chance)
b) accès en ligne aux articles scientifiques (Persée, Fabula, etc.), aux fictions et essais, aux vidéos, podcasts (Collège de France, etc.)
c) promotion d’un certain accent/langage parisien par la radio (France Culture), par la télévision, etc. (articles et travaux de Philippe Boula de Mareuil)
Si les écrits sont plus difficiles que les oraux (en dépit des réformes récentes), c’est parce que, d’une part, ils nécessitent d’acquérir une bonne maîtrise des exercices proposés. Or, les élèves manquent souvent de conseils pour travailler efficacement (trouver les bons livres, les bonnes références, travailler en temps limité, donner des priorités, s’organiser, etc.), et aussi pour répondre aux attentes techniques de ces exercices. C’est là que peut se jouer l’écart social. D’autre part, malgré la double correction généralisée, la part d’aléa existe aux écrits. Vous n’avez aucune chance pour vous défendre ou vous rattraper, en cas d’incompréhension des correcteurs. Ce qui rend les écrits difficiles donc, car il vaut mieux être très bon.
Maintenant, à l’oral, c’est 1 sur 2. Ceux qui se classent en tête et perdent des places à l’oral sont souvent des « carrés » (2 ans de prépa), par manque d’expérience et de « maturité » (je ne trouve pas d’autres termes). Ceux qui respectent simplement les règles des oraux (règle du temps, forme structurée de l’exposé, analyse du sujet, etc.) ont de bonnes chances de s’en sortir. Je ne cache pas toutefois qu’il peut y avoir un écart de niveau entre le 1er admis et le dernier admis, par exemple à l’ENS. Quant aux langues anciennes, elles sont – dans quelques familles de manière minoritaire – dispensées aux enfants dès leur plus jeune âge, et/ou suivies avec la plus grande assiduité lors de leur scolarité.
Quand je parle de « sens de la communication », cela peut être – pour commencer – se détacher de ses brouillons pour regarder quelqu’un dans les yeux (il me semblait que les oraux du lycée nous apprenaient au moins ça…). La qualité d’expression et le charisme sont en partie (de manière mesurée) liés aux origines sociales. Mais ce n’est qu’un plus. Ce que les jurys attendent, c’est la maîtrise d’un vocabulaire scientifique et adéquat à la discipline, et la démonstration orale et argumentée d’un raisonnement. Les problèmes psychologiques existent aussi bien d’ailleurs aux écrits (le supplice parfois d’écrire l’accroche…) qu’aux oraux.
Quant aux CPGE littéraires, elles n’ont pas été créées pour la méritocratie. Loin de là. Les khâgnes Ulm (cf. travaux de J-F Sirinelli) recrutaient autrefois des bacheliers et donc anciens lycéens, c’est-à-dire l’élite culturelle de la France. Les classes préparatoires à l’ENS de Lyon (ou plutôt l’ENS de Saint-Cloud) n’existent que depuis les années 1960, lorsque l’ENS de St-Cloud s’est aligné sur le profil de la rue d’Ulm pour les concours. Dès lors, le nombre des habituels candidats issus de l’enseignement primaire a fortement chuté au profit des bacheliers (cf. travaux de Jean-Noël Luc). L’ex - ENS de Saint Cloud avait, elle, été pensée dans une visée républicaine méritocratique à sa naissance dans les années 1880 (elle subissait ainsi les moqueries des normaliens de la rue d’Ulm – par ex les écrits de Brasillach - les normaliens de St-Cloud destinés à devenir directeurs et enseignants du primaire étant considérés comme inférieurs ; préjugé qui reste encore latent dans nos esprits…), mais elle n’avait pas de CPGE littéraire.
Gabiana, je veux bien vos statistiques. Mais prière de ne pas me citer l’Etudiant, un journal, ou encore les fictions d’imposteurs…Les fils/filles d’ouvriers, qui débarquent en prépa parisienne, sont déjà des sur-sélectionnés. Ils sont donc peu nombreux en prépa, mais réussissent aussi bien que les autres. Je n’ai jamais palpé de différences entre « eux » et « le reste ».
Bref, si vous saviez, comme les khâgneux et normaliens (issus de tous milieux) sont loin de toutes ces considérations sociologiques, de ces fantasmes sociaux véhiculés par la presse…
Je trouve votre propos étonnamment biaisé; je réagis même si vous ne vous adressez qu'à Gabiana.
Au nom de quoi dites vous que les écrits sont plus difficiles que les oraux? Votre 1 sur 2 à l'oral me dit que vous retenez le critère de sélectivité, vu qu'à l'écrit c'est plutôt 1 sur 5. Sauf que la courbe de niveau entre les derniers candidats qui rendent copie blanche et les admissibles croît de manière exponentielle. En étant un minimum sérieux au cours de la prépa - contenu et surtout méthode - et effectivement, en évitant l'accident lié à l'aléa des sujets, l'écrit est vraiment accessible pour peu que l'on s'en donne les moyens au cours des 2 ans.
L'oral n'est en rien plus facile que l'écrit, c'est même le contraire, car le niveau moyen croît considérablement, puisque l'on se trouve en présence des meilleurs candidats (évident).
Pour ce qui est de l'explication des carrés, de mémoire, il me semble que la proportion n'est pas si frappante que cela. Je me demande même si un intégré sur deux n'est pas carré - peut-être que je suis trop optimiste. Edit: visiblement pas, Artz a confirmé.
D'autre part, vous négligez complètement la dimension psychologique de l'oral. Le syndrome de la page blanche n'est en rien propre au concours des ENS, et le bagage de toute une scolarité centrée sur l'écrit + deux ans de méthode très costaud en CPGE me font dire qu'il y a une réelle habitude de l'expression écrite. Dans nos jeunes années, n'était-ce d'ailleurs pas le nom d'une épreuve en français? Je cherche toujours l'épreuve d'expression orale… Non, véritablement, la pratique de l'oral formel peut-être grevée par des obstacles psychologiques, qui sont moindres chez ceux qui ont l'habitude d'entendre et de pratiquer un discours structuré et docte. C'est moins le cas à l'écrit puisque le candidat se sent anonyme et non jugé sur sa propre personne - qui consiste ici en son élocution et son ethos.
Enfin, je me suis mal exprimé sur la méritocratie. Les CPGE permettent, sur la base stricte du mérite, d'accéder à des formations prestigieuses qui sont ailleurs réservées à ceux qui en ont le portefeuille. Elles constituent donc nécessairement un ascenseur social pour ceux qui réussissent - et ils sont nombreux - en n'ayant pas un contexte sociable favorable. Qu'elles n'aient pas été créées dans ce but, je vous l'accorde, toujours est-il que c'est un fait et un fait dont je me réjouis personnellement.
Et puis vous savez, vous devriez peut-être vous garder de dire "si vous saviez comme les khâgneux et les normaliens sont au-dessus de ces considérations sociologiques". Il se pourrait - même si la probabilité reste infime sur un forum littéraire n'est-ce pas… - que vous tombiez sur un élève de l'Ecole, ou à défaut, un ancien khâgneux qui en fréquente et qui a une expérience récente des concours.
Je vous remercie donc au nom de Artz et de moi-même de ne pas parler à notre place.
Votre point III c) sur la promotion d'un langage parisien à la radio m'en bouche un coin.
Si j'aurais su, j'aurais écouté plus souvent la machine qui fabrique du bruit.
Edit: intéressant qu'il n'y ait que 16% de boursiers à Ulm.
Dans mon école de commerce, milieu si décrié, ils sont 22%.
Encore une fois, je suis d'accord avec tout ce que dit SPQR. Notamment, je souligne le paragraphe qui démonte l'argument "l'oral c'est plus facile que l'écrit puisque 1/2 l'a".
La question, encore une fois, est simple : TU dis que tous les khâgneux admissibles connaissent les exercices et ont une même culture, qu'à part les khârrés encore verts -et oui, par ailleurs, ils représentent la moitié des admis… Donc pas si verts que ça- tout le monde peut faire les exercices correctement et qu'il suffit de les faire correctement pour être pris. Donc comment se fait la sélection ? Je pense que l'élégance, le charisme, la personnalité, etc, jouent un rôle important. Or, c'est évidemment une production sociale. Sans dire que celle-ci se résume à trier le bon grain de l'ivraie populaire, je ne vois pas comment on peut ne pas reconnaître l'importance des facteurs sociaux. Non, je ne crois pas que la classe sociale suffise à entrer à l'ENS, oui, le travail est nécessaire. Mais ne viens pas nous dire que nous ne sommes pas nuancés quand tu es entré dans le débat par un gras "je ne crois pas au poids des origines sociales"…
Je ne veux même pas parler (prétérition, ça va venir quand même, t'en fais pas) du plan en trois parties, trois sous-parties, de l'exposé historique sur les CPGE qui n'a rien à voir avec le débat (mais qui permet de citer tellement de jolis noms), du "Bref, si vous saviez, comme les khâgneux et normaliens (issus de tous milieux) sont loin de toutes ces considérations sociologiques, de ces fantasmes sociaux véhiculés par la presse…" qui, en effet, nous laisse bien voir que les normaliens sont des gens modestes et au-dessus de toute accusation d'aristocratie. Aussi étonnant que cela puisse paraître, et comme SPQR le signalait, on sait -et je vais même aller jusqu'à supposer que gabiana connaît son fils-. Alors, je pourrais m'amuser en parlant de moi et mes petits camarades Ulmiens, mais je vais faire plus scientifique :
"Les taux de boursiers parmi les recrutés de 1ère année étaient, selon une étude réalisée par
l’école de Cachan en 2009, de 16 % à Ulm, 20 % à Lyon et 30 % à Cachan" cf Cour des comptes Rapport public annuel 2012 – février 2012 p.25.
A titre de comparaison, en L3, -soit le niveau auquel recrute l'ENS- le taux de boursiers semble être de 32% (soit deux fois plus qu'à Ulm).
Pour résumer ma question :
Quelle est ta réponse à l'argument de Bourdieu qui dit que le charisme est un produit social, qu'il n'est pas enseigné par l'école républicaine, et qu'il a de l 'influence sur les résultats des examens ?
Merci Artz et SPQR,
Vous me dispensez de répondre à Bouledeneige, qui semble vouloir m'apprendre la vie des khâgnes et des ENS et le déroulement des concours.
Et j'avoue qu'après l'accusation d'être dépassée et le ton condescendant ("si vous saviez"), je risquerais d'être franchement désagréable et pas forcément en adoptant un plan en vingt sept parties.
Si l'on admet, sans faire de difficultés, que le poids des origines sociales compte pour beaucoup dans la réussite de cet oral:
2 très bons techniciens, qui ont strictement le même niveau académique, la même progression dans le discours, etc, seront différenciés par leur sens respectif de la communication.
Mais est-ce un critère subjectif ou un critère formel de notation ?
S'il est subjectif, c'est préoccupant car on ne peut pas faire grand chose.
S'il est formel, alors il ne pèse plus tant que cela. Il ne serait plus qu'une sorte d'équivalent des 2 points/20 consacrés à l'expressivité lors de la lecture du texte à l'oral de français: même si certains font du théâtre, ils ne pourront pas en tirer un avantage décisif.
Pour en revenir à l'écrit, il est peut-être plus difficile de se démarquer puisque tout le monde a beaucoup travaillé sur la même chose: personne n'a plus tant d'avance que ça. Du coup, vers quoi le profil des admissibles a-t-il changé depuis la BEL et l'établissement d'un programme annuel ?
Bonjour,
Je vois qu'il est fait mention des rapports des sessions 1997, 1998 de l'ENS Ulm…
Pourriez vous me dire comment il est possible d'avoir accès aux rapports des années 1990?
Sur le site de l'ENS les rapports du jury s'arrêtent vers le début des années 2000.
Merci d'avance