Bonsoir.
Cordialement.
Paris, SUPERVIELLE (Jules)
O Paris, ville ouverte
Ainsi qu'une blessure,
Que n'es-tu devenue
De la campagne verte.
Te voilà regardée
Par des yeux ennemis,
De nouvelles oreilles
Écoutent nos vieux bruits.
La Seine est surveillée
Comme du haut d'un puits
Et ses eaux jour et nuit
Coulent emprisonnées.
Tous les siècles français
Si bien pris dans la pierre
Vont-ils pas nous quitter
Dans leur grande colère ?
L'ombre est lourde de têtes
D'un pays étranger.
Voulant rester secrète
Au milieu du danger
S'éteint quelque merveille
Qui préfère mourir
Pour ne pas nous trahir
En demeurant pareille.
Paris, APOLLINAIRE (Guillaume)
J'ai vu Paris dans l'ombre
Hypogée où l'on riait trop
Paris une grande améthyste
Ces soldats belges en troupe
Vieilles femmes habillées en Perrette
Après le pot-au-lait
L'officier-pilote raconte ses exploits
J'ai entendu la berloque
Mais quel sourire celui de celui qui eut sursis d'appel illimité
Ombre de la statue de Shakespeare sur le Boulevard Haussmann
Laideur des costumes civils des hommes qui ne sont pas partis
Les peintres travaillaient
Mon cœur t'adore
Extrait de Zone, APOLLINAIRE (Guillaume)
A la fin tu es las de ce monde ancien
Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin
Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine
Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation
Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X
Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin
Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut
Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
Il y a les livraisons à 25 centimes pleines d'aventure policières
Portraits des grands hommes et mille titres divers
J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom
Neuve et propre du soleil elle était le clairon
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Les inscriptions des enseignes et des murailles
Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
J'aime la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thieville et l'avenue des Ternes
44 Avenue du Maine, DALTCHEV (Athanas)Si autre chose me revient, je vous fais signe 😉.
Quel mauvais destin m'a amené
dans cette cour sombre, en cul-de-sac ?
Le jour y est deux fois plus court
et il n'y a pas un seul arbre.
Tel un foyer éteint
non loin la gare fume
et jour après jour ma fenêtre
regarde et ne voit rien.
Sifflent et partent des trains,
et sans répit les rails résonnent
comme des cordes de violons - et il me semble
être en route depuis des mois.
Toujours cette cour et sur trois côtés
huit rangées de fenêtres
et à celles-ci jamais tu n'apercevras
quelque enfant ou quelque femme.
Mais aujourd'hui les ténèbres sont tombées tôt
et soudain il a commencé à bruiner.
Quelqu'un est entré, s'est arrêté dans la cour
avec un violon et un imperméable.
Et une vieille chanson s'est répandue,
monotone comme la pluie,
s'est élevée jusqu'aux toits,
et subitement a tari.
Il s'est tu. A toutes les fenêtres
se penchaient des femmes en pleurs
et sur les dalles de la cour
pleuvaient des mots et des sous :
Qui que tu sois, homme sans gîte
ou adolescent ayant perdu la vue,
pourquoi es-tu venu ici nous rappeler
notre destin cruel ?
Nous nous taisons et travaillons de l'aube à la nuit close
attendons des jours plus clairs
et les jours s'égrènent un à un, et nous
quand donc allons-nous vivre ?
Cordialement.