Bonjour à tous,
Voici une question que je me pose depuis quelque temps déjà.
Y aurait-il une règle qui régisse l'emploi de la virgule avant la préposition "pour" ?
Son emploi semble fortement dépendre de l'appréciation de l'auteur de la phrase.
Un grand merci pour vos réponses.
Bonsoir.
S'il y a une règle, elle devrait s'appliquer à tous les CC, et pas seulement aux CC introduits par "pour".
Quel est l'exemple précis qui te fait hésiter ?
Bonsoir Jehan,
Voici un exemple parmi tant d'autres :
"La police arrête le véritable coupable, pour ensuite le relâcher."
J'aurai tendance à mettre une virgule, mais le peu d'informations glanées ça et là ne semblent pas la justifier.
Si la virgule te plaît, tu peux la mettre. A mon sens, ce n'est pas une erreur, mais un choix.
C'est un choix, mais … lourd de conséquences, car le sens n'est pas le même !
Sans virgule,
"La police arrête le véritable coupable pour ensuite le relâcher."
le "pour" indique en principe la conséquence. C'est un peu ballot de la part de la police ou bien ça fait partie d'un plan machiavélique.
Avec virgule
"La police arrête le véritable coupable, pour ensuite le relâcher."
le "pour" marque la succession de deux faits opposés, de deux faits apparemment contradictoires. (Cf. Dupré, pour VIII)
C'est vraisemblablement ce qu'il faut comprendre.
Mais même sans virgule, c'est également contradictoire…
Ce que tu traduis toi-même par "c'est un peu ballot"…
Bien sûr que les faits sont contradictoires dans les deux cas.
Sans virgule, c'est une conséquence. Et du fait que c'est contradictoire, ça n'a vraiment de sens : on n'arrête pas quelqu'un dans le but de le relâcher. À moins d'être ballot ou retors, mais même là, ce n'est pas très bien exprimé.
Avec virgule, c'est la succession de faits. Le second n'est pas une conséquence du premier. Ce n'était pas le but de policiers, mais peut-être un ordre en haut lieu les a-t-ils contraints à relâcher le coupable.
Le sens est très différent.
Merci à tous pour vos réponses.
Je commence à y voir un peu plus clair.
Sans virgule, c'est une conséquence.
Absolument pas.
Avec virgule, c'est la succession de faits. Le second n'est pas une conséquence du premier.
La virgule ne change pas le sens. Elle ne fait que souligner l'incohérence de l'attitude des policiers qui existe déjà dans la version sans virgule.
Laoshi a écrit :La virgule ne change pas le sens. Elle ne fait que souligner l'incohérence de l'attitude des policiers qui existe déjà dans la version sans virgule.
Absolument pas, si je puis me permettre de reprendre ton argumentation ! 😉
Eh bien nous en resterons là.
Je pense que Gabiana a raison. La préposition "pour" indique ici "dans le but de". On peut supposer que ce sont des flics ripoux. Ils ont arrêté le véritable coupable pour le relâcher ensuite, afin de faire croire qu'aucune preuve sérieuse n'existe contre lui.
La présence d'une virgule avant "pour" n'y change rien. Même avec une virgule, cette préposition "pour" ne peut être confondue avec l'adverbe "puis". Elle introduit seulement une respiration dans la phrase. D'un autre point de vue, "pour ensuite le relâcher" devient une indication accessoire, un complément d'information en quelque sorte.
Prenons un autre exemple : "Jacques témoigne contre Michel pour le faire condamner." Que vous mettiez ou non une virgule avant la préposition "pour" ne change manifestement pas le sens fondamental de la phrase. 😉
Avec cet exemple du Larousse en ligne, le but serait encore plus "ballot" :
il s'est endormi pour ne plus se réveiller ( = il ne s'est jamais réveillé).
Heureusement, il ne le rattache pas au but, mais à
suivi d'un infinitif, une simple coordination avec une idée de succession dans le temps
.
Et on notera que cet exemple du Larousse exprimant une simple succession dans le temps se passe fort bien de virgule… La virgule ne peut donc servir ici de signe distinctif entre les nuances de sens.
Au moins sommes-nous d'accord pour voir dans ce "pour" une marque de succession de deux faits et non une conséquence comme l'écrit Spalding !
Cela dit, il est étonnant de constater que ce "pour" de succession est relativement peu abordé dans les ouvrages didactiques usuels (même si Larousse en fait une brève mention). On en trouve plus facilement des exemples sur la Toile avec "pour finalement" ou "pour en fin de compte".
L'usage de la virgule est moins standardisé, apparemment. Il est évident que dans des phrases relativement complexes, l'absence ou la présence de la virgule ne change rien au sens. Je continue de penser que dans certaines phrases, ça peut quand même être indice d'un sens plutôt qu'un autre, mais l'exemple choisi n'est peut-être pas le plus convaincant, j'en conviens.
lamaneur a écrit :Au moins sommes-nous d'accord pour voir dans ce "pour" une marque de succession de deux faits et non une conséquence comme l'écrit Spalding !
Erreur flagrante de Lamaneur ! Je n'ai pas signalé cela comme une conséquence, mais un but : nuance ! La police arrête le coupable pour (dans le but de) le relâcher ensuite. Normal si ce sont des flics ripoux s'efforçant de faire croire qu'il n'existe aucune preuve contre l'individu en question ! 🙄
Par ailleurs, dans "Il s'est endormi pour ne plus se réveiller", on peut penser que "ne plus se réveiller" constitue le but involontaire ou inconscient.
Mettre une virgule avant la préposition "pour" n'a aucune incidence sur le sens dans les deux cas. Cette virgule introduit seulement une respiration, fait aussi de ce qui suit un élément accessoire, simple complément d'information. 😉
Spalding a écrit :Erreur flagrante de Lamaneur ! Je n'ai pas signalé cela comme une conséquence, mais un but
Mea culpa, c'est bien
but (ou
finalité) que je voulais dire, comme dans mon message 7. C'est par erreur que j'ai parlé de
conséquence (qui est une autre valeur possible du "pour") dans mes messages 5 et 15. Mais puisque c'est flagrant, le lecteur aura rectifié de lui-même !
Le reste me semble un peu de l'ergotage. Longtemps la virgule fut prohibée devant le "pour" de finalité, au moins dans les phrases courtes. Cf. Drillon :
On ne doit pas séparer par une virgule la principale de la subordonnée finale, introduite ici par "pour". […] Si l'on en met une, la subordonnée prendra un tout autre sens, non pas celui d'une conséquence attendue, mais celui d'une autre, justement.
Dans "Jacques témoigne contre Michel pour le faire condamner", il s'agit manifestement d'un but volontaire. Cela n'exclut pas que le témoignage et la condamnation interviennent successivement !
Dans "Il s'est endormi pour ne plus se réveiller", on peut voir cela comme une suite chronologique ; mais aussi comme un but involontaire ou inconscient (question d'imagination).
Dans "La police arrête le coupable pour le relâcher ensuite", on ne sait pas en fait s'il s'agit d'un but (flics ripoux) ou seulement d'une suite chronologique. Dans ce cas, il vaut mieux dire (ou écrire) : "La police arrête le coupable, puis le relâche."
Sur l'emploi de la virgule avant la préposition "pour", d'accord avec Lamaneur ! 🙂
Dans
La Ponctuation maîtrisée, Raymond Jacquenod écrit, comme Drillon :
Règle :
Une proposition de but (ou proposition finale = qui exprime la fin, c'est-à-dire l'intention d'une action) n'est pas précédée d'une virgule.
(cette règle ne s'applique pas, à mon avis, dans les phrases complexes)
C'est tout l'intérêt, quand on a le souci d'écrire sans ambiguïté, de mettre une virgule dans l'exemple des policiers : cela évite qu'on ne prenne la subordonnée pour une proposition finale, plutôt absurde.
Certes, la réciproque n'est pas vraie : l'absence de virgule ne signifie pas qu'il s'agit nécessairement d'une proposition finale. Là, c'est le contexte et le bon sens qui nous guident. On n'a pas de doute dans l'interprétation de
il s'est endormi pour ne plus se réveiller, phrase passée en cliché, donc il importe peu qu'on mette ou ne mette pas de virgule.
C'est un peu comme dans la phrase proverbiale
La fortune vient en dormant : on peut se permettre l'anacoluthe généralement proscrite par les grammairiens, parce qu'il n'y a aucune ambiguïté.
Bien entendu, en matière de ponctuation, l'usage est souvent assez différent de ce que prescrivent les grammairiens et on comprend qu'il puisse régner un grand flou sur ces questions.
(1)Cette ''veuve noire'' se marie uniquement pour ensuite tuer son époux et s’approprier toute la fortune du défunt.
Ce policier pourrait être aussi machiavélique que cette ''veuve noire'' .
Dans ''Contre-enquête'', le policier, père d'une fillette violée et assassinée, a mené une enquête pour ensuite faire lâcher le vrai coupable. ( afin d'enterrer vivante cette pourriture.)
(2) La virgule pourrait signifier une pause à l'oral pour attirer l'attention de l'interlocuteur.