Difficulté de compréhension

Langue française

16 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Salut à tout le monde!
Je suis vraiment heureux et ravi de m'être inscrit dans ce beau forum que j'ai cessé de fréquenter il y a belle lurette. Bref, je m'appelle Amire. Étudiant en magistère traduction arabe français arabe à l'université d'Alger 2. Je suis un passionné d'exception de la langue de Molière. Permettez-moi de vous demander de bien vouloir m'aider dans mon parcours d'apprentissage approfondi de cette langue charmante.
Aujourd'hui, je vous mets entre vos mains un texte dont les passages en gras me demeurent "têtus" à une compréhension limpide.
Voici le texte:
Le naufrage d'une langue
Culture et communication

On assiste en direct à l'agonie de la langue arabe algérienne. Le constat est tragique au vu du délabrement linguistique que subit cet héritage séculaire dans une cacophonie générale. Plus surprenant, il ne se profile aucun signe d'inquiétude devant ce suicide ethnique. Ni à l'université algérienne et sa pléthore de chercheurs ni chez les orageux politiques, gardiens du temple à l'occasion.

Contrairement à tamazight qui s'affirme comme langue à fortes aptitudes de résistance validée par un ancrage solide dans le noyau de la mémoire collective, le parler arabe se dilue dans un bleu-blanc-rouge sommaire et s'en va au rythme accéléré de l'urbanisation. Il laisse place à un parler qui se veut jeune et séduisant, développé dans la filière du raï synthétique et les boîtes de nuit. Comment explique-t-on cette allégeance accablante au français avec une défiguration par l'emploi général de mots franco-arabes. Petite visite dans cette Tour de Babel en plein chantier. La réalité est surprenante : un nouveau béké tropical fait son apparition dans la plus grande confusion de nos intimités mentales. Au fil des mois et des années, la langue arabe parlée s'accommode de la tutelle du français dans une bouillie de jargon qui fait de l'Algérie un cas particulier de dyslexie nationale. Il n'y a plus Frantz Fanon ou Mostefa Lacheraf pour disséquer ce nouvel épisode de «peau noire et masque blanc». Le métissage massif qui naît de la confrontation de deux langues antagoniques est un phénomène lié à un climat de divorce entre le pouvoir et les administrés. On l'observe aussi dans les cas particuliers de domination coloniale et comme effets résiduels de génocide et d'esclavage.
Il est rare qu'une rivalité linguistique atteigne une telle dimension dans un pays souverain. La casse du parler chaâbi devenu un hybride est nettement audible dans la traduction des choses simples de la vie. Tout le dictionnaire de la maison est enrichi par ce créole tabla, cousina, plafou, el couloir, errobini, essale debin, el portail et ainsi de suite. Qu'est-ce qui explique cette déchéance d'une langue maternelle ? Les hypothèses sont nombreuses. On peut suggérer un phénomène réactionnel à une politique répressive qui impose des modèles d'enseignement et de communication en désaccord avec les multiples dimensions qui fondent la singularité et la diversité de la personnalité algérienne. Le décret du 5 juillet 1998 impose la généralisation forcée de la langue arabe dans sa version académique. Cette loi prévoit même de lourdes sanctions contre les contrevenants. C'est l'effet inverse qui se produit, car aussi loin que l'on remonte dans notre passé, le Maghreb n'a jamais adopté l'arabe classique hors de la sphère religieuse ou d'une littérature élitiste et marginale.
Les politiques donnent l'impression d'ignorer l'incapacité de cette langue à franchir le seuil des universités et les cercles fermés de la diplomatie, du Coran et de certains discours politiques destinés aux chancelleries. Il n'empêche que depuis quatorze siècles, les plus beaux textes arabes sont composés dans ce parler qu'on dit «arabe vulgaire». Il suffit de tendre une oreille attentive aux répertoires de Hachemi Guerouabi, Ahmed Wahbi ou Aïssa El Jermouni et les nombreux auteurs qui veillent jalousement à notre mémoire. Ce sont eux les académiciens de ce patrimoine qui fonde aussi notre singularité algérienne.
Le délabrement auquel on assiste n'est malheureusement pas un sujet de réflexion. Le silence est sans doute lié aux carences de la réflexion philosophique et l'impossible débat autour de tous les phénomènes sociaux.
Un autisme acquis

Dès le premier âge, l'enfant est en contact avec cette purée linguistique où les mots perdent de leur histoire dans l'environnement familial. Les objets les plus usuels qui entourent le bébé sont nommés dans ce créole qui intègre le ridicule sans commentaire. Et la télévision fait le reste dans ce travail de saccage. Dans les milieux médicaux, les psy découvrent une nouvelle forme d'autisme chez les enfants en proie la dépendance télévisuelle. En effet, de nombreuses mères, inconscientes du danger, attachent leur enfant sur une chaise face à la télévision dès le matin pour la série des dessins animés en arabe dialectal d'Orient qu'on pense être une langue de référence.
Le phénomène de dépendance s'installe très vite. Les dégâts sont incalculables en termes de retard acquis. Il faut aller loin des villes, dans l'arrière-pays, pour prélever des échantillons de cette langue qui disparaît et évaluer sa pertinence en tant qu'outil de communication insoumis aux influences de l'arabe d'importation ou le français. Faut-il seulement rire de cette tragédie linguistique ? Comment en est-on arrivé à accepter ce formatage ? L'état des lieux semble trop complexe à évaluer.
Et surtout celui-ci:"…ce créole qui intègre le ridicule sans commentaire."
Merci merci!

Bonjours!
C'est quand même bizarre un pareil accueil qui semble sinon froid du moins indifférent. Bon.
Voici ma propre compréhension. Si vous y voyez des non sens ou des contre sens, veillez les signaler.
1/ "Un bleu-blanc-rouge sommaire" cela veut dire : un français dont on fait un usage par défiguration. En d'autres termes, un usage qui ne respecte pas les règles de la langue.
2/ " dans la filière du rai synthétique" au cours de la fabrication des paroles de la chanson du rai. " synthétique " veut dire: par assemblage de mots d'origines différentes.
3/
Qu'en pensez-vous?
Merci d'avance!
Amire, ne sois pas si impatient. Ton premier message ne datait que de la nuit, il est très long, tout le monde n'est pas nécessairement disponible pour y répondre dans les cinq minutes. Ce n'est pas ici un guichet automatique, un distributeur de réponses-minutes, mais des gens de bonne volonté qui prennent sur leur temps de loisir, de lecture, de travail, de repos, de famille, pour répondre. J'ai l'intention de répondre à ton message car ça m'intéresse, mais ce ne sera pas avant plusieurs heures ; j'ai d'autres choses à faire plus urgentes pour l'instant.
Merci Lamaneur.
C'est de l'impatience.
Oui,Parfois on pense que quand on est pressé les gens le savent nécessairement et on se dit: comment est-ce qu'on me néglige comme ça…
Je compte sur toi pour m'aider là-dessus Lamaneur.
A toute.
Bonjour,

En espérant que cela puisse vous éclairer:

gardiens du temple à l'occasion. : une expression pour désigner ceux qui gardent une institution, qui défendent un lieu sacré. Ici cela signifie "ceux qui défendent parfois la langue arabe"
un bleu-blanc-rouge sommaire : un parlé français simplifié
la filière du raï synthétique : un parlé simplifié qui se développe dans le monde de la chanson
cette allégeance accablante au français : cette allégeance écrasante au français
cette Tour de Babel en plein chantier : la Tour de Babel est un récit de la Bible (Genèse 9, 1-9) qui raconte la construction d'une grande tour par les hommes qui voulaient atteindre Dieu. Celui-ci pour les punir de leur orgueil leur donna une langue différente à chacun pour qu'ils ne se comprennent plus. La Tour de Babel représente le mythe de l'origine des différentes langues.
béké tropica no sé 🙂
nos intimités mentales "Dans le secret de l'esprit" peut-être
«peau noire et masque blanc»: image pour montrer que l'utilisation du français, langue des blancs, cache l'essence d'un peuple: la langue arabe
les mots perdent de leur histoire Les mots perdent leur origine, leur sens premier à cause du métissage linguistique
ce créole qui intègre le ridicule sans commentaire une langue qui mélange le français et l'arabe de manière ridicule sans que l'enfant se rende compte compte de ce métissage du langage.
Tout d'abord, si vous voulez savoir comment je reçois les commentaires sur mes messages, et bien c'est pas du tout moins qu'un verni qui vient de recevoir un grand héritage.(!)

Pour ce qui est de ton commentaire Titania, c'est super éclairant.
Mais, ne serait-ce pas plutôt " un parler"?
Et pour " béké tropica no sé ", j'y comprends rien.
Enfin, merci infiniment!
Pour béké tropical no sé…
En espagnol, "no sé" = "Je ne sais pas".
Titania a voulu dire qu'elle ne savait pas ce que signifiait "béké tropical".
Au sens propre, un béké est une personne créole des Antilles, archipel situé sous les tropiques.
Est-ce que l'on a voulu désigner par cette expression un "parler créole", mélange d'une langue locale et d'une langue européenne importée ?
Oui il s'agit bien de "un parler", erreur d'inattention.
J'ai bien fait d'attendre, Titania a déjà fait tout le boulot.
Juste quelques observations
"béké tropical" : oui, il doit s'agir d'une désignation fantaisiste d'un créole né presque sous les Tropiques. C'est un peu approximatif sur le plan géographique car Alger est quand même assez au nord du tropique le plus proche, mais cela fait partie de la grande inventivité verbale propre au journalisme algérien de langue française.
un nouveau béké tropical fait son apparition dans la plus grande confusion de nos intimités mentales
La langue fait partie du mental, de l'intime, et on peut s'interroger sur les conséquences de l'envahissement de la langue arabe vernaculaire, la darija, par un vocabulaire importé, sur les conséquences de la créolisation pour les esprits.
un parler […] développé dans la filière du raï synthétique : le raï synthétique est un style moderne de raï développé dans les années 80, avec des instruments du genre synthétiseur :
Au début des années 1980, les synthétiseurs et les boîtes à rythmes font leur apparition, le raï s’imprègne des styles rock, pop, funk, reggae et disco avec notamment le duo Rachid et Fethi qui développent la production raï.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ra%C3%AF
C'est dans cette filière, cette mouvance, que s'est développé "un parler qui se veut jeune et séduisant".
"peau noir et masque blanc" : fait référence au célèbre bouquin de Frantz Fanon :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Peau_noire,_masques_blancs
Bonsoir!
Pourriez-vous préciser quelle différence entre les deux usages de l'expression"avoir droit à/de"? Exemples:
1) On n'a pas le droit de fumer ici.
2) On a le droit à cela.
Merci!
On a le droit de + infinitif = On a la permission de faire… On a le droit de manger.
On a droit à + nom = On a la permission d'avoir quelque chose, on peut l'obtenir… On a droit à un repas.
Titania91 a écrit : cette allégeance accablante au français : cette allégeance écrasante au français
Ce n'est pas clair. Que veut dire:écrasante?
Merci
Ce qui est accablant, écrasant, pèse lourdement (au sens propre) ou fatigue beaucoup moralement (au sens figuré, comme ici).
Sur le Raï synthétique, il s'agit bien de l'explication de lamaneur : le Raï est un style de chanson traditionnel qui a connu un regain, d'abord en Algérie, puis ensuite en France, notamment avec Cheb Khaled et Cheb Mami (et bien d'autres, mais ceci nous entraînerait assez loin).

Afin de moderniser et de remettre le Raï au goût du jour, les jeunes groupes ont utilisé des instruments modernes dont le synthétiseur est l'emblème. Les premières cassettes - supports les plus populaires au Maghreb jusque dans les années 90 - avaient un son aigrelet, mais, par la suite, les orchestrations se sont enrichies, sous l'impulsion de producteurs américains mais aussi européens.

Aujourd'hui, les mélodies et les harmonies du Raï peuvent être orchestrées dans des styles aussi variés que la techno, le rap, la dance, le hip-hop voire le trip-hop, en une sorte de fusion entre musique contemporaine populaire et mélodies world music traditionnelles.

C'est ce que l'auteur de l'article semble regretter, prétendant que ce Raï synthétique constitue un appauvrissement par rapport au Raï traditionnel. Ce point peut évidemment se discuter; on ne peut en revanche pas nier que la modernisation des orchestrations a fait connaître le Raï à un large public qui, soit n'aurait jamais eu accès aux enregistrements historiques, soit n'aurait pas été sensible à ces ces mélodies dont les sonorités exotiques demandent un certain effort de la part d'un auditeur non initié.

Enfin ce n'est que mon point de vue…
Merci beaucoup freddy! C'est vraiment enrichissant.
Petite précision svp.Est-ce obligatoire de conjuguer le verbe à l'imparfait dans ce genre d'expressions:Si on va au cinéma ce soir. (Une demande atténuée).
Oui, l'imparfait est obligatoire ici, ainsi qu'un point d'interrogation final qui marque qu'il s'agit d'une demande (présentée par politesse comme une simple hypothèse).

Si on allait au cinéma ce soir ?
Bonsoir les amis.
Je suis entrain d'étudier les marques énonciatives d'un texte. En fait, c'est un extrait du 5 chapitre du romant L'Aventure ambigüe de Cheikh H K. Et je n'arrive pas à bien déchiffrer quelques passages. Ceux-ci, je les ai mis en gras. Un grand grand merci pour vos éclaircissements.

Le pays des Diallobé n’était pas le seul qu’une grande clameur eût réveillé un matin. Tout le continent noir avait eu son matin de clameur.
Étrange aube ! Le matin de l’Occident en Afrique noire fut constellé de sourires, de coups de canon et de verroteries brillantes. Ceux qui n’avaient point d’histoire rencontraient ceux qui portaient le monde sur leurs épaules. Ce fut un matin de gésine. Le monde connu s’enrichissait d’une naissance qui se fit dans la boue et dans le sang.
De saisissement, les uns ne combattirent pas. Ils étaient sans passé, donc sans souvenir. Ceux qui débarquaient étaient blancs et frénétiques. On n’avait rien connu de semblable. Le fait s’accomplit avant même qu’on prît conscience de ce qui arrivait.
Certains, comme les Diallobé, brandirent leurs boucliers, pointèrent leurs lances ou ajustèrent leurs fusils.
On les laissa approcher, puis on fit tonner le canon. Les vaincus ne comprirent pas.
D’autres voulurent palabrer. On leur proposa, au choix, l’amitié ou la guerre. Très sensément, ils choisirent l’amitié : ils n’avaient point d’expérience.
Le résultat fut le même cependant, partout.
Ceux qui avaient combattu et ceux qui s’étaient rendus, ceux qui avaient composé et ceux qui s’étaient obstinés se retrouvèrent le jour venu, recensés, répartis, classés, étiquetés, conscrits, administrés.
Car, ceux qui étaient venus ne savaient pas seulement combattre. Ils étaient étranges. S’ils savaient tuer avec efficacité, ils savaient aussi guérir avec le même art. Où ils avaient mis du désordre, ils suscitaient un ordre nouveau. Ils détruisaient et construisaient. On commença, dans le continent noir, à comprendre que leur puissance véritable résidait, non point dans les canons du premier matin, mais dans ce qui suivait ces canons. Ainsi, derrière les canonnières, le clair regard de la Grande Royale des Diallobé avait vu l’école nouvelle.
L’école nouvelle participait de la nature du canon et de l’aimant à la fois. Du canon, elle tient son efficacité d’arme combattante. Mieux que le canon, elle pérennise la conquête. Le canon contraint les corps, l’école fascine les âmes. Où le canon a fait un trou de cendre et de mort et, avant que, moisissure tenace, l’homme parmi les ruines n’ait rejailli, l’école nouvelle installe sa paix. Le matin de la résurrection sera un matin de bénédiction par la vertu apaisante de l’école.
De l’aimant, l’école tient son rayonnement.
Elle est solidaire d’un ordre nouveau, comme un noyau magnétique est solidaire d’un champ. Le bouleversement de la vie des hommes à l’intérieur de cet ordre nouveau est semblable aux bouleversements de certaines lois physiques à l’intérieur d’un champ magnétique. On voit les hommes se disposer, conquis, le long de lignes de forces invisibles et impérieuses. Le désordre s’organise, la sédition s’apaise, les matins de ressentiment résonnent des chants d’une universelle action de grâce.
Seul un tel bouleversement de l’ordre naturel peut expliquer que, sans qu’ils le veuillent l’un et l’autre, l’homme nouveau et l’école nouvelle se rencontrent tout de même. Car ils ne veulent pas l’un de l’autre. L’homme ne veut pas de l’école parce qu’elle lui impose, pour vivre – c’est-à-dire pour être libre, pour se nourrir, pour s’habiller – de passer désormais par ses bancs ; l’école ne veut pas davantage de l’homme parce qu’il lui impose pour survivre – c’est-à- dire pour s’étendre et prendre racine où sa nécessité l’a débarquée – de compter avec lui.




Merci à ceux qui allaient me répondre. On a finit l'étude dudit texte aujourd'hui avec notre chère professeur.