« Vie et mort des langues »

Langues anciennes

14 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Bonjour,

je me permets de lancer ce sujet ici car cela fait quelques mois que je peine à avancer sur la question et peut-être trouverais-je des personnes susceptibles de m'aider.
Il y a quelques mois je suis tombé sur le dvd d'un documentaire réalisé par Paule Zajdermann à la fin des années 90 et qui s'intitule "Vie et mort des langues".
Le documentaire se concentre sur quatre langues, mortes à l'oral mais toujours persistante à travers l'écrit : le Yiddish, l'Akkadien, le Grec et le Latin.
Cependant, on m'a récemment mis un doute quant à la possibilité d'ajouter d'autres langues dans cette catégorie, dont le Sanskrit.
Auriez-vous des indices ou des pistes pour savoir si une (le Sanskrit) ou plusieurs autres langues pourraient être concernées par cette situation ?

Merci
De très nombreuses langues sont concernées. Ainsi le dalmate, langue romane, s'est éteint à la fin du XIXème siècle avec la mort de son dernier locuteur…
Bonjour et merci pour cette réponse. Mais encore ? Car vous semblez sous-entendre qu'il y a en a bien d'autres et cela m'intéresse.
Auriez-vous une bibliographie ou connaissez-vous des références d'ouvrages qui traitent de ce phénomène ? (même si ils ne sont plus édités).
Vous pouvez lire avec profit "Halte à la mort des langues", de Claude Hagège (Ed. Odile Jacob). Certes l'orientation de la pensée est polémique (lutte contre la prédominance de l'anglais), mais l'auteur se fonde sur des analyses copieuses et circonstanciées. D'après lui, ce sont des centaines de langues africaines ou amérindiennes qui se sont éteintes au XXème siècle, plus encore qui sont moribondes…
Le cas du dalmate, que je citais, est tiré d'un ouvrage sur les langues romanes que je n'ai plus, mais j'ai une bonne mémoire…
Sciblerus recherche certes des langues mortes, mais plus précisément :
mortes à l'oral mais toujours persistantes à travers l'écrit
Cela restreint peut-être un peu la liste ?
Ah, j'avais mal lu… Le dalmate n'est certes pas dans ce cas ! :/
Mais l'hébreu biblique, si !
Scriblerus a écrit : Le documentaire se concentre sur quatre langues, mortes à l'oral mais toujours persistante à travers l'écrit : le Yiddish, l'Akkadien, le Grec et le Latin.
Cependant, on m'a récemment mis un doute quant à la possibilité d'ajouter d'autres langues dans cette catégorie, dont le Sanskrit.
Oui c'est pour cela que j'ai précisé les quatre langues explicitement citées dans ce documentaire.
Je précise que même si la "persistance" à travers l'écrit est minime ou faible, cela m'intéresse quand même.
On estime qu'il y a entre 10 000 et 20 000 locuteurs du sanskrit toujours reconnu comme langue régionale de l'Inde.
Je suis étonnée de trouver le latin dans cette liste. S'il est difficile d'estimer le nombre de locuteurs adeptes du latin vivant, c'est la langue officielle du Vatican et des textes sont produits.
Selon Wikipédia, des émissions en Yiddish sont diffusées sur des radios française et polonaise.

Cela pour dire que je comprends mal cette classification sans la définition précise d'une langue morte à l'oral et vivante à l'écrit.
Pour ma part, je considère qu'une langue est morte, seulement lorsqu'on n'en conserve aucune trace.
Les langues que tu cites sont pour moi des langues anciennes et non des langues mortes.
Le Tlfi considère cependant les deux expressions comme équivalentes :
Langues anciennes, mortes. Langues qui ne sont plus en usage.
De même que l'Académie :
Langue morte, Celle qu'un peuple a parlée, mais qui n'existe plus que dans les livres. Et, par opposition, Langue vivante, Celle qu'un peuple parle actuellement. On dit dans le même sens Langue ancienne, par opposition à Langue moderne.
Le latin n'est ni vraiment mort (il continue à être utilisé comme moyen de communication - de manière sans doute un peu forcée, car deux personnes de langues maternelles différentes penseront plus spontanément à recourir à l'anglais qu'au latin, mais tout de même), ni vraiment vivant (sa grammaire est figée ; les adeptes du latin vivant, dont je fais partie, se réfèrent à la seule norme classique). Pour le grec ancien, je serais plus catégorique : je ne connais - malheureusement - pas d'initiative pour "le grec vivant", et de gens qui veuillent le promouvoir comme outil de communication. Et la production récente dans cette langue est quasiment nulle…
Je n'aurais pas désigné la pratique du latin vivant comme un effort de communication : la plupart des locuteurs latins sont capables de parler anglais, et parmi eux rarisimes sont ceux qui prétendent à une pratique de la langue en tant qu'outil - de meme qu on instrumentalise hélas la langue anglaise pour communquer avec des locuteurs non-natifs - sachant qu il y a quand meme plus de probbilités pour que l'Esperanto devienne une langue franche que le latin 😜 et ce n est pas peu dire!

Le probleme du grec et latin vivants comme moyen de communication ne se pose pas puisque, une fois mortes et devenues essentiellement littéraires, elles sont le contraire meme de la communication (pour le sens precis de ce mot cf Bergson, Levinas…) en tant qu elles nous inscrivent dans une autre pensée formée non seulement à partir des particularités linguistiques, comme la délicieuse rusticité du latin, qui en soit ne sont rien, mais réellement de tout le système qui va avec, formé et modelé par le choix des auteurs, eux memes guidés par leurs temps. Ce n'est pas tout de lire quand on veut acceder à la pensée d'un peuple, bien qu'avec ceci une bonne prtie du chemin soit faite. S'impregner, com-prendre le fond de la rhetorique cicéronienne, avec quelle délicatesse les mots sont disposés, avec quelle virtuosité les parties du discours sont équilibrées, cela ne doit pas mener aux spéculations pour une Ciceromastix, encore moins pour son utilisation sur pour clarifier le commerce international, mais à une pensée autre, qui contraint nos esprits à percevoir le monde autrement, en une langue ou les mots "impossibilité", "normal", et "important" n'existent pas et se retrouvent a chercher des nuances dans des synonymes heureusement inexactes, des équivalents plus délicats. Les humanistes avaient bien compris l'enjeu qui réside non dans le seul usage (ils n en avaient de toutes facons, pas tous le choix) mais réellement dans le travail de la langue. Un Petrarque ou un Erasme, pour ne citer que les deux plus célebres, ne se contentaient ni de faire des publications universitaire dans une langue-outil, ni d'imiter à la perfection les exordes de Cicéron ; puisant la matière chez les poetes antiques, ils la reformaient pour lui donner un sens nouveau, répondant à leur époque, puisque le forum romain était déjà en ruine. (sur la notion de matière intellectuelle en reformation au fil du temps cf aussi Deleuze & Guattari QlP?)

Bref! 🙂 tout ca pour dire… que ce n est pas parce qu une langue morte est parlée qu on doit chercher à la faire renaitre en forme de communication. Le parler lui meme ne vise pas à trouver des néologismes absurdes pour nommer toutes nos nouvelles technologies : faire cela est un moyen amusant de s exercer a composer des phrases, à parler plus spontanément, mais n est pas une fin en soi.

(quand à la production écrite en grec ancien, j ai entendu parler de quelques poetes: il n y en a pas beaucoup, mais il y en a… enfin je m en occuperai peut etre quand j'aurai épuisé tout le corpus attique, homérique, dorique, byzantin… y a du boulot! 😀 )
Mon professeur de sanskrit à Cambridge me disait qu'à chaque recensement indien il y avait quelques milliers de personnes qui donnaient le sanskrit comme langue maternelle (était-ce vraiment le cas? pour se donner l'air prestigieux? difficile à dire selon lui).
J'ai vu récemment un reportage sur le yiddish et il semble bien que cette langue continue d'être parlée à Montréal (je l'ai en tout cas entendue dans les bus de certains quartiers il y a une vingtaine d'années, j'étais avec un germanophone qui m'a confirmé que c'était bien du yiddish). En français, le spécialiste est Pierre Anctil (voir bibliographie dans Wikipédia). On loue la production littéraire en yiddish sur Montréal. Le sociologue-sociolinguiste américan Joshua Fishman, que j'ai un peu connu et qui vivait à New York (disparu il y a peu), a passé sa vie (avec toute sa famille) à préparer un dictionnaire yiddish. Il est vrai que l'Holocauste a porté un rude coup à cette langue (surtout à ses locuteurs, évidemment).