Bonjour,
J'aide un élève de 1ère à réviser le bac de français.
Un de ses textes est un extrait de l'acte II de "La répétition ou l'amour perdu" d'Anouilh.
La conclusion de son commentaire est que "le théâtre dans le théâtre repose sur un paradoxe : c'est l'artifice qui mène au vrai".
Je ne comprends pas bien cette conclusion, pourriez-vous m'éclairer ?
Merci beaucoup !
C'est la thématique qu'on retrouve dans Hamlet, pièce dans laquelle le héros éponyme compte sur la représentation théâtrale donnée devant les coupables présumés pour révéler leur crime.
Le théâtre en abyme, par la catharsis, aide à la manifestation de ce qui était caché ; les acteurs par le jeu théâtral révèlent malgré eux leur univers intérieur et conduisent les spectateurs à se dévoiler dans leurs réactions. Dans la pièce d'Anouilh, le rôle ou la manière de l'interpréter provoque chez les acteurs la remontée de leurs affects, c'est comme un psychodrame.
Merci beaucoup pour votre réponse!
Si j'ai bien compris, le théâtre en abyme montre que les acteurs ont du mal à sortir d'eux-mêmes et à rentrer dans la peau de leurs personnages (donc dans "l'artifice mène au vrai", l'artifice est le théâtre et le vrai correspond à l'univers intérieur des acteurs).
Concernant les spectateurs, le théâtre leur permet de dévoiler "le vrai", c'est-à-dire de se poser des questions sur leur propre vie.
Il y a paradoxe puisque normalement c'est le vrai qui mène à l'artifice et non l'inverse.
Ai-je bien compris ou suis-je hors sujet ?
Levons une ambiguïté à propos de "ont du mal". Si les acteurs ne livrent pas facilement ce qui est dissimulé derrière leur masque mondain (vrai), ils y sont amenés malgré eux en revêtant leur masque théâtral (artifice). Le théâtre conduit à rompre les digues, que ce soit facile ou non.
Pour les spectateurs, il s'agit moins de se poser des questions à partir de la pièce, ce qui serait délibéré, que de voir à leur insu remonter des affects qu'ils tentaient de cacher. La simulation théâtrale libère des forces obscures chez le spectateur, forces observables par un spectateur du spectateur, quelqu'un comme Hamlet qui ne regarde plus le spectacle mais ses effets sur le parterre. Là encore l'artifice (l'imitation de la vie) conduit au vrai (à la vie elle-même).
Le paradoxe est bien que l'illusion (mensongère) conduise à la vérité.
D'accord.
Merci beaucoup pour vos réponses rapides et claires 🙂