Paul Valéry, Charmes - La poésie n’a pas pour objet de communiquer à quelqu’un quelque notion…

Entraide scolaire

5 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Bonsoir,

Qui pourrait m'éclairer, je dois étudier un texte de Paul VALERY "Commentaires de Charmes" mais je ne comprend absolument pas le texte…

Merci d'avance
La poésie n’a pas le moins du monde pour objet de communiquer à quelqu’un quelque notion déterminée - à quoi la prose doit suffire. Observez le destin de la prose, comme elle expire à peine entendue, et expire de l’être, - c’est-à-dire toute remplacée dans l’esprit attentif par une idée ou figure finie. Cette idée, dont la prose vient d’exciter les conditions nécessaires et suffisantes, s’étant produite, aussitôt les moyens sont dissous, le langage s’évanouit devant elle. C’est un phénomène constant dont voici un double contrôle ; notre mémoire nous répète le discours que nous n’avons pas compris. La répétition répond à l’incompréhension. Elle nous signifie que l’acte du langage n’a pu s’accomplir. Mais au contraire, et comme par symétrie, si nous avons compris, nous sommes en possession d’exprimer sous d’autres formes l’idée que le discours avait composé en nous. L’acte du langage accompli nous a rendus maitres du point central qui commande la multiplicité des expressions possibles d’une idée acquise. En somme, le sens, qui est la tendance à une substitution mentale uniforme, unique, résolutoire, est l’objet, la loi, la limite d’existence de la prose pure.
Toute autre est la fonction de la poésie. Tandis que le fond unique est exigible de la prose, c’est ici la forme unique qui ordonne et survit. C’est le son, c’est le rythme, ce sont les rapprochements physiques des mots, leurs effets d’induction ou leurs influences mutuelles qui dominent, aux dépens de leur propriété de se consommer en un sens défini et certain. Il faut donc que dans un poème le sens ne puisse l’emporter sur la forme et la détruire sans retour ; c’est au contraire le retour, la forme conservée, ou plutôt exactement reproduite comme unique et nécessaire expression de l’état ou de la pensée qu’elle vient d’engendrer au lecteur, qui est le ressort de la puissance poétique. Un beau vers renaît indéfiniment de ses cendres, il redevient, - comme l’effet de son effet, - cause harmonique de soi-même.
Voici ce que j'en ai compris 🙂

Un texte en prose doit avoir du sens, et une fois qu'on a compris le sens, le texte n'a plus d'intérêt, tandis qu'un poème peut ne pas avoir du sens, car la forme est très importante :
C’est le son, c’est le rythme, ce sont les rapprochements physiques des mots, leurs effets d’induction ou leurs influences mutuelles qui dominent, aux dépens de leur propriété de se consommer en un sens défini et certain.
Pour Paul Valéry, le sens "détruit" même un poème, alors que c'est le but même de la prose que de faire passer un message, une "notion". C'est là la "limite" de la prose. La poésie, elle, subsiste plus longtemps et ne tombe pas dans l'oubli grâce à ses harmonies, sonorités…

Dans ce texte, nous avons l'impression que Paul Valéry place la poésie au-dessus de la prose.

J'espère que cela t'aidera, et surtout que je ne me trompe pas 😜

Bon courage.

Comment comprenez-vous "Un beau vers renaît indéfiniment de ses cendres" ? (Paul Valéry, Charmes)Ma piste, sans conviction.Ce n’est pas le sens qui compte dans la poésie, mais la façon dont elle est fabriquée. Cette fabrication est immuable, elle ne bouge pas. Même quand les mots sont mélangés, le vers retrouve son côté unique avec ses mots bien à leur place.Lien à faire avec le Phénix qui renaît de ses cendres ?Même détruit, il réapparaît de la même manière qu’avant ? Merci de m’aider.H.

La poésie n’a pas le moins du monde pour objet de communiquer à quelqu’un quelque notion déterminée, - à quoi la prose doit suffire. Observez le destin de la prose, comme elle expire à peine entendue, et expire de l’être, - c’est-à-dire toute remplacée dans l’esprit attentif par une idée ou figure finie. Cette idée, dont la prose vient d’exciter les conditions nécessaires et suffisantes, s’étant produite, aussitôt les moyens sont dissous, le langage s’évanouit devant elle. C’est un phénomène constant dont voici un double contrôle ; notre mémoire nous répète le discours que nous n’avons pas compris. La répétition répond à l’incompréhension. Elle nous signifie que l’acte du langage n’a pu s’accomplir. Mais au contraire, et comme par symétrie, si nous avons compris, nous sommes en possession d’exprimer sous d’autres formes l’idée que le discours avait composé en nous. L’acte du langage accompli nous a rendus maitres du point central qui commande la multiplicité des expressions possibles d’une idée acquise. En somme, le sens, qui est la tendance à une substitution mentale uniforme, unique, résolutoire, est l’objet, la loi, la limite d’existence de la prose pure. Toute autre est la fonction de la poésie. Tandis que le fond unique est exigible de la prose, c’est ici la forme unique qui ordonne et survit. C’est le son, c’est le rythme, ce sont les rapprochements physiques des mots, leurs effets d’induction ou leurs influences mutuelles qui dominent, aux dépens de leur propriété de se consommer en un sens défini et certain. Il faut donc que dans un poème le sens ne puisse l’emporter sur la forme et la détruire sans retour ; c’est au contraire le retour, la forme conservée, ou plutôt exactement reproduite comme unique et nécessaire expression de l’état ou de la pensée qu’elle vient d’engendrer au lecteur, qui est le ressort de la puissance poétique. Un beau vers renaît indéfiniment de ses cendres, il redevient, - comme l’effet de son effet, - cause harmonique de soi-même. Mes pistes, mais je les trouve peu nombreuses.Un premier paragraphe où s’inscrit une antithèse (ce que la poésie ne doit pas être).Comparaison (argument par analogie) avec la prose (avec, revanche, ce qu’elle doit être).Un deuxième paragraphe soulignant une thèse (ce que doit être la poésie). Soutenue par un argument de comparaison avec le Phénix qui renaît toujours de ces cendres.Au secours, j’ai l’impression d’être à côté de la plaque !H.

PS : ma discussion a été déplacée sous un post qui date de 2014, qui demandait des explications sur le texte. Ici, j’avais besoin d’éclaircissements sur le parcours argumentatif du texte (voir ci-dessus).Merci à tous,H.