Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves - Après qu’on eut envoyé la lettre à madame la dauphine

Entraide scolaire

11 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous,

Je me présente, je m'appelle Corentin et suis en 1ère S.
J'ai préparé mon bac blanc, en apprenant bien les cours de ma prof de Français et tout, et tout…

Bac blanc que j'ai passé ce matin à 8h (premier à passer du lycée, c'est super rassurant). Bref, la professeure est venue, m'a indiqué le texte sur lequel j'ai du planché, un extrait de la princesse de Clèves :
Après qu'on eut envoyé la lettre à madame la dauphine, monsieur de Clèves et monsieur de Nemours s'en allèrent. Madame de Clèves demeura seule, et sitôt qu'elle ne fut plus soutenue par cette joie que donne la présence de ce que l'on aime, elle revint comme d'un songe ; elle regarda avec étonnement la prodigieuse différence de l'état où elle était le soir, d'avec celui où elle se trouvait alors ; elle se remit devant les yeux l'aigreur et la froideur qu'elle avait fait paraître à monsieur de Nemours, tant qu'elle avait cru que la lettre de madame de Thémines s'adressait à lui ; quel calme et quelle douceur avaient succédé à cette aigreur, sitôt qu'il l'avait persuadée que cette lettre ne le regardait pas. Quand elle pensait qu'elle s'était reproché comme un crime, le jour précédent, de lui avoir donné des marques de sensibilité que la seule compassion pouvait avoir fait naître et que, par son aigreur, elle lui avait fait paraître des sentiments de jalousie qui étaient des preuves certaines de passion, elle ne se reconnaissait plus elle-même. Quand elle pensait encore que monsieur de Nemours voyait bien qu'elle connaissait son amour, qu'il voyait bien aussi que malgré cette connaissance elle ne l'en traitait pas plus mal en présence même de son mari, qu'au contraire elle ne l'avait jamais regardé si favorablement, qu'elle était cause que monsieur de Clèves l'avait envoyé quérir, et qu'ils venaient de passer une après-dînée ensemble en particulier, elle trouvait qu'elle était d'intelligence avec monsieur de Nemours, qu'elle trompait le mari du monde qui méritait le moins d'être trompé, et elle était honteuse de paraître si peu digne d'estime aux yeux même de son amant. Mais ce qu'elle pouvait moins supporter que tout le reste, était le souvenir de l'état où elle avait passé la nuit, et les cuisantes douleurs que lui avait causées la pensée que monsieur de Nemours aimait ailleurs et qu'elle était trompée.

Elle avait ignoré jusqu'alors les inquiétudes mortelles de la défiance et de la jalousie ; elle n'avait pensé qu'à se défendre d'aimer monsieur de Nemours, et elle n'avait point encore commencé à craindre qu'il en aimât une autre. Quoique les soupçons que lui avait donnés cette lettre fussent effacés, ils ne laissèrent pas de lui ouvrir les yeux sur le hasard d'être trompée, et de lui donner des impressions de défiance et de jalousie qu'elle n'avait jamais eues. Elle fut étonnée de n'avoir point encore pensé combien il était peu vraisemblable qu'un homme comme monsieur de Nemours, qui avait toujours fait paraître tant de légèreté parmi les femmes, fût capable d'un attachement sincère et durable. Elle trouva qu'il était presque impossible qu'elle pût être contente de sa passion. "Mais quand je le pourrais être, disait-elle, qu'en veux-je faire ? Veux-je la souffrir ? Veux-je y répondre ? Veux-je m'engager dans une galanterie ? Veux-je manquer à monsieur de Clèves ? Veux-je me manquer à moi-même ? Et veux-je enfin m'exposer aux cruels repentirs et aux mortelles douleurs que donne l'amour ? Je suis vaincue et surmontée par une inclination qui m'entraîne malgré moi. Toutes mes résolutions sont inutiles ; je pensai hier tout ce que je pense aujourd'hui, et je fais aujourd'hui tout le contraire de ce que je résolus hier. Il faut m'arracher de la présence de monsieur de Nemours ; il faut m'en aller à la campagne, quelque bizarre que puisse paraître mon voyage ; et si monsieur de Clèves s'opiniâtre à l'empêcher ou à en vouloir savoir les raisons, peut-être lui ferai-je le mal, et à moi-même aussi, de les lui apprendre." Elle demeura dans cette résolution, et passa tout le soir chez elle, sans aller savoir de madame la dauphine ce qui était arrivé de la fausse lettre du vidame.

Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves (1678)
Et la problématique… que je trouve assez étrange : Que révèle et construit le point de vue omniscient de cet extrait?

Ma 1ère question, la plus simple, porte tout simplement sur cette problématique… D'après moi, le texte adopte un point interne en faisant état de la pensée de Mme de Clèves, alors j'ai bien essayé de parler du côté omniscient en évoquant le complot dont le narrateur fait état au début du l'extrait dans les dernières lignes, mais je trouve ça léger. Selon vous, où réside le point de vue omniscient?


La 2ème question est plus subtile, je trouve. J'ai défendu la position selon laquelle Mme de Clèves était une héroïne tragique. Mais l'examinatrice ne semblait pas de cet avis, et me la bien fait remarquer à la fin (après m'avoir laissé développer toutes mes idées pendant l’entretien) : "Tu t'es bien rendu compte qu'elle n'était pas tragique, non?"

De mon point de vue, dès le début de la scène la princesse de Clèves est condamnée, elle ne peut plus s'en sortir, toutes ces décisions vont découler de sa passion pour M. de Nemours. Elle a beau réfléchir, et penser, il n'y a pas de solution face à ce dilemme entre amour et vertu.

De plus des figures typiques s'y trouvent : dialogue théâtrale ("veux-je"), interrogations, exagération, champ lexical de la souffrance("mortelles", "cuisantes", "honteuses", "cruels").

Et la fin n'apporte guère de solution, elle se résigne à s'exiler à la campagne, ce que j’interprète comme un suicide sociale.

Mais ça c'est mon point de vue, l'examinatrice avait plutôt l'air de penser au pathétique, notamment à cause de l'absence de destin, d'éléments mythologiques ou divins… Pour elle je me contredis en parlant de complot, celui-ci étant inconciliable avec le tragique. Est-ce vraiment inconciliable? On compte nombre de complots lors de la Rome antique, et je ne doute pas que le thème ait été abordé (même si ma culture est trop limitée pour donner un exemple concret). De plus, pour elle, le départ à la campagne ne traduit pas une fuite, ou une forme de mort, mais une solution qu'elle apporte pour sauver son honneur. Du coup, tous les relevés que j'ai fait participeraient plus du pathétique (très proche du point de vue de l'écriture)…

Sans compter que j'ai fait une ouverture sur Phèdre, qui est l’héroïne tragique par excellence, et j'ai l'impression que ça n'est pas bien passé vu la tête de l'examinatrice.

Alors, la princesse de Clèves : tragique ou pathétique?

Merci d'avance
Bonjour,

Je suis en Terminale L, j'ai passé mon bac blanc de Français l'an dernier alors La Princesse de Clèves, je connais. 🆒

Tout d'abord la problématique me semble également un peu tordue, mais je pense que tu pouvais t'en sortir en soulignant le fait que le narrateur est au courant de tous les événements qui se passent, mais est également témoin de l'évolution de la pensée de Mme de Clèves. A partir de là tu peux parler du fait que ce point de vue omniscient nous permet d'en apprendre plus sur le caractère de l'héroïne mais qu'il sert également à nous plonger dans l'intrigue en soulignant la difficulté de la situation dans laquelle se trouve Mme de Clèves. Personnellement, je ne vois pas grand chose d'autre à dire. :/

Pour la question sur le personnage de la Mme de Clèves, je suis plutôt d'accord avec toi. Je pense également que plusieurs éléments la rapprochent de Phèdre et ainsi de l'héroïne tragique.
On peut souligner, tout d'abord, le fait qu'elles soient toutes deux nobles et que les héroïnes tragiques sont, en règle générale, des personnages d'une certaine classe sociale.
Ensuite, on remarque que le coup de foudre entre le Duc et la princesse n'est pas vraiment voulue par cette dernière car cela va à l'encontre de son engagement avec M de Clèves. Je pense que le lien avec Phèdre est plutôt flagrant ici. Dans les deux cas, on se retrouve avec une héroïne face à un dilemme entre raison et passion.
Son désir de s’exiler à la campagne, d'après moi, est avant tout une manière d'essayer de s'éloigner de la tentation, et le fait qu'elle doive revenir à Paris peut être considéré comme une tournure du destin, qui comme pour Phèdre la pousse à succomber à la tentation. La seul grande différence entre les deux c'est que la princesse choisit clairement la raison (même si ça ne va pas la mener bien loin).

Je ne sais pas si j'ai pû t'aider, mais si tu as d'autres questions, n'hésites pas. 😀
Merci beaucoup!

J'ai l'impression que tu as lu l'oeuvre en entier, alors que nous nous sommes contentés d'étudier un extrait, donc tes éclaircissements sur son histoire me sont précieux. Le choix de la raison par la princesse de Clèves, est en effet troublant, mais n'est-elle pas coupable d'hybris, en essayant de s'extirper de son destin? Contrairement à Phèdre qui dès le début joue "un peu à la victime"… En fait j'en ai rediscuté, je pense que ce qui a gêné est le contexte historique. Au XVII[sup]ème[/sup], la religion imposait sa volonté, et le roman de Mme de La Fayette peut-être lu comme un guide/un avertissement aux autres femmes. Dans ce cas ce n'est plus tragique, puisqu'on s'intéresse plus au sentiment de culpabilité du personnage qu'à son destin. D'après ma prof, le problème réside dans le recul qu'on prend, le tragique n'ayant pas la même définition durant l'antiquité grec, qu'au 17[sup]ème[/sup] ou même que maintenant! Du coup c'est très compliqué…

Finalement, j'ai eu ma note dans la matinée, un 14/20. C'est bien, surtout pour une prof qui n'était pas d'accord avec ce que je disais. Comme c'était un bac blanc, peut-être a t-elle voulu me tester, pour savoir comment je réagirai pour défendre mon point de vue?
Non, elle pouvait ne pas être d'accord sur certains points mais trouver malgré tout ton analyse de qualité. Tout le monde n'a pas forcément la même interprétation dans les détails mais ce que tu as dit tenait visiblement la route et tu sembles bien connaître ton texte. Sa question sur le point de vue omniscient était un peu maladroite aussi il me semble, elle parlait vraisemblablement de l'ensemble du roman, oubliant que tu n'en avais lu qu'un extrait en point de vue interne.
Bonjour à toutes et à tous,

Je suis en première ES et je dios passer mon oral blanc dans quelques jours et ensuite le bac de français officiel dans moins de deux mois.
Cependant, je n'arrive toujours pas à accomplir une analyse de texte comme on me la demande ( j'arrive à dégager les idées principales mais jamais les sous parties, les procédés etc…). J'aimerai beaucoup que l'on m'aide sur la méthode en se basant sur ce texte de la Princesse de Clèves que voici :
Madame de Clèves demeura seule, et sitôt qu’elle ne fut plus soutenue par cette joie que donne la présence de ce que l’on aime, elle revint comme d’un songe ; elle regarda avec étonnement la prodigieuse différence de l’état où elle était le soir, d’avec celui où elle se trouvait alors^(…). Quand elle pensait (…) que monsieur de Nemours voyait bien qu’elle connaissait son amour, qu’il voyait bien aussi que malgré cette connaissance elle ne l’en traitait pas plus mal en présence même de son mari, qu’au contraire elle ne l’avait jamais regardé si favorablement, qu’elle était cause que monsieur de Clèves l’avait envoyé quérir, et qu’ils venaient de passer une après-dînée ensemble en particulier, elle trouvait qu’elle était d’intelligence avec monsieur de Nemours, qu’elle trompait le mari du monde qui méritait le moins d’être trompé, et elle était honteuse de paraître si peu digne d’estime aux yeux même de son amant. Mais ce qu’elle pouvait moins supporter que tout le reste, était le souvenir de l’état où elle avait passé la nuit, et les cuisantes douleurs que lui avait causées la pensée que monsieur de Nemours aimait ailleurs et qu’elle était trompée.
Elle avait ignoré jusqu'alors les inquiétudes mortelles de la défiance et de la jalousie ; elle n'avait pensé qu'à se défendre d'aimer monsieur de Nemours, et elle n'avait point encore commencé à craindre qu'il en aimât une autre.Quoique les soupçcons que lui avait donnés cette lettre fussent effacés, ils ne laissèrent pas de lui ouvrir les yeux sur le hasard d'être trompée, et de lui donner des impressions de défiance et de jalousie qu'elle n'avait jamais eues. Elle fut étoné de n'avoir point encore pensé combien il était peu vraisemblable qu'un homme comme M. de Nemours, qui avait toujours fait paraître tant de légèreté parmi les femmes, fût capable d'un attachement sincère et durable. Elle trouva qu'il était presque impossible qu'elle pût être contente de sa passion. Mais quand je le pourrais être, disait-elle, qu'en veux-je faire ? Veux-je la souffrir ? Veux-je y répondre ? Veux-je m'engager dans une galanterie ? Veux-je manquer à M. de Clèves ? Veux-je me manquer à moi-même ? Et veux-je enfin m'exposer aux cruels repentirs et aux mortelles douleurs que donne l'amour ? Je suis vaincue et surmontée par une inclination qui m'entraîne malgré moi. Toutes mes résolutions sont inutiles ; je pensai hier tout ce que je pense aujourd'hui et je fais aujourd'hui tout le contraire de ce que je résolus hier. Il faut m'arracher de la présence de M. de Nemours, il faut m'en aller à la campagne, quelque bizarre que puisse paraître mon voyage, et si M. de Clèves s'opiniâtre à l'empêcher ou à en vouloir savoir les raisons, peut-être lui ferai-je le mal, et à moi-même aussi, de les lui apprendre. Elle demeura dans cette résolution et passa tout le soir chez elle, sans aller savoir de Mme la dauphine ce qui était arrivé de la fausse lettre du vidame.
Merci !
Retour sur le passé :
Quand elle pensait que…

cascades de verbes à l'imparfait ;
le point sur le présent :
Elle trouva que…
Notez le passage au discours direct :
qu'en veux-je faire ? Veux-je la souffrir ?
Résolutions pour l'avenir :
Il faut m'arracher de la présence de M. de Nemours…
oui mais comment je fais pour démontrer tout ça à l'oral par exemple
En complément, et en attendant la question d'un examinateur, tu peux mener l'analyse en cherchant autour du thème de la lutte intérieure :
les sentiments contradictoires qui l'animent
les inflexions de ses pensées (longueur des phrases, interrogatives)
l'implication forte du JE
les champs lexicaux
la focalisation
le type de discours
la présence du narrateur
les ressemblances avec un monologue intérieur (dimensions introspective et délibérative)
Elle avait ignoré jusqu'alors les inquiétudes mortelles de la défiance et de la jalousie ; elle n'avait pensé qu'à se défendre d'aimer monsieur de Nemours, et elle n'avait point encore commencé à craindre qu'il en aimât une autre. Quoique les soupçons que lui avait donnés cette lettre fussent effacés, ils ne laissèrent pas de lui ouvrir les yeux sur le hasard d'être trompée, et de lui donner des impressions de défiance et de jalousie qu'elle n'avait jamais eues. Elle fut étonnée de n'avoir point encore pensé combien il était peu vraisemblable qu'un homme comme monsieur de Nemours, qui avait toujours fait paraître tant de légèreté parmi les femmes, fût capable d'un attachement sincère et durable. Elle trouva qu'il était presque impossible qu'elle pût être contente de sa passion. "Mais quand je le pourrais être, disait-elle, qu'en veux-je faire ? Veux-je la souffrir ? Veux-je y répondre ? Veux-je m'engager dans une galanterie ? Veux-je manquer à monsieur de Clèves ? Veux-je me manquer à moi-même ? Et veux-je enfin m'exposer aux cruels repentirs et aux mortelles douleurs que donne l'amour ? Je suis vaincue et surmontée par une inclination qui m'entraîne malgré moi. Toutes mes résolutions sont inutiles ; je pensai hier tout ce que je pense aujourd'hui, et je fais aujourd'hui tout le contraire de ce que je résolus hier. Il faut m'arracher de la présence de monsieur de Nemours ; il faut m'en aller à la campagne, quelque bizarre que puisse paraître mon voyage ; et si monsieur de Clèves s'opiniâtre à l'empêcher ou à en vouloir savoir les raisons, peut-être lui ferai-je le mal, et à moi-même aussi, de les lui apprendre." Elle demeura dans cette résolution, et passa tout le soir chez elle, sans aller savoir de madame la dauphine ce qui était arrivé de la fausse lettre du vidame.

Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves (1678)
Sur cet extrait je dois réaliser un commentaire composé en développant uniquement un axe.
Le souci c'est que je ne trouve aucun axe et encore moins les procédés.
J'ai uniquement trouvé:

-"qu'en veux-je faire ? Veux-je la souffrir ? Veux-je y répondre ? Veux-je m'engager dans une galanterie ? Veux-je manquer à monsieur de Clèves ? Veux-je me manquer à moi-même ? Et veux-je enfin " et que c'est une anaphore qui montre le souhait du personnage.

-"je pensai hier tout ce que je pense aujourd'hui, et je fais aujourd'hui tout le contraire de ce que je résolus hier." c'est un chiasme et je ne trouve pas l'interprétation.

Pourriez-vous m'aider à trouver l'interprétation et à trouver d'autres arguments?

Merci d'avance.
Consulte ce fil pour trouver quelques repères.

https://www.etudes-litteraires.com/forum/d/42567-madame-de-la-fayette-la-princesse-de-cleves-apres-quon-eut-envoye-la-lettre-a-madame-la-dauphine.html
merci je vais regarder ça de suite.