Bonjour à tous,
Je me présente, je m'appelle Corentin et suis en 1ère S.
J'ai préparé mon bac blanc, en apprenant bien les cours de ma prof de Français et tout, et tout…
Bac blanc que j'ai passé ce matin à 8h (premier à passer du lycée, c'est super rassurant). Bref, la professeure est venue, m'a indiqué le texte sur lequel j'ai du planché, un extrait de la princesse de Clèves :
Ma 1ère question, la plus simple, porte tout simplement sur cette problématique… D'après moi, le texte adopte un point interne en faisant état de la pensée de Mme de Clèves, alors j'ai bien essayé de parler du côté omniscient en évoquant le complot dont le narrateur fait état au début du l'extrait dans les dernières lignes, mais je trouve ça léger. Selon vous, où réside le point de vue omniscient?
La 2ème question est plus subtile, je trouve. J'ai défendu la position selon laquelle Mme de Clèves était une héroïne tragique. Mais l'examinatrice ne semblait pas de cet avis, et me la bien fait remarquer à la fin (après m'avoir laissé développer toutes mes idées pendant l’entretien) : "Tu t'es bien rendu compte qu'elle n'était pas tragique, non?"
De mon point de vue, dès le début de la scène la princesse de Clèves est condamnée, elle ne peut plus s'en sortir, toutes ces décisions vont découler de sa passion pour M. de Nemours. Elle a beau réfléchir, et penser, il n'y a pas de solution face à ce dilemme entre amour et vertu.
De plus des figures typiques s'y trouvent : dialogue théâtrale ("veux-je"), interrogations, exagération, champ lexical de la souffrance("mortelles", "cuisantes", "honteuses", "cruels").
Et la fin n'apporte guère de solution, elle se résigne à s'exiler à la campagne, ce que j’interprète comme un suicide sociale.
Mais ça c'est mon point de vue, l'examinatrice avait plutôt l'air de penser au pathétique, notamment à cause de l'absence de destin, d'éléments mythologiques ou divins… Pour elle je me contredis en parlant de complot, celui-ci étant inconciliable avec le tragique. Est-ce vraiment inconciliable? On compte nombre de complots lors de la Rome antique, et je ne doute pas que le thème ait été abordé (même si ma culture est trop limitée pour donner un exemple concret). De plus, pour elle, le départ à la campagne ne traduit pas une fuite, ou une forme de mort, mais une solution qu'elle apporte pour sauver son honneur. Du coup, tous les relevés que j'ai fait participeraient plus du pathétique (très proche du point de vue de l'écriture)…
Sans compter que j'ai fait une ouverture sur Phèdre, qui est l’héroïne tragique par excellence, et j'ai l'impression que ça n'est pas bien passé vu la tête de l'examinatrice.
Alors, la princesse de Clèves : tragique ou pathétique?
Merci d'avance
Je me présente, je m'appelle Corentin et suis en 1ère S.
J'ai préparé mon bac blanc, en apprenant bien les cours de ma prof de Français et tout, et tout…
Bac blanc que j'ai passé ce matin à 8h (premier à passer du lycée, c'est super rassurant). Bref, la professeure est venue, m'a indiqué le texte sur lequel j'ai du planché, un extrait de la princesse de Clèves :
Après qu'on eut envoyé la lettre à madame la dauphine, monsieur de Clèves et monsieur de Nemours s'en allèrent. Madame de Clèves demeura seule, et sitôt qu'elle ne fut plus soutenue par cette joie que donne la présence de ce que l'on aime, elle revint comme d'un songe ; elle regarda avec étonnement la prodigieuse différence de l'état où elle était le soir, d'avec celui où elle se trouvait alors ; elle se remit devant les yeux l'aigreur et la froideur qu'elle avait fait paraître à monsieur de Nemours, tant qu'elle avait cru que la lettre de madame de Thémines s'adressait à lui ; quel calme et quelle douceur avaient succédé à cette aigreur, sitôt qu'il l'avait persuadée que cette lettre ne le regardait pas. Quand elle pensait qu'elle s'était reproché comme un crime, le jour précédent, de lui avoir donné des marques de sensibilité que la seule compassion pouvait avoir fait naître et que, par son aigreur, elle lui avait fait paraître des sentiments de jalousie qui étaient des preuves certaines de passion, elle ne se reconnaissait plus elle-même. Quand elle pensait encore que monsieur de Nemours voyait bien qu'elle connaissait son amour, qu'il voyait bien aussi que malgré cette connaissance elle ne l'en traitait pas plus mal en présence même de son mari, qu'au contraire elle ne l'avait jamais regardé si favorablement, qu'elle était cause que monsieur de Clèves l'avait envoyé quérir, et qu'ils venaient de passer une après-dînée ensemble en particulier, elle trouvait qu'elle était d'intelligence avec monsieur de Nemours, qu'elle trompait le mari du monde qui méritait le moins d'être trompé, et elle était honteuse de paraître si peu digne d'estime aux yeux même de son amant. Mais ce qu'elle pouvait moins supporter que tout le reste, était le souvenir de l'état où elle avait passé la nuit, et les cuisantes douleurs que lui avait causées la pensée que monsieur de Nemours aimait ailleurs et qu'elle était trompée.Et la problématique… que je trouve assez étrange : Que révèle et construit le point de vue omniscient de cet extrait?
Elle avait ignoré jusqu'alors les inquiétudes mortelles de la défiance et de la jalousie ; elle n'avait pensé qu'à se défendre d'aimer monsieur de Nemours, et elle n'avait point encore commencé à craindre qu'il en aimât une autre. Quoique les soupçons que lui avait donnés cette lettre fussent effacés, ils ne laissèrent pas de lui ouvrir les yeux sur le hasard d'être trompée, et de lui donner des impressions de défiance et de jalousie qu'elle n'avait jamais eues. Elle fut étonnée de n'avoir point encore pensé combien il était peu vraisemblable qu'un homme comme monsieur de Nemours, qui avait toujours fait paraître tant de légèreté parmi les femmes, fût capable d'un attachement sincère et durable. Elle trouva qu'il était presque impossible qu'elle pût être contente de sa passion. "Mais quand je le pourrais être, disait-elle, qu'en veux-je faire ? Veux-je la souffrir ? Veux-je y répondre ? Veux-je m'engager dans une galanterie ? Veux-je manquer à monsieur de Clèves ? Veux-je me manquer à moi-même ? Et veux-je enfin m'exposer aux cruels repentirs et aux mortelles douleurs que donne l'amour ? Je suis vaincue et surmontée par une inclination qui m'entraîne malgré moi. Toutes mes résolutions sont inutiles ; je pensai hier tout ce que je pense aujourd'hui, et je fais aujourd'hui tout le contraire de ce que je résolus hier. Il faut m'arracher de la présence de monsieur de Nemours ; il faut m'en aller à la campagne, quelque bizarre que puisse paraître mon voyage ; et si monsieur de Clèves s'opiniâtre à l'empêcher ou à en vouloir savoir les raisons, peut-être lui ferai-je le mal, et à moi-même aussi, de les lui apprendre." Elle demeura dans cette résolution, et passa tout le soir chez elle, sans aller savoir de madame la dauphine ce qui était arrivé de la fausse lettre du vidame.
Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves (1678)
Ma 1ère question, la plus simple, porte tout simplement sur cette problématique… D'après moi, le texte adopte un point interne en faisant état de la pensée de Mme de Clèves, alors j'ai bien essayé de parler du côté omniscient en évoquant le complot dont le narrateur fait état au début du l'extrait dans les dernières lignes, mais je trouve ça léger. Selon vous, où réside le point de vue omniscient?
La 2ème question est plus subtile, je trouve. J'ai défendu la position selon laquelle Mme de Clèves était une héroïne tragique. Mais l'examinatrice ne semblait pas de cet avis, et me la bien fait remarquer à la fin (après m'avoir laissé développer toutes mes idées pendant l’entretien) : "Tu t'es bien rendu compte qu'elle n'était pas tragique, non?"
De mon point de vue, dès le début de la scène la princesse de Clèves est condamnée, elle ne peut plus s'en sortir, toutes ces décisions vont découler de sa passion pour M. de Nemours. Elle a beau réfléchir, et penser, il n'y a pas de solution face à ce dilemme entre amour et vertu.
De plus des figures typiques s'y trouvent : dialogue théâtrale ("veux-je"), interrogations, exagération, champ lexical de la souffrance("mortelles", "cuisantes", "honteuses", "cruels").
Et la fin n'apporte guère de solution, elle se résigne à s'exiler à la campagne, ce que j’interprète comme un suicide sociale.
Mais ça c'est mon point de vue, l'examinatrice avait plutôt l'air de penser au pathétique, notamment à cause de l'absence de destin, d'éléments mythologiques ou divins… Pour elle je me contredis en parlant de complot, celui-ci étant inconciliable avec le tragique. Est-ce vraiment inconciliable? On compte nombre de complots lors de la Rome antique, et je ne doute pas que le thème ait été abordé (même si ma culture est trop limitée pour donner un exemple concret). De plus, pour elle, le départ à la campagne ne traduit pas une fuite, ou une forme de mort, mais une solution qu'elle apporte pour sauver son honneur. Du coup, tous les relevés que j'ai fait participeraient plus du pathétique (très proche du point de vue de l'écriture)…
Sans compter que j'ai fait une ouverture sur Phèdre, qui est l’héroïne tragique par excellence, et j'ai l'impression que ça n'est pas bien passé vu la tête de l'examinatrice.
Alors, la princesse de Clèves : tragique ou pathétique?
Merci d'avance



