En quoi la pièce Dom Juan est-elle dérangeante ?

Entraide scolaire

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La question n'est pas de savoir ce que je pense, mais de savoir si Shakespeare était connu en France à ce moment-là. Si je me souviens bien, il commence à être traduit et à se diffuser en France à partir du XVIIIe siècle, et surtout début XIXe. Mais cela demande un travail de recherche.
Il est inutile de faire une recherche historique particulière parce que le thème, la figure et l'idée de combattants entretués, c'est-à-dire d'une violence autodestructrice, poussée au point où il n'y a plus de vainqueur mais que perdants, est relativement universelle. C'est à la fois une réalité observable et remarquable, et le point ultime auquel aboutit la pensée de la violence. L'idée est très présente dans le monde judéo-chrétien, mais ailleurs aussi, en Inde par exemple : « nous avons détruit dans une guerre totale, amis, parents, le monde entier..." (Mahabarata, livre XVI). Et la fin de Dom Juan est ainsi tout sauf un deux ex machina, c'est l'issue inévitable à laquelle est conduit un homme en guerre contre le reste du monde (il y a une dimension paranoïaque évidente chez Dom Juan, plus qu'évidente, lancinante, dévorante). Et s'il n'y avait pas la fosse, il y a la ruelle qui l'attend… tout près, à quelques pas, à quelques lignes - c'est d'ailleurs la même issue, traitée sur deux modes différents. Si l'auteur n'avait pas écrit un final fantastique, il nous aurait peut-être montré Dom Carlos et Dom Juan, mourant ensemble, sous leurs coups mutuels, dans "cette petite rue écartée qui mène au grand couvent". Car la fin est une noce, un consentement mutuels des ennemis à la destruction.
Victor24 a écrit :Il est inutile de faire une recherche historique particulière parce que le thème, la figure et l'idée de combattants entretués, c'est-à-dire d'une violence autodestructrice, poussée au point où il n'y a plus un vainqueur mais deux perdants, est relativement universelle.
Je suis bien d'accord. Je répondais à votre question.
Le Commandeur est, stricto sensu, un deus ex machina. C'est à dire surgissement d'un dieu - de Dieu - par l'intermédiaire d'une machine, d'un mécanisme, etc. Je ne disais rien de plus. 🙂 Une lecture métaphorique est toujours ouverte à partir de là.
Pour revenir à la question initiale de Lisa, il faudrait examiner également comment Molière dépeInt un personnage ambivalent, à la fois détestable et attirant.
Dans la pièce de Molière, Dom Juan fait une expérience du désir extraordinaire : il ne désire que si son assouvissement est impossible et cesse immédiatement de désirer dès que son assouvissement devient possible. Il n'aime que s'il n'est pas aimé, et n'aime jamais quand il est aimé… Rares sont ceux qui ont vécu cela… On n'entend jamais dire : "Je n'ai pas de chance, je tombe toujours amoureux d'une personne à qui je suis indifférent, et quand on tombe amoureux de moi, la personne ne m'intéresse pas… Ca fait dix ans, vingt ans que ça dure… Je n'ai vraiment pas de chance… Oh la la !" Et heureusement, car la pièce montre que ce type de désir a pour fruits la violence, l'homicide et le néant… Ce serait très dérangeant si un auteur venait nous dire que notre malchance est intimement liée au ravage et à la destruction. Qui pourrait l'entendre ? 😐

PS : ce serait intéressant de montrer ce que Dom Juan a d'attirant… dans la pièce, il ne réussit que par un moyen unique, toujours le même, la promesse de mariage : "il ne se sert point d'autres pièges" (acte I, scène 1).