Inculquer à + infinitif… ?

Langue française

14 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour ! 🙂

Je consulte régulièrement ce forum lorsque j'ai des doutes, et je le trouve à chaque fois bien rempli, mais là, je n'ai pas trouvé la réponse à la question que je me pose…

J'ai trouvé une tournure qui m'a paru étrange… La voici :

"Nous leur inculquons à ne pas respecter les autres et à se comporter comme des bêtes […]".

En remplaçant inculquer par apprendre, ça passe mieux, mais sans changer les termes employés dans cette phrase, je n'arrive pas à trouver une tournure agréable. Le fait est qu'on inculque quelque chose à quelqu'un, et que je ne vois pas comment établir un groupe verbal infinitif négatif après cet inculquer

J'ai besoin de vos lumières ! 🙂
Bonjour.

La comparaison avec la construction d'"apprendre" a ses limites.
"Inculquer" signifie étymologiquement "enfoncer (dans la tête) à coup de talons".
On inculque quelque chose, mais on n'inculque jamais à faire quelque chose.
La matière inculquée est toujours objet direct.
L'infinitif introduit par "à" est donc exclu.
Solution : utiliser des équivalents nominaux.
Par exemple :
"Nous leur inculquons l'irrespect des autres et la bestialité…"
C'est bien ce qu'il me semblait… Je cherchais surtout à trouver le pourquoi du comment, en fait…

Expliquer à l'auteur de cette phrase pourquoi sa tournure est incorrecte.

Si la réponse peut se réduire à "parce qu'inculquer induit un objet direct et non indirect", tant mieux alors. Peut-être cherchais-je une explication trop ambiguë… 😂
Jehan a écrit :La matière inculquée est toujours objet direct.
L'infinitif introduit par "à" est donc exclu.
Une nouvelle fois, d’accord avec Jehan,
Lui que jamais ici l'on ne vit en défaut,
De la saine grammaire, il est le bon géant,
Ce qu’il écrit est vrai, du moins n’est jamais faux !
Jehan a écrit :Solution : utiliser des équivalents nominaux.
Par exemple :
"Nous leur inculquons l'irrespect des autres et la bestialité…"
Hum. C'est lourdingue.
Quitte à modifier, autant modifier le verbe : "nous leur apprenons, nous leur enseignons."
Mais si l'on veut garder "inculquer", il reste des solutions généralement non mentionnées dans les dictionnaires mais fondamentalement correctes, même si elles étaient plus employées dans la langue classique que dans la langue contemporaine :

1) Complétive par "que" : inculquer que …
Comme Fénelon :
[lien invalide]768842books.jpg/768842books.jpg[/img][/url]
ou Bossuet :
[lien invalide]447498books1.png][lien invalide]/447498books1.png[/img][/url]

Cela pourrait donner par exemple :
"Nous leur inculquons qu'il ne faut pas respecter les autres mais se comporter comme des bêtes […]".

2) COD infinitif avec marqueur de l'infinitif "de" : inculquer de + inf.
En voici deux exemples :
[lien invalide]863566books.png][lien invalide]/863566books.png[/img][/url]
[lien invalide]730158books1.png][lien invalide]/730158books1.png[/img][/url]

Cela pourrait donner dans notre cas :
"Nous leur inculquons de ne pas respecter les autres et de se comporter comme des bêtes […]".

Ces tours un peu désuets mais bien pratiques seraient peut-être mal vus dans une copie à l'école ou à la fac, mais ils sont pourtant irréprochables.

Il reste que la phrase de départ était bien étrange sur la forme, mais elle l'est aussi sur le fond.
Je ne trouve pas "Nous leur inculquons l'irrespect des autres et la bestialité." spécialement lourdingue. En tout cas, pas plus lourdingue que : "Nous leur inculquons de ne pas respecter les autres et de se comporter comme des bêtes."
Je dirais même que c'est plus concis.
Lourdingue n'est effectivement pas bien choisi. En fait, ce qui est ennuyeux, c'est l'ambiguïté du mot "bestialité" dont le sens qui peut venir à l'esprit est malencontreusement "Commerce sexuel contre nature avec un animal. "
Nous leur inculquons l'irrespect des autres et la bestialité du comportement…
C'est mieux ? 🙂

Pour le commerce sexuel avec les animaux, spontanément, de nos jours, on dirait plutôt zoophilie..
Jehan a écrit :Nous leur inculquons l'irrespect des autres et la bestialité du comportement…
C'est mieux ? 🙂
Là, pour le coup, je reviens à lourdingue, mais j'ai bien vu ton clin d’œil !

J'en profite pour préciser quelque chose. Dans un message précédent, à propos de "Nous leur inculquons l'irrespect des autres et la bestialité", tu fais observer que ce n'est pas spécialement lourdingue par rapport à : "Nous leur inculquons de ne pas respecter les autres et de se comporter comme des bêtes". C'est là une question subjective qui n'a pas de réponse absolue. Tu ajoutes que c'est même plus concis.
Ce dernier point est indéniable, mais la concision n'a pas forcément que des avantages.
L'emploi de substantifs au lieu de verbes tombe parfois dans ce qu'on a appelé la substantivite, comme dans ce document :
https://www.initerm.net/public/langues%20de%20sp%C3%A9cialit%C3%A9/terminologie/Langue_de_bois_et_substantivite.pdf
Je n'en partage pas toute l'analyse, mais il y a du vrai, je trouve, dans ce constat :
Une étape supplémentaire donne la vedette à l’action elle même qui devient le sujet de la phrase. Par quel tour de passe-passe ? En vidant le verbe de son contenu dynamique, et en le transformant en nom d’action (augmentation). Cela s’explique par analogie avec les noms de phénomènes (cf. ralentissement des neutrons ou écoulement turbulent) qui occupent la majeure partie de la terminologie scientifique et technique. Il ne reste alors du verbe qu’un passe-partout au sémantisme épuisé.

Si le verbe n’est plus qu’un faire valoir, en revanche, le substantif, qui donne une vision d’accompli et dit un monde statique, se taille la part du lion. On obtient alors quelque chose du genre : Une augmentation des impôts aura lieu. Une fois le procédé démasqué, il saute aux yeux dans toute la presse économique : par exemple cette phrase relevée au hasard dans une revue spécialisée : « En Europe comme en Afrique subsaharienne, le réajustement des instruments communautaires d’interaction fait figure d’impératif incontournable ». Ce qui est incontournable, c’est la dictature des substantifs, et donc du constat des faits ; le verbe est réduit à l’état de simple copule ; la phrase tourne sur elle-même dans un cliquetis spectaculaire de substantifs massifs, encore renforcés par des adjectifs satellisés.
Les matières d'enseignement sont des substantifs : le français, le calcul, la philo…Alors, par antiphrase dénonciatrice, on peut bien ici ériger ironiquement la grossièreté ou la bestialité au rang de matières… C'est d'un autre effet stylistique que des verbes.
Oubliez donc la bestialité et le fond de cette phrase, ce n'était pas là le sujet de ma question… 🙂

Je ne pensais pas "inculquer de" possible, il me semblait effectivement au moins aussi lourdingue que l'"inculquer à"… Néanmoins, et tu l'as signalé toi-même, cet emploi est désuet. Ne tombe-t-on pas alors dans l'archaïsme en le faisait reparaître aujourd'hui ?
Jehan a écrit :Les matières d'enseignement sont des substantifs : le français, le calcul, la philo…Alors, par antiphrase dénonciatrice, on peut bien ici ériger ironiquement la grossièreté ou la bestialité au rang de matières… C'est d'un autre effet stylistique que des verbes.
Effectivement on le peut. Mais ce n'est apparemment pas le choix de l'auteur de la phrase originale, qui avait préféré des infinitifs au prix d'une torsion de la syntaxe. Cela dit, sans le contexte, il est difficile d'en savoir plus : j'ai déjà signalé que cette phrase en soi me semblait bizarre, sur le fond.
Sur la question générale infinitif vs. substantif pour les matières d'enseignement, je note qu'on dit aussi bien, voire plus, "c'est ma mère qui m'a appris à lire" que "c'est ma mère qui m'a appris la lecture".
Memnon a écrit :Oubliez donc la bestialité et le fond de cette phrase, ce n'était pas là le sujet de ma question… 🙂
On oublie tout ce que tu veux, mais le fond peut influencer la forme, le style.
Memnon a écrit :Je ne pensais pas "inculquer de" possible, il me semblait effectivement au moins aussi lourdingue que l'"inculquer à"… Néanmoins, et tu l'as signalé toi-même, cet emploi est désuet. Ne tombe-t-on pas alors dans l'archaïsme en le faisait reparaître aujourd'hui ?
C'est le risque. Très facile à prendre pour un écrivain. Moins facile pour un élève ou un étudiant. À toi de voir.
C'est noté, merci bien !

L'auteur de cette phrase au fond étrange n'étant ni étudiant, ni écrivain, il est donc préférable qu'il modifie sa tournure au profit d'une forme plus… "passe-partout", si l'on peut dire ! 🙂
Memnon a écrit : Je consulte régulièrement ce forum lorsque j'ai des doutes, et je le trouve à chaque fois bien rempli, mais là, je n'ai pas trouvé la réponse à la question que je me pose…
[hors-sujet] "je le trouve chaque fois bien rempli" aurait suffi, non ?
Certes, mais "à chaque fois" n'a rien d'incorrect non plus…