Langues anciennes : pourquoi si peu d’élèves ?

Langues anciennes

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babylone a écrit :au passage : j'ai vu au mois de juin L'Orestie mise en scène par Olivier Py à l'Odéon, avec les choeurs en grec ancien. Ma-gni-fi-que.

et j'ai eu la chance il y a quelques semaines de jouer quelques scènes de Phèdre de Sénèque en latin, et c'était juste sublime, y compris pour la dizaine de personnes qui écoutaient, observaient, et qui n'avaient jamais fait de latin.
Si les préjugés tombent, nous pouvons vraiment réhabiliter ces langues admirables, qui sont une des bases de notre culture commune européenne.
C'est pourquoi on préférera "langues ancoennes" à "langues mortes!
En effet, Mozart a écrit son opéra (ou plus strictemment 'intermède) "Appolo und Hyacinth KWV 38 entièrement en Latin, pour un spectacle (annuel) donné par les lycéens!
Vers 1989, L'Opra du Rhin a donné "Orphée", une création de Renaud Gagneux, qui avait aussi les chœurs chantés en ancien grec.
J'ai essayé (sans succès pour l'instant) de trouver le nom de l'école privée en Angleterre qui donne alternativement des Drames en Latin et Grec (sur scène).
Les États-Unis peuvent aussi se vanter de ne pas laisser cette forme de la culture à côté:
https://query.nytimes.com/mem/archive-free/pdf?res=9C03E2DF1738E533A25757C1A9639C94679FD7CF Philadelphia.
Je viens de lire ce topic intéressant et je tenais à vous faire part du récit de mon expérience. J'ai étudié le latin durant dix ans, de la classe de 5e jusqu'à l'année de préparation au C.A.P.E.S., que j'ai réussi avec de très bonnes notes dans cette langue. Au collège, l'initiation au latin m'avait plu d'emblée, je prenais plaisir à la découverte d' une nouvelle matière, à l'apprentissage d'un système si proche du français et à la lecture de textes sur une civilisation ancienne. Cela ne me paraissait pas très difficile ; nous étions habitués à un travail rigoureux et approfondi, et connaître nos déclinaisons et les différentes conjugaisons demandait simplement un peu de temps et des efforts de mémoire. Aujourd'hui, alors que l'enseignement du français est de moins en moins systématique et de plus en plus superficiel, que les élèves maîtrisent si mal les règles de grammaire, il devient difficilement concevable de comprendre quoi que ce soit au latin, d'être attiré par cette matière et d'y éprouver des facilités en plus d'un réel intérêt.

Jusqu'en 2nde j'ai travaillé avec application, mais déjà l'ennui me gagnait, la matière devenait répétitive et fastidieuse, sans cesse on ânonnait les mêmes règles, il fallait les savoir par cœur, on apprenait aussi la versification, on traduisait des textes, mais tout cela commençait à me peser, l'aspect très scolaire de l'enseignement en général devenait un frein à ma curiosité intellectuelle. J'ai néanmoins continué jusqu'au bac, accablé par ce latin qui ne m'intéressait plus, que je ne travaillais plus, qui m'occupait inutilement trois heures quand mes amis étaient dehors ; j'en pleurais d'ennui. Quelques semaines avant l'épreuve orale, j'ai tout de même pris conscience de l'importance de l'examen, j'ai donc bachoté à partir des cours d'un autre élève et finalement j'ai obtenu une bonne note. Je croyais alors m'être débarrassé du latin J'allais en prépa Sciences-Po, c'en était fini de cette vieillerie.

Mais j'ai raté le concours d'entrée à l'I.E.P. – logique quand on a passé trois ans de sa vie lycéenne en touriste – et il a bien fallu me réorienter. J'ai choisi la fac de lettres modernes et j'y ai retrouvé le latin. Plus que ça : suite à mon année prépa, j'avais adopté une méthode de travail rigoureuse et développé une certaine passion pour la philosophie et l'histoire. C'est ainsi que l'étude d'une langue et d'une civilisation anciennes me sembla revêtir un attrait puissant. Naviguer dans la mythologie, discuter des auteurs de l'Antiquité, évoquer les origines d'un peuple, quel régal ! Ce n'était pas tant la langue qui me passionnait tant alors, cependant, grâce à un amour grandissant pour les mots, l'exercice de la version – de la traduction en général – m'apparut hautement bénéfique et jubilatoire. Je ne me contentais plus des textes donnés par le professeur, je traduisais d'autres extraits chez moi, pour mon plaisir et pour mon instruction, durant les vacances même. Sans atteindre un niveau bilingue, je peux dire que cette étude a porté des fruits culturels. Depuis quelques années, toutefois, je ne lis plus couramment de latin, et je ne l'enseigne pas. Mais quoi qu'il arrive, dans mon utilisation de la langue française comme ma réflexion sur le monde, il m'accompagne.
Je pense que cet abandon dépend de plusieurs facteurs difficilement évaluables.
Il y a les conditions d'enseignement dans le secondaire qui font que très peu de professeurs oset enseigner les langues anciennes de façon efficace et se bornent à traduire, traduire, traduire, traduire…. Heureusement il y a en même temps une remise en question de la part de certains..
Je pense que cela dépend surtout et avant tout de la façon d'aborder ces langues et des adjectifs qu'on leur colle. C'est sûr que si on les considère comme des langues "mortes", on ne pourra guère faire preuve d'ingéniosité dans l'enseignement de ces dernières. On peut en revanche les qualifier de classiques et essayer de trouver les moyens les plus efficaces pour les transmettre.
Le désintérêt a sans doute aussi beaucoup à voir avec le fait que l'on ne parle pas de langue étrangère en France comme cela est le cas dans d'autres pays (Allemagne, Grèce, Suède etc) où il est tout à fait naturel d'avoir un très bon niveau au moins en Anglais, sinon dans une deuxième langue étrangère.. Osons le dire, le Français de base et l'apprentissage des langues ça fait deux 🙂
Par ailleurs, si l'on part avec l'idée que le grec ancien et le latin sont des langues "très difficiles" "tres ceci" et "très cela", on ne peut que se mettre en posture de désavantage dès le départ, ce qui ne peut que s'avérer vrai vu la façon catastrophique d'enseigner les langues anciennes.
Enfin, on oublie très souvent un point primordial : le grec N'est PAS mort (de toute façon le terme de langue morte est un statut tout à fait discutable)… Le grec dit moderne n'est pas uns sous-catégorie de grec.. Les déclinaisons et la voix active sont les mêmes, les 3/' du vocabulaire sont toujours utilisés avec le même sens, les divers changement d'accent dans les mots a toujours cours de la même façon qu'à l'époque de Périclès… Et justement, si on partait plutôt du grec contemporain et que l'on abordait les choses différemment, peut-être les choses seraient-elles comment dire…. BEAUCOUP plus faciles.. Encore faudrait-il prononcer le grec ancien (et le latin) correctement (ce qui n'est absolument pas sorcier)
Mon expérience personnelle m'a prouvé que le grec peut être facile pour le public en fonction de la façon d'enseigner.
Bref, c'est une question qui ne peut trouver de réponse dans un post sur internet..